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Full text of "Mémoires de la Société académique de l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer"

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r~i 



MÉMOIRES 



DK 



* 



LA SOCIETE ACADEMIQUE 



DE L'ARRONDISSEMENT DE B0UL06NE-SURMER 



• 



MEMOIRES 



50CIÉTÊ ACADÉMIQUE 

DE I/ABSONDISSEMENT 

DE BOULOGNE-SUR-MER 



TOME HUITIÈME 



BOULOGNE-SUR-MElï j 
IMPRIMERIE BREVETÉE VEUVE CHARLES AlOUE 

4, BUB DBS TIBILLARDS 



/ tJT v/ 



L'ANNÉE BOULONNAISE 



^hémérides intéressut le Pays Boolonuis 



I 



Houlopcne-sur-mer. — Inipriinerip brev^lée Vve llli. AIGRE. 



• • • • • 
î • • •• 



4 

i 



ËPHÉMÉRIDES HISTORIQUES 

\mm LE FATS BOULONNAI!; 

ar Ernest X>ESEILLE 

^Wfairc tU la Soeiili Ata-Unigtu ib VArTVKdUtmBil, tit. 



(Di'Rvv, DiK. à r^niUMK.) 



BOULOGNB-SUR-MER 
l'Ait LA MOCIÉTÉ ACADÉMIQUE 



'jKBUDDlBeBHENT 



Pour caractériser le Pays Boulonnais, un mot 
suffit : ce fut un camp sur la frontière, et Thistoire 
nous apprend que se» habitants — ainsi que des 
soldats d'avanl-poste — restèrent toujours en 
garde et en alerte. Le vainqueur des Gaules le 
constatait déjà dans ses Commentaires. 

Ce camp a eu les dimensions d'une province, 
parce qu'il était la barrière défensive contre 
le Nord. Les plus grands capitaines du monde, 
César qui s'y embarque pour aller vaincre les 
Bretons, Charlemagne qui prévoit les Normands 
et Napoléon qui projette la descente en Angle- 
terre, devaient, tour à tour, le choisir pour l'arsenal 
de leurs flottes et l'école de leurs troupes. Avec 
la Classis Britannica^ aussi célèbre dans Thistoirc 
que la flottille et les camps de Boulogne, le 
Ménapien Carausius appelé à la commander et 
qui s'en rendit maître, enleva la Grande-Bretagne 
aux Césars et fit de Boulogne , durant quelques 
années, la capitale d'un empire étendu aux deux 
rives du détroit. 

A la suite des invasions successives qui se 
disputèrent cette terre de baron, la grande maison 
des Eustache, souche du héros du moyen âge, 



— VI — 

Godefroi do Bouillon, en demeura souveraine. 
La victoire resta fidèle à Tépée valeureuse de 
ses fils, à Hastings comme à Jérusalem. 

Quel profond sujet d'élonnement pour celui qui 
compare la pelite étendue du comté de Boulogne 
avec la grandeur de ses chefs, qui considère aussi 
leurs alliances avec les maisons royales d'Angle- 
terre, d'Allemagne, de France, de Portugal, et 
encore toutes les races princières de l'Europe ! 
Ce sentiment s'accroît, lorsqu'on songe qu'avec 
leur petit nombre de sujets, ces chefs ont fait 
trembler l'Angleterre, et, plus lard, la France 
même. Philippe Auguste dut faire appel aux 
communes contre eux, et c'est la France entière 
qui écrasa à Bouvines la coalition de l'Angleterre 
et de l'Allemagne, oeuvre d'un comte de Boulogne. 

La royauté avait tremblé : pour raffermir sa 
force, elle s'assura cette terre guerrière en don- 
nant un (ils de France à la fille du rebelle vaincu. 
La politique réclama plus encore; le Boulonnais 
fut inféodé à l'Artois et eut un suzerain qui, bientôt 
après, vint en aide à l'influence royale pour faire 
tomber Théritage de ce comté entre les mains 
de princes courtisans, que Paris retint et que 
caressa le maître pour n';ivoir plus à les com- 
battre. 

Après la prise de Calais, déjà arraché en 
4260 à son domaine, le Boulonnais soutient les 
attaques incessantes des Anglais durant -deux cent 
dix ans. Louis XI, ce fin diplomate, apprécie à 
sa valeur « le plus précieux anglet de la chré- 



— vu — 

tienté ». Aussi, pour en assurer la possession à 
la couronne de Franco il en fait une terre sacrée, 
dont le Ciel est investi en la personne de Notre- 
Dame de Boulogne, de telle sorte qu'on ne puisse 
y toucher sans sacrilège. 

Hélas ! ce sacrilège fut commis en 1544 : la 
trahison d'un gouverneur livra la ville aux Anglais. 
Aussitôt la France entière se lève, son roi en 
tète, et la diplomatie combat de son côté : « Bou- 
logne, ou point de paix! » dit la France; et 
TAngleterre, épuisée par sa conquête onéreuse, 
la rend contre une rançon d'or. 

Les Boulonnais, soldats de naissance, compo- 
saient les bonnes troupes qui aidèrent Louis XIV 
dans ses guerres de Flandre. Qu'eurent-ils pour 
récompense ? Comme ils opposaient aux préten- 
tions royales des privilèges acquis au prix de 
leur sang, l'autocrate victorieux noya ces privi- 
lèges dans leur sang et démantela leur citadelle: 
c'était la fin du camp. 

Le dix-huitième siècle nous montre les Boulon- 
nais comme des soldats licenciés, faisant l'appren- 
tissage du commerce, ayant encore quelques 
réveils soudains pour défendre leur indépendance 
menacée par la Picardie et la lettre-morte des 
privilèges maintenus sur le papier, dont le bon 
plaisir du roi se jouait. Ils essayèrent, vers la fin, 
d'insuffler une nouvelle vie personnelle au pays 
en le dotant d'une bienfaisante Administration 
provinciale. 

Enfin, une ère nouvelle s'ouvrit après la Révo- 



— VIU — 

lulion et l'Empire. Comme il arrive souvent pour 
les camps hors de service dont l'aire eniin libre 
est propice aux fêtes, le Boulonnais devint un 
pays de plaisance. De nos jours, il reçoit en 
visiteurs ceux dont autrefois il arrêtait les incur- 
sions. 

Voilà ce que dit l'histoire de la province 
boulonnaisc. Qu'y ajouter? Ce que la curiosité 
demande : pénétrer plus intimement dans le 
détail, dire comment vivaient et souffraient les 
ancêtres, quelle était leur existence journalière. 

Tel est l'objet de V Année fioulonnaise. 

Nous osons répéter avec V Année Historique de 
M. Morand : a Nous avons voulUy par dessus tout, 
que ce livre pût être consulté avec confiance j> ; c'est 
qu'il est le fruit du temps et de recherches inces- 
santes aux sources. 

Nous espérons qu'il sera utile. 

Em. DESEIIXE. 



16 Octobre 1886. 



L'ANNÉE BOULONNAISE 



jr AIVVIEEi 



1"^ janvier 1721. — Pierre de Langle, évêque de 
Boulogne, est complimenté par le chapiti^e de 
Notre-Dame le jour de Tan 1721. 

« Le premier de Tan estant venu, le chapitre des 
chanoines s'estant assemblé, avec leur doyen à la teste 
qui avoit composé un compliment pour luy, tous s*a- 
cheniinèr[ent] à l'hostel épiscopale et firent tous la 
révérence audict seigneur evesque ; ensuitte de quoy 
ledict doyen fist son compliment où il comparast ce 
prélast à saint Augustin, à saint Athanase et à tout ce 
ce qu'il y a de plus relevé dans l'Église. Le prélat ne se 
pouvant contenir de respondre à ce compliment fardé, 
voyant qu'on se moquoit de luy en sa présence, luy que 
le public regarde comme hérétique, et que ce chapitre 
le compare à ce qui est de plus sainct de l'Eglise, leur 
répliqua et leur dict, en parlant à leur doyen, qui es toit 
M.Girard: « Messieurs, je souhaitterrois que vos cœurs 
accompagnassent vos paroles; mais comme je.m'ap- 

1 



2 L'aIIKÉE BOULONNAIflB 

perçois tous les jours que vos actions envers moy ne 
respondent pas aux paroles et au discours que vous me 
faites, en vous opposants à toutes mes ordonnances et 
à tout ce que je faict, c'est ce qui faict que je n*ai pas 
d*attencion à ce que vous me venez discourir. • Et en- 
suitte, les traita du haut en bas et leurs donna le 
tesmoignage qu'il prist cette occasion pour descharger 
son cœur du reste de venin qu'il avoit contre eux. 
Voyla néantmoins qui donne un oel exemple de recon- 
ciliation dans le public dans un' jour mesme destiné 
pour cela en quelque manière. (An th. Scotté, Mss, orig.y 

p- 337-338-) (0- 

Ce qui précède apporte Técho de la profonde division 
du clergé de notre diocèse à l'occasion du jansénisme. 

Pierre de Langle, de plus en plus « infecté » de 
cette hérésie, finit par rompre en visière avec Rome 
après sa lapidation de Quernes. J'apprend, par une 
note contemporaine, non signalée encore, qu'en ses 
dernières lettres pastorales, ce prélat n'employait plus 
la formule usuelle : c Pierre^ par la permission divine 
et la grâce du Saint-Siège ; il laissait de côté la grâce 
du Saint-Siège », au grand scandale des hétérodoxes. 



2 janvier 1642. — Dame Antoinette Martin, femme 
de Me Pierre Huart, demeurant à Paris, rue 
Saint-Denis, accepte l'établissement à Boulogne- 
sur-mer du couvent des « Minimes » qu'elle avait 
fondé sous le titre de saint Joseph. 

Notre ville n'était pas désignée dans le projet pri- 
mitif. Dame Antoinette Martin, par l'acte du 16 sep- 
tembre 1637 a ayant toujours été portée de dévotion 




reconnattro au prélat des vertus privées : la charité infinie, raustérité de 
BUTS, la modestie de vie. L'évéque \ivait en anachorète, mangeait dans la 

nnnA Avant VAtl/ln BA VatCO/tlIia ^l'avérant' rk/viii. oau anmAnAn nAvinît- AWrveea 



de 

mœurs, _,_, ^ ^ 

faXence, ayant vendu sa vaisselle^ d'argent pour ses aumônes, portait crosse 
de bois doré ; il lit ses légataires des pauvres qui restèrent fidèles à sa 
mémoire. 



2 JAKViBft 1642 3 

envers saint Joseph » dit seulement qu'elle désirait 
fonder un couvent pour la plus grande gloire de Dieu, 
rhonneur de la Vierge et de son cher époux et le 
soulagement des âmes de ses père et mère. 

Lorsque la ville de Boulogne fut proposée, dame 
Martin accueillit si favorablement la demande que, 
pour hâter rétablissement du couvent, elle abandonna 
8oo livres en viager qu'elle s'était réservées sur sa 
donation de i,ooo livres. 

Les lettres patentes d'autorisation sont du mois de 
mai 1642. 

Antoine Scotté assure que le couvent des Minimes a 
été construit environ en 1654 < Messire François 
Perrochel, evesque de Boulogne... fist la dédicace et 
commémoration de l'église de ce couvent sous le nom 
de saint François de Sales(i). Cette église est joliement 
bastie et très proprement ornée : il y a entre autres 
choses à remarquer en cette église le tableau qui est 
dans le fond et retable du maistre autel, représentant 
un Jésus flagellé d'une beauté à admirer. » 

Il faut l'en croire sur parole. 



(1) On y travaillait encore treize ans après : 

l«r janvier 1M7. — Marché conclu avec M. Pierre Br^rrichon, menuisier, 
pour toute la f:içon du retable. Kerrichon s'engage à Liire tout« la menui- 
^erie tant du retable que des ailes (jui doivent venir rejoindre les deux 
petits autels, conformément an dessin envoyé de Paris, t*X de rendre coi 
ouvrage entier et parfait et placé, sujet à VLi»ito d'experts à PàquoM 

Ïirocbân venant ; en considération do quoi les pères Minimes s'obligent à 
ai payer 1,26(> livres tournois. 

4 Janvier 1607. — M. Claude Papillon, maistre sculpteur, cède et tninsporto 
à M. P. Gaillard, dit Berrichon et autrement Jolioœur, soldat au régiment 
d'Ëiipazny, le marché qu'il avait fait avec les pères Minimes pour les or- 
nements de sculpture de leur grand autel, à condition d'otrc employé a ce 
travail et principalement pour les chapiteaux des colonnes pour lesquels 
il sera payé audit Papillon 27 écus. 

10 janvier 1087. — M. G. Ennuy»»r, maistre menuisier et sculpteur do cette 
ville, s'oblige envers M. P. Gaillard dit Berrichon, otcV, à faire les orne- 
menta qui s'entuivent : 

1* La couronne du tabernacle et dix chapiteaux dudit tabernacle, trois 
petites figures et deux petites consoles ; 

2* Trois chérubins au grand cadre du tableau du retable ; 

3« Deux consoles pour poser les chasses, et les chérubins, au dessus des 
chasses qui supportent les bordures des oualles qui sont aux deux 
côtés de fautel et, au-dessus de soualles, des festons de pente de fruits ; et 
tailler les oualles de feuilles de chêne ; tailler les fleurs de l'attique, plus 
les consoles et fleurons aux pilastres de l'atiique, et les festons qui 
tombent aux côtés ; plus quatre chapiteaux ioniques des pilîistres du 
lambris qui seront canelées suivant celle do l'autel, le tout suivant le 
dessin. 



4 l'akkéb boulonkaiss 

3 janvier 1558. — « La population de Clalais espé- 
rait voir arriver un secours ; mais il était trop 
tard pour en attendre par la voie de terre, la 
cavalerie française s*étant emparée du bas 
pays. » 

Calais, ville anglaise depuis deux cent dix ans, 
de nom, de cœur et d'intérêts, en raison de son étape 
aux laines, source de sa fortune, semblait être impre- 
nable. Après les tentatives infructueuses que les 
Français avaient essayées à diverses reprises, seul, en 
1555, Jean de Monchy, seigneur de Sénarpont et gou- 
verneur du Pays Boulonnais, croyant le moment pro- 
pice, communiqua sa conviction au connétable de 
Montmorency. Les Anglais le savaient. Dans une de 
ses lettres à la Reine, le docteur Wotton écrivait le 
20 octobre i J56 : « Le roi de France a quelques des- 
seins sur Calais et sur les places voisines pour lesquels 
Sénarpont concentre des troupes, attendant loccasion 
favorable... » {Papiers d'Etats, Lettres étrang,, n** 550.) 
La défaite des Français à Saint-Quentin retarda l'en- 
treprise et Sénarpont dut revenir à la charge. La fixa- 
tion des limites contestées vers Saint-Inglevert, qu'il eut 
à régler avec le gouverneur de Calais, lui fournit l'occa- 
sion de parcourir le Calaisis à plusieurs reprises ; en 
outre, il était renseigné, pour le détail, par un espion 
qui, sous prétexte d'enseigner la langue latine et la 
langue française aux jeunes gens de qualité, résidait 
dans la ville. Une tradition, consignée par Lefebvre 
dans son Histoire de Calais^ assure que Sénarpont 
déguisé en pionnier travailla quelques jours sur les 
remparts de cette ville afin de les étudier. On sait 
mieux que le maréchal Strozzi y alla sous l'habit d'un 
paysan afin de vérifier les assertions du gouverneur de 
Boulogne. Celui-ci n'ignorait pas que le deptity de 
Calais, chargé de défendre cette place, était peu ca- 
pable, sans énergie, vain, arrogant et fort peu soucieux 
de ses devoirs ; que les dissensions intestines de l'An- 
gleterre en avaient sapé la force nationale ; enfin, que 
les ordres de la Reine n'étaient plus écoutés ni exé- 
cutés. C'était la vérité et ce désarroi fut très-utile à 



3 JANVISK 1558 6 

l'entreprise française ; car tout ce qu'on ajoute au sujet 
de la surprise qui vint paralyser la défense anglaise 
n est pas appuyé de preuves. Les gouverneurs flamands 
{Papiers d'Etat de Bruxelles) avaient prévenu lord 
Wentworth du danger dont Calais était menacé. Ce lord 
savait d'ailleurs par des espions entretenus jusque dans 
Boulogne que, dès le 7 août 1557, ordre avait été 
donné à toutes personnes de quelque état et qualité 
qu*elles fussent d'y amener leurs grains « p air le camp 
du Roi allant devant Callais > comme le porte une dé- 
libération du Livre Verd, sous la date du 29 décembre 
suivant. Les espions n'avaient pas manqué de le lui 
faire savoir. Les State Papers, comme les Papiers du 
Royaume à Bruxelles, ont révélé quel rôle Jouèrent les 
espions dans les longues guerres de la France avec 
r Angleterre et TEspagne. 

Il n'est donc pas vrai que lord Wentworh ait été pris 
à Timproviste : dès le 18 décembre 1557, Noyelle, gou- 
verneur du Nouvel Hesdin, lui envoya un rapport dé- 
taillé sur tout ce qui devait se réaliser quinze jours plus 
tard. (Bruxelles, Arch. du Roy., lettre D. 3, vol. 405- 
406, cité dans VHist.de Calais, par Ernest Lejeune, p. 75.) 

Le grand mérite de Sénarpont reste donc d'avoir 
sigrnalé et saisi l'occasion, conçu le projet, et dé- 
cidé l'extraordinaire campagne d'hiver, entreprise contre 
toutes les règles de la stratégie traditionnelle. Il y aida 
par ses connaissances spéciales ; il inventa des espèces 
de mantelets composés de pieux ferrés par le bout, en- 
trelacés d'osier, d'un demi-pied d'épaisseur, et cou- 
verts en dehors d'un triple carton épais de trois doigts, 
afin de garantir les soldats du siège contre les coups 
d'arquebuse. Bien plus, comme le terrain d'approche 
était fangeux, il imagina aussi un grand nombre de 
claies enduites de poix, sur lesquelles les travailleurs 
de la tranchée purent être soutenus sans incommodités. 
(Lefebvre, Ilist. de Calais, p. 295.) 

La gloire du Balafré a éclipsé dans l'histoire celle que 
méritait le gouverneur de Boulogne ; toutefois, l'-histo- 
rien Lefebvre le qualifie, avec juste raison, a d'auteur 
du projet d'assiéger Calais t; et c'est le titre honorable 
que nous revendiquons pour sa mémoire. On le savait 
alors, puisque le roi récompensa ses services par le don 
de plusieurs fiefs dont l'un fut érigé en baronnie. 



6 L^NNÉE BOULOyNAIJUB 

4 janvier 1689. — Jacques II, roi d'Angleterre, 
fait présent à l'église d'Ambleteuse d'un soleil 
en argent portant ses armes et sa devise gra- 
vées sur le pied. 

Cette note que je trouve écrite, par un témoin sans 
doute, sur mon exemplaire de V Histoire de Calais, se rap- 
porte àTarrivée du roi Jacques II à Ambleteuse, après sa 
fuite d'Angleterre et à sa première étape dans l'exil ( i ). 

Voici une relation de cet événement, que M. le duc 
d'Aumont, gouverneur de Boulogne, adressa à la reine 
d'Angleterre le 5 ou le 6 janvier, comme on peut l'in- 
férer de quelques mots de sa missive que je possède en 
brouillon, avec les ratures et modifications apportées à 
la révision. 

Ce document devait commencer par ces mots : 
Puisque vostre Altesse m'ordonne de lui escrire eti billet ; 
mais le noble correspondant adopta de préférence ce 
qui suit : 

c Je prends la liberté d'escrire à vostre Altesse en 
billet puisqu'elle me l'ordonne, et j'aurai l'honneur de 
lui mander la seconde retraitte du roi d'Angleterre et 
son passage à Ambleteuse (2). 

« Après avoir esté arretté à Feversham par la ca- 
naille dont il fut fort maltraitté, on le mena à Londres 
où il fut gardé quelque temps dans son palais. Un de 
ces jours là, à quatre heures du matin, milord Halifax 
et un autre le firent éveiller pour lui donner une lettre 
du prince d'Orange par laquelle il lui mandoit de sortir 
de Londres et qu'il avoit une maison auprès d'Amp- 

(\) Les événements d'Angletenre avaient excité vivement l'aiteniion 
paoliqae et Ton trouve dans les registres capitnlaires la délibération sui- 
vante : 



^ Du vendredi 17 décembre 1688, Mcs8i''nr8 (du chapitre) conformément à 
l'ordre de MoiLseipneur TEvesquo do Boulogne ont résolu de commencer 




qui'hjues or:iisons mnrquét 
processionual et une oraitiun à la lin de la messe, et cela Tespace de quinze 
jours. 

(2) Jacques II locoa chez M. de Chàtoau-Guillaume. conimi'^^srnre ti'anil- 
l'^ii^où le due d'Àumoiit k vint saluer pour 1«» loinlulre a Hoiil(>î:n'-. 11 
habit i <l:inH la maison nomni«^r le Oonvervement où Vlngènerk, (L'abbé 0. 
Ilai^U'^ré.arL AnUtUteiuedu JHct. hitt. du Pa^^-Calaiâ.) 



4 JANVIER 1680 7 

toncourt qui lui estoit prcsparé. Le Roi lui envoia dire 
qu'il seroit bien aise d'aller à Rochester ; à quoi le prince 
consentit et lui donna cent hommes de ses gardes à 
pied et soixante à cheval pour li conduire et le garder. 
On lui laissa neantmoins tant de liberté qu'il trouva 
moien de parler à quelques capitaines de vaisseaux, 
avec lesquels il prit des mesures si surres que, samedi 
dernier, à onze heures du soir, il sortit de sa maison 
par une porte de derrière, accompagné du duc de Bar- 
vick qui Testoit venu joindre une* heure auparavant et 
d'un gentilhomme de sa chambre, et entra dans une 
petite chaloupe que les capitaines de vaisseaux lui 
tenoient au bord de la rivière, avec laquelle il gagna un 
batteau pescheur qui Tattendoit dans la Tamise et 
il i fut vingt-quatre heures attendant le vent favorable ; 
et, le lundi, aiant gagné les dunes, il fît voile vers les 
costes de France et arriva le mardi à trois heures du 
matin à Ambleteuse, dont je fus averti par six coups 
de canon qui estoit le signal que j'avois donné ( i). 

c Je lui menai dans le moment des carosses dans les- 
quels il vînt ici où, suivant les ordres de Sa Majesté, 
je lui ai fait randre tous les honneurs qui lui sont 
dcus (2). 11 i séjourna hier tout le jour et y fit plusieurs 
dépesche pour l'Angleterre et pour Versailles où il a 



(1) Voici le récit de la OautU de Fra^vee (10 janvier 1689) : 

c On a scea que le yacht snr lequel S. M. Britannique s'estoit d'abord 
emKarqaée pour se retirer ne s'estant pas troavé assez lest^ ne pouvoit pas 
f orter ses voiles, ce qui l'obligea à retourner poor prendre du lest« Les 
paysans s'attroupèrent et arresterent le Roy qui fut ramené à Londres. Il 
rat ensuite conduit à Rochester, d'où il se sauva \\ nuit du premier jour de 
ce mois, sur les onze heures du soir, par une porte de derrière, que ceux 
uni le irardoient n'avoient pas remarquée. S. M. s'embarqua avec le duo de 
Berwiek. dans nn basteau de pescheur qui \e porta heureusement à Amble- 
teu-ne. Il lui avoit esté préparé par un de ses escuiers et par un de ses valets 
de chambre franQois ; mais comme il estoit trop petit, ils trouvèrent moien de 
si'embarqaer à Douvres d'où ils arrivèrent le 3 à Aiubleteuse, avec l'envoie 
de Pologne qui avoit été fort maltraité en Angleterre. Le mesme jour, deux 
YMii^seaux de gu«rre anfi^lois débarquèrent à Ambleteuse mylord Henri Fitz- 
Jaraes et quelques officiers anglois. > 

La OutadU de Frcance^ sous l-:i date du 3 jau\ier 1689, avtiit relaté quelques 
dérails «nr la fuite de la Reine d'Anglctorro, et son nrii\ée en France; et, 
le 17 janvi«>r, sur la réception de Jacques II f'ar Louis XIV. 

Madame de Sévigné est i\ consulter pour qu»'lquc>? détails d'intérieur. 

M. F. Morand a donné sous la date du 5 janvier 1689, dans son AimU BiÊ~ 
Utrîgne^ nn extrait du capitaine Selinfriie et une autre relation inédita de 
Tarrivôfl de Jacques IL 

(2) Messieurs au chapitre ont esté saluer le Uoy d'Anglr-terre à son arrivée 
à riio«t''l D'Aumont (Rer. cap. m th. comm., G n« 70). Urs ^ms d'honneur 
!n»nt portés au com^>te de lu Ville pour 1685^89 (irch.,n« 31), et le compte de 
lftdî)-')0 i>orte le paiement fait <à Elis.ibeth Le Fcbvre, veuve Mallart, f pour 
les rubans qu'elle a fourni lors de l'entrée et réception du roy d'Angleterre.» 



8 l'ann^ boulonmaise 

envoyé le duc de Barwich. Il trouva son second fils, 
M. Fith-James, arrivé de la veille et débarqué dans le 
mesme port. Il avoue qu'il y a bien de la différence du 
mépris de ses sujets à Tanection que les peuples lui 
ont tesmoigné en ces païs-ci, aiant entendu crier de 
toutes pars : Vive le roi d'Angleterre! Vive Vami de 
nostre maisire ! Il paroist d'une fermeté très grande 
dans la disgrâce et dans son malheur. Il s*est beaucoup 
étendu sur la perfidie et l'infidélité de ses sujets et sin- 
gulièrement de milord Chercheil (sic), du conte de 
Sunderland et de quelques autres qu'il avoit comblé de 
bien, d'honneur et de dignité et qui Font si vilainement 
trahi. Je crois ne me pas tromper en disant à vostre 
Altesse, M..., que, selon toutes les apparences,. le prince 
d'Orange a fermé les yeux à sa retraite. Il en est per- 
suadé lui mesme par la facilité qu'il a eu de se retirer. 
Ce n'est pas que ceux qui estoient destinés pour sa 
garde ne fussent la plus part catholiques et qui repro- 
choient devant lui aux Anglois protestants leurs per- 
fidie, en leurs disant que, quoi qu'ils fussent bons catho- 
liques, leurs espée es toit protestante puisqu'ils estoient 
à la solde du prince d'Orange. Le roi m'a fait l'hon- 
neur de me dire tout cela et qu'il i a plus de six mils 
catholiques dans les troupes de ce prince. J'ai sceu 
aussi de lui que milord Fevershem, qu'il envoioit au 
prince avec une lettre de créance pour lui proposoit (sic) 
une entrevue, avoit esté arresté par son ordre sous pré- 
texte qu'il avoit fait disperser l'armée du roi, quoiqu'il 
en eut un de sa main. Il plaint aussi son chancelier 
qui a esté arresté par l'ordre du prince d'Orange et 
mené à la Tour où il court risque de la vie. II paroist 
par les desmarches de ce prince qu'il ne se soucie 
guères des loix d'Angleterre : il parle déjà en maitre, 
aiant cassé de son authorité une ordonnance que les 
seigneurs assemblés à Londres avoient faitte pour fer- 
mer les ports du royaume, aiant pris pour prétexte une 
requeste qu'il s'avoit fait présenter par q\ielques mar- 
chands de Londres. Nous ne croyons pas cependant 
que la liberté des passages soit encor établi. 
« Le roi est parti ce matin (i) en poste dans ma chaise 

(1) Lorsque le ror d'Angleterre partit de Bonloene le 5 janvier 1689, poar 
se rendre à Versailles, on luy tira toat le canon qn^il y aroit tant à la ville 
qu'au ehasteau qui estoit en osseï grand nombre, et on peut dirp que ce fust 
les dernières grosses dMcfaarges de canon que Von y fera dui0.iavant, ce 



4 JAirriBR 1Ô89 9 

roulante, aiant beaucoup d'empressement de se rendre 
auprès de sa Majesté pour lui demander sa protection 
sur laquelle il conte tout à fait. En me faisant l'honneur 
de m'embrasser, il me dit qu'il espéroit de me revoir 
bientost ici. J'aurai celui de vous rendre compte dans 
la suite de ce qu'aura produit en Angleterre la retraite 
du roy et les démarches du prince d'Orange et des 
Anglols. Trouvés bon cependant M. que j'assure V. A. 
qu'elle n'a pas un serviteur plus zélé, ni qui soit avec 
un plus profond respect, 

Jacques II fut reconnaissant envers le duc d' Aumont : 
j'en trouve la preuve dans la lettre que ce dernier écrivit 
au comte de Melfort et dotit le brouillon est en ma 
possession. 

« A. Boulogne, oe 9 février 1699. 

< Monsieur, 

c J'ai receu la lettre que vous avez pris la peine de m'es- 
crire, et je ressens, comme je dois, l'honneur qne me fait sa 
Majesté Britannique de vouloir bien se souvenir de moy. Je 
vous supplie de luy en faire mes très humbles remerdemens 
et de luy marquer qu'elle ne scauroit honorer personne de sa 
bienveillance qui ayt) pour Sa Majesté, un plus profond respect 
et un plus grand attachement à tous ses intérêts. Je m'esti- 
merois l'homme du monde le plus heureux si je pouvois avoir 
l'honneur de le conduire et accompagner à son retour en, 
Angleterre, et de bien pouvoir marquer par le sacrifice que je 
ferois de ses ennemis, rhorreur que j'ai conceu contre ceux 
qui ont été capables de manquer de fidélité à un si brave et 
un si bon prince. Je suis bien certain d'ailleurs, que le Boy, 
mon maÎBtre, m'en estimerois davantage. 

c Vostre courier vient d'arriver et la mer s'étant trouvée 
bonne, je Tay fait embarquer aussitost, croiant bien qu'il 
pouvait estre chargé de quelques paquets d'importance pour 
le service de sa Majesté Britannique ou le vostre. Je vous 
prie d'astre persuadé que je chercheray toujours les occasions 
de vouB faire conoitre qu'on ne peut estre plus passionément 
que je suis.... 

€ P. S. — Trouvés bon que j'assure icy madame la comtesse 
de Melfort de mes très humbles respects. » 



êa'on poiUfToit appeler los fiinér.iillos dos fortification» de Isi ville de 
lonlongne, parcoqne quinze jours après l'on travailla.! on faire la démolition, 
S'Uisqu'on commenta à y mettra le fer et le feu cour l'employé de la 
estmction de ces forteresse*', le jour de la Saint-I'irmin, 25 de janvier 1689. 
(Scotté« Ma»., p. ^m^ZI). 



10 l'annéb boulohnaisb 

Le duc d'Aumont parait diriger toutes les infor- 
mations d'Angleterre : il recevait le 3 mars un billet 
où Ton marquait : 

€ La Convention est changée en Parleman.On a pris 
la résolution d envoyer M. le maréchal de Chamber an 
Irlande.... > 

Un autre billet non daté, mais dans lequel on parle 
encore de Tenvoi en Irlande de M. de Schomberg, avec 
15 ou 16,000 hommes, dit que « les chire de Grafeton 
et de Nortunberland ont protesté avec tous les 
esvêques, hormis deux, contre le couronnement du 
prince d'Orange.... La plupart des seigneurs qui ont 
protesté se sont retirés chez eux au nombre de 44.... 
On doit couronner le prince et la princesse d'Orange 
le jour de la Saint-Georges. Depuis qu'ils sont déclarés 
roi et reine, le Roi a beaucoup plus d'amis qu'il n'avoit 
aiiparavant. Tout le peuple voit bien que le prince 
d'Orange n'est pas venu pour la religion, mais pour 
satisfaire son ambition. 3 

Le duc d'Aumont transmettait ces renseignements 
aux illustres exilés : c'est sans doute à cela que fait 
allusion le billet suivant : 

c Le vendrody 10, 7 heures da matin. 

c Monsieur le duc Daumont, 

c La Reyne vous remercie de la oontinuation de vos seings ; 
et moy je ne vous diray rien de nouveau en vous asseurant 
que personne n'est plus à vous que 

c Lausun. » 



5 janvier 1792. — Règlement d'ordre public. 

A cette date, les citoyens François Marie Belle, maires 
T. -P. Podevin, ï. Bouchard, Cléry, Loison, Sannicr, 
Ivart, Barce et ÎNoël, officiers municipaux et Wissocq, 
procureur de la commune^ réunis en corps municipal, 
délibéraient sur les moyens de pourvoir à la police et 
à la* sûreté de la ville. Considérant que dans un moment 
où la tranquillité publique est journellement menacée 
il était de leur devoir de faire revivre les anciens régie- 



6 JANVIER 1800 11 

ments, ils arrêtaient de faire exécuter une ordonnance 
du 19 mai 1774, laquelle portait : 

Défense à tous auberg'istes, cabaretiers, caffetiers et 
même à tous habitants de retirer chez eux ou de donner 
à boire aux militaires après la retraite battue, s*ils n'ont 
une permission par écrit du commandant de la place, à 
peine, pour la première fois, d'une amende qui ne 
pourra excéder 100 livres, ni être au-dessous de 24 livres ; 
amende doublée en cas de récidive, sans préjudice de 
plus forte peine, si le cas y échéoit. 

Défense, sous les mêmes peines, de donner à boire 
et à manger dans les cabarets, cafés et autres lieux 
publics, aux personnes résidantes dans la ville et fau- 
bourgs après la retraite bourgeoise sonnée. Idem, à tous 
individus quelconques les dimanches etfêtes,/>en£/an/ les 
heures de l'office paroissial. Les particuliers trouvés 
dans les endroits ci-dessus désignés seraient passibles 
d*une amende de 12 livres : ordre aux appariteurs 
de faire les visites nécessaires pour constater les contra- 
ventions. 

Les logeurs devaient, comme de nos jours, tenir re- 
gistre de leurs hôtes, et, sous peine d'amende, les com- 
muniquer à la police. 

Les contraventions étaient jugées par le tribunal de 
la mairie qu'on peut comparer à celui de la justice de 
paix. 



e janvier 1800 (16 nivôse an VIII). — Décès à 
Maubeuge du citoyen Baret, Jean -François, 
représentant du peuple, délégué des Consuls 
pour les départements du Nord et de l'Aisne. 

Si Ton veut juger de l'estime qu'avait su inspirer 
notre compatriote, il suffit de lire ce qui suit : 

€ L'an VlII et le 17 nivôse, les membres composant 
l'administration municipale de Maubeuge se ^ont réu- 
nis dans le lieu de leurs séances à neuf heures, à 
l'effet de régulariser la fête funèbre du citoyen Baret, 
délégu^ des Consuls dans la i'^'' division militaire, 
décédé en cette commune après dix-sept jours de ma- 



12 l'aHKÉB B0UIX>KNAI8E 

ladie, le seize, jour précédent, à onze heures du matin. 

€ La garde nationale et les citoyens qui avaient ap- 
précié les sentiments de justice du citoyen Baret, qui 
en avaient obtenu et des consolations et des bien- 
faits s'étant aussi réunis avec la garnison, l'adminis- 
tration en tête, le cortège se rendit au domicile du 
citoyen commandant de la place, où le citoyen délégué 
avait parcouru le cours de sa maladie et où il était 
décédé (rue du Vert-Bois). 

« Ce cortège fut distribué et, à dix heures et demie, 
partit en ordre pour se rendre au temple décadaire où 
un administrateur municipal retraça dans un discours 
succint, non l'étendue des vertus du citoyen délégué — 
il ne pouvait les apprécier entièrement — mais au moins 
il se fit un devoir de parler de ses belles actions en 
faveur de beaucoup d'opprimés à qui il avait sacrifié 
tous ses momens, même lorsqu'il était le plus dange- 
reusement malade. Ce discours fut précédé d'une dé- 
charge de la mousqueterie de garde nationale : il en fut 
de même à la fin 

a La tristesse et la consternation étaient peintes sur 
toutes les figures ; tous accompagnèrent leur oienfaiteur 
jusqu'à sa tombe, dernier asile que le sort lui des- 
tinait » 

L'homme qui était ainsi regretté naquit à Boulogne- 
sur-mer, sur la paroisse Saint -Nicolas, le 26 oc- 
tobre 1752, fils de Jean-François Baret, marchand, et 
de Charlotte Fortin. On a de lui le Discours pour 
l'ouverture d'un cours de langue française et belles-lettres^ 
prononcé à Malines le 17 octobre 1786, par M, Baret, 
maître es-arts de V Université de Paris. (A Malines de 
l'imp. de P.-J. Hanicq.) 

La Biographie universelle des Contemporains , comme 
celle de rirmin Didot frères, donnent à IBaret le prénom 
de Nicolas, parce que sur le titre du Courrier de V Escaut 
on lit : Rédacteur, N. Baret. Pour quelle raison avait-il 
adopté cette initiale ? Je l'ignore. Mais il paraît certain 
que le rédacteur du Courrier de l'Escaut, est bien 
celui des Ephémérides de V humanité, puis des Annales 
de la Motmrchie ; enfin le même personnage que Jean- 
François-Marie Baret, accusateur public à Bruxelles au 
9 vendémiaire an IV (Reg. de l'état-civil de Boulogne} 
puis membre du Conseil des Anciens, où, le 28 fymaire 
an VII, il prononça un discours en présentant au conseil 



7 Jànrua 1751 18 

Ja c Description topographique du Bouionnoie » par ke 
citoyens Delporte et J.-F. Henry. 

Son journal est le journal d un honnête homme, 
parlant avec franchise, ayant des principes qu*il exposait 
ainsi : « Il faut respecter les princes ; il ne faut pas pour 
les flatter trahir la vérité, ni les intérêts des peuples.... 
Je réunis deux titres assez disparâtres : celui de quaker, 
celui de gazettier. Comme quaker, je ne mentirai 
jamais. Comme gazettier, ne pouvant que parler d'après 
les autres, je ne réponds pas de ne jamais tromper, 
parce qu'alors j'aurai été trompé le premier... L'homme 
est né libre; il devoit l'être toujours. C'est contre la na- 
ture d'avoir des maîtres; mais nos vices ont rendu ces 
maîtres nécessaires. Avant que de vouloir nous en déli- 
vrer, délivrons-nous de nos défauts.... Nous devons 
être soumis à la loi ; mais nous ne sommes pas les 
propriétés des ministres de la loi. L'homme a engagé 
sa liberté politique ; mais jamais il ne peut engager sa 
liberté individuelle et personne n'a le droit de l'en dé- 
pouiller. » 



7 janvier 1751. — Messire Thanneguy du Chastel, 
abbé commendataire, fait déclaration des biens 
de Tabbaye de Samer. 

Ces déclarations, obligatoires depuis la fin du xvii*' 
siècle, sont très instructives et deviennent des documents 
qu'il est absolument nécessaire de consulter pour 
l'histoire des localités où se trouvaient les monastères. 

D'après une déclaration du 13 janvier 1729, les 
religieux avaient, ce à Samer et dans la paroisse, avec 
M. l'abbé, haute, moyenne et basse justice, police et 
seigneurie, droits de chasse et de pêche dans la rivière 
de Liane et deux ou trois ruisseaux qui y coulent et 
autres droits, selon la coutume du Boulonnois. Ils ont 
les mêmes confiscations et deffaults. Il leur en coûte 
beaucoup pour les soutenir et maintenir, et n'en retirent 
rien pour la grande pauvreté et misère des délinquans. » 
La justice était exercée par un grand bailli, un lieute- 
nant de bailli, un procureur fiscal et un greffier. 

Les signataires de la déclaration consignaient la 



14 L'ANNés BOULONKAISE 

tradition. Pour eux, le fondateur de Tabbaye fut un comte 
de Boulogne qui, en quittant le monde, céda à son frère 
cadet Valmer tous ses domaines, ne se reservant que « ce- 
lui que Ton a appelé comté de Samer depuis qu'il s'y est 
sanctifié. » La manse abbatiale et ce que Ton dénommait 
c le tiers lot » c'est-à-dire la troisième partie des biens 
que le fondateur s'était réservée, provenaient des revenus 
primitifs : « Il y a des biens de la dite manse et du 
tiers lot situés dans le diocèse d'Arras et il y en a 
d'autres qui sont dans le diocèse de Boulog^ne, mais 
qui sont situés dans le pays de TArtois et exempts, 
par conséouent, des impositions ecclésiastiques du 
diocèse de Boulogne. » 

Les biens de l'abbaye affermés aux religieux en 1729, 
donnaient un revenu de 10,534 livres à messire 
Jacques-Augustin de Thou, sur lesquels il devait 
déduire comme charges 1,711 livres, 18 sols (i). 

Au 7 janvier 175 1, le total des revenus montait à 
13,165 livres, 10 sols et les charges à 4,678 livres, 
9 sous 5 deniers (2). 



(1) c Biens affermez : fief, terre et seignearie de Samer, eoiusistant en droits 
de moutonno^e, afforagc, ^ambaçe, minette, étalage, tonlieu, poids; en droits 
de iustice qui ne pr^msent rien ; en cens, rentes seigneuriales ; en un 
moulin bannal, sis à Belloz:me ; en 16 à 18 mesures de prés, dont 2 à 3 
mesures à usage do labour, et autres terres et bois taillis ; 

c En terres, fiefs et seigneurie de Menneville, Choque], Viel-Moulier, la 
Callique, Campagnette et'Lottiiuçhen ; 

€ En dîmes grosses et menues de Taumône, du Brefidl, de Longuerccque, où 
Fabbaye seule a droit de dlnicr ;' 

c En dîmes d'AIincthun et de Lyanne, do Wirwignes, de Carly, de Men- 
neville, de Viel-Moutier, de la Callique, île Campa^oiette, de Lottinghen, 
de Besinghen et Goumay, do Courbet et Saint-Hiquier, de Belval~cn- 
Trois-Marmjettes, de Lacres, Raulers, de Cormont, d'Hubt'rsent, de Fodres 
Etrettil, d'Enquin, de Combeauville, de Questrecqne, de Condetle, de 
Sequière, d*Equihen, allenoontre de MM. les curés, etc. 

Tous ces biens affermés aux religieux de Tabbaye 
moyennant 10.534 B> 00 

Desquels déduits les biens d'Artois , 3,000 livres 
environ, reste 7.514 

Sur lesquels il y a comme charges 1.711 18.4 

Reste. . . 5.802 1.9 

(2) Charges: Décimes ordinaires 1.171 Ib 

Le moine lay 150 

Pension au séminaire de Boulogne 150 

Pension au curé de Samer 400 

— — de Dcsvres 100 

— au vicaire de Samer 150 

— au grand bailli do Samer 50 

— au lieutenant du bailli 10 

— au procureur d*ofiQce 40 

— au trois gardes 150 



8 JAHTUB ]767 10 

8 janvier 1767. — « Le fermier du domaine, à 
Amiens, écrit au receveur de Tabbaye de Long- 
villiers qu'il ne lui est pas possible de lui pro- 
curer aucun renseignement sur une rente due 
aux religieux a au lieu de harang. r> 

Comme Jacquin, signataire de la lettre , nous 
avons cherché en vain l'origine de la redevance que 
le Cueilloir des rentes et censives de l'abbaye de Long- 
villiers désigne en ces termes : 

Les receveurs du domaine en Boullenots, pour douze 
milliers de harans^ doivent payer à la Saint-André, 
6o livres ; 

Pour le château d'Estapes, cent sols parisis royal ; 

Pour le château de Bellef ont aine, ? liv. parisis royal. 

Faut-il, d*après la coutume si fréquente du comte 
Matthieu de payer ses aumônes ou ses dettes en ha* 
rengs, lui attribuer ces libéralités? 

La mention du château d'Etaples fait songer à lui (i). 

Le monastère de Longvilliers, dit-on, remonte 
au séjour que saint Bernard fit en notre pays 
vers 1 1 34. 

A cette époque, la princesse Mahaut de Boulogne, 
se voyant sur le point de mourir en couches, invoqua 
ce saint, fut guérie {Rec, des Hist. des Gaules, t. XI\ ) ; 



Rntroden des choann de vingt-quatre églises bâtiments, etc. 1.075 fi» 9.5 

Entretien des moalins, le tiers 500 

An yioaire de Menne^e 75 

A l'égUse de Wirwi^nes. 25 

Anm^e dn jendi saint,' dix sentiers de blé 48 

Prix dn ftxy aux confrère de Farbalette 30 

Contribution h la taxe des ponts et chemins 200 

A rarpenteur du bois de l'Épèche 24 

Frais de perception 800 

Frais de poursîdtes, pain et eau des prisonniers et gages . . 80 

4.67b 9.5 

(1) Qu'on nous permette encore une induction. On eut frappé de la 
DTéffllection du comte Mathieu pour les lieux voisins de la Canche. 
X-t-il choisi Etaples comme centi'e de ses possessions qui 8*étend>iiont 
iuson'à Lena ? ou faut-il se souvenir que l'an de ses successeurs, Philippe 
le Hurepol a construit le château de Boulogne en 1231, et qu'il a ad 
s'imposer oette dépense parce que le vieux palais des comtes ne lui 
panossait plus assez jfort pour le garanti rcontre ses ennemis f Cette raison 
a-t-elle déterminé le choix du comte Mathieu? Il est enterré à Saint-Josse. 
Sa femme s'est retirée à Montreuil.*. 



16 i/àXUCÈE BOOLOmrAXSB 

et la fondation de l'abbaye fut Taccomplissement de 
son vœu. Saint Bernard, d*après le témoignage de 
ses lettres (Eptst., t. I, p. 344, Ed. Horst), travailla 
à cet établissement. Toutefois le père Le Quien en 
attribue la création à la reconnaissance, envers le ciel, 
d'Etienne de Blois et de Mahaut, devenus roi et reine 
d'Angleterre (1135). ^^ ajoute que la nouvelle reine 
laissa au monastère des biens considérables € qui y 
sont encore » (i). 

Dans le protocole des déclarations de leurs biens 
au xviii' siècle, les religieux de Longvilliers rappellent 
que leur abbaye fut fondée par Etienne, roi d'An- 
gleterre, et Mahaut, sa femme (2), nièce de Godefroi 
de Bouillon « qui a esté nourit dans le chasteau de 
Longvilliers, où est une tour qui porte son nom, » 

Cette tradition n'est peut-être pas à dédaigner ; elle 
jette quelque lueur sur le choix de la localité pour y 
élever une abbaye. 

Si Ton en croit l'auteur de la chanson du Ckei'alier 
au Cygne^ le comte de Boulogne y possédait une mé- 
tairie. 

A l'occasion lors des fêtes données par Eustache II à 
son retour à Boulogne, après son mariage avec Ide de 
Lorraine, le poète nous dit : 



Quand il fat revenus, l'estoire le tesmoigne, 
Son Benesoal commande esroment, sans aloigne, 
Qu'il aparout see noohes, moult bien œ 11 besoigne.. .. 

Li senescaz s'en tome, qui n'ot soing d'atargier ; 



fl) Mèm, nar VBUt. du Boni, attiibuôs au père Lcqoien» p. 94. Le premier 
abb<6 du monastère se nommait Gnillaume : il est cité dans une charte de 
Thierry d'Alsace, comte de Flandres, vers 1143 (OoU. Ckritt, III, p. 525). En 
fév. 1198, le roi Philipi)e confirme à cette abbaye la rente d'un marc d'arccnt 
à elle assicnô sur les moulins de Hesdin, par Te comte de Flandres Philippe 
d'Alsace, Erère du comte Matthieu. C'est cette rente que le cuàUoir^ do 1 /w, 
désigne comme suit : € à Hesdin, nous avons droit do prendre et n^oevoir tous 
les ans sur le domaine de Hesdin que donna et ausmona Philippe de 
Bourgogne (sic) pour avoir du pain a chanter, un marc d'argaU, estimé à 
80 sous parisis : Il faut recou\rer le titre >. S'ils l'ont i-ecouvi^, les moine», 
ont dû reconnaître qu'ils attiiboaient à Philippe de Bourgogne ce qui leur 
venait de Philippe d' Alsace. Une charte du 24 avril i200 rappdle que 
Matthieu avait donné 100 livres. On remarquera par les donations de Thierry, 
de MatUùeu et de Philippe, l'attachement de 1& maison d'Al>act; pour 
l'abbave de Long^'il tiers. 

(8) lU ne se trompaient que sur la date qu'ils ilxaient à 1113. (Voir Bull. 
Soc. Acad, t. H, p. 403. i^éctor. «ks^iciu». publiée par M. U Bén:ird.) 



9 JANVIER 1727 17 



iBnelement et iost monta sur . I. destrier ; 
Âinc ne volt arester, si vint à Loncviler, 
lÀ où li quens Witasses avoit son moitoier, 
Que motoDs et berbis i avoit . I. millier. 



Une ferme avec un millier de moutons était digne 
d*uii prince, et Ton sait que la richesse des seigneurs 
de cette époque consistait surtout en domaines dont ils 
tiraient la subsistance de leurs nombreux compa- 
gnons. 

La tour dite de Godefroi est^-elle un reste de cette 
métairie } 

Le poète ajoute qu'Eustache donna cette ferme à sa 
femme : 



Bêle, ce dist 11 quens, des ici en avant 
Soit 1a moitoîerie tôt à voatre oommant. 



Les paroles des trouvères ne sont pas toujours pa- 
roles d évangile ; mais Fauteur de la Chanson du Cygne 
est un Boulonnais, comme je le prouverai quelque jour. 
Il écrit au xni* siècle, pour les successeurs d'Eus- 
tache II ; cette métairie existait sans doute encore ; le 
don qui en fut fait à la comtesse Ide pourrait lavoir 
déterminée à séjourner quelque temps avec son fils, 
Godefroi de Bouillon, dans un lieu si propice au déve- 
loppement de la santé et des forces d un enfant : de là 
le nom donné à la tour > 



9 janvier 1727. — La cathédrale Notre-Danie fail- 
lit à être consumée dans la nuit du 9 au 
10 janvier. Le 2 février suivant, en reconnais- 
sance de sa préservation, Messieurs du cha- 
pitre organisèrent une procession générale pour 
remercier Dieu. 



A plusieurs reprises cette église fut menacée de 
destruction : les éléments semblaient conjurés contre 

2 



18 l'ankék boulonnaiss 

elle. Dans la nuit du 13 au 14 décembre 1367, le clo- 
cher, abattu par la force du vent, endommagea fort 
les voûtes : le roi Charles V accorda par deux fois une 
somme de mille francs d'or pour refaire ce clocher, 
réparer les voûtes et les couvrir de plomb. 

On lit au 23 janvier 1739 : « actions de grâces rendues 
à Dieu de ce qu'il lui a plu préserver l'église du feu du 
tonnerre tombé sur le clocher et dans Tallée de la sa- 
cristie de la chapelle Notre-Dame, le i ç janvier, sur les 
onze heures et demie de la nuit. » 

Les registres capitulaires mentionnent fréquem- 
ment la réparation des vitraux endommagés par la 
tempête. 

Ces vitraux eurent également à craindre, paraît-il, 
Teffet des décharges d'artillerie du château voisin, et 
messieurs du chapitre prièrent à maintes reprises le 
gouverneur ou le commandant de la place, de pointer 
les canons vers le val Saint-Martin lorsqu'ils ordon- 
naient les salves de réjouissance aux jours de fêtes. 

La démolition de la tour Saint -Jean, que l'on fit 
sauter au moyen de la mine, au mois d'avril 1689, 
inspira aussi de grandes craintes; mais on prit des 
précautions. 



10 janvier 1342 (v. st.). — Les maïeur et éche- 
vins de Boulogne déclarent que messire Phi- 
lippe de Bourgogne, comte de Boulogne et 
d'Auvergne, et madame Jehenne, sa femme, ont 
octroyé des lettres de confirmation de leurs 
privilèges. 

C'est la confirmation de la charte accordée en fé- 
vrier 1331 par Guillaume Xll, père de la comtesse 
Jeanne, dite l'héritière de Boulogne, et qui devait de- 
venir reine de France. 

Cette princesse figure dans un roman du xv* siècle, 
fort curieux, où elle est représentée comme une héroïne 
de l'amour conjugal qui, délaissée après trois années de 
mariage sans enfants, par un époux qui l'adorait, réussit 
à accomplir les trois conditions d'un vœu fatal fait par 



10 JANVIER 1342 19 

Philippe d'Artois : eUe devient enceinte de lui sans 
qu'il le sût ; elle obtient de lui, sans qu'il le sût 
et son diamant noir et son coursier favori. Tout cela, 
sous rhabit de varlet qui Tempêcha d'être reconnue. 
C'est sous ce costume qu'elle devint la confidente de 
l'amour de son mari pour la fille du roi de Castille, à 
laquelle elle se substitua. 

Telle est la donnée principale du Livre du très cheva- 
leur eux d'Artois et de sa femme^la fille au comte 
de Boulogne y édité en 1837, chez Techener, par M. J. 
Barrois, en un vol. in-4®, imprimé en caractères go- 
thiques ; donnée qui est aussi celle de plusieurs contes 
du moyen âge. 

A première vue, rien de plus dissemblable à la réalité 
que la fiction du roman. Lorsqu'ils s'unirent en ma- 
riage, le comte Philippe avait quinze ans et la comtesse 
Jeanne, douze ans : le jeune époux, selon l'usage, 
devait encore faire son apprentissage des armes à la 
cour de quelque puissant seigneur, ou à la cour du roi 
de France. 

Comme il n'existe guère de légende sans qu'il y ait 
un fonds de vérité, si faible qu'il soit, on est tenté de 
chercher dans le roman l'écho d'une aventure d'amour. 
Loin de sa jeune femme restée sous la tutelle de Mar- 
guerite d'Evreux, sa mère, Philippe d'Artois a pu n'être 
pas insensible ; peut-être conjuguait-il le verbe aimer 
lorsque la prudence dés parents songea à le mettre en 
présence de son épouse dont la grâce l'emporta. 

Faut-il y voir autre chose > L'histoire nous apprend 
que leur fils naquit vers 1346, douze ans après 
leur union. Il y avait eu auparavant une ou deux filles 
mortes en bas âge, dont on ne précise pas la date de 
naissance. On préjuge toutefois que ces naissances se 
firent attendre : la douleur de n'avoir pas d'enfants 
a pu éloigner le mari de sa femme ! 

Ce qui me fait insister sur ces points, c'est qu'à tra- 
vers le roman, il y a par ci par là des souvenirs 
poétisés de l'histoire réelle. L'auteur fait accomplir des 
exploits au comte Philippe dans une région où il s'est 
réellement distingué, dans le Midi. 

En 134J, Eudes de Bourgogne, son père, ayant 
équipé mille gens d'armes se rendit avec lui à la cour 
du Roi qui les accueillit honorablement. Ils suivirent 
le duc de Normandie, eurent part à tous ses combats, 



20 l'aKITÉB BOULOiTKAœR 

à Rhodez, à Toulouse; prirent le château de Mire- 
mont, la ville de Villefranche en Agenois; firent le 
siège d*Angoulême, de Tomain ; enfin, celui du châ- 
teau d'Aiguillon où le comte Philippe trouva la mort 
vers le 20 août 1346 (i), 

Froissard montre Philippe c pour le temps conte 
d* Artois et de BouUoigne, comme un moult jeune 
chevalier plein de grandVolonté, ainsi que jà le mon- 
tra qui, sitôt que Tescarmouche fut commencée, ne 
voulut pas être des derniers, mais s*arma et monta sur 
un coursier fort et roide mâlement et de grande hâte. » 

On reconnaît là le héros du roman, hardi et ardent. 

Sa mort fut fatale à Calais qu'elle priva d'un dé* 
fenseur naturel. Lors du siège de 1346, Calais apparte- 
nait au comte d'Artois. 

M. J. Barrois a contesté la qualité de comte d'Artois 
à Philippe de Bourgogne : il était l'héritier, dit-il en 
son introduction ; mais il n'avait pas pris possession. 
Comment faire concorder cette affirmation avec un acte 
du 13 février 1341, que j'ai sous les yeux, passé devant 
le pouvoir « de Madame de BouUoigne, comtesse 
d'Artois t et avec l'appellation de comte de Boulioîgne 
et d'Artois que Froissard, contemporain, donne à Phi- 
lippe de Bourgogne > 



11 janvier 1629. — Deffenses très expresses de 
sortir de la province de Picardie des blés pour 
le transporter hors du royaume. 

Les lettres du roi données à cet effet, furent € lues 
c et publiées à son de tambour et cry publicq au 
€ devant de la croix, sur la place et marché du 
« bourg de Samer au bois, et coppiées, affichées 
« au lieu accoutumé d'afficher par le greffier dans 
« Samer, le XI janvier 1629. (Reg. aux causes du 
€ bailliage de Samer.) 



(1) Et non le 22 septembre comme on l'a dit. Froûtsard précise qu'asses 
tôt après la mort de messire Ptiilippe. les nouvelles arrivèrent de la bataille 
de Creggy ; one lettre dn comte Derby, conservéi^ par Robert d'A^-esbury, 
conflnne le fait, en fixant au 20 août la levée du siège d'Aiguillon. 



13 JANViBR 1785 21 

12 janvier 1785. — l.es Ihrbitaiis tie Boulojïne- 
sur-mer et nombre d'étrangers sont venus voir 
enfler dans cette cour (Hôtel des Bains), un 
superbe aérostat de 102 pieds de circonférence. 
Ainsi débute rinscription commémorative 
consacrée par M. Cléry de Bécourt, à son ami 
Pilaire dit du Rosier (1). 

L'entreprise remontait à la fin de Tannée 1784. Cet 
intriguant^ disait-on de lui le 29 novembre, «a capté la 
bienveillance du contrôleur général au point de se 
faire charger par ce ministre de la construction d'un 
ballon qu'il appelle improprement une montgolfière, 
depuis qu*îl y a adapté un globe qui sera rempli d*air 
inflammable et que le réchaud avec le feu n en sera 
Que le second agent. On ne sait pas ce qui résultera 
ae ces deux moyens combinés ensemble, dont l'effet 
pouRROiT ÊTRE FUNESTE. Quoi qu'il eu soiL le sieur 
Pilastre fait voir ce ballon dans une salle des Tuilleries, 
moyennant de l'argent, et il fait accroire qu'il traversera 
la mer sur cette diligence aérienne. (Mém, Secrets, 

t. xxvn, p. 46.) 

L'affaire faisait du bruit et il y avait émulation, car 
Blanchard, de son côté, projetait de se rendre à 
Douvres et de passer de là sur le continent. « 11 faut 
voir qui des deux réussira le mieux. En attendant, le 
!«•' décembre, le charlatan Pilatre a ouvert son musée 
dans les nouveaux bâtiments du Palais Royal avec 
beaucoup d'appareil et, entre autres choses, avec une 
illumination en feux de couleur. » (Mém. Secrets, 
t. XXVII, p. 67.) 




du Roider, aabei^ste, et de Mai^elciiie Wilmard, son épouse, de cette 
paroisse (Saint-Simon); D a eu poor pnrein le sleup Franco» Perin, mar- 
ehanil H échevin de ceste paroisse, et pour marHne, demoiselle Uargaerite 
Robert, Aponse du sieur Joseph Machanaly, dit L'Orange, maistre boulanger 
et éc'hevin ansfd de cette paroinse qui om'sÎAndïi.... > 

iBstrmUduJUgùiredtUsHUtdeiiiBtM,^ 



22 l'annéb boulonnaisb 

Ce n'est point de Calais, c'est de Boulogne que le 
sieur Piiatre de Rosier se propose de « s*envoler pour 
l'Angleterre » lisons-nous dans une lettre datée de 
notre ville, le 22 décembre 1784. On ajoutait : 

€ Parti de Paris dès le vingt décembre, arrivé le 
vingt ot un, il a parcouru la côte le vingt-deux. 

c Le point de départ est fixé sur les débris de 
l'emplacement de la fameuse Tour d'Ordre, bâtie par 
Caligula, et d'où cet empereur partoit pour aller faire 
ses promenades ridicules sur les côtes de Bretagne. 
Cet endroit a été reconnu le plus favorable pour 
franchir avec moins de danger notre détroit. Il est élevé 
à pic de deux cens pieds au-dessus de la mer. 

€ Nous avions commencé par recevoir tous les 
ustensiles de l'aéronaute et sa machine; nous jouissons 
enfin de sa personne. 

« Quant au ballon, il est doré comme un bijou ; on 
voit qu'il n'a pas été fabriqué aux dépens d'un par- 
ticulier; s'il n'étoit aussi immense, ce serait le plus joli 
colifichet du monde. Du reste, le procédé est nouveau : 
c'est un mélange des deux agens, du feu et de l'air 
inflammable ; ce qui fait nommer cette machine : carlo- 
montgolfière. 

« Nos physiciens ont interrogé le sieur Piiatre, qui 
n'est pas foncé et parle mal. Mais le défaut de savoir 
est compensé chez lui par une grande audace, par une 
activité prodigieuse et par un esprit d'intrigue incon- 
cevable, qui lui a fait supplanter tous ses concurrèns, 
bien plus dignes de la confiance du gouvernement, 
surtout M, Charles^ auquel on ne peut refuser beaucoup 
de connaissances : c'est lui qui le premier a réduit en 
art cette découverte. 

« Quoiqu'il en soit, il faut attendre à présent le 
moment du vent. Du reste, s'il le permet, le départ est 
fixé du premier au six janvier 1785. 

« Entre les peintures qui décorent le pourtour du 
ballon, on lit ces deux mauvais vers en l'honneur de 
M. le contrôleur général qui a fourni à la dépense : 

Galonné, des Français soutenant l'industrie, 
Inspire les talens, les arts et le gënie. 

€ Mais ce distique sera mieux payé que ne Ta été le 
pocmc deMilton. > (Afém. Secrets, p. 122). 



î 2 JANVIER 1785 23 

Dans uae autre du 2 janvier 1785 on dit : 

c Le Pas-de-Calais doit être incessamment témoin 
d'un combat d'un genre nouveau. Le sieur Pilatre de 
Rosier est dans notre ville avec son ballon aérostatique. 
La tour antique de Caligula, aujourd'hui la Tour- 
' d'Odre, est fixée pour le point de départ. Toutes les 
dispositions sont faites, Tintrépide voyageur n'attend 
qu'un vent favorable. 

c De l'autre côté, M. Blanchard attend à Douvres 
une pareille occasion. Ainsi c'est le vent qui doit décider 
qui des deux concurrens aura la gloire de franchir le 
premier ce fameux passage. 

c En applaudissant avec toute l'Europe au succès 
des diverses entreprises qu'ils ont déjà faites, je ne 
puis m'empêcher de frémir de leur témérité. Us méritent 
certainement qu'on s'intéresse à leur sort; et j'aurais 
souhaité qu'ils eussent choisi pour ce dangereux voyage 
une saison plus favorable et qui leur laissât moins 
craindre l'inconstance des vents. » 

Autre lettre de Boulogne-sur-mer du 4 janvier 1785 : 

€ M. Pilatre de Rosier qui était parti vers Noël pour 
se rendre à Douvres, est de retour ici. Arrivé seulement 
le 27 décembre au lieu du départ de son rival, il a vu 
avec douleur que celui-ci était prêt et n'attendait que le 
vent favorable. Effrayé lui-même du danger que court 
M. Blanchard, il a dit que si celui-ci passe seul, il y a 
six contre un à parier qu'il se notera, et que s'il prend 
pour compagnon le docteur JeSeries, le danger aug- 
mente, et il parierait dix contre un. 

€ Le 29 au matin, M. Pilatre a quitté Douvres et est 
ailé à Londres, sous prétexte de faire des acquisitions 
d'instrumens dont il a besoin pour son cabinet de 
physique. 

< Quoiqu'il en soit, depuis son retour, il paraît avoir 
mis de l'eau dans son vin ; il n'a plus la même intré- 
pidité. Il convient que M. Blanchard, qui n'est pas aussi 
bon physicien que lui, a plus d'avantage par sa position, 
puis qu'il a des côtés immenses à attaquer et trois vents 
favorables, tandis que lui, Pilatre, n'a qu'un point et 
qu'un air de vent pour lui. 

€ M. Pilatre prétend au surplus que l'enveloppe de 
son ballon est imperméable à l'air inflammable; qu'il 
pourrait rester six mois dans les airs sans s'en em- 
barrasser, et que si le vent ne le portait pas à Londres, 



24 l'aNKÉE BOULONNAI8E 

il se rendrait en Amérique. Tout cela, pure fanfa- 
ronnade. Le vrai est qu'il n*a pas assez prévu les 
difficultés, je ne dis pas de son voyage par les airs et 
au-dessus d'une immensité d'eau, mais du local, de la 
saison et des circonstances. On croit qu'il remettra la 
partie au mois de mai. Ce qu'il y a de sûr c'est que 
l'embarras seul d'élever la tente commandée pour 
abriter une machine aussi énorme que sa Mont- 
golfière, doit retarder au moins d'un mois l'en- 
treprise. Et puis comment l'exposer sur les bords 
de la mer, où les vents les plus violens souflSent 
presque continuellement dans l'hiver. » {Mém, SecretSy 
t. XXVIII, p. 26.) 

En effet, Blanchard avait choisi mieux, avait tous les 
avantages de son côté. Son succès, néanmoins, porta 
un grand coup à son rival. « Il n'attache plus aucune 
gloire à traverser la Manche s'il est devancé ! » écrivait- 
on. Il fut devancé et, comme s'il s'agissait d'une simple 
course de vitesse, le public, ébloui, passa du côté de 
Blanchard : « C'est un brouhaha incroyable dans Paris 
et les enthousiastes de la navigation aérienne parlent de 
se rendre en Amérique. » 

A partir de ce moment commence le long martyre 
de l'infortuné aéronaute. On lui en voulait en haut 
lieu, et comme il manifestait l'intention de renoncer 
à son projet, il paraît — d'après une correspondance 
du Courrier de l'Escaut (i) — qu'il reçut a ordre 
dé la cour de retourner à Boulogne et de risquer le 
passage. » 

Ce serait donc sur cet ordre de a risquer le passage » 
que le 12 janvier 1785, Pilatre fît gonfler vainement son 
ballon, les vents contraires ayant empêché ce premier 
départ. 



<h Au sujet de ce qu' € il paraissoit hont<^ux <jnd le premier bullon qui 
ait franchi l'Océan fut parti des cosies de l'Angleterre, > le rédacteur de 
celtp fpuille, notre compatriote Barot, observait avec raison: Otte honte ne 
seroit pas fondée ; c'est un François qui a exécuté cette entreprise hardie et 
avec des circonstances infiniment glorieuses pour lui et nour la nation. 
C'est un honneur qu'» les An.dois ne seront jamais en droit ae disputer à î-i 




f)artjmt de Boulogne par un vent .sud-sud-est C|ui me paroît le plus favorable, 
es aéronautes auroienl tout à craindre, si la direction de ce vent dérivoit un 
peu plus sur b sud. (Ontfriêr de PSÊcarU, janvier 1785.) 



14 JANVIA 1729 25 



13 janvier 1339 (v. si). — Les Anglais ravagent 
le bourg de Boulogne. 

• 

Environ la fête de saint Hilaire, un navire de Sand- 
wich captura un bâtiment français dans lequel se 
trouvaient quatre bourgeois des principaux de Bou- 
logne qui, pour sauver leur vie, donnèrent plusieurs 
renseignements sur l'état de cette ville. Aussitôt, Wil- 
lams de Clynton, comte de Huntyngton, arme plusieurs 
vaisseaux des Cinque-Ports et, suivant les informations 
des bourgeois boulonnais, aborde subitement au port à 
la faveur du brouillard et y détruit par le feu dix*sept 
galiotes et cent soixante barques et bateaux, avec tout 
ce qu*ils contenaient, Il tue aussi cinq cents hommes 
tant des équipages que de ceux venus pour secourir les 
marins. 

Tel est le récit, qui complète et rectifie ce que tous 
nos historiens ont dit sur cet événement. Il est tiré de 
la Chronique de Melsa, t. III, p. 43, collection des Chro- 
nicles and Memorials donnés à la ville de Boulogne par 
le gouvernement anglais en 1876. 



U janvier 1729. — Déclaration des biens et 
charges de l'église Saint-Léonard. 

Le patron de Téglise est saint Léonard; le patron 
de la cure, Tabbé de Saint-Vulmer ; le coUateur, mon- 
seigneur l'evecque de Boulong^e. 
Les revenus affermés comprennent : 
Les deux tiers de la grande dixme, quelques novalles 
et la dixme verte affermés à Robert Baromel (>) par 
bail du 29 mai 1728 devant Mariette, notaire à Bou- 
logne, pour la somme de 4^0 ft 

Menues dùcmes qu'il (le curé) tient par ses mains. 20 

En casuel 15 

Obits et fondations 12 

Total 477 Ib 



26 L'ANKéE BOULONNAISE 

Desquels il faut déduire comme charges : 
Pour réparations à Téglise c qui a été autrefois 
brûlée par les Anglois, qui est vieilli et ca- 
duque et sujette à de grands frais » année 
commune. • . . . 77 Ib 

Reste net. . \ . . 400 fb 



15 janvier 1725. — Destitution du père Hardy, 
directeur des Annonciades : les religieuses les 
plus opiniâtres sont mises dans la prison du 
couvent 

A cette époque, Tévêque Ilenriau purgeait le diocèse 
infesté par l'hérésie du Jansénisme que son prédéces- 
seur avait propagée. 

Vingt-six religieuses de TAnnonciade suivaient les 
dogmes proscrits et refusaient de se soumettra. Exhor- 
tations, menaces, rien n'ébranlait leur conviction : 
l'affaire en arriva à une crise irritante que nous laisse- 
rons raconter à Antoine Scotté : 

c Le 10 du mois de juillet 1726, M. Henriau fut à 
sept heures du soir dans sa berlingue, accompagné de 
M. Ferret, son grand vicaire. Après avoir sommé plu- 
sieurs fois ces religieuses, dont la supérieure estoit du 
parti infecté, de luy accorder de bonne grâce la sortie 
de ce couvent d'une religieuse professe pour la remettre 
et envoyer à Dunkerque, d'où elle est, pour y prendre 
son air natal, à cause de ses grandes infirmités et des 
mauvais traitements qu'elle recevoit des religieuses 
partisantes de M. de Langle, elle qui tenoit le bon 
parti; sur le refus que ces religieuses firent à M. Hen- 
riau de leur délivrer cette pauvre religieuse, l'évesque 
sortit de sa berlingue et dict à la tourière de ce convent 
qu'on luy eust ouvert la porte de ce convent, ce qu'on 
luy refusa. Il demanda à la tourière externe qu'elle luy 
ouvrit la porte de leur église, ce qu'elle fist. M Henriau 
ordonna de faire sauter la serrure de la sacristie et du 
parloire qui communique l'entrée de ce convent. Les 
portes estants ainsy ouvertes, mondit seigneur evesque 



15 jAirviBE 1725 27 

entra dans ce convent avec sa suitte el demanda cette 
religieuse infirme. Toutes les religieuses du party con- 
traire ont commencé à chanter pouilles à M. Tevesque, 
Ce prélat plein de bonté se contenta de prendre des 
tesmoins de Tinsulte qu'on luy faisoit et fîst informer 
et fîst sortir avec luv cette pauvre religieuse maltraictée, 
la fist monter avec luy dans sa berlingue et la mist en 
garde chez la veufve madame deLompré où elle coucha ; 
et le lendemain, ii juillet 1726, elle partit dans une 
charette, habillée en bourgeoise, accompagnée de la 
fille de ladite dame de Lompré. . . » 

La scène, telle que la raconte Scotté, en sa Descrip- 
tion de Boulogne et du Boulognois f f* 79 du mss orig. ) 
est vive. EDe eut d'autres suites. Après son exécution 
sommaire, l'évêque fit clore le parloir, défendit toute 
communication extérieure aux religieuses et obtint , le 
ji janvier, une lettre de cachet avec ordre du roi, de 
laire sortir du monastère trois religieuses des plus opi- 
niâtres qui furent conduites sous Tescorte ^ chacune 
d'un prestre et d'un archer » en des chaises rou- 
lantes dans les communautés d'IIesdin, Bergues et 
Dunkerque, où on ne voulut pas d'abord les y recevoir. 

Antoine Scotté jubile en racontant l'affaire ; plus 
loin (pages 358 à 374) il peut à peine contenir sa joie 
quand il raconte comment l'évêque Henriau purgea le 
diocèse : « Cela a commencé par le sieur Mosnier, 
grand vicaire infernal ... le sieur Gaultier, officiai in- 
fernal . • > Il dévide ensuite la liste, piétinant sur les 
vaincus. Expulsions, interdictions, exils, rien ne lui 
semble trop dur contre les jansénistes. Il exulte, il 
porte en son cœur l'évêque ; tandis qu'avec la même 
passion, la même injustice, Saint Simon consacrait au 
prélat une page terriole de ses Mémoires (i). 

(1) € Ils (les iéiniitPi^)»déconvrirent an certain Henriot de la plus basse 
lie aa peuple, décrié ponr «es mœurs et ses friponneiies. Ce fut leur homme; 
ils le Arent tatear de 1 abbé de Lyonne, c)i<^z lequel il s'enriohit par la vente 
de toates les collations. Ce nonobstant, Henriot, valet à tout faire, parut un 
si grand sujet au ])ère Tellier, et si à sa main, qu'il le chargea dans Paris de 
plnsieiirs commissions extraordinaires dans des couvents de iUles, appuyé 
yar Pontcbaitrain, qui se délectait de mal faire, et qui faisait bai>semeut s-.i 
cour au père Tellier. Tous deux firent l'impossible aui)rèsduroi pour le f.iin» 
évèqiK*, sans que jamais le roi, (|ui était insitrait sur ce oompapion, l<>s voulut 
écouter. Les chels de la constitution ^e firent un capital de le Liire évé<)ue 
dans la Réfcenoe, <»t réussirent enfin à le faire évéque, ou pour mieux dire, 
Unp tU BoiUcçMt, à la mort de M. de Langle. Rien en tout ne pouvait être 
pins parfaileni^nt dixseuiblable. Henriot connu cl p:ir con&équent parf.ii- 
tement méprisé et détesté, y vécut et y roonrnt en loup. Ce fut un de?* 



28 l'année B1>UIiOIINAI8B 



16 janvier 1557 (v. si). — I.es chanoines de 
Thérouanne commencent le service divin eu 
Téglise Saint Wlmer^ depuis la veille iie la 
Toussaint jusqu'à cette date. 

Ces chanoines étaient au nombre de dix-sept qui , 
avec quatre autres, pourvus de prébendes formées des 
mense et revenu de Tabbaye Notre-Dame, compo- 
sèrent le chapitre de la cathédrale, en suite de Térection 
du diocèse de Boulogne. Le chapitre de Notre-Dame 
comptait parmi ses dignitaires un doyen, deux archi- 
diacres, un chantre, un trésorier, un pénitencier, un 
théologal ou écolâtre et. parmi ses sujets, le sacristain, 
le maître de musique, six enfants de chœur, dix ou 
douze chapelains, un sonneur ; deux bedeaux et mas- 
siers, cinq ou six chantres et un organiste. 

Dans ses éphémérides publiées par le journal Xlmpar^ 
tial, le 24 juillet 1869, M. Tabbé D. Haigneré a dit ce 
que c'était qu'un chanoine autrefois : a Les chapitres 
étaient des corps ecclésiastiques et l'on y était nommé 
à tout âge, pourvu que Ton trouvât un patron autorisé 
qui voulut bien vous y présenter. Il nV avait du reste, 
aucune obligation à ce que les titulaires reçussent 
Tordre de la prêtrise et Ton pouvait être chanoine- 
clerc pourvu que Ton eut la tonsure, qu'on portât 
habituellement le costume ecclésiastique et que Ton 
assistât aux offices de chœur.. . » Sur ce dernier 
point les chanoines étaient intraitables Tun pour l'autre 
et n'accordaient aucune dispense, même en cas de mala- 
die, sous peine de retranchement de la distribution (r). 
Cette distribution peut se comparera des jetons depré- 



pr<^niicra évAqaos que le cardinnl Fl«ary voulut sacrer. 11 en ftt la oérémonie 




quMl fit plus lard son vioaire ^néral et qui fut le pluM drôle des pr^treii. 

(1) Ationdu aae ce seroil faciliter la d<toerdon des offiees ( icto du 15 no- 
vembre 1741). Kn vain M. Oieaset fit valoir ses infirmités, son grand âge, 
f et qu'il B*éioit pas assez riche pour perdre chaque jour, les huit sous de 
rétribution ordinaire des m'itines, » on ne voulut pas 1^ dispenser. Je n'ai 
i^ncontré de dispense <|u'en faveur du clianoine llertault, le 15 m.irs 1723. 
|%ncore loi fût-eUe retirée peu apr^. 



16 JAxrriMB 1557 29 

sence donnés et dus pour telle ou telle cérémonie : tant 
pour les obits, tant pour d*autres offices, etc. Leurs 
revenus consistaient en ^ros fruits, en tours de messes 
et en ces distributions qui se payaient en argent et par 
portions égales. Seuls, les quatre plus anciens chanoines 
avaient le privilège d*avoir chacun l'une des maisons 
provenant de l'ancienne abbaye. Antoine Scotté dit, 
et nous savons de reste, que les dignités du chapitre de 
Boulogne étaient d'un petit revenu, excepté celle de pre- 
mier archidiacre. Celui-ci avait une très belle maison 
léguée par M. de La Planche, ancien archidiacre et 
chanoine, hôtel et jardin, quelques arpents de bois 
au lieu dit VHermitage^ sous la charge d'y placer un 
ermite et d'y dire ou faire dire la messe tous les di- 
manches. 

Le chapitre de Boulogne tenait fortement à ses privi- 
lèges assez étendus : au premier rang il comptait 
le droit de juridiction sur ses sujets. 11 soutint plu- 
sieurs procès avec l'évcque que, d'ailleurs, il ne re- 
connaissait pas pour son supérieur immédiat. Nos cha- 
noines préféraient avoir pour chef l'archevêque de 
Reims, chef éloigné. 

Cette juridiction leur donnait droit d'informer et de 
punir, même de prison ; car il y avait une prison du 
chapitre. Comme elle était placée derrière la grande 
statue de saint Christophe, au lieu de dire, un tel sera 
mis en prison^ on écrivait dans les ac^es : sera mis 
« post culum Cristophori^ (délibération du 4 février 1626). 

Les chanoines avaient le privilège de faire entrer des 
vins sans payer les droits et la € cave du chapitre > ad- 
jugée à un « cavier 9 spécial, leur procurait des bénéfices. 

Le chapitre se disait « curé né » de la ville : nous 
verrons ses exigences à l'égard de ses « vicaires » de 
Saint-Joseph et de Saint-Nicolas. 

L'évêque devait demander l'agrément.de Messieurs 
pour officier dans « leur cathédrale » : ils lui interdi- 
rent un jour la « visite de la paroisse ». Ces deux pouvoirs 
en présence se heurtaient souvent. 

Rien n'est curieux à constater comme leur intraitable 
opiniâtreté pour le maintien de certaines coutumes ou 
usages anciens. Il fallut tout un an pour décider s'ils 
devaient ou non faire « une génuflexion » en passant 
devant le Saint Sacrement placé sur l'autel, Leurs actes 
capitulaires sont un trésor de renseignements curieux, 



30 L'ANNéB BOULONNA I8K 

surtout les procès-verbaux des chapitres de mœurs, et 
ceux des repressions de querelles entre les chanoines 

Il y en avait eu de vives, d'acerbes mêmes, et Ton com- 
prend le Lutrin de Boileau, lorsqu'on a lu les témoi- 
fçnages des guerres intestines du chapitre de Boulpgne. 
On trouva le moyen le plus efficace : t Si quelqu'un 
dit des injures à son confrère ou lui donne un démenti, 
il sera privé huit jours dé l'entrée du chœur et d'un 
mois entier de distributions (8 octobre 1703). » 

i Etant juste et raisonnable qu'on fasse quelque 
distinction entre les chanoines et les serviteurs de 
l'église, lorsqu'on leur administrera les derniers sacre- 
ments, les chantres et les habitués y assisteront avec 
des cierges (24 décembre 1703). 

< Lorsqu'un chanoine sera malade à la mort, on dira 
pour lui la collecte />ro infirmus jusqu'à son décès. Pen- 
dant huit jours, un billet recommandera tous les décédés 
aux prières et aux sacrifices de tous ceux qui célébre- 
ront la messe (8 août 1708). 

Mais pour ne porter aucune atteinte à l'égalité quî 
devait régner entre eux, le règlement défendit le 27 no- 
vembre 1708 t de mettre des blasons sur les tentures 
d'enterrement». 



17 janvier 1161. — Le pape Alexandre III re- 
commande à l'archevêque de Reims le nouvel 
évoque de la Morinie, qu'il venait de sacrer 
malgré l'opposition des chanoines de Boulogne. 

Cette opposition fut si vive que l'archevêque de 
Reims dut surseoir à la consécration de Milon II. Les 
clercs de Boulogne prétendant élire un évêque (i) 
propre comme ils l'avaient fait dans les temps passés, 
interjetèrent appel au pape ; mais le pontife de Rome 

(1) L*antiquité d'an siège épiscopal à Boalogne s'appuie xurtout sar ce 
paasase d'une épitre d'Hincmar, écnte à son neveu : c Ait«'is, Vermandois et 
la ville de Boulogne dont vous êtes natif, ont eu leurs Kièges épiscopaux 
avec leurs propres évéquos, et ont fait partie de la province de Roims avant 
mAme que Laon, dont vous tenez la chaire, y eut rang. Mais par certaine 
nécessité et résolution particulières, comme nous Usons être arnvé à l'égard 
de plusieurs cités, dans quelques autres provinces, elles sont restées depuis 
longtemps sujettes à d'antres et se voient privées de leur privilège. » 



17 JANVIER 17Ji8 31 

écouta Jean de Salisbury» secrétaire de Thomas Becket, 
qui plaida en faveur de Thérouanne « mère dévouée 
qui comble d*amour des enfants ingrats » et il refusa 
d'ériger Boulogne en évêché particulier. 

Jean de Salisbury obtint surtout gain de cause en 
raison des circonstances défavorables à Boulogne. 
Privée de son protecteur naturel, du comte Guillaume, 
tué au siège de Toulouse en 1 159, cette ville se trouvait 
temporairement sous la rude main du comte de Saint- 
Pol. Je dis rude main, parce que le passage de ce gou- 
verneur a été signalé par l'emprisonnement des éche- 
vins de Boulogne au château fort de Bellefontaine. Cet 
acte de rigueur n'a-t-il pas quelque corrélation avec le 
mouvement des clercs > Si cela est, leur opposition a 
donc revêtu un caractère de violence : Ton punissait 
les échevins de n'avoir pu Tempêcher. Lorsque Tappel 
arriva au Saint-Siège, le pape apprenait le rapt de 
Tabbesse Marie de Boulogne par Mathieu d'Alsace. 
Cet enlèvement, suivi de la prise de possession du 
comté par ce prince, brouilla toute laffaire selon moi. 
Je crois donc que la question mériterait d être appro- 
londte sous ce point de vue. 

L'occasion manquée en 1159, Boulogne lattendit 
juste quatre siècles encore : il est remarquable que ce 
soit en 1559 que la partition du diocèse de Thérouanne 
ait enfin rendu à notre ville sa dignité primitive. 



17 janvier 1728. — Confiscation de la maison des 
sœurs de la Providence au protit de Thôpital. 

Cette confiscation, prononcée par sentence rendue au 
bailliage royal de Boulogne, portait que la maison t pro- 
ceddante de messire sieur du Vicquet, écuyer, seigneur 
baron d'Ordre > et de son épouse, située en la haute 
ville, rue de Thomas-au-pied « prétendue acquise par 
la prétendue communauté des sœurs de la Providence 
ou à elles donnée », est déclarée acquise et confisquée 
au profit de l'hôpital général de Boulogne. 

Les sœurs de la Providence, appelées en notre ville 
par Pierre de Langle, liées par des vœux simples, 
n'ayant d'autres ressources que le travail de leurs 



S2 l'amn^r boulokname 

mains, c comme de faire des dentelles qu'elles vendent », 
étaient restées sous le bon plaisir de l'évoque. Elles 
n'avaient pas obtenu la permission du roi. Pierre 
de Langle leur acheta une maison moyennant 8,500 fr. ; 
elles lui en payaient le loyer. Nous venons de voir 
qu'elle fut confisquée. L'affaire se compliqua d'un procès, 
car les sœurs de la Providence, prévoyant l'aventure, 
avaient vendu cet immeuble à messire Anthoine du 
Blaisel qui le revendiqua et le garda (i) ; mais ce ne fut 
pas sans contestation assez vive et sans procédures, 
terminées seulement le 4 mai 1733 au moyen d'un 
accord entre l'acheteur et Thôpital, par lequel accord 
messire du Blaisel s'engageait à payer une rente viagère 
de 30 liv., remboursée le 23 février 1736. 

Pendant ce procès, les sœurs de la Providence eurent 
à supporter une nouvelle alerte. Le 30 octobre 1728, 
défense leur fut faite d'enseigner la jeunesse. C'était le 
coup de grâce. 



18 janvier 1234. — Mort de Philippe le Hurepel, 
fils de Philippe Auguste, comte de Boulogne, 
de Clermont, etc. 

L'ancienne chronique rimée de Hollande donne à cette 
mort une cause assez romanesque. 

Le comte Philippe s'étant rendu avec Mahaut de 
Boulogne, sa femme, à Corbie (d'autres disent à 
Noyon,, car tout est incertitude dans les récits de ce 
temps-là), pour un tourrtoi qu'il avait lui-même indi- 
qué, fut témoin de la passion que la comtesse Mahaut 
témoigna pendant les joutes pour Florent, comte de 
Hollande, le seigneur le mieux fait et le plus adroit de la 
troupe. Transporté de jalousie, Philippe se fit armer, 
descendit dans l'arène ; et, après s'être abouché avec 
le sire de Nesles et les autres Français, il attaqua son 
rival. Florent, croyant que c'était une suite des jeux, se 
laissa enfermer dans une encoignure où Philippe le 
perça de sa lance. A qui mal fait, mal arrive. Le comte 



(1) n est resté dans sa fAmille : M. Hector de Rosny en est le possesseur 
aelnel. 



19 JANVIER 1791 33 

de Clèves vengea sur le champ la mort de son frère 
d*armes et ses Allemands facilitèrent sa retraite quand 
il eut tué Tassassin de Florent, t 

Le fait est au moins douteux, suivant M. Léopold 
Delisle (Com/es de Dammartin^ p. 15) et la Chronique 
cTAndreSy qui est du temps, dit au contraire que Philippe 
mourut de poison € à ce qu'on croit. » Guillaume 
d*Andres fait un grand éloge de sa prudence, de sa 
magnificence et de son amour pour là construction 
auquel nous devons le château, nos remparts réparés 
et probablement plusieurs forteresses du pays. 

Dans le Sermon en vers de Robert de Sainceriax, sur 
la mort de Louis VIII, on trouve ce passage : 

Jentîx qaenB de Bouloigne, qui Felipes ot non, 

Fins fuBtea le bon Roi qui Dex face pardon ; 

Se vos le xesemblastes, assés fastes proudom. 

Vos méistes grant cure on roi voetre neveu, 

St, si l'amastes moult et gafdastes s'onnor, 

Dex le vos dona fëre par la aone douçor ; 

Qoe biena en vient en France, et si fa vostre prea. .. 

Les poètes ont le privilège de côtoyer la vérité. 
L'histoire raconte* différemment et dit comment Phi- 
lippe le Hurepel, après la mort de son frère Louis VIII, 
se révolta contre la régente Blanche de Castille. 



19 janvier 1791. — Les ci-devant chanoines ne 
pourront continuer leurs offices en corps. 

Le 1 3 janvier précédent, au moment de commencer 
rinventaire de la cathédrale, MM. Jean-Baptiste Patin, 
Nicolas Delacre, Pierre Dupont, César-Marie Le Riche, 
Jean-Pierre Podevin, Antoine de La Haye, Furcy Fon- 
taine et Pierre Daunou, ayant à leur tête M. Alexandre 
Gcneau de Mieurles, maire, trouvèrent assemblés dans 
la sacristie : MM. les chanoines Charles-Joseph Gàrgan, 
Germain Ratier, Pierre Voullonne, Pierre Tribou, Jean- 
Baptiste Du bréau, Joseph Roussel de Préville, Jean 
Delastre du Val du Fresne, Antoine Beaussart, Jacques- 
Antoine Clément y Honoré-Félix Dupont, Claude^ 

3 



34 l'aNN^R BOULOKNAtSB 

Benoit Vaillant-du Chatelct, André-Maximilien Poultîer, 
Michel Flamcnt, Etienne-Nicolas Tribou et Pierre 
Cocatrix, lesquels représentèrent avoir quelques obser- 
vations et prières à faire insérer au procès-verbal. 

Ensuite de quoi, M. Gargan a dit au nom de ses 
collègues : 

Messiears, 

Les décrets dont vous venez noni notifier rexéention pé- 
nètrent nos oœurs de la douleur la plus profonde. Nous ne 
ohercharons pas à la dissimuler par une indiflfërence affectée. 
Nous croyons même qu'il ne peut être que glorieux pour 
nous d'en faire Taveu et de la publier. 

La privation de nos biens est, Messieurs, ce qui nous touche 
le moins. Toutes les lois et une possesnon immémoriale en 
assuraient, il est vrai, la propriété au Clergé ; elles la ré- 
clament encore eu sa faveur et nous ne pouvons donner notre 
consentement à tout acte qui nous en dépouille. L'Eglise nous 
le défend sous les peines les plus sévèires, et nous nous y 
sommes engagés au moment de notre réception sous la foi du 
serment. Msis aussi, nous ne pouvons ni ne devons opposer 
une résistance active à la force qui nous les enlevé ; et nous 
saurons la souffirir avec résignation et sans murmure, moyen- 
nant la grâce de Dieu. 

Mais, pourrions-nous n'être pas profondément affectés de 
la proscription si peu méritée de ces corps antiques, dont les 
titres et les prérogatives émanent de l'autorité spirituelle, 
dont l'origine remonte même à la naissance de l'Eglise, et qui, 
malgré la succession des siècles et les changemeus survenus 
dans la discipline, conservent encore une partie des fonctions 
aussi honorables qu'essentielles de l'ancien presbytère des 
évêques. 

Chargés jMur l'Eglise, d'une manière spéciale, de la aolemnité 
du culte et de la prière publique, c'est dans nos temples 
principalement qu'on voit rappareil des cérémonies saintes et 
toute la majesté de la Religion. Chaque jour nous élevons nos 
vœux communs vers le ciel pour la prospérité de l'empire, 
la conservation d'un roi toujours cher à nos cœurs, pour 
les besoins et le salut de nos concitoyens. Nous acquittons 
encore par nos vœux et par les sacrifices que nous offrons 
à Dieu, les devoirs rigoureux de la justice et de la reconnais- 
sance envers des bienfaitteurs qui, pour assurer la perpétuité 
de leurs pieuses fondations, les ont mises sous la sauvegarde 
de la Religion et de l'Etat. Ces fonctions saintes ont fait 
jusf^u'ici notre consolation et notre ffloire, et nous avons 
toujours eu à cœur de les remplir avec fidélité : les engagemens 
solennels que nous avons oontraotés, les droita imprescriptibles 



19 JiKTisB 1791 35 

d6B londaieani nous en font xme obligation indiapenflàble : Il 
n'y a que l'impofiBibiUtë abeolae d'y satisfaire qui puisse 
déohaEger nos oonsoienoes et nous absoudre au tnbunal de 
Dien et de l'honneur. 

Cee fonctions, Messieurs, ne sont pas nos seuls devoirs. Con- 
seils nëé du premier pasteur de oe dioo^, nous partageons en 
qnelqne sorte sa sollicitude et son affection envers le troupeau. 
Noos sommes arec lui les gardiens et les oonservateurs de la tra- 
dition de cette église, ainsi que des droits temporels et spirituels 
du siège ; et^ pendant sa yacanoe, nous sommes les dépositaires 
de la juridiction épisoopale. Cest un dépôt sacré qui repose 
entee nos mains ; mais rBglise seule nous le confie, elle seule 
peut nous le redemander et nous serions coupables de nous en 
a<^iirir et de le remettre en d'autres mains sans son authorité. 
Jusqu'à oe qu'elle sit parlé, nous demeurons toujours chargés 
de cette obligation et nous répondrions à Dieu sur nos Âmes 
si nous laissions en pareille droonstance cette église sans 
pasteur. 

Nous TOUS conjurons donc. Messieurs, de nous laisser ou 
de nous obtenir la lilterté de continuer à nous réunir pour 
nous livrer, au milieu de nos concitoyens, à l'exercice de la 
prière puWque, quelque soit d'ailleurs le traitement qui nous 
sera fixé ; et nous avons cette confiance en Dieu que nos 
disgrâces ne feront qu'enflamer notre zële et ranimer notre 
ferveur. Il en coûterait sûrement à vos cœurs de contrister les 
nôtres en nous refusant la seule consolation qui puisse adoucir 
nos maux. Si cependant, malgré nos instantes prières, nous 
sommes forcés de suspendre nos offices, soufirez que nous 
zappellions à votre justice et à votre religion le souvenir de 
nos fondateurs et les droits rigoureux qu'ils ont à l'acquit de 
leurs fondations, ainsi que les besoins des pauvres qui ont 
une hypothèque sacrée sur nos biens. 

Nous espérons, Messieurs, que vous voudrez bien consigner 
cet acte dans votre procès- verbal, comme un monument de nos 
justes réclamations, de nos réserves, de notre profonde 
douleur et de notre inviolable Attachement à nos devoirs. 



N^ayant pas qualité pour obtempérer à ce vœu, les 
officiers municipaux en référèrent au directoire du 
District qui s'adressa au Département. 

Voici la réponse : 

Meodeuis, 

Nous avons reçu, avec votre lettre du 13 de ce piois, le 
tvocès-verbal de ce qui s'est passé dans l'élise cathédrale de 
Boulogne ; nous ne pensons pas qu'il soit possible queles 



36. L^AN^^H BÛïVLQlgVAISB 

cindevApA <jnyfrii^g| QCNi^tinuQnt leur» offioQa en oorpa. I^'ar- 
tiçle 20 du titre I**^ de la proclamation du Roi, du 24. août, 
sur les décretfi pour la constitution civile du cleiïi;^ porte : 
« que les dignitës, canonicats, prébondes, demi-prébendes, etc., 
sont éteints et supprimes. » L'article 7 de la loi du 26 dé- 
cembre, relative au serment à prêter par les ëvéques, etc., 
porte : c que les men^bres des corps ecdésiastic^ues supprimes 
qui slmmisceroient dans aucunes de leurs fonctions publiques 
ou dans celles qu'ils ezerçoient en corps seront poursuivis 
comme perturbateurs de l'ordre public, i etc. Or les ci-devant 
chanoines de Boulogne formoient un corps ecclésiastique» ce 
corps est supprimé, leurs offices sont une fonction public^ue : 
ils veulent réxercer en corps ; s'ils le faisoient^ ils seroient 
donc poursuivis comme perturbateurs de l'ordre public. I>au8 
ces circonstances, Messieurs, pour les mettre à l'abbri de cette 
poursuite, il convient que vous fassiez retirer du chœur tous 
les effets qui pourroient être facilement enlevés ; que vous 
fassiez fermer le chœur avec des serrures, de crainte que les. 
sceUés ne soient enlevés ; que vous fasi^ez apposer le scellé sur 
la sacristie où seront déposés les effets appartenant au ci- 
devant chapitre et que, pour la conservation de ce scellé, vous 
fassiez clouer des plaucnes par dessus, puisque l'ég^se doit 
rester ouverte à cause de la paroisse qui existe dans l une des 
chapelles. Nous croyons, Messieurs, que toutes ces précau- 
tions sont conformes à la loi. 

Les administrateurs composant le Directoire du départe- 
ment du Pas-de-Calais, signé : Ferdinand Dubois, président, 
Chevalier, Candelier, B. Delattre, Waterlot et Lefebvre. 

Ainsi fut désagrégé ce collège de chanoines qui ai- 
mait à confondre ses origines lointaines avec* celles de 
l'église primitive de la Morinie et qui avait été établi, à 
Boulogne-sur-mer, après la destruction deThérouanne. 



20 janvier 1728. — Mariage célébré par Jean- 
Marie Henriau, évéque de Boulogne, et dans sa 
chapelle épiscopale, de messire François-Joseph 
des Androuins, seigneur de Longbois, et de 
damoiselle Marie-Suzanne d'Isques, dame de 
Blacourt. 

On doit à messire des Androuîns; gentilhomme, 
verrier, natif d'auprès de Oharleroy en Brabant, la pre- 



21 JAirviBE 1351 S7 

mière verrerie établie à Hardinghen, vers 1720. C'était 
la fortune pour ce village qui ne le comprit pas et 
tracassa le promoteur et ses associés. 

< Ces gentilshommes firent dépense considérable à 
faire construire un corps de logis avec des fossez à 
Tentour, avec nombre de baraques pour les ouvriers 
verriers, qu'ils firent construire sur la commune de ce 
village ; mais les habitans de ce lieu voyants que cela 
leur prejudicieroit et empeschoit de jouir du droict de 
cette commune, mirent nuittamment le feu auxdits ba- 
raques et bastiments qui furent entièrement destruictz 
et brusléez ; pourquoi on publia un monitoire dans les 
paroisses circon voisines pour en avoir révélation le 
2 juin 1720. De quoy on n a eu aucunes révélations, de 
sorte qu'il a fallust recommencer de nouveau ces basti- 
ments et fosséez avec leurs baraques, de telle manière 
qu'ils sont venus en leurs perfections et les ouvriers 
de cette verrerie ont commencé à travailler en dé- 
cembre 1720. » (Scotté, mss, p. 63.) 

M. des Androuins fit ensuite bâtir une maison « des 
plus magnifiques avec une chapelle où on dict messe » 
et t y a un chapelain entretenu. » 

D'après une note de M. de Clocheville, c'est en fé- 
vrier 1720 que M. des Androuins obtint un arrêt du 
Conseil portant permission d'établir cette verrerie : il 
acquit de gré à gré le terrain qui consistait en six 
mesures delà commune âl iardinghen, laquelle en con- 
tenait cent vingt et une. Il obtint des lettres patentes 
en X724. 



21 janvier 1351. — Jeanne de Boulogne, reine de 
France, ayant, de par la volonté du roi, son 
époux, le gouvernement des comtés d'Artois 
et de Boulogne, nomme Grart d'Antoing gou- 
verneur des dits comtés avec les gages et les 
pouvoirs qu'avait eus le sire de Fosseux. 

Selon le continuateur de Guillaume de Nangis, après 
la grande peste de 1 348 « ceux qui restaient, hommes 
et femmes, se marièrent en foule .. » Ce fut comme 



38 l'aNNÉIS BOULONNAI8B 

uncjoie sauvage de vivre, un délire. Le roi de France, 
veuf et libre, ajoute Michel et a allait marier son fils à sa 
cousine Blanche ; mais quand il vit la jeune fille, il la 
trouva trop belle pour son fils et la garda pour lui. Il 
avait cinquante-huit ans, elle dix-huit. Le fils épousa 
une fille qui en avait vingt-quatre, Théritière de Bou- 
logne et d Auvergne, qui de plus lui donnait, avec la tu- 
telle de son fils enfant, l'administration des deux Bour- 
gognes. Le royaume souffrait, mais il s'arrondissait. > 
Cette joie ne dura guère. Après Crécy, ce fut Poi- 
tiers. Jeanne, la reine, fut encore une fois veuve ; mais 
cette fois d'un époux vivant, prisonnier, qui prit goût à 
sa prison. En 1358 elle se retira en Bourgogne avec 
Philippe de Rouvre, son fils, et s'y éteignit le 39 sep- 
tembre 1 360, reine et malheureuse. 



22 janvier 1790. — La nouvelle parvient à Bou- 
logne, à la grande joie des habitants, que le 
Boulonnais est maintenu dans son intégrité 
sous le nom de district. 



Le décret du 15 janvier 1790 avait divisé la France 
en quatre-vingt-trois départements, les départements 
en districts, les districts en cantons, les cantons en 
municipalités. 

L'avant-projet de cette division causa quelque émo- 
tion dans la province boulonnaise dont elle menaçait 
l'autonomie. « Nos députés qui dormaient depuis l'ou- 
verture des Etats généraux se souvinrent de nos fran- 
chises : ils se réveillèrent enfin et, peu forts pour parler 
à la tribune, ils firent des mémoires sur la constitution 
de la province qui les avait délégués et dont ils avaient 
juré de défendre les droits (i). » 

(1) Le principal de ces écrite, le seul que nons connaissions da noinp, 
a été Imprimé sous le titre : Obtervotùmi tur Voriçine, la/ormaiion et la 
avantagée de CAdmimietration du Boulotmoiâ ; et ntr la niceniti de la contcrver 
en iMidaimani UnU le degré de wxfeetùm dont elle ett tutceptibU, Nous vorrons 
ailleurs ce oa'étuit cette « administration provinciale > dont on soUicitflit le 
maintien. C'était demander beaucoup, alors que ramflcation du Paya était 
la grande pensée des législiiteurs. Nos députés obtinrent du moins que le 
Boulonnais conserverait son territoire entier et formerait un district, dont le 
chef-lieu serait la ville capitale de Tancien comté. 



22 JAKViBR 1790 39 

« Ce n'est pas, ajoute Tabbé Ballin, que leurs voi- 
sins, qui voulaient aussi être quelque chose dans la 
nouvelle division de Tempire, ne traversassent beaucoup 
leurs desseins. Il n'est pas de ressort que ne fit jouer la 
députation de Montreuil pour enlever au Boulonnais 
une partie de son territoire qui était à sa bienséance; 
ils firent courir les campagnes des environs de Mon- 
treuil par leurs émissaires : ils y semèrent la défiance 
et la jalousie: c'était là l'amorce révolutionnaire > con- 
clut l'abbé Ballin, qui n'aimait pas la Révolution. 

On fit miroiter la proximité de Montreuil ; on chercha 
à semer la désaffection en observant que tous les fonds 
communs ne servaient qu'à l'embellissement de Bou- 
logne, ce qui était un mensonge. Avertis à temps, les 
Boulonnais parcourent les campagnes pour les pré- 
munir contre d'aussi fausses insinuations. Les habi- 
tants avaient à peine besoin d'être stimulés et beau- 
coup d'entre eux disaient qu'ils étaient nés Boulonnais 
et qu'ils voulaient mourir Boulonnais. Ils le certifièrent 
en leurs délibérations qu'on envoya à l'Assemblée 
nationale. 

Ceux de Parenty assuraient qu'ils aimeraient mieux 
vendre leurs héritages et se retirer ensuite sous la juri- 
diction de Boulogne, plutôt que de se séparer de leur 
ancienne métropole. 

De tels sentiments, exprimés avec force, firent im- 
pression : le Boulonniiis conserva son intégrité (i). 
€ Il n'y eut de distrait que les enclaves d'Artois et 
quelques lambeaux frontières qui furent compensés par 
d'autres qui, anciennement de l'Artois, se trouvèrent 
réunis au district de Boulogne d'après les lois de la 
nouvelle démarcation » (L'abbé BaUin : Mém, mss sur 
la RévoL) 

(1) Le clixtriot do Boolosne fut divisé en douze cantons : !• Boulosne ; 
2* Bottithes : S* Condett« : 4« Etaples ; 5* Desvres ; 6* Hardinghen ; 7* Hen- 
iMveax * 8* Hncquclier!» ; d* Marquise ; 10* Neuville ; 11* Saint-Martin-Bon- 
logne; IZ» Samer. 

La loi du 28 pluviôse an VIII H? février 1800), vint modifier cet état de 
choKes en créant l'arrondissoment ae Boulogne qui se composa primitivement 




(30 octobre 1801) ; le» treize cantons furent léduits aux six conservés jusqu'à 
nos jours: BoolojçDe, Calais, Desvres, Guines, Marquise et Sumer. 



40 l'année boulonnaise 



23 janvier 1841.— Naissance de Coquelin aîné (1 ). 



Le philosophe montre les générations se passant le 
flambeau de la vie : c'est, poétiquement, la loi de l'hé- 
rédité. En remontant dans toute famille illustrée par un 
fils qui en résume la qualité géniale, on trouve tou- 
jours des précurseurs auxquels a manqué le milieu et 
le moment propices. 

Coquelin !•' a été annoncé, — peut-être Tignore-t-il, 
— par un aïeul dont les anciens de la ville parlent 
comme d'un être à part, doué qu'il était d*un franc 
génie comique qui s'épanouissait jusque dans les cir- 
constances les plus vulgaires. 

Peintre en bâtiments l'été, et T hiver, chandellier, il 
était à l'atelier, au chantier, comme dans les rues, à 
tout propos et hors de propos, l'auteur et l'acteur de 
scènes faisant naître un rire inextinguible. C'est qu'il 
avait une manière à lui de dire, de regarder, d'agiter 
les gestes et de marcher dans un sérieux de si haute 
gamme, qu'il dilatait toutes les rates. 

Coquelin I*', tout jeune, avant la science acquise, 
possédait cet instinct, qui est le don, l'étincelle. 

Nous avons eu la fleur de ce grand beau talent servi 
par de si riches facultés naturelles. 

Or, quand déjà nous en goûtions le charme a\^nt 
tous autres, le 4 août 1859, on lui conseillait dans 
V Impartial. . . . 

Mais il faut lire cela : 



( 1) BâgiArt aux noAuanca de la vUU di BouUffnt-iUT^nur pour Ccamit mil 
kàu eetU çuarante et un. 

N« 62. — I/an dix-huit cent qoamnte et un et le vinç:t-cinq jan\ier, à 
midi, par devant nous, soussigné, adjoint dél6gué du maire, est comparu 
Benoit Coquelin, boulanger, demeurant on cette ville, âgé de trente-trois 
ans, leqael nous a déclaré que Constance Vannoorenberghe, son épouse^ âgée 
de trente ans, est accouchée en son domicile avant-hier, à midi et demi d un 
enfant du sexe masculin, qu'il nous représente et auqnel il donne les prénoms 
de Benoit-Constant. 

Lesdites déclaration et présentation faites en présence d'Alexandre 
Lefebvre. cordonnier, âgé de quarante-cinq ans, ami au père de l'enfant, et 
de i^ouis Mantcz, marciiand do beurre, â^ do vingt-huit ans, bel-oncle 
dadit enfant, tous deux demeurant en cette ville. — Et ont le père et le 
second témoin signé le présent acte, après lecture faite, le premier témoin a 
dit ne le savoir faire. 

Coquelin, Mantkz, A. Martinet. 



24 jAK^lBft 1791 41 

a Dans le Mousse, ^èce coloniale ei pathétique de ce 
digne et honnête écrivain qui s appelait Emile oouvestre, 
un jeune amateur boulonnais reproduisait et révélait^ià 
travers les gestes un peu abondants et fébriles d'un débu- 
tant, de grandes dispositions four le théâtre et le germe 
de qualités qui font les bons comiques. Le jour où le 
voudra M. Coquelin, il sera un artiste de mérite ; mais 
quil ferait bien mieux de toujours se contenter d'être 
UN AMATEUR de goût et dentrajn, de borner son roman 
comique à nêtre que le charme et la gaieté de nos repré- 
sentations au profit des indigents ou de quelques autres 
bonnes oeuvres ! Vous qui êtes ses amis^ n est-ce pas là ce 
que vous dites à notre jeune et intelligent concitoyen 1 

Cadet dirait : on le voulait ioHitU . 
n préféra devenir grand artiste. 



24 Janvier 1791. — MM. les maire et officiers 
municipaux sont requis de se transporter en 
Téglise ci-devant cathédrale, à l'effet d'apposer 
le scellé sur les portes du chœur et de la sa- 
cristie des chanoines, après y avoir renfermé 
dans des armoires, tous les ornements, chande- 
liers et autres choses servant au culte divin, sauf 
quelcpies ornements destinés à la paroisse. 

Par le procès-verbal de cette opération, on apprend 
qu'en la paroisse Saint-Joseph t Ton ne faisait point 
^ d'eau bénite, point de processions, point de vêpres, » 

[ Messieurs les chanoines se réservant cela et restrei- 

gnant à l'indispensable les fonctions curiales qu'ils dé- 
léguaient : messe paroissiale, baptêmes, mariages, en- 
terrements. Toute solennité en dehors leur revenait. 
Aussi la paroisse proprement dite se trouvait-elle 
dénuée de beaucoup d'objets nécessaires aux cérémo- 
nies, ainsi que Texposèrent les marguilliers présents à 
l'apposition des scellés. Ils réclamèrent en conséquence 
huit calices, vingt-quatre chasubles, 1 ornement com- 
plet en noir, douze chappes, des aubes, tous les Uvres 



42 l'aHNÉB BOULOITNIJSB 

de chant, le dais de velours cramoisi « orné du tableau 
des apôtres, i le tabernacle, le bénitier et la croix en 
argent, des chandeliers et les tapis de pied, etc. Le tout 
fut accordé et laissé à leur garde, à charge de les ré- 
présenter < à toute réquisition (i). > 



25 janvier 1676. — facture est faite en assemblée 
capitulaire de MM. les clianoines de Notre-Dame 
de Boulogne, d'une lettre de Monsieur maître 
Antoine Le Roy, présentement à Paris, par 
laquelle il mande à ses confrères que Mgr le 
duc d'Aumont souhaite qu'on lui envoie cinq 
ou six preuves authentiques d'un miracle opéré 
dans la chapelle Notre-Dame et dont le Roi 
veut qu'il soit parlé dans l'histoire de son 
règne. 

Il y eut un médecin qui témoigna. Personne ne dou- 
tait alors. Depuis 1658, les miracles étaient fréquents, 
et leur témoin, Antoine Le Roy, y puisa la foi et l'ins- 
piration de son Histoire de Notre-Dame de Boulogne. 



26 janvier 1742. — Messieurs du chapitre ac- 
cordent une pension de retraite à M. Gonbard^ 
leur maître de musique depuis trente -quatre 
ans. 

On pourrait faire Thistoire des maîtres de chapelle 
de la cathédrale au moyen des registres capitulaires. 

(1) Nouvelle demande d*omemeiits fut faite et ac«adlUe le 18 avril 1791. 
Les offices de la Semaine Sainte et la pro<^es«ion de f<n{nt Marc rendaient 
indiapensaliles U tâur du gnmd éai», dnq piècM de tapuatrit^ dtux gvnndâ ehcu^ 
dAien de eéivre, la eousHnê tt tapi$ de velou.n violtt, la croix conUnaiU du boii 
de la vraie Crtrix, le bâton et le triangle pour VoU^ce du Sanudy Saint ; la grande 
Inutçe de la êahtte Vierge^ la civière el «m to/»ù, huU tkapee^ focoir .* mw de Vor- 
nemtnl du Bajf, une de vdoure cranunti ftrecM, ^luUr» de damç» Noue *t deux 
autra chapa Uanehee, 



21/ JAirviBK 1792 48 

En i66o, le titulaire percevait la haute paie de dix sous 
par jour pour roffice de vicaire chantre, et cinq sous 
de supplément pour demeurer dans la psallette ety 
enseigner les enfants de chœur. On lui fournissait eo 
outre: chambre garnie, linge de lit et de table. Il se 
nommait Fagot. A quoi tient la gloire ! S*il eut ren- 
contré une madame de Sévigné, il serait célèbre au 
même titre que Vatel, ou à peu prés. Comme le maître 
d*hôtel, le maître de chant, délicat sur le point d'hon- 
neur de son métier, mourut d une disgrâce (i). Un re- 
proche lui fut adressé le 15 juillet 1661, et le 16 août 
suivant il s'éteignait. Le chagrin le tua. 

M. Cedur le remplaça, puis un monsieur de La Porte, 
accepté le 3 août 1667, après Taudition d'un motet de 
sa composition, aux gages de trois cents livres par an et 
le casuel. 

Le nouveau venu eut, comme ses prédécesseurs, à 
pourvoir à l'éducation et nourriture des enfants de 
chœur, moyennant t le prix et somme de sept cent vingt 
livres pour l^ur pension et trente-six livres pour les 
gages de la servante. » 

M. de La Porte se maintint longtemps. Je ne lui 
trouve pas de successeur avant M. Maurage, reçu le 
14 août 1705, oiseau de passage, remplacé le 33 dé- 
cembre 1707 par M. Durand qui le fut, en 1708, par 
M. Gonbard, le retraité de 1743. 



27 janvier 1792. — Le Conseil général de lacom- 
mone vote les dépenses de l'école d'hydro- 
graphie. 

Le duc de Choiseul voulant préparer des marins, qui 
unissent les connaissances théoriques à la pratique de la 
mer, avait conçu le projet de ces écoles. Louis XV ap- 
prouva ce projet si fertile en résultats excellents. 
Quarante quatre écoles, partagées en quatre classes, 
existaient lorsque Boulogne eut la sienne. 

La décision du conseil que nous rappelons donne la 

(1) On loi avait fait on simple reproche. cJe vob bien, dit-il, qne MeMieim 
MBt bdgaés de mes services » et là-dessos il offrit de se démettre. 



44 L'âlTN^B B0V&0NK;UBE 

date d'origine. La dépense d'établissement s'éleva à 
382 francs. On estima à 12Ô francs l'entretien annuel, 
outre le logement du professeur. M. Cléron vint ins- 
taller M. Levêque, dont le cours commença le 28 jan- 
vier. Le capitaâne Verlingue y fut reçu pour commander 
au petit cabotage. L'illustre Monge présida Texamen 
du 28 seipiteml>re 1792; mais bientôt les levées extraor- 
dinaires de la marine arrêtèrent Télan : on ne tarda pas 
à constater que personne ne se présentait au cours du 
professeur. 

C'est, hélas^ la raison qui a si souvent menacé l'exis- 
tence de cette école à Boulogne : les élèves lui firent 
défaut : elle a eu ses beaux jours toutefois. 



28 janvier 1689. — Le chapitre de No.tre-Dame 
décide d'envoyer une députation au roi « pour 
arrêter le cours de la démolition de Boulogne. > 

Le chapitre délégua son doyen auprès de Louis XIV, 
pour lui représenter que la démolition des fortifications 
de la ville, commencée par son ordre, a ébranlé et 
effrayé le peuple et que beaucoup d'habitants se dis- 
posent à quitter le pays. Le doyen fut en outre chargé 
de remontrer t la conséquence qu'il y a de conserver 
cette place pour la gloire de S. M. et pour empêcher 
que ce pays si affectionné à son service ne soit exposé à 
Hnâulte des ennemis de la Couronne, dont les habîtans 
espèrent se garantir, si S. M. a la bonté de leur laisser 
ces fortifications qui subsistent depuis huit siècles. » 

Lorsque le député revint le 1 1 mars suivant, il n'ap- 
prit rien de nouveau à ses collègues en leur disant que 
sa déflMirche avait -été vaine; car ceux-ci avaient vu con- 
tinuer la démolition. 

En 1680, Louis XIV, visitant Boulogne et son port 
en compagnie de Vauban. fut effrayé, sans doute, 
de la dépense que nécessitaient les travaux que le 
grand ingénieur jugeait indispensables (i) afin de 



(1) Voir son mémoire du 6 ja<ivier l(i75. If. Edmond M;i«iiier on a donné 
de» parlies dans son B^tde muotipu tur Bouiofpie ou XVIH* stick (T. IV. 
Mém, dtUBL69C. 4ead.) 



rendre notre ville vraiment forte, t Le roy Louis XIV 
craignant que les Anglois ne se fussent emparéez de 
cette place dont les fortifications estoicnt considérables, 
mais non pas à Tusage moderne de la guerre, en fist 
faire la destruction. Toutes ces forteresses avec les deux 
fausses brayes, fer à cheval, bastions, contre-escarpes et 
dcmy-lunes furent dcstruîctes et on commença à y tra- 
vailler, le 35 janvier 1689, et on y a employé un an à sa 
destruction qui a cousté au Roy {àus de cent mille livres. 
Par grâce spéciale, le Roy octroya à M. Louys Marie, 
duc d'Aumont, lors gouverneur de Boulogne, que l'en- 
ceinte de la ville et le chasteau seroient épargnés et que 
la grande allée du rempart, du costé de la basse ville, 
resterait dans som entier sans qu'on vuida les^terres^ 
entièrement comme; on les.ost^» aux trois autres costez 
du rempart, qui ont esté depuis remplis ; et, à la même 
supplication. Testât major de cette ville est resté sub- 
sistant. > 

Antoine Scotté, si curieux à consulter pour tous les 
faits dont il a été témoin, revient à mainte reprise sur 
cette démolition. 

< La haute ville de Boulogne se nommoit autrefois 
Haute-^nurée, dit-il, à cause de la hauteur de ses murs 
que j*ay vu beaucoup rabaisser. ». 

Parlant de la tour Françoise, il fait connaître que 
plusieurs mineurs furent ensevelis sous les ruines lors- 
qu'on la fit sauter. Elle était grande et spacieuse, et on 
y pouvait placer une batterie de canons. 

La tour des Annonciades (ou a. le moineau >), la tour 
Saint- Jean, dont la date de démolition (13 avril) est 
fixée dans les registres capitulaires, en raison des pré.- 
cautions qu'on dut prendre pour préserver la cathé- 
drale, subirent le. même sort; puis ce fut le tour des 
portes et des^ ouvrages avancés.: 

«' La porte GayoUe estoit une forteresse, bastie en 
manière de tour fort haulte. A cette, tour il y avoit trois 
ou quatre portes que l'on fermoit l'une dessus l'aultre- 
Ses murs estoient contreminéz. 

< Lorsque- l'on destruisit tous les dehors et que L'on 
vint à destruire les terrasses qui estoient derrière, le 
chasteau, où' estoit autrefois le cimetière, de. Saint- 
Martin, on y trouva- une quantité de vieux tombeaux 
avec des. médailles dor, d'argent et de cmvrcj et des 
urnes très belles., . 



■ 



46 L'AHViB BOULOnXAISS 

c La tour de la porte des Dunes estoit faite en ovalle, 
avec des murs extrêmement épais et fort haults, tous 
contreminéz. Il y avoit six à sept portes que Ion fer-* 
moit l'une dessus Taultre. 

c La porte Neuve estoit bastie en manière de boule- 
vard fort exaucé avec des parapets. . . 

c Les pierres provenantes de la destruction de Bou- 
logne ont servi à bastir Thospital général et à paver la 
viUe. Les voitures et façons de ce pavé ont esté faicts 
aux despens des particuliers, d (Scott, Afss orig,) 



29 janvier 1644. — Enregistrement des lettres 
patentes accordées aux religieuses bénédictines 
établies à Calais. 

Quatre religieuses du tiers-ordre de Saint-François, 
qui ne vivaient pas en clôture, ayant fait dessein de se 
reformer, demandèrent la permission à leur commis- 
saire général de se mettre sous la juridiction de Tévêque 
de Boulogne, sous lequel elles désiraient embrasser une 
plus étroite observance. Claude Dormy les plaça dans 
un ancien couvent ruiné, à Fauquembergue, où il leur 
permit de s'éprouver quelque temps dans les austérités 
religieuses, avant de s arrêter dans un institut particu- 
lier. 

La pauvreté du bourg de Fauquembergue ne leur 
permettant pas d'y vivre d'aumônes, l'évêque trouva 
bon qu elles fissent choix de la règle de saint Benoît, 
avec une constitution spéciale, par laquelle elles s'obli- 
geaient d aller pieds nus, d'observer plusieurs jeûnes 
et plusieurs disciplines non ordonnées en la dite règle, 
de tenir l'office de Rome et dire celui de Notre-Dame 
de la Compassion alternativement avec celui de Saint- 
Benoît, de coucher sur des paillasses et non sur des 
nattes. 

Un prieuré électif triennal, sous Tancienùe obser- 
vance de la règle de saint Benoit, réforme du Val de 
Grâce, grand office, fut établi à Ârdres en 1629. 

Les entreprises des ennemis contre cette ville, comme 
nous l'apprenons par les lettres patentes de 1643, &a^c- 
nèrent 1 établissement, à Calais, de quelques-unes des 



30 jjûXYm 1791 47 

* Bénédictines d*Ardres, 'c peimis pour l'avancement de la 
gloire de Dieu et le repos et tranquillité desdittes reli- 
gieuses qui sont continuellement dans les apreheusions 
de quelque siège par les ennemis de cet estât, à cause 
que ladite ville d'Ardres est frontière de notre province 
de Picardie ; et aussi» que les jeunes filles en recevront 
un grand avantage, non seulement pour le bon exemple 
qu'elles donnent de leur sainte vie, mais encore par 
les enseignemens et instructions qu^elles recevront 
desdittes religieuses, tant en lamour et crainte 
de Dieu qu'aux exercices bonnettes qui leur sont 
convenables selon leur âge et condition, joint que Tin* 
tention desdittes religieuses n'estant pas de vivre d'au^ 
mosne, elles ne seront aucunement à cbarge à nos 
sujets (i)-. . » 



janvier 1791. — Le Déparlement envoie au 
district de Boulogne des instructions relatives 
au refus du serment civil par les prêtres. 

Ces instructions portent en substance : Pour qu'au- 
cun secours ne manque aux fidèles et que les fonctions 
pastorales ne soient pas interrompues, les ecclésias- 
tiques fonctionnaires publics qui n'ont pas prêté le 
serment, quoiqu'ils soient réputés avoir renoncé à leurs 
offices, devront continuer 1 exercice de ces fonctions 
jusqu'à leur remplacement. 

Ce remplacement consommé, seront regardés comme 
perturbateurs du repos public ceux qui, élevant autel 
contre autel, ne céderont pas leurs postes à leurs suc- 
cesseurs. 



(1) Les BAnMieUnas do Calaii étaient «a nombre de trente-denx reli- 
neoMs en 1705, de treate-cinq en 1717, et, en 1725 de vinfct-deux reliiçieiiseB 
Se ehopar, sept convenes et deux servantes totuièrefi. Elles avaient a cette 
dcndère dale quatorze pensionnaires payant, les enfants 150 fr. et les filles 
dIds avancées en âge, 100 fr. La dot des religienses, fixée primitivement à 
3,000 fr., n'était pins alors que de 2.500 fr. < par le besoin de sujets ». < Les 
dots ont été em]^oyées en partie à l'achat ae notre maison et à la bastir 
n'ayant eu d'autres fondations que ces dots, etc. » 



48 L^AKNife IbOtneWAlKE 



31 janvier 1735. — M. l'abbé Julien-François 
Lesage, chanoine, commensal de Tévéque, est 
chargé par ce prélat de transmettre à Messieurs 
du chapitre la demande d'officier le jour de 
la Purification. 

Le chapitre de Notre-Dame, comme curé-né de 
relise de Boulogne, avait la cathédrale entièrement à 
sa disposition ; Tévêque lui-même n y pouvait officier 
sans son agrément. 

Les chanoines redoutaient les empiétements. 

Ce fut une grave alTairc, le 8 avril 1722, quand M. le 

Îiénitencier vint représenter à la compagnie que, le 
eudy-Saint, M. du Resnel, nouveau chanoine, prê- 
chant dans le chœur le sermon de la Cène, avait, avant 
de monter en chaire, contre l'usage ancien et constant, 
demandé à genoux la bénédiction de Tévêque au lieu de 
la demander « seulement incliné. » 

Messieurs ne s'agenouillaient pas volontiers : nous 
avons déjà rappelé qu'en 1660 et 166 1, il y eut maintes 
discussions, et même consultation à la congrégation 
des rîtes, pour savoir si un chanoine devait faire la 
génuflexion ou une simple inclination^ en passant de- 
vant le Saint-Sacrement exposé au chœur. 

De si grands personnages ne voulaient plier le genou 
devant Dieu qu'à bon escient (i). 



(1) On n'est plus étonné ensuile de leurs protestations, en septembre 1704, 
contre le choix d'un jour srrôtô entre Tévôcbé et le commandant de place. 




JPÉ^VFtlE Fi 



f f6¥Pier 170S. — Il est décidé que les chantres 
de la cathédrale de Notre-Dame seront soumis 
au maître de musique, qu'ils n'iront pas boire 
de Teau-de-vie dans les cabarets et seront as- 
sidus aux offices et saluts, sous peine d'être 
picqués. 

Il paraît que la menace d\i piquage (ou retenue d'ap- 
pointements) devenait fréquemmient nécessaire avec 
messieurs les chantres (i). Du moins, je trouve à leur 
actif dans les actes capitulaires, bon nombre de c' cor- 
rections». 

Messieurs du chapitre étaient parfois bien sévères. 



(1) Laohfliitrerfe comprenait liasses et heiites ctmtres.qtd devaient € se 
ivt^er pour 1 1 psalmodie > (14 oot. 1676). A partir de 1/03, ils touchèrent 
a haute paie de dix sous par joiir, au lieu de nuit, avec graliUcation dans 
esett extraerdinaireis. Ainsi Fonrmanoir, le Z\ octobre 1705, perçut six 
ivT» pour avoir, durant on mois, sontena le chœur en l'absenee des aatroa 
ehaatrea. 

Pour cette paie et les ré^îompenaes en perspective (comme d\ivblr nne 
pensiûado cent livres à la fin de leur carrière: o octobre 1664), les chantres 
oevuent subir une épreuve de capacité avant leur admission, se trouver 
Kaidûment an choeur avant que l'on chantât les matines, être soumis, sobrep, 
chAsies, modestes, ne pas anticiper sur les versets, ni trop prUeijnUê ii leâ 
dire, et surtout ne jamais s'exposer au reproche mit en 1712 à jduaiejars 
d'entr^enx € de n'avoir pas' communié à la fête de TAssoiùption. » 

4 



50 l'ankék boulonkaise 

Le i6 avril 1659, à la suite d*une information contre 
Antoine Bernard, basse-contre « qui a eu l'intention 
de prendre les clous du cierge pascal», ce chantre fut 
condamné à la prison : il y était encore le 16 avril 1661. 
Ce fut ensuite le tour de Clément, enfermé après ré^ 
primande et pénitence publique; puis, en juillet 1737, du 
sieur Damay, etc., etc. 

La pénitence publique et l'amende honorable pu- 
nissaient les insubordinations ou les scandales. Le 
24 mars 1707, Messieurs furent appelés à délibérer sur 
un scandale occasionné par les deux Duhayon, chantres, 
qui, en plein Sa/u^, insultèrent le maître de musique. On 
les condamna c à assister demain à la messe du Saint- 
Sacrement de la paroisse, à genoux devant le balustre, 
et le soir au Salut; et de se tenir pendant huit jours à 
genoux à la grand'messe du chœur, sur la marche près 
laquelle est le pulpitre où Ton chante Tépitre, et de 
demander pardon au sieur Maurage ( le maître de cha- 
pelle), des injures qu'ils luy avoient dittes ; ce qu'ils 
ont fait sur Theure en présence des autres chantres ». 

Cette sorte d'amende honorable dut être fréquente 
et le peuple semble s'en être souvenu, en 1790, quand 
il força, en pleine place publique, le chantre Moléon 
à demander pardon à c la Nation » qu'il avait insultée 
par quelques paroles malsonnantes. (Ballin: Mém. mss 
sur la Révol.) 



2 février 1703. — Bénédiction du Calvaire de la 
Porte des Dunes. 



. Cette date est donnée par un contemporain, Antoine 
Scotté. M. Pierre de Langle, dit-il, fit avec solennité et 
au milieu d'un grand concours de peuple, à l'issue des 
vêpres de la cathédrale, la bénédiction de la croix 
« que Ton planta sur le calvaire, près la porte des 
Dusnes, entre la haute et basse ville (i) *. 

La note de Scotté rectifie une assertion du livre de 



(1) En 1703, on Tenait d'exiler la croix de la Tille même où elle occupait 
1a place d'honneur sur le marché, à Tonde de la rue d'An mont La croix 4« 
iMwtsM est souvent citée dans les vieux £>cuments. 



2 FévBiBR 1703 5i 

J. CaviUier où on lit, sous la date du 23 septembre 1764, 
à Toccasion de la plantation d'un nouveau Christ, que 
€ l'ancien calvaire .avoit esté planté au mois de dé- 
cembre 1702, au même endroit, pour la première fois ». 

Au siècle dernier — on ne sait à quelle date — deux 
calvaires furent placés en vue de la mer, Tun sur le quai, 
l'autre sur les falaises : c'est à propos de l'un d'eux que 
rhistorien Bertrand a noté {Précis hist., I, p. 205) une 
coïncidence qui effraya beaucoup nos ancêtres. Au 
moment de la plus grande agitation du serment civique 
exigé du clergé, le 5 février 1791, l'arbre delà croix 
placé sur le mont Saint-Adrien fut renversé par une 
tempête épouvantable, c Les esprits timorés ne man- 
quèrent pas d'attribuer ce malheur à la vengeance 
céleste; cela contribua encore à semer la défiance et 
Tinquiétude. > 

Vinrent les jours où ces signes de la foi furent pros- 
crits. Du moins, à Boulogne, leur enlèvement se fit 
avec respect, et même c avec la solennité due au culte ». 

La municipalité expliqua ainsi les raisons qui né- 
cessitaient une semblable mesure : « Considérant que 
les calvaires, dans des temps de paix et de tranquil- 
lité, étaient des monuments de piété, autorisés par le 
gouvernement; que dans un temps où les ennemis 
de la patrie font tous leurs efforts pour la déchirer, il 
était instant de les îaire enlever pour les transporter 
dans les églises, dans la crainte qu'ils ne deviennent 
des signes de fanatisme et ne servent de point de ral- 
liement, arrête : i** Que toutes les précautions seront 
prises pour enlever lesdits calvaires ,et les faire trans- 
porter dans l'église paroissiale avec toute la pompe 
qu'exige le culte ; 2** que le citoyen Saunier sera chargé 
de l'exécution de jce travail, et que dans les moments 
où il fera travailler à cette opération, il lui sera fourni 
vingt hommes de détachement pour s'opposer aux ma- 
nœuvres que pourraient employer des malveillants ou 
des citoyens égarés; 3° que la présente délibération 
sera envoyée au citoyen Roche, curé, en l'invitant à 
prendre toutes les précautions nécessaires pour que le 
transport se fasse avec décence et tranquillité (i) ». 

(1) En transmettant cette délibération au citoyen Roche, on loi écrivait: 
c Nous vous invitons et requerrons d'en donner, dimruicbe prochain, lecture 
au prône, afin que les citoyens ne puissent point se méprendre sur les motifs 
qui ont engagé l'administration du département à ordonner cette mesure...» 



62 l'ann^b boulonnaisb 

Le rivage de la mer se trouva veuf du signe de la 
Rédemption jusqu'en 1817. C'est par une souscription 
ouverte dans la population maritime qu'un calvaire fut 
rétabli au bas de la rue des Signaux. Transféré en 1838 
sur la crête de la falaise, ce pieux monument a toujours 
occupé le même emplacement depuis lors. • 



3 février 1785. — Pilatre du Rozier partira-t-il ? 

Telle est la question posée dans uoe lettre envoyée 
de Boulogne à cette date, ç Le globe aérgstatiqMe est 
encore da»s cette. ville : le gouvernement en esî ranoa- 
teur; Pilatre du Rozier, le capitaine; HoqaAil?9 Ijk 
pilote ; les matelots, Tair inflammable. Depuis si;^ se- 
maines nous sommes dans l'attente. Partira-t-il, resterar 
t-il sur l'Esplanade ? Nous ne pouvons le décider. Déjà 
la dépense monte à dix mille/rî^ncs ; déjà tout est prêt ; 
déjà les habitants de Calais, de Montreuil et des vil- 
lages voisins sont venus assiéger notre ville; et nos 
deux navigateurs restent à Boulogne. Tantôt c'est le 
vent qui les contrarie; tantôt ce sont les tuyaux qui 
doivent introduire l'air qui se sont dessoudés .... J'en 
reviens toujours à mon idée, je crois que ceist la peur 
qui les arrête. Veuille la Providence leur inspirer plus 
de courage. Je brûle du désir de les voir partir ; mais 
je crains bien que mes souhaits ne soient pas remplis.» 

Cet impatient, qui écrivait avec une légèreté si cou- 
pable, n'était pas le seul à s'exprimer ainsi. La ques- 
tion de la traversée de la Manche passionnait le public. 
Cela occupait tous les esprits ^ on ne pense plus à la 
guerre » avouait un journaliste de l'époque. On ne 
rêvait que ballons. 

« On voyait ces jours derniers, au musée du ^ieur 
Pilatre, un bulletin où Ton apprenoit que le vent avoit 
beaucoup dérangé son appareil et avoit été à la ve^le 
de briser son ballon ; et que, par une balourdise plu$ 
fâcheuse, un ouvrier^ en faisant jouer une manœuvrfî, 
avoit ouvert une soupape et que tout le gaz s'étoit éva- 
poré; qu'en conséquence il (Pilatre) avoit demandé de 
nouveaux ordres ... Le ministre lui avait répondu sè- 
chement, qu'il falloit qu'il tint Iqs engagen^ents pris. 



4 FÉVBIBE 1803 53 

qu'il étoit assez bien payé pour cela .... Cepen- 
dant.... pour compenser cette dureté, on lui avoit 
remis un paquet cacheté pour n'être ouvert qu'à 
Londres. ... (i). On veut que dans ce paquet il y ait lé 
cordon noir et un brevet qui convertit sa pension de 
2,ooo livres en une pension de 3,000 livres. Cet intrt^ 
guant est reparti avec cette consolation et travaille à 
avoir du gaz de tous les côtés. » {Mém. secrets, t. XXVIII, 
p. 139.) 

Ses partisans démentaient cette réception cavalière 
du ministre, disaient que Pilatre n'avait pas quitté 
Boulogne. Il y était encore le 25 février, attendant tou- 
jours l'occasion et le vent propices. « Eh ! pauvre 
nomme, lui criait de loin, avec une brusquerie sympa- 
thique, Baret, rédacteur du Courrier de l'Escaut : 
E^t-ce le ruban noir qui fait la gloire ? Est-ce un vain 
ornement qui te l'assurera > Mets-toi au-dessus de ces 
bagatelles et dis : Je ne cherche que les moyens d'être 

utile à l'homme Je vais passer la mer, nouvel 

Icare, fy périrai peut-être ; mais l'intérêt du moins ne 
m'aura pas fait exposer ma vie : Thomme au moins me 
saura gré de ma hardiesse. Voilà ce que je dirais à 
Pilatre du Rozier si j'étais son ami. S'U lit cet avis, je 
le prie de le prendre en bonne part. » 



4 février 1803 (15 pluviôse an XI). — Le citoyen 
Pichon observe à la Société d'Agriculture qu'on 
a fait une carte inexacte du bombardement de 
Boulogne : il invite la Société à s'en occuper. 
La question est renvoyée à Anselin, Lesage, 
Henry, Spitalier et Pichon. 

Cette note du registre aux délibérations de la Société 
d'Agriculture est bonne à retenir : il faut donc se 
méfier des renseignements donnés par cette carte, plu- 
sieurs fois invoquée à propos du bombardement de 
Boulogne par les Anglais. 



(1) L'invenUiro après déoéa t\t conn iltro qu«» Filatre avait roQii une lettre 
4e crddii iadéâni à toucber à Londres. 



64 L^ANNÉE BOULONNAISE 



5 février 1772. — Déposition de Jean-Marie 
Lheureux greffier de la ville, faite en conséquence 
d'un monitoire publié pour obtenir des informa- 
tions sur l'auteur anonyme d'un libelle et d'une 
chanson attaquant l'honneur des sieurs Souquet 
et Moras, médecins. 

En décembre, plusieurs personnes avaient reçu ces 
brûlots de discorde par la poste de Paris : sur la réqui- 
sition du procureur de la ville, une enquête eut lieu 
dans laquelle furent entendus successivement les des- 
tinataires du libelle, les médecins et chirurgiens : 
Courtin, Butor, Daunou et Souquet. Lheureux vint 
ensuite, et raconta que le 12 décembre il avait rencontré 
le sieur Daunou et lui avait parlé en présence d'Arnoult. 
Daunou se montrait ulcéré contre Souquet ; lui repro- 
chait d'avoir attesté dans un certificat que Moras, 
chirurgien, faisait depuis quatre ans à l'hôpital, toutes 
les opérations chirurgicales ; que c'était faux, attentatoire 
à la mémoire du défunt chirurgien-major Butor ; qu'il 
allait chercher les moyens de s'en venger, etc. 

Une semblable dénonciation pouvait d'autant mieux 
laisser planer les soupçons sur Daunou, que le libelle 
incriminé était comme le développement de la con- 
versation divulguée et qu'il semblait Ja vengeance d'un 
candidat évincé de la place de chirurgien de l'hôpital (i). 
On y disait, en s'adressant à monseigneur l'évêque : 
« Votre médecin (Souquet (2) ) est un homme rusé et 
hardy, un homme ingrat, un méchant et un fourbe. Il a 



(1) On lit dans les registres de riiôpitol < 13 décembre 1771 : M. Moras 
est nomniô chirurgien-major, en reraplucomeut de M. Butor, avex; tous les 
droits et émoluments de son prédécesseur ». 

(2) L'évoque soutenait M. Souquet qui lui avait sauvé la vie, si nous en 
croyons les rcps'.res de l'hôpital, où on lit le 16 octobre 17G7 : < Homme 
depuis 1760, pendant los absences et maladies de M. Desmars, M. Souquet 
s'est acquitté, à la ^ande satisfaction du Hure:iu, du soin des pauvres, il en 
sera désormais le médciin ordinaire et jouira de la pension de 250 livres dont 
jouissait feu M. Desmars. Le Bureau s'empresse d'auumt plus de le nommer 
qu'il est charmé de domier des maroncs de contentement particulier pour les 
soiite prompts, prudents et sui\is Cj^u il a apportés pour lapiérlson de Mpr l'é- 
vêque, dont les jours sont t>i précieux à tout le diocèse et particuHôrement à 
cet hôpital. » 



5 râv&iBB 1772 - 55 

osé essayé de surprendre votre religion, il y est parvenu : 
voilà la hardiesse et la ruse. Il n*a jamais reçu que des 
bienfaits de M. Daunou, sa victime aujourd'hui : voilà 
l'ingratitude. Il a employé la plus noire imposture pour 
nuire à cet homme honnête : voilà la méchanceté et la 
fourberie. Enfin, pour faire le mal, il s*est servi, en 
parfait courtisan, de la confiance aveugle de son 
maître. » 

Le libelliste prouvait ensuite qu'il était faux que 
depuis plusieurs années M. Butor ait été incapable de 
s'acquitter de ses fonctions de chirurgien -major à 
l'hôpital : c II est vray que M. Moras depuis quelque 
tems cherche à accoutumer à sa présence les malades 
de l'hôpital : porteur de bouillon ou de tisane, il a ainsy 
plus d'une fois fait le tour des salles. Ces petitesses ne 
sont pas faites pour séduire tout le monde : il n'a 
d'ailleurs assisté qu'à l'ouverture de quelques cadavres, 
honnêteté que M. Butor a pu faire à tout autre qu'à 
luy. » L'auteur prenait à témoin de son dire les sœurs 
et les pauvres; il ajoutait, qu'au contraire, M. Daunou 
avait rendu des services importans à l'hôpital du temps 
de M. Desmars et après lui, qu'il pouvait réclamer le 
témoignage de la sœur supérieure et même celui de 
M. Souquet, témoin de ses opérations. Mais ce dernier 
l'avouera-t-il > lui qui par un comble d'audace a dit : 
« Sera chirurgien de l'hôpital qui bon me semblera : 
Moras, Bailleul si je veux ! » (Ce sont ses propres 
termes.) 

€ Mais passons au choix du sujet actuellement 
chirurgien de rhôpital. . . Un homme qui depuis huit 
ans est reçu chirurgien ; un protégé qui a eu le bonheur 
d'obtenir des lettres de dispenses d'étude et d'appren- 
tissage, et le crédit de se faire recevoir par autorité ; 
un homme enfin dont l'ignorance est déposée au greffe ; 
parce qu'il est l'amy d'un autre homme vicieux qui, 
dans son métier ne vaut pas mieux que luy, voilà le 
sujet que vous préférez à un ancien serviteur et du 
riche et du pauvre, à un homme instruit, qui peut 
prouver un apprentissage fait sous de bons maîtres, à 
de bonnes écoles, qui, depuis trente ans, exerce avec 
honneur l'art de la chirurgie et qui, depuis vingt-deux, 
s'est rendu nécessaire à cette province; (vérités re- 
connues à la dernière assemblée par quatre personnes 
recommandables surtout par leur intégrité et la noblesse 



56 l'année BOULONNAI8E 

de leurs sentimens.) Il y a plus : une âme noble et 
généreuse, M. Daunou, vous devient suspect (i) : Vous 
allez jusqu'à douter de la bonne foy de ses propositions ; 
comme si l'honnête homme ne pouvoit se trouver que 
sous la tiare et la mitre; vous croyez qu'il est de votre 
devoir de vous opposer et au bien particulier qu*il veut 
faire, et au bien général qu'il chérit : vous trouvez 
comme impossible que le refus d'une somme annuelle 
de cent poixantc-dix livres soit l'ouvrage d'un homme 
aisé qui ne cherche qu'à s'honorer dans son état et qui 
n'exige poyr un servi.ce rendu que la certitude d'en 
rendre de nouveaux ...» 

Si Daunoif est réellement l'auteur de cet écrit, il est 
curieux de voir, dans la finale, des sentiments ré^w^/tcams 
tels que le fils en manifesta plus fard et qu'il avait 
sans doute puisés à la source paternelle: « Vous 
n'êtes point fait, dit l'auteur en s'adressant à l'évêque, 
à des vérités aussi hardies ; votre cour ressemble à 
beaucoup d'autres co4rs: intrigues forcées, basses 
flateries : ce sont les qualités de vos courtisans . . Il 
n*est quç trop vray que, dans Tordre positif des choses, 
il existe des positions où on se croit obligé de trahir la 
vérité... Ignoré, 7nais libre^ jamais je ne dépendray 
des caprices ny des manies d'aucune cour, surtout 
ecclésiastique (2). » {Arch. comm.^ n° 1585.) 

<l)Ce qoi est dit ci-dessus est à retenir ^or la biographie da père de 
lUUustre Daanou. On va voir au*il avait offert de faire gratuitement les fonc- 
tions do chirurgien de l'hôpital. 

(2) Nous ne nous oocaparons pas de la chanson qui n'est que niaise et qui 
fut reconnue Tisuvre du < clincailler Dufo^sé qui le faisoit entendre. > Voici 
un échantillon da oe tvmaitUi{f : 

Hé ! Quel est donc ce Souquet 
Si vanté par les bons Pères ! 
Pqisqu'il n'a pris ses degrez 

Sue le long de cette mer, 
& son lucre et son larcin 
L a fait passer pour ifiedeciif. . . . 

Sarment il n'avoit pas le sol 
Sans ce malheureux naufrage 

gui l*a mis à même de tout 
t d'en faire cette usage. . . . 

Tout le monde a bien connu 
Moraoe, n'étant que frater ; 
Il n'était que le pousse-cul 
De cette imàme téméraire, etc. . . . 

11 y a une vingtaine de couplets do ce calibre. 



I 8 vÈYiB^jf» 3697 57 



6 février 1804. — Le contra-amiral Lacrosse vient 
à Boulogne pour prendre le commandement 
en second de la flottille. 

C'était le cousin de Tamiral Bruix qu'il seconda 
d*abord, qu'il remplaça ensuite. Il sut préserver la 
flottille de Tincendie des brûlots anglais. C'est par ses 
soins multipliés, dit Bertrand, qu'on vit régner Tordre 
le plus parfait dans Tarmée navale, c la plus nombreuse 
qu on eut peut-être jamais vue» » 

7 février 1082. — Gérard, évoque de Cambrai, 
envoie Balderic, secrétaire de Liesbert, à Hu- 
bert, évêque des Morins. 



L'acte porte que l'auteur de la chronique de Cambrai 
et d'Arras fut envoyé avec de vives recommandations. 

Est-ce alors qu'il fit la Chroniaue de Térouanne dont 
il est parlé en iio8? Wauters (il, p. 38), donne sous 
cette date un acte portant que Balderic, devenu évoque 
de Noyon, est exhorté à écrire l'histoire du diocèse 
d'Amiens € comme il l'avait fait pour Cambrai et 
Térouanne. » 



8 février 1697. — Pierre-Olivier Le Normand , 
supérieur; Pierre-François Lartigaud; Antoine 
(Je Laire et Jean-Baptiste Clouet, représentant 
la communauté des Pères Minimes de Bou- 
logne, donnent à bail à rente foncière et sur- 
censière à Marc Clément, boulanger^ et à sa 
femme, Marguerite Clément, une petite maison 
située rue Thomas au Pied. 

Le Père Pierre-François Lartigaud, cité ci-dessus, 
était le frère aîné d'Antoine et d'AUard Lartigaud, éga- 
lement religieux et assç^ célèbres pour avoir trouvé 



58 l'ANNÉB B0UL0NNA.I8E 

place dans les biographies universelles. 11 méritait cet 
honneur à plus juste titre, peut-être ; mais le malheur 
qui s*attacha à son existence le poursuivit au-delà du 
tombeau. On a voulu abolir sa mémoire. 

Le Père Lartigaud naquit à Calais en 1628. Par 
M. de Harlay, archevêque de Paris, qui l'estimait fort, il 
fut en relation avec le Père de La Chaize et avec Bossuet. 
Il devint Tun des plus ardents gallicans qui aidèrent le 
clergé de France dans son œuvre nationale; trop hardi, 
il s'attira la disgrâce de ses supérieurs au point d'être 
forcé de quitter l'habit de son ordre pendant dix années. 
Il se défroqua à regret et fut heureux d'avoir l'occasion 
de rentrer dans son ordre par la protection de l'am- 
bassadeur de France qui obtint un bref adressé à ses 
supérieurs. « Le crédit de Bossuet fit le reste. Cet 
illustre prélat, qui avoit toujours honoré le P. Larti- 
gaud de sa protection et de sa bienveillance, et qui eut 
toute sa vie un fond d'estime et d'amitié pour lui, en 
donna dans cette circonstance des témoignages signa- 
lés; car il ne l'eut pas plutôt été saluer à son hostel 
qu'il se chargea de ménager sa réconciliation avec ses 
supérieurs et de le rendre à son monastère. Il se donna 
de grands mouvemens pour justifier sa conduite à la 
cour, et la nécessité où il s'étoit trouvé de s'absenter et 
en vint à bout. Lui ayant donc fait reprendre son habit 
religieux, il voulut se donner la peine de le conduire à 
son couvent et de témoigner au Père provincial que l'in- 
tention de Sa Majesté étoit qu'on n'imputât pas au liber- 
tinage sa sortie de l'Ordre, qu'on ne le traitât pas en fugi- 
tif, qu'on ne lui fit aucun reproche et qu'on ne l'inquiétât 
en aucune façon au sujet du passé qu'il falloit oublier ; 
enfin que le pape lui ayant fait la grâce de lui accorder 
un bref dont Sa Majesté étoit satisfaite, sa volonté étoit 
qu'on laissât en paix jouir cet ancien religieux de ses 
droits et suffrages dans les occasions. » (Luto, mss.) 

Cette entremise de Bossuet parle hautement en faveur 
du Père Lartigaud ; mais, la réconciliation ainsi forcée, 
ses supérieurs trouvèrent moyen de lui faire sentir qu'il 
n'était que supporté. Luto assure qu'il s'en consola 
aisément, parut peu sensible aux affronts et aux mé- 
pris qu'il eut à essuyer de leur part. 

Le duc d'Aumont appréciait son mérite ; il le prit en 
affection, le fit venir à Boulogne où il l'honora de son 
estime et de sa protection ; mais ce protecteur mourut 



8 nfivRiBR 1697 69 

en 1704, et le Père Lartigaud eut à essuyer une 
nouvelle persécution c qui lui fut encore suscitée par le 
génîe de la discorde et de Tenvie » . On eut la mali- 
gnité de prévenir à son désavantage l'esprit de M. de 
Langle, évêque de Boulogne. Ce prélat, inflexible dans 
le bien comme dans le mal, ne voulut jamais revenir 
sur ses préventions, ni écouter aucune justification. cLe 
Père Lartigaud fut sur le point de succomber à cette 
disgrâce : la peine et le chagrin dont il fut pénétré pen- 
sèrent lui coûter la vie. 11 tomba dans une atteinte 
d'apoplexie dont il ne guérit que par une espèce de 
miracle. Le prélat n'en fut point touché, non plus que 
d'une lettre soumise et respectueuse qu'il lui adressa 
pour sa justification. Il ne crut pouvoir être satisfait 
qu'en faisant éloigner de son diocèse ce Père vénérable 
par les années. Il passa dans le couvent de Dieppe où 
de nouvelles mortifications lui étoient préparées et où 
il fut traité de la manière la plus dure et la plus fière 
par le vicaire général du diocèse de Rouen qui l'accabla 
de reproches les plus sensibles à un bon prêtre et à un 
homme religieux tel qu'il étoit. Enfin, on ne cessa de 
le chagriner et il ne trouva la fin de ses maux qu'avec 
celle de sa vie qui arriva au couvent de Dunkerque, 
d'une seconde attaque d'apoplexie dont il mourut en 
17 10, dans une vieillesse exempte d'infirmités, à l'âge 
de quatre-vingt-deux ans (i). » 



9 février 1729. — Déclaration des biens et charges 
du prieuré de Beuvrequen. 

Ce prieuré, de l'ordre de saint Benoît, avait la haute, 
moyenne et basse justice dans les seigneuries de Beu- 
vrequen et Hocquinghen. Il dépendait de l'abbaye de 
Saint-Bertin. 

Ses revenus non affermés consistaient en rentes sei- 

(1) Les Minimes, ses confrère;:, loi en voulaient à cause de ses ouvrages qui 
avaient mis leur ordre en mauvaise odeur à Rome: ils avaient môme dessein 
de brûler tous ses écrits s'il ne les eut dérobés À leur rancune avant sa 
mort en les^ donnant à un parent. 

En voici la liato : 

U TnnU de la Bégaie^ divisé en quatre li>Tes ; plus de 600 pa^es in-1*. 

2» TnUé deafranehiêes du qu:irUer de l'ambassadeur de trance à Rome ; 
environ 100 pages in-4«. 

3* TraiU de taJurimUetion des parlements ; 50 pages in-4*. 

!• ' Traité du «x/W de» BvUee aux évéques ; 30 pages. 



60 



l'ahh^k B0m.0imAI8B 



lOOO ft> 

60 

400 

350 

539 






2600 ft> » 



gneuriales en grains , argent et volailles, estimées^ année 
commune. ........ 

En droits seigneuriaux. 

Les revenus affermés comprenaient : 

La dime de Beuvrequen. . . . 

La dîme de Wacquinphen, louée. 

La moitié de la dîme de Leulin- 
ghen, louée 

Terres et domaines, loués . 

Total 

Les charges comprenaient : la por- 
tion congrue du curé de Beuvrequen et 
les novales . . . . i • . . 

Supplément de portion congrue au 
curé de Leulinghen 

Au prieuré de Saint-Pierre d*Ab- 
beville (i) 

Au séminaire de Boulogne . 

Pour réparations du chœur des 
églises de Beuvrequen, Wacquinghcn 
et Leulinghen 

Pour le curement de la rivière. 

Aux bailly des seigneuries et autres 
officiers de justice 

Pour frais de la recette . 

Total des charges 
Reste net 



330 fb 


» 


40 


9 


1000 
65 




50 
3 


12 S. 



54 
50 


II 
9 




Ij83 ft 


12 


s. 


1116 Ib 


8 


S. 



5» Traiti contre Albtrt de PigkiuSf Hollandois, au suj<?t de la coAdamnation 
d'Honorius. 

6^ TraUi et réponte aux cardinaux Baronias et Bellar iiin ; imprimé. 

7* Maximci ehrétiennet pour une dame ; 15 pa^os. 

8* Tr<UU sur CinfaUtUnUU des papUi ouvrage curir>iix mais imparfait. 

1>« Pl€uet au Rn, oonienanl les très humUles remontrances des Minimes 
fran<;ois, 1()!K); 8 papes in-l«. 

]0> BarauffUtt au Rm^ au sujet du traité de la Régale. 

U« L^trtê à M. Bonuet, évéque de Meaux, au sq|et dos états d'oraison, 
Hm ; 20 piuços in-lo. 

12» Lettre au P. Lequien sur le m^m(? suj'it, 1699; 10 pagc»s in-4». 

1^ IcMre à M. de LohçU, évoque de Boulogne, oonten:int la justification 
de sa cv)iiiluit<*, I7UI. 

1 1» Deux lettreâ à Af. Sauei, vicaire général de Rouen pour sa justi- 
fication» 170'. 

1> Pactum^ m^m^ire curieux pour Baillindeau contre 1<^8 dames doml- 
nicainos ilc (laliis. 

!()• VRittoire deea vie et de ses a^entur>'s. 

(1) Jo trouve dans une lettre du 5 janvier 1758 que los reUgienr de 
Saint- Berlin ne pay limt point cette redevance au receveur de Saint-Piefre, 
mais \ M. révoque' de Moaux qui se Tétait réservée. 



la FiTB.|BR 179S 61 



10 février 1798 (22 pluviôse an VI). — Le général 
Bonaparte visite \& port de Boulogne afiu de 
s'assurer, par lui -lAêzne, des ressources que ce 
port pouvait offrir à la réalisation du projet 
de descente en Angleterre. 



Bonaparte arriva iacognito, sous le nom d un de ses 
aides de camp, chargé ostensiblement d*examiner la 
côte et de prendre des notes sur les moyens d'un dé- 
barquement en Angleterre, IJ s'adressa à l'un des 
parents de ma mère, le capitaine Friocourt, comman-' 
dant le port, qu'il étonna par la profondeur et la 
variété de ses connaissances. Son apparition resta 
comme l'un des souvenirs précieux qu'on se transmet 
religieusement dans les familles. 

S'il était arrivé la veille, Bonaparte aurait pu juger 
combien ses projets étaient populaires à Boulogne : 
l'émoi y prenait des proportions grandissantes depuis la. 
proclamation relative à l'emprunt, national pour la des- 
cente en Angleterre (i). 

0) La descente en Angleterre, cette < épée de Damoclès » SQsjpendue si 
longtemps sur llle où se tramaient toas les complots c liberticides >, ne 
pouvait manquer d'intéresser le port de mer où s'équipaient Las audacieux 
corsaires q\u> Renés pur les Anglais pour leur pèche aux poissons, avaient 
métamorpnoBé lenr industrie en pèche de bricks, do goélettes et même de 
frégates ce la minne britannique. 

Ce 20 pluviôse, le Conseil des administrateurs municipaux s'assembla 
extraordinairement et, pour se conformer aux dispositions d^in arrêté du 
dâparieoient, décida que les proclamations concernant l'emprunt natiçnal 
contre l'Angleterre seraient publiées avec solennité, « avec 1 appAreÛ d'une 
fête natiomile. » 

he2\, sor le^diz heures du matin, les antorités civiles et mUifiire», les 
commandants et ofiftciers de la garde nationale sédentaire s'étant rendus à la 
salle des séances de l'administration, entendirent une première lecture de la 
noclanuMlÂon qu'Us aocueillirent avec lesrcris de: vive la Rép«UiqneJ 
Guerre à l'Angleterre I Liberté des mers I 

€ L'administration et les antorités civiles et militaires se sont rendues 
ensuite sw la place de la Maison Commune, où étaient raiigées eaa bataille 
les troupes tant à pied qu'à chevaJl composant la garnison, où, arrivée, la 
troupe ayant formé un dirré, une musique guerrière a exécuté différents airs 
p«tno(i|B«8 à la suite desquels le président a donné lecture de l'aorété et des 
deux proclamations du Directoire. Cette lecture Unie, les cris de Vwe 2» 
BipuHiçue i ont été réitérés, et le cortège, jM'écédé de la mmiiquie et des 
tambours, d'une oompagnie de gresadiers, et fermé par un détachement d^ 
chaaseon achevai, s est trouvé porté au bruit de différents iastrumeAt^ dans 
les différents quartiers et places de cette commune où la lecture d^s dites 
proclamations a été réitérée \ ensuite le cortèjfço est revenu sur la place de l|i 
Hante-commune (Haatferville)^ d'où, .«pwAi.dcv'M»» «hauts patrWtiqiMS 



62 L'Aimés DOULONNAISE 



11 février 1403. — Walleran de Luxembourg, 
comte de Ligny et de Saint-Pol, envoie ses 
lettres de défiance à Henry de Lancastre, roi 
d'Angleterre (1). 

Le comte de Saint-Pol était, par son mariage avec 
Mahaut de Hollande, devenu le beau-frère de Richard II, 
(de la c destruction duquel êtes notoirement inculpé et 

grandement diffamé » écrivait-il à Henry de Lanças tre :) 
il s*en faisait le vengeur lorsqu'il mandait à ce prince 
que, de toute manière en son pouvoir, il le grèverait sur 
terre et sur mer. 

Le roi d'Angleterre lui fît répondre t que de son cou- 
rouch ne de ses manaches il ne tieng pas grand conte. » 
Irrité, le comte Walleran « fist faire la figure et repré- 
sentation du duc d'Yorc (2), cousin germain audit roy, 
armoiée de ses armes et un gibet assez portatif, lequel 
il fist m'ener en aulcune sienne forteresse de Boullenois, 
ensuite jusques auprès des portes de Callais où ledit 
gibet fut dreschié et la représentation du duc illec 
pendue par les pieds. > ( Wawrin, édit, du Record 
Office^ p. 85.) 

" L'injure était sanglante : Robinet de Rebretenges, 
un Boulonnais, Aléaume de Viritum (3) et maints autres 
experts hommes de guerre l'avaient accomplie dans la 
nuit si bien qu'au matin c que les Anglois de Calais 
ouvrirent leurs portes, ilz furent tous esmen^eillez de 
voir ceste aventure. Si le despendirent sans délay, et l'em- 
portèrent dedens leur ville. Et, depuis ce temps, furent 
par longue espace plus enclins à faire dommage et 

aooompacnâs de mnsiqiie et de nouveaux cris de Vire la Répablique ! les 
troupes de la garnison ayant défilé, l'administration monicipale est venue 
reprendre ses séances. 

(1 ) Monsti^Iet donne le texte de ces lettres et les date du dixième Jour de 
février 1402 (vieux style), mais Wawrin entend sans doute la date de leur 
transmission lorsqu'il marque le 11 février. 

(2) Monstrelet : € Le comte de Rostellant » c'est-à-dire Edouart de Plan> 
tagenet, comte de Hutland, connétable et amiral d'Anglelerre, Ûls d'Edmond 
de Langley, duc d'York. 

(3) Ainsi le nomme l'éditeur de Monstrelet, mais il doit y avoir erreur. 
L'éiUtion de 1572 AU/omma de Mtftin. N'est-ce pas BeuOn % 



12 r&YBiEK 1522 Ô3 

desplaisir au conte Waleran et à ses pays et subgets plus 
que paravant n'avoient esté. > (Monstrelet, Ed. ooc. 
Hist. de France, l, p. 68.) 

Il s'en suivit, en effet, une guerre plus active : les 
Anglais en profitèrent pour courir c et travailler de 
nouvel moult fort le pays de Boulenois ». 

Le mode était alors à ces sortes de défiance. Le duc 
d'Orléans, frère de Charles VI, avait, dès le 17 août 1402, 
envoyé une lettre « pour faire armes » au roi d'Angle- 
terre. 

En outre, en ce même temps, un écuyer nommé 
GiUebert de Fretin (dt Fréthun), natif du comté de 
Guînes, défia le roi d'Angleterre, « pour ce qu'il lui avoit 
fait ardoir sa maison à l'occasion de ce qu'il ne lui 
vouloit faire serement de fidélité. > Il lui fit une rude 
guerre sur mer, à la façon d'Eustache Le Moine et des 
héroïques loups de mer boulonnais (i). 



12 février 1522. — Proclamation est faite dans 
Calais que, tous ceux qui ont été grevés sur mer 
par William Peu-de-(lherf et William Dacque- 
bert, aient à se rendre à Boulogne, le lundi 
17 février, pour réclamer leurs marchandises. 

Dans les guerres, perpétuelles en notre pays, pendant 
deux siècles après la prise de Calais, l'histoire s'est 
préoccupée des escarmouches incessantes, des incur- 
sions tentées par les Anglais contre nos villes et vil- 
lages : elle est presque muette sur les exploits de nos 
marins. Cependant, on rencontre dans quelques docu- 
ments des traces très vives d'une lutte acharnée sur nos 
côtes. Les trêves pécheresses, si souvent conclues, 
constatent la nécessité où Ton était d'opposer une 
barrière à la rancune des combattants. 

Les State Papers, publiés par le gouvernement an- 
glais, sont pleins de renseignements sur ce point. En 
1522, il y avait notamment si peu de sûreté contre les 
entreprises des corsaires des deux nations, que le 

(1) Voir ce qnVn dit rabb« D. H^fçnert. — Art* Fréthun. Diet. BUL d% P.- 
cb-C^ onviKite. <fe SovL, t. II, p« 29l. 



64 LVinràE boulonkaise 

deputy (ou gouverneur de Calais) dut placer deux offi- 
ciers anglais dans un bateau frété à Boulogne et ame- 
nant des vins à Calais. A cette époque, on donnait le 
nom de pirates aux écumeurs de la mer parce qu'on était 
en paix : paix troublée souvent. Les Boulonnais, à en 
juger par la déposition de Perpointe Devaunther, mar- 
chand de la Hanse, faite devant sir John Daunce, avaient 
enlevé de nombreuses prises, réclamées alors à Anthoine 
de La Fayette. La « barque de Boulogne » et William 
Dacquebert, également célèbres par leur bonheur dans 
les « fortunes de mer, » sont souvent cités. Je ne puis 
m'empêcher de croire, en parcourant les nombreux do- 
cuments de cette période, que les entreprises hardies 
de nos corsaires contribuèrent à exaspérer les Anglais, 
à' tes pousser souvent à rompre la pabc et à venger leurs 
marchands par le pillage de nos campagnes (i). 



13 février 1547. — Des- pêcheurs de Boulogne, 
retirés à Dieppe et à Rouen, demandent à 
revenir dans leur ville natale. 



Le lundi 21 juillet 1544, la basse ville de Boulogne 
ayant été surprise par les Anglais, ceux qui l'habitaient, 
matelots pour la plupart, furent poursuivis av»c achar- 
nement. Le plus grand nombre, en l'absence des 
navires ennemis, purent fuir sur leurs barques 
de pêche, sauver leurs munitions et se retirer vers les 
ports de Normandie où leur industrie les fit subsister. 

Mais ils regrettèrent bientôt leur ville. 

On lit avec chagrin dans les State-Papers (n° 27, 
Calais'Papers)y que « plusieurs pêcheurs français à 
Rouen et Dieppe, qui autrefois résidaient dans cette 
ville (Boulogne) tant qu'elle fut occupée par les Fran- 
çais, ont requis permission d'y revenir avec leurs 
femmes, leurs familles et leurs bateaux, afin d'y exercer 
leur profession. Lord Gray, transmettant leur sup- 



(I) On a du reste la preuve que c'est la hardiesse des corsaires calaisiexL^, 
au xin« siôcle, oui attira ^ur leur ville toutes les forces auglaises d'Edouard 111. 
Le oommerce MttaimSi^ue. voulait qu'à tout prix le roi se rendit maître de 
Calais ; il fournit les fonds du long siôge mis devant cette cité: 



14 wàwsKBi 171M> 66 

pUque au lord protecteur, écrivait : c Ne leur ayant fait 
aucune réponse, je vous prie de me faire connaifre ce 
que je dois leur aire. » 

On a lieu de croire que la permission a été accordée : 
on lit, sous la date du 2 mai suivant (n"" 90, Calais- 
Papers) : € L*ambassadeur français, dans une entrevue 
avec le lord Protecteur, a demandé qu on lui livrât cer- 
tains Français fugitifs confinés à Boulog^ne; il fut ré- 
pondu qu'ils seraient rendus contre les Anglais fugitif 
qni sont en France.» 



14 février 1790. — Élection de M, Grandsire, 
maire, et de MM. d'Herlen, Belle et Charles 
Butor, officiers municipaux. 

Avec cette élection s'ouvre une ère nouvelle. L an- 
tique échevinage boulonnais venait de sombrer sous la 
loi du 14 décembre 1789 qui transformait cette magis- 
trature urbaine. Le maire, ce n'est plus le maïeur, 
primus inter pares, juge civil et criminel, omnipotent 
sur les bourgeois, ayant le pouvoir de faire des ordon- 
nances et des sentences : mais l'unité nationale exigeait 
le sacrifice des franchises communales. La Patrie ab- 
sorbait la Commune. 

La transition se fit facilement à Boulogne. Son der- 
nier maïeur fut son premier maire. M. Louis-- Marie^ 
Jacques-Antoine Grandsire eut l'honneur de clore l'an- 
cien régime échevinal et d'inaugurer la mairie moderne. 

L'histoire locale nous a transmis, entouré de véné- 
ration, le nom de "ce citoyen honorable, dévoué aux 
intérêts de la ville, dont l'existence publique si longue 
et si active eut pour règle et pour devise : le devoir 
avant tout (i)/ 

(1) En 1810, M. Grandsire eut Toocasionde résumer lui-même ses diverses 
fonctions, il le fit en ces termos : Président du tribunal civil, demeurant 
à Boulogne, né le 6 juin 1736, veuf, deux enfants, fut successivement avocat, 

Srocareur du roi en la maîtrise des Eaux et Forêts, conseiller de ville, 
chevin, administrateur de la Province, son député ordinaire près du 
mloistre, juse en la Maréchaussée, délé^é du Boulonnois, député suppléant 
à l'Assemblée nationale, deux fois maire de Boulogne, commissaire du roi 
près le tribunal du districti commissaire national, premier juge du dépar- 
tement, membre du Conseil des Anciens, président du tribunal civil, deux 
fois caniÀdat au Corps législatif et membre du Conseil municipal, etc. 

5 



66 l'annâb boulohhajsb 

A M. Grandsire, nommé commissaire du roi, suc- 
céda M. Géneau de Mieurles. Du 19 novembre 1790 
au 22 novembre 1791, ce magistrat eut à pourvoir 
à lexécution de la loi sur le clergé, à proclamer la 
Constitution, à supprimer les anciennes juridictions, à 
recevoir le serment des autorités et des prêtres consti- 
tutionnels. Il vit le plus beau jour de la Révolution, la 
Fédération, Un Bureau municipal Taidaît dans sa tâche 
difficile (i). 

Le citoj^en François-Marie Belle, avec laide d'un 
Directoire de municipalité^ prit ensuite la direction des 
affaires. Ce fut comme le soulèvement d une nouvelle 
couche sociale, marchant d'une allure plus décidée vers 
les réformes. Il organisa la garde nationale qui jusque- 
là allait en débandade, planta Tarbre de la liberté, 
envoya les premiers contingents de volontaires aux 
frontières. II eut à parer à la pénurie des monnaies au 
moyen des billets de confiance de 5, 10 et 15 sols. De 
Tardeur, pas d'excès encore. Heureux pour sa mémoire 
s'il s'était montré moins acrimonieux envers ses devan- 
ciers qu'il voulait poursuivre dans leurs comptes depuis 
dix ans, si l'intérêt ou la vengeance ne l'avaient 
animé contre l'entreprise des frères Delporte, les im- 
portateurs de moutons anglais. 

Son franc concours à l'œuvre de la Révolution lui 
mérita d'être nommé administrateur du département 
en novembre 1792 (2). Et pourtant, le 10 août, il signait 
avec les membres du conseil, une protestation contre 
la déchéance du roi. 

Le citoyen Pierre Loison, son successeur, traversa 
les premiers jours de la Terreur : ce n'était pas l'homme 
qu'il fallait : on le sent poussé par les événements, sans 
initiative personnelle, terrifié même. 

Quoiqu'il eut pourvu aux réquisitions multipliées de 
volontaires, pris des mesures désespérées pour obvier 
en partie à la cherté et à la pénurie des grains, solen- 

(1) M. Géneau de Mieurles a confié son souvenir à la mémoire des pauvres. 
Le 12 mars 1807 il fit donation àThospice d*nne maison rue du Bras-d'Or. 

(2) Lors de la réaction thermidorienne, M. lielle fut particulièrement en 
but à la rancune de tous ceux qu'il avait effrayé par ses idées et ses actes. 
Belle, U TwrcritUt comme on rappelait, fut soumis à mille petites vexations 
que nous aurons i)eut-étre l'occasion de rappeler. J.-F. Henry, en l'une do 
ses notes manuscrites, ayant occasion de citer la tradition qui plaçait dans la 
forêt de Desvrcs l'antique divinité de BA ou Baal, semble avoir concentré 
d'anciennes colères par ces mots: de VZ9ju»^*au 6 thtnMd/or VidoU dt Bel fui 
ttdarétmSéUe, UterroritU. 



14 fAvuib 1790 67 

nisé la première fête de la Victoire, débaptisé les rues, 
on trouva qu'il n'avait rien fait pour le peuple ; on lui 
reprocha de supporter avec impatience les dénoncia- 
tions, etc. 

A l'époque des suspicions et des dénonciations, elles 
ne lui manquèrent pas lorsque Louis de France, qui 
s'intitulait le Régent^ lui eut adressé par la poste un 
paquet que le pauvre maire reçut en tremblant et qu'il 
ouvrit en présence de son conseil général. Les Annales 
patriotiques l'ayant incriminé, Loison eut à subir l'en- 
quête de redoutables commissaires, Joseph Lebon lui- 
même — déjà le tigre perçait sous l'honime — et 
Robert Dalle. Il en reçut un satisfecit. Mais il avait été 
suspect un jour : cela le perdit plus tard. 

André Dumont ne le trouva pas à la hauteur, le sus- 
pendit le 28 septembre 1793, «comme n'ayant pas la 
confiance du peuple : » il le mit en arrestation avec un 
grand nombre d'anciens officiers municipaux et fonc- 
tionnaires de tout ordre. On les accusait de n'être pas 
de francs républicains. 

Le citoyen Claude Saddet, un pur, nommé au milieu 
de l'enthousiasme des ardents, ne resta maire que sept 
mois ; car, en ce temps de fièvre politique, l'ardeur po- 
pulaire devançait celle des magistrats. Une accusation 
de tiédeur le mit en suspicion. Le 25 germinal an II 
(15 avril 1794) parut un arrêté de réorganisation des 
autorités constituées de Boulogne, signé Darthé et 
Demuliez, qu'au nom du peuple souverain, Joseph 
Lebon confirma le 25. 

Cette « régénération des autorités » comme on disait 
alors, mérite d'être montrée en détail : nous y verrons 
ceux que le peuple aimait sous la Terreur. 

Municitalité : Joseph-Guillaume Quignon - Sauvé, 
maire; Louis Fontaine, agent national; Sauvage- 

COMBEAUVILLE, SUbstitUt. 

Officiers municipaux : Pecquet ; Duchaussois-Four- 
NiER ; Lheureux, orfèvre ; Désenclos fils ; Cazin, vété- 
rinaire ; Alex, Crouy ; Thurot cadet ; Harelle aîné ; 
Valois, graveur ; Wyant; Dumanoir; Charles Bour- 
guignon (i). 

(1) NoUMm: Saddet, JU»; Alex. Adam, Morillon, B14riot, Amonlt, Louis 
Géneaa, Triqaet, Vauvel-Dapuis, DuoAmp-Gaulvaolt, Santune ;Ut, Le~ 
mattre, bvukuiaer, Jean-Pierre Deliiaye, Pinart, Paillet, Volant n^pôekml, 
Pierre-François Lattonx, Joseph Hergosse, Cliarles Adam, Dupais JU$, 



68 I.'A2finfiB BOtTLONNAlBB 

Toutes ces autorités sombrèrent lors de la réaction 
thermidorienne. Alors le représentant du peuple vint 
ouvrir la porte des prisons aux anciens suspects et la 
fermer sur leurs successeurs poursuivis « comme ter- 
roristes. » 

Lors de la r^or;^a«tsa/ton municipale — ce mot revient 
souvent — Jacques^Jean Coilliot fut nommé maire 
(lo fructidor an II, 28 août 1794); mais ce magistrat 
se destinait aux fonctions judiciaires qu'il honora 
jusqu'au terme d'une longue et intègre existence ; il 
remit ses pouvoirs le 15 novembre suivant à M. François 
I>OLET, l'âme de la réaction d'alors, que son zèle même 
rendit suspect. Daunou fut contre lui. Le 17 fruc- 
tidor an III, Pierre Coilliot ayant été nommé refusa 
d'accoter les fonctions, et Dolet, réélu, fut continué. 

Au 14 brumaire an IV (7 novembre 1795), François 
Dolet échangea son titre de maire contre celui de Pré- 
sident de r administration municipale du canton de Bou- 
logne, extension des attributions de cette magistrature 
qui préparait l'avènement des sous-préfets et remplst- 
çait le Directoire du district (i). 

François Dolet eut l'honneur de voir s'établir dans 
notre ville l'Ecole centrale et la Société d'Agriculture, 
de prêter son concours aux études faites pour l'amélio- 
ration du port ; son œuvre méritoire est d'avoir 
pourvu à l'approvisionnement de la ville durant la 
terrible disette de l'an III. 

Accusé de protéger les émigrés et les prêtres réfr^c- 
taires, Dolet fut destitué par un décret du Directoire le 
25 ventôse an VI (16 mars 1798). 

eordomùer, François Tardieu boulanger, François Gâche, FayeoUe, Bouchard 
Hlif et Desiardins. 

0(mUà dt twrvdUance: Martin taUUur, Wallet confier, Foissey, Griset, 
Costp, Lcdez-Moleux, Lafoiret-Cronv, Quignon -Sauvage, Guche eadU, 
Charles Vauvel, Baudouin m<nui«ier, et Ledru jtufdUUer. 

Tout fut régénéré. L*administration du Dihectoirr i>u District eut à 
sa tôte Quignon atné, açeiU national/ direeteura; Dutertre, Baret, Podo\in, 
Henry ' avec Sainte-Beuve et Deloeuil aîné, comme a(f^oinU: eonêèUUn.' Max. 
Dupont, Lefebvre, Chomel, Sta, Dhoyer, Patin, Lissés et Car joier; McrUairt , 
Hénin. 

Tribunal civil. Baret, prétUknt/ MoriUon, Cattaert, RouttiAr et Vigne- 
ron. /«^. 

Tribunal de commerce. Godin, Ducamoy, Bucaille, Nofil-François 
Delacre, iupe»t et Blanzv fils, greffier. 

€ Ainsi lait et arrête par nous, açrès avoir taât discuter les qualités 
civiques et morales à la société populaire régénérée, où les gideries absolu- 
ment remplies ont été consultées. » Signé Dartbé et DerauUez. 

Q) La mairie fut un moment installée, Grande-Rue, dans le local du dis<- 
IxicX, du S frimaire an IV au 28 messidor an V. 



14 7iVAIJ5B )79Q ^ 

Après un intérim de six semaines. Antoine-François 
TiESSET fils obtenait le titre de président qu'il conserva, 
malgré de fréquentes absences de Boulogne, jusqu'à la 
reconstitution de la mairie en Tan VllI. Il eut pour 
suppléants MM. Midon^ Dujat et Damy. 

Jusqu'ici les fonctions de premier man^strat avaient 
été purement et forcément politiques. En pouvait-nl 
être autrement dans des circonstances pareilles à celles 
que nous venons de traverser par le, souvenir? 

La Constitution de Tan VIII a3^ant été proclamée, la 
loi du i8 pluviôse (9 janvier i8oo) vint réorganiser le 
territoire français et faire de notre ville le chef-lieu du 
premier arrondissement du département du Pas-<ie- 
Calais. Boulogne comptait alors une population de 
10,685 âmes; elle possédait: une école dliydrographie, 
une société d^agriculture, une école centrale, une biblio- 
thèque publique, une sous-préfecture, un tribunal de 
première instance, une justice de paix et un tribunal 
de commerce. 

Par décret du 14 floréal (4 mai) le premier Consul 
nomma maire de Boulogne M. Jean-Baptiste-Louis- 
Maxime Caron-Falempin, homme de loi (i), dont le 
court passage à Thôtel de ville a cependant été maroué 
par la réorganisation des services communaux, la- 
vènement du Conseil municipal : tout ce qui exista 
depuis lors et a formé notre admistration urbaine. Il 
eut pour adjoints MM. François-Xavier- André Wissocq 
et Jacques-Jean Coilliot. 

L'ère moderne s'ouvrait. 

M. François-Nicolas Merun-Dubroeuil succéda à 
M. Caron-Falempin le 5 octobre 1800. Le premier acte 
de sa magistrature fut la proclamation de la paix de 
Lunéville. Sous son administration, le formidable dé- 
ploiement de forces sur terre et sur mer, connu sous 
le nom de Camp de Boulome, vint compliquer considé- 
rablement les affaires loches. Le séjour de la Grande 
Armée créa des exigences de police et de voirie dont on 
ne peut avoir une idée juste qu'en consultant les docu- 
ments de l'époque conservés aux archives municipales. 

(!) M. Caron, né à Boulofinie-sur-mcr, le 5 avril 1769, avait été membre 
dn conseil d'administration au district de Calais et de Tadministration mn- 
niciiMilo de Boulogne. II fut, après sa mnirie, procureur Impérial près le 
tribunal de première instanoe de l'arrondissement et membre du conseil 
d'arrondissement. 



70 L'ANKiB BOULONVAIBE 

M. Merlin assista et coopéra, dans la mesure de ses 
attributions, à la formation de notre port, au prolonge- 
ment des jetées, à la création de Tancien bassin et des 
quais, à rétablissement du pont de TEcluse et du pont 
de Service. Il eut à prendre des mesures préservatrices 
contre les effets du bombardement de la ville par les 
Anglais, à fixer les limites de la ville, à donner l'essor 
au commerce qui suivit la paix d'Amiens ; il rouvrit les 
églises et reçut à diverses reprises le premier consul et 
l'empereur. Il y avait alors un commissaire général 
de police dont la correspondance, curieuse à bien des 
points, est d une très amicable rondeur (i). 

M. François Delporte remplaça M. Merlin le 
24 avril 1805 (2). 

L'autorité supérieure d'alors faisait marcher militai- 
rement toutes les affaires municipales, en imposant ses 
volontés le plus despotiquement du monde, refusant 
d'allouer parfois les crédits les plus indispensables, 
imposant de nombreuses charges, voulant même 
établir des commissaires ambulants chargés de sur- 
veiller la correspondance des magistrats : aussi les 
maires cherchaient-ils toutes les occasions possibles 
pour rendre leur écharpe et ne la conservaient-ils, 
souvent, que sur les plus vives instances. 

M. Pocholle-Menneville, installé le 9 avril 1809(3), 
dirigea les affaires de la ville jusqu'au 25 décembre 1814 ; 
il eut à traverser la période difiScile d'un changement de 
gouvernement et du passage des troupes alliées. Après 
avoir reçu et fêté Napoléon et Marie-Louise en 181 1, 
M. de Menneville eut à trouver de nouveaux accents 
et de nouvelles expressions de dévouement pour 
l'arrivée de Louis XVIII. Il les trouva. 

M. de Menneville ayant donné sa démission, M. Wis- 



(1) Ainsi il terminait une lettre officielle par ces mots : € Bonsoir et beau- 
coup de choses de moi et de ma citoyenne pomr vous et votre dame. » Ce 
oommissaire général était on grand personnage et avait tonte l'autorité d*an 
proconsul. ^ 

(2) Né le 18 aoAt 1746^ cultivateur et nésociant avec 5,000 francs de 
revenu, il avait été échevin de la ville en 17o6, puis assesseur au juge de 
paix, membre du tribunal de commerce, administrateur du district et 
membre du conseil du département. 

(3) 11 fut nommé maire par décret du 16 mars 1809. Louis-Marie-François 
PochoIlo-MenneWUe était né à Boulogne le 11 avril 1746 ; entré dans le 
commerce àTàge de dix-huit ans^ il fut négociant onze ans jusqu'en 1806, 
et se retira avec un revenu do 12,000 francs. Il avait été chef ae bataillon de 
la garde nationale en 1789 et — ce qu'il rappelait avec orgueil, — chef de la 
députation boulonnaise lors des fêtes du couronnement de rempereur. 



U FàvKiBK 1790 71 

socQ fut appelé à lui succéder par ordonnance du mois 
de décembre 1814. Il ne conserva ses fonctions que six 
mois (i). 

M. Fontaine, père, fut ensuite maire du 21 mai 18 15 
au j octobre. 

M. Merlin-Dubrceuil revint à la tête de Tadminis- 
tration municipale jusqu'au 17 juin 18 16, date de Tins- 
tallation de M. Delgorgue de Kosny. 

Durant cette magistrature qui s'ouvrit avec une dette 
de 45,000 francs tout un renouvellement s'opère à 
Boulogne. 

Après LA PAIX, notre cité accroît son commerce, met 
à profit tous les éléments d'activité et de fortune que 
l'Empire avait créés ; elle commence à mériter le titre 
de ville de plaisance qu'elle justifia de plus en plus 
chaque année et qui a tant contribué à accroître sa 
"prospérité et sa renommée. La population était de 
13,474 habitants. 

M. de Rosny, après avoir combattu à l'aide des plus 
grands sacrifices une famine qui coûta plus de 50,000 fr. 
à la ville, fit effectuer des réparations à 1 hôtel de 
ville et aux promenades publiques, créa un atelier de 
charité pour la fabrication de filets de pêche, une école 
gratuite de dessin, les écoles des sœurs de la retraite, etc. 

C'est sous son adminstration, mais contre son gré, 
que s^ouvritl'école d'enseignement mutuel. M. Herman, 
alors sous-préfet, porta d'ofiîce au budget de 1820 
une somme de 1,300 fr." pour cette école. 

C'est encore sous M. de Rosny qu'eut lieu le per- 
cement des rues d'Inkermann et du Vivier et la cons- 
truction de la salle de Pitié pour les malades de 
l'hospice. 

Ce fut encore M. de Rosny qui assura aux vieux et 
fidèles serviteurs de la commune des pensions prises 
sur les fonds de la cité. 

Depuis il fut député. 



(H 11 . Wissocq fat successivement avorat, électeor aux assemblées batt- 
liof^reê, membre du conseil général de la comtiione; substitut du proonreur 
de la commune, juge^suppléant du distiiot, juge audit tribunal^ agent national 
du district, juge au tribunal civil du département; commissaire dngou- 
vprnoment par inlerim près radminist ration nmnici|;>ale de Boulogne; admi- 
nistrateur iniinif ipal, premier adjoint à li mairie, juge à la cour d'appel do 
l)ouai, not;ible miiion.'u, membre du colU'ge électoral d'arrondissement, en 
1808, candidat suppléant au Corps législatif; magistrat de sûreté à Bou- 
logne, etc. 



72 l'anIHIb BOULONNAISB 

M. Vasseur succéda à M. de Rosny le i6 juillet i8ji. 
La population était de 17,539 habitants et le revenu de 
176,919 fr. 

M. Vasseur fonda le mont-dc-piété avec une dotation 
de 60,000 fr. On lui doit en plus : 

La promenade de la Porte-Gayole ; le nivellement et 
ia clôture d'une partie de Tesplanade ; la fondation du 
muséum, et un commencement du cabinet de physique ; 
la construction de la salle de spectacle ; le déplacement 
du marché aux poissons, sur le port; lexhumation des 
ossements de Tancien cimetière de la basse -ville; 
Télargissement du cimetière de Test, avec clôture et 
maison pour le concierge ; le percement des rues 
Thurot, Monsigny et Wissocq ; la construction des 
écoles de la Haute-Ville pour les Frères de la Doctrine 
Chrétienne ; les travaux du port ; la reconstruction de 
la fontaine delà Pompe; du poids public; d un château 
d'eau pour la conduite des eaux de la Tour-d'Qdre en 
ville ; les fontaines de la rue des Vieillards, de la rue 
Percée et de la rue du Havre. 

M. Vasseur est le premier maire qui ait fait assurer 
les propriétés communales contre l'incendie. Son ad- 
ministration fut laborieuse, ce qui ne le préserva point 
des atteintes du Franc Parleur, dont 1 opposition le 
harcela. Aussi le 26 juin 1828, remit-il aux mains 
de M. Grandsirb de Belvalle les rênes d'une admi- 
nistration municipale qui ne lui avait valu que des cri- 
tiques acerbes. Les établissenients utiles, les travaux 
considérables votés et entrepris sous l'administration 
de M. Vasseur, le voyage de la duchesse de Berry qui 
coûta à la ville prés de cent mille francs, tout cela 
avait énormément chargé la caisse municipale, qui 
avait à solder alors, en capital et en intérêts, une 
somme de 718,986 fr.; ce fut le prétexte de sa chute. 

C'est dans ces circonstances que commença l'admi- 
ministration de M. Grandsire de Belvalle, fils de 
M. Grandsire- Audibert (i). On aime à voir dans les 
grîtndes familles principales de la localité se perpétuer 

(1) M. Louis- Jacques-Antoine Grandsire de Belyalle, né à Boulogne le 
14 mai 1766. fut commissaire national près le tribunal du district, adminis- 
trateur du oistrict, membre du conseil d'arrondissement, candidat suppléant 
au (]orp8 législatif, président du c-anton de MfUH]uise, membre du Conseil 
municipal de la ville de Boulogne et membre du collège électoral du 
département du Pas-de-Calais; fortune 12 à 15,000 livres de rentey. 
(NaU de ISIO.) 



%i wàvjom X790 73 

honorablement les traditions d'attachement au pays çt 
de services rendus à la chose publique. 

Sa gestion ne dura que deux ans, jusqu'à la révolu-*- 
tion de 1830. Mais, dans ce court espace de temps, 
M. Grandsirc trouva le moyen de payer, sur la dette 
que nous venons d'énumérer, la somme de 161,000 fr., 
et de créer : 

L'établissement d'une école gratuite de musique élé- 
mentaire ; la construction de la galerie de statues au 
muséum ; Tacquisition du cabinet de M. Delalande, qui 
vint considérablement enrichir cet établissement; 1^ 
bâtiment de Tatelier des filets de pêche: Télargissc- 
ment de la rue de la Porte des Dunes ; l'acquisition 
d'une maison presbytérale ; la construction d'aqueducs 
rue Neuve-Chaussée et rue de Boston, et l'établisse- 
ment d'une pépinière dans l'ancien cimetière de la 
Haute-Ville. 

De plus, l'administration de M. Grandsire porta à 
son budget une somme de 3,000 fr. à titre d'encoura- 
gement à l'Etablissement des Bains et rétablit l'écolç 
d'enseignement mutuel, etc. 

Enfin, ce fut sous cette administration que furent 
établies les indemnités à payer par les propriétaires 
qui en construisant sont forcés, par l'alignement 
adopté, de faire avancer leurs maisons sur la voie pu- 
blique. 

Le 14 septembre 1830, M. Dessaux prit provisoire- 
ment la direction des affaires municipales jusqu'au 
10 novembre suivant, époque de l'installation de 
M. Alexandre Adam. 

A son entrée en fonctions, M. Alex. Adam trouva 
une population de 19,3 14 habitants et un revenu de 
282,433 fr- '^ ^^^ ^ payer une dette de 650,000 fr., à 
augmenter notablement les différents services de la 
localité, à créer de nombreuses places rendues néces- 
saires par l'accroissement rapide et simultané de toutes 
les sources de prospérité de la ville. 

En moins de huit années, la situation financière était 
complètement éclaircie. Alors commença cette série de 
travaux immenses qui remuèrent la ville de fond en 
comble et la firent ce que nous la voyons aujourd'hui : 
L'établissement de la place Navarin ; le nivellement et 
la plantation des Tintelleries ; le macadamisage des 
mes adjacentes ; le nivellement et la plantation d'une 



74 l'aknéb boulonnaibb 

partie de TEsplanadc; la couverture du canal des 
Tintelleries et les travaux d'embellissement de la rue 
du canal, aujourd*hui boulevard de Clocheville ; Tacqui- 
sition des eaux de la ferme d*Odre et la conduite de 
ces eaux au château d'eau de la Tour-d'Odre ; près de 
vingt fontaines; le percement de la rue de la Paix; 
Télargissement d'une autre voie publique; l'établissement 
d'un bureau central pour l'Octroi ; la construction d'un 
vaste hangar pour la visite des marchandises ; une part 
dans la construction du débarcadère pour la visite des 
voyageurs et des marchandises à leur arrivée sur le 
port ; la construction de l'abattoir et des boucheries 
couvertes ; l'installation du collège communal et la 
construction de l'internat ; la construction de l'école de 
l'enseignement mutuel ; l'ouverture des salles d'asile ; 
l'installation des écoles des Frères dans une partie du 
local de l'atelier de couture ; l'établissement d'une nou- 
velle galerie au muséum ; le renouvellement de toute la 
boiserie de la bibliothèque ; l'installation du gaz et ses 
frais de premier établissement ; l'acquisition de terrain 
pour l'entrepôt des douanes; l'acquisition de terrain 
pour le champ de manœuvre. 

Participation dans la construction de la maison de 
secours de la Société Humaine, dans celle de l'église 
Saint-Pierre et dans celle du palais de justice ; com- 
blement du Jambon de l'est ; agrandissement du cime- 
tière de Test; etc., etc. 

Tel est, — avec l'établissement de la station de Fol- 
kestone et l'obtention du chemin de fer d'Amiens à 
Boulogne, — le résumé rapide et incomplet de l'œuvre 
accomplie par l'administration de M. Adam pendant 
les dix-huit années qu'il a été conservé à la tête de la 
cité boulonnaise. Il n'en faut pas tant pour honorer la 
vie d'un citoyen, pour rendre sa mémoire à jamais 
vénérée dans fa ville qu'il a enrichie de tant d'éléments 
de fortune. 

En quittant la mairie après la révolution de 1848, 
M. Alex. Adam remettait à ses successeurs une popula- 
tion communale de 39,741 habitants et un revenu de 
545,500 fr., c'est-à-dire une ville presque doublée en 
importance depuis le jour où il l'avait reçue de ses pré- 
décesseurs, et une situation financière très avanta- 
geuse. 

M. Chauveau-Sire qui présida l'administration mu- 



14 wÈVBm 1790 75 

nicipale du 4 mars 1848 au 22 mai 1849 eût à traverser 
des moments difficiles durant lesquels il maintint la 
population dans un état de tranquillité relativement 
remarquable. Il eut à présider à toutes les fêtes répu- 
blicaines qui distinguèrent cette époque, à la plantation 
de Tarbre de la liberté, aux fraternisations des gardes 
nationales : il se retira à la suite des élections pour 
l'Assemblée législative. Ses principaux efforts tendirent 
avec succès à l'occupation des ouvriers sans ouvrage, 
et Ton doit à cette pensée le commencement de Tendi- 
guement de la Liane et la création de la promenade 
dite de la Bienfaisance. 

Le premier acte de l'administration de M. Fontaine, 
qui avait été installée le 5 juin 1849, ^ ^^^ ^^ demande 
au conseil d'un crédit destiné à continuer l'entretien des 
ateliers communaux pour les ouvriers non occupés. On 
doit à cette administration l'établissement des trottoirs 
qui ornent nos principales rues ; la construction d'une 
salle d'asile, d'une école de filles et d'une école de gar- 
çons à Capécure et l'établissement d'une autre école de 
garçons rue des Pipots : la restauration de l'hôtel de 
ville (i); l'établissement d'aqueducs et de fontaines ; 
une participation dans les dépenses d'ornementation 
et de trottoirs du palais de justice; l'acquisition de 
l'établissement des bains ; la continuation de la pro- 
menade des Petits Arbres autour des remparts ; les 
achats de terrains pour les cimetières de Saint-Pierre 
et de Capécure. 

Elle a, de plus, décidé en principe la construction 
d'une église à Capécure, la reconstruction de la salle 
Monsigny et consacré des fonds à la construction du 
pont à établir sur la Liane, en remplacement de l'écluse 
de chasse démolie; au percement des guichets de la 
Porte des Dunes, etc. 

L'administration de M. Fontaine a été une admi- 
nistration toute de bienveillance et de conciliation, 
comme il convient à une époque de transition politique. 
Comme celle de M. Merlin-Dubreuil, elle attacha son 
nom à des événements mémorables, la réception de 
l'empereur et de l'impératrice, de plusieurs rois et 
princes royaux, de nombreuses illustrations militaires 

(1) Durant Ips travaux, Li m-iirie fut installé rue des Pipot?, u« 62, dans 
les oâliment« occupés actuellement par la Caisse d'Epargne. 



76 l'aKKI^IS BOULOITKAISB 

et diplomatiques attirées par S. M. I. et l'établis- 
sement des camps. Disons que dans toutes ces occa- 
sions notre ville a été dignement représentée par ses 
autorités. 

M. Alexandre Adam reprit les rênes de Tadminis- 
tration municipale au mois de juin 1855 et les garda 
jusqu'en février 1861. Il continua son œuvre de trans- 
formation locale, fit l'acquisition des casernes du rivage 
et y plaça divers services communaux. Il voulut y 
installer le marché au poisson contre le vœu de la 
population maritime, et cette divergence d'opinion tua 
sa popularité. Son administration eut à solder les frais 
élevés des réceptions impériales et royales non payées, 
ainsi que beaucoup de dépenses laissées en soufiFrancc 
surles exercices 1853 et 1854. Un emprunt de i, 200,000 fr. 
permit d*y faire face ainsi qu'à divers projets de cons- 
truction. 

Avec M. Bertulphe Gosselin, qui succéda à M. Alex. 
Adam le 24 mai 1861, commence un nouvel ordre de 
choses. C'est l'avènement d'un parti jeune, ardent, 
relativement libéral, dont l'action ressembla à un com- 
bat. Il déposséda en peu de mois tous ceux qui, depuis 
1830, semblaient incrustés dans les postes publics. 
Quelle transformation menée avec entrain et habileté î 
Période de fièvre, de lutte; combats incessants. La 
presse joua son rôle, acharnée d'un côté contre les 
novateurs, et, de l'autre côté, les défendant et les 
excitant. Ce fut une révolution avec ses bienfaits et ses 
excès. L'administration municipale devint prépondé- 
rante un moment, servie par les circonstances, béné- 
ficiant de l'énergique volonté de son chef. Ceux qui ne 
l'ont pas vue à l'œuvre, ne sauraient se faire une idée de 
la puissance de l'activité lorsqu'elle est unie à la capacité. 
Qu'on se souvienne du casino édifié en moins de deux 
années, rien qu'avec les seules ressources locales 
d'ouvriers. Pour arriver à ce prodige, il fallut aiguil- 
lonner chaque jour, à chaque heure, la lenteur habi- 
tuelle des entrepreneurs et combattre les difficultés de 
l'œuvre. 

Mais aussi, quel résultat! Le 29 juin 1863, le casino 
est ouvert. Comme par un coup de baguette, la ville de 
plaisance est transformée. Depuis 1850, elle souffrait de 
l'abandon des touristes : ils accourent en foule, ils 
assiègent tous les appartements à louer. Le commerce 



14 v^TBisit 17dO 77 

reprend. Les affaires sont florissantes, Boulogne semble 
renaître à la vog^e. 

M. Gosselin avait inauguré son règne en obtenant 
du conseil municipal^ comme don de joyeux avènement, 
le vote d'une somme de 500,000 fr., nécessaire pour le 
raccordement direct à notre gare de la ligne de Calais. 
II se retira au moment où la halle au poisson, dont le 
projet était arrêté, allait se bâtir. 

En trois années de laborieuse initiative, M. Gosselin 
changea la physionomie de Tadministration communale, 
insuiSa une vie intense à tous les services et vint à bout 
de Tantique routine. 

M. le docteur Eugène Livois» entré à la mairie (4 mars 
1864), eut à organiser une partie des créations de son 
prédécesseur. Sage administrateur, faisant succéder le 
calme et la paix à Tintensité de la lutte, il dirigea la 
construction de la halle au poisson dont Touverturese fit 
solennellement, en 1 866, avec l'exposition internationafe 
de pêche. La grande industrie maritime, la pêche, en reçut 
une impulsion qui décupla son activité. Jusqu'alors, elle 
n'avait pas été considérée selon sa haute importance : 
on s'aperçut enfin qu'elle, était le principal appoint de 
la prospérité locale. 

De 1864 à. 1870, M. Livoiseutfort à faire pour diriger 
et accroître l'impulsion nouvelle donnée à toutes les 
branches de l'activité industrielle et commerciale par le 
succès des saisons balnéaires et des pêches. La question 
des eaux et des égouts fut poursuivie pendant toute 
cette période ; le chemin de fer sur Saint-Omer, celui 
dirigé sur Calais, le port d'Audresselles, la donation de 
la cathédrale, la donation de l'église Saint-François de 
Sales, l'achèvement de la tour de l'église Saint-Pierre, 
l'inauguration de la statue de Jenner, dés visites dé 
souverains et de grands personnages signalèrent cette 
période, qui a vu aussi la fondation de notre Société 
Académique (1864). 

M. Livois est l'un des maires de la. ville qui ont mis 
le plus de dévouement à son service. Sa magistrature 
fut laborieuse et utile. II donna sa démission en sep- 
tembre 1870. 

L'histoire rendra hommage au dévouement de 
M. Désiré Henry qui, pendant r année terrible^ fut à. 
Fœuvre nuit et jour et tint si noblement les rênes de 
l'administration durant la période d'angoisses pa- 



78 l'aknéb boulokn^isb 

triotiques qui créa tant de devoirs nouveaux à notre 
magistrature urbaine (i). 

M. Auguste HuGUET, son successeur, fut installé le 
22 mai 1871. 

Pendant les huit années consécutives que M. Huguet 
a passées à la mairie, en sa première magistrature, il a 
mis au service de la ville tout son temps, toute son ac- 
tivité, toute son intelligence, étudiant à fond chaque 
question, s*occupant des plus menus détails, voyant tout 
par lui-même ; il a travaillé avec une ardeur souvent 
au-dessus de ses forces. Personne n'oubliera qu'il 
faillit payer de sa vie cet excès de fatigue. 

Extension donnée à Tinstruction primaire, création 
de groupes scolaires, révision du plan d'alignement ; 
nombreuses améliorations au collège, à la bibliothèque, 
au musée; création du musée industriel, des gym- 
nases scolaires, du service des peseurs-mesureurs 
jurés, du magasin communal des pompes; ouverture 
du quartier de la falaise ; extension de 1 éclairage 
public ; construction de Thospice communal de la 
rue Louis-Duflos, organisation des tramways voilà 
son œuvre. 

Parmi les nombreux services qu'il a rendus comme 
maire et comme sénateur, il ne faut pas omettre la 
part si active et si efficace qu'il a prise dans les dé- 
marches faites avec plusieurs de nos concitoyens, et 
surtout avec M. Alexandre Adam, MM. Achille Adam 
et Gosselin, démarches qui ont abouti au vote et à la 
création du port en eau profonde. 

M. Duhamel l'a remplacé en 1879 et a conclu (1880) 
l'interminable affaire des eaux et aqueducs. 

M. Auguste Huguet revenu aux affaires en 1881, 
confirmé dans ses fonctions, en 1882, par l'élection 
directe du conseil municipal a continué son œuvre de 
rénovation. Il poursuivit activement l'érection des 
statues de Frédéric Sauvage et d'Auguste Mariette et 
put présider à leur inauguration. On lui doit la station 
aquicole créée sous son initiative directe. Les principaux 
actes de son administration se trouvent, du reste, résu- 
més dans la publication faite en avril 1884, sous ce titre : 

(1) L*histoire de cette moeistratare est toute entière dans la broohuire : 
B<ndoçne petidcoU la çtt^rre d* 1870-1871. pabliâe par radmlnistration : il faut 
s*y reporter» car elle embrasse de si multiples sujets qu'on no pourrait essayer 
d en donner une idée sans de longs développements. 



F^y&niB 1623 79 

Exposé par le Maire des travaux du Conseil municipal 
depuis la guerre de iSjo-iSyi, 

Lc maire actuel, M. Jules Baudelocque fut élu par 
le Conseil municipal le i8 mai 1884. La mairie est en 
bonnes mains. 



f 5 février 1367. — « 11 a eu peu de harengs à 
Boulogne cette année. j> 

C*cst ce que mandait sous cette date le trésorier du 
Boulonnais, Renaud Le Prêtre, à Colard Le Vaque, 
receveur de la comtesse d'Artois à Hesdin : « Il y a eu 
peu de harengs à Boulogne cette année», dit-il; cepen- 
dant il s'en trouve à 5 francs le mille et il offre d'en 
acheter huit mille si la comtesse le désire. 

Le I*' avril 1367, Renaud Le Prêtre donnait quittance 
de harengs envoyés à la comtesse d'Artois : cette 
princesse avait donc commandé l'expédition de ces 
poissons malgré leur prix élevé. 

Le port de Boulogne fournissait habituellement la 
table de ses suzerains et voisins : on en a la preuve par 
les comptes de 1339-1340 (i). 



g?)) février 1523. — Discours prononcé en Parle- 
ment en la présence de Henry VIII, roi d'An- 
gleterre. 

L'orateur rappelle qu'en cas de guerre avec la 
France la politique conseille de s'assurer de Boulogne. 

11 disait à ce propos : « S'il n'est pas l'heure mainte- 
nant de parler de paix... rappelons-nous que les 
Français ont une loi pour interdire à leurs rois de se 
trouver en personne dans une bataille rangée contre la 
nation anglaise.... Nous avons à nous assurer des 
victuailles, être certains de trouver des provisions en 
notre route ei éviter le danger de laisser des ennemis 
derrière nous, ce que prévoyait le politique prince 

(1) Voir le Payt BMOowMiif, t. IX des Mém, dtlaSoe. Acad,, p. 387~S88. 



80 L'AKlfÉB BOtTLOirKAISB 

Henri VII. Lorsqu'il traversa le détroit, il mit le siège 
devant Boulogne avant de vouloir pénétrer en France; 
tandis que le roi actuel croit que pour aller à Paris, il 
faut commencer à Térouenne ... Je ne vois pas l'avan- 
tage du roi, ni le nôtre, à faire la guerre à la France. . . 
Avant de songer à conquérir du territoire outre- 
Manche, songeons qu'il y a l'Ecosse à conquérir. . .» 

Le projet de guerre dont il est ici question, et qui 
était fort populaire en Angleterre, s'agitait depuis le 
2 juillet 1522. Dès le 9, nos pères se préparaient à sou- 
tenir un siège : lord Berners écrivait à Wolsey que les 
Boulonnais feraient c la meilleure résistance possible > 
e/Ae best résistance they can. > c La ville de Boulogne 
est fortifiée au point qu'on ne la pourra prendre que 
par famine », écrivait-on le 18 août. Charlcs-Quint 
(allié de Henri VIII) décidait le 7 septembre de faire 
dévaster les environs de cette ville. « Cette nuit, on logera 
à Desvres, demain on détruira Samer-au-Bois. On 
mettra tout à feu et à sang, w Cela était réglé comme 
le programme d'un spectacle dramatique. 

Le 16 septembre, il était à nouveau question de 
brûler les châteaux, villes et villages du Boulonnais. 

On voit que notre pays était menacé de tous côtés 
et que les habitants y avaient de fréquentes alertes Ce 
fut son destin pendant des siècles. Suivons les phases 
de la lutte devenue plus ardente, lorsque le 2 juillet 1523 
fut conclu un traité contre la France entre Charles- 
Quint et Henri VIII. 

Le 4 septembre, Oudart du Biez apparaît comme 
gouverneur en remplacement de La Fayette, disgrâdé, 
et qui s'était pris de querelle avec Pontremy, capitaine 
de Picardie. Cette disgrâce faillit être fatale à notre 
ville : l'ennemi tenta La Fayette. 

Le 5 septembre, le duc de Suffolck c marche dili- 
gentement hors des frontières anglaises, mais sans 
permettre aux Français de connaître ses intentions 
jusqu'à ce qu'il ait rejoint les Bourguignons ». « Il 
reviendra soudainement sur Boulogne », dit-il. 

De Buren écrivait au cardinal Wolsey le 8 septembre, 
qu'il est convenu entre le roi et 1 empereur qu'on 
assiégera Boulogne; c mais c'est mal amé; Boulogne 
est imprenable. » c Nous espérons donner tant d'affaires 
à nostre commun enemy, tant par le moyen de nostre 
armée que dudit personaige que scavez [le duc de 



rÈTBJÉSi 1523 SI 

Bourbon] que ledit sieur roy, nostre père (Henry VIII) 
aura bon chemin de faire grand exploit, et son armée 
passera bien avant sans trouver grosse résistance. » 

Malgré toutes les raisons données contre, malgré 
Topinion de Tempereur, le 12 septembre, Henri VIII, 
était résolu à faire le siège de Boulogne ; il ne voulait 
pas mettre son armée en danger de manquer de vivres 
dans Tintérieur du pays. Wolsey ne put l'en dissuader, 
non plus que le duc de Bourbon. Si Ton en croit les 
papiers anglais, La Fayette, Tancien gouverneur de 
Boul(^ne, était prêt à se joindre au traître connétable ; 
il se chargeait, dit-on, de prendre Boulogne en seize 
jours et Montreuil dans le même temps ; c car ces deux 
villes ont été fortifiées par ses avis. » Bourbon aurait 
été charmé d'avoir La Fayette avec lui, t si le roi y 
consentait. » On était alors en novembre : la détresse 
générale en France rendait la paix si désirée qu'à 
quelques mois de cette date, on racontait que le capi- 
taine Pontremy avouait que personne ne la souhaitait 
plus que lui ; <t car je suis picard et ma contrée est 
dévastée par la guerre. » 

En effet, chaque jour se renouvelaient des entreprises, 
des saccagements sans merci. Une lettre du 31 mai 
1524, raconte le succès d'une embuscade à une lieue 
du château de Belle, par la garnison anglaise de Guines. 
Le bailli de Samer-au-Bois, lieutenant de M. de Ver- 
viegne (Coucy de Vervins), avec cent cinquante hommes 
d'armes et cent paysans, y furent mis en déroute. Au 
16 juin, les Français menaçaient les terres de Guines. 
« Nos hommes poursuivirent quelques uns dentr'eux 
jusqu'à une église dans le Boulonnais et y mirent le feu. 
Huit hommes d'armes sautèrent pai* les croisées, affreu- 
se ment brûlés, et les autres se sauvèrent dans le clocher 
qui ne put être brûlé. Une femme, envoyée par du Biez 
pour savoir ce qui se passait, fut prise par les Anglais : 
lorsqu'elle eut confessé son projet, on la cousit dans 
un sac et « elle a bu son saoul d'eau », pour donner 
exemple aux autres (i) ». {Calais Papers). 

(1) Cest à cette époque qae se rapporte lo fait ^ curieux que Montai&;iie a 
ciiâ comme un exemple des coups du sort: € Quelque fois il se noie à 
poinct nommé qu'elle [la Fortune] >»e joue à nous. Le seigneur d'Estrée, lors 
guidon de Monidour de Vundosme» et lo seigneur de Liques, lieutenant do 
u comoa^o du duc d'Arscot, ostans tous deux serviteurs do la sœur du 
tieur ae Foungueselles (t) quoy aue de divers partis, comme il advient aux 
voisins de la frontière, le sieur ae Liques l'emporta : mais le mesme jour 

6 



82 l'aNNÉA BOtTLONNAlSB 



16 février 1679. — Donation faite pour constituer 
la dot d'une religieuse dominicaine. 

Par devant notaires royaux établis à Calais, Margue- 
ritte-Françoise Mareschal, novice audit couvent, suffi- 
samment âgée, usant et jouissant de ses droits, ayant 
dévotion de demeurer dans le couvent où elle est entrée 
dès y a quatre ans et plus, y pris Thabit et fait son 
année de noviciat et voulant continuer, dans le zèle 
qu'elle a de faire profession et être admise au nombre 
des autres religieuses, pour y rendre ses services et 
devoirs à la gloire de Dieu, selon la règle qui se pra- 
tique et observe, elle a prié et requis lesdites religieuses 
de la vouloir recevoir avec elles en toute humilité ; à 
quoi elles ont condescendu, reconnaissant la bonne et 
fervente dévotion de ladite Marguerite et Font reçu 
avec elles pour être leur sœur et religieuse en l'hôpital 
et couvent; et en faveur et en contemplation de ce, 
ladite Mareschal a volontairement et sans contrainte 
cédé et délaissé au profit desdites religieuses : 

i** Une maison et tenement avec huit mesures de 
terres situées à Marcq ; 

2** Six mesures trois quarterons de terres situées en 
la même paroisse ; 

3*" Six autres mesures et un quarteron de terres si- 
tuées au même lieu ; le tout appartenant à ladite 
Mareschal et provenant de sa mère-grand pour, par les- 
dittes religieuses en jouir à partir de demain, que 
ladite Mareschal fera profession, les faisant du tout sei- 
gneur et propriétaire, à la charge d'en payer les cens et 
rente, et de nourrir et entretenir en leur maison con- 
ventuelle Marie-Geneviève Bauchard, sa sœur utérine, 
et de lui faire apprendre un métier pendant trois années ; 

des nopces, et qui pis est avant le coucher, le marié ayant envie de rompre 
un bols en faveur de sa nouvelle espouse, sortit à 1 escarmouche près de 
Sain(-0mer» où le âeur d'Estrée se trouvant le plus fort^ le fit prisonnier : 
et pour faire valoir son advantage, encore fallut-il que la damoiseUc € avant 
que d'estre contrainte de relâcher les bras d*alentour de son nouvel espous 
et qu*un hiver survenant et puis un autre, eussent raasassié la flamme a>ide 
en leurs longues nuits (Catul. ad. Mab.) luy flst elle mesme requeste peac 
courtoisie de In^r rendre son prisonnier, comme il iist : hx noblesse fran^oise 
ne refusant jam^iis rien aux dames. Semhle-t'-ii pas que ce soit un sort artl^te ? 
(Montaigne, Suaii, liv. I, cb. xxxiii, p. 884., tom. I«r, édit. 1781.) 



17 FEVRIER 1404 83 

comme aussi de lui fournir ensuite, pendant dix autres 
années, la somme de 40 livres tournois par an pour 
subvenir à ses menus besoins, dont et du tout ladite 
Mareschal a fait donation à sa sœur pour la bonne 
amitié qu'elle lui porte ; et, arrivant que icelle Bauchard 
viendrait à décéder avant lesdites dix années, le paiement 
cessera le jour de son trépas. 

Et par la susdite donation, ladite Mareschal demeure 
quitte de 961 livres 16 sous 6 deniers qu'elle doit pour 
sa pension et celle de sa sœur depuis qu'elles sont 
entrées au couvent. 

Le tout convenu entre ladite Mareschal et sœur 
Marie-Edouard dite sainte Hyacinthe, supérieure des 
religieuses hospitalières du Tiers-Ordre de Saint- 
Dominique établies à Calais, assisté de cinq sœurs, et 
en présence et de lavis et conseil de M'* Antoine 
Legrand, prêtre et curé titulaire de la paroisse d'Of- 
ferqueque et de honorable homme François Bernard, à 
présent mayeur et ancien juge consul de Calais, père 
temporel desdites religieuses. 



17 février 1404. — Etablissement d'une confrérie 
de Saint-Sébastien à Boulogne, dite des « Grands^ 
archers j». 

Les confréries d'archers, d'arbalétriers et d'arque- 
busiers fondées dans les diverses villes du Nord n'a- 
vaient pas pour seul but le divertissement du tir. Elles 
étaient utiles aussi pour la défense du pays. 

On était reçu avec une certaine solennité, après in- 
formation faite sur les t déportemens » du candidat. On 
payait un droit d'entrée et on s'engageait par serment 
au maintien des statuts de l'association. 

Au compte de 1415-1416, il est payé cent soulz 
conmie courtoisie faite aux arbalestriers, le premier 
dimanche de mai qu'ils tirent le geai « font nouvel 
conestableetleur feste ; » et, quatre livres aux t arciers-- 
jurés f le second dimanche de mai « qu'ils font de 
mesme. » Une autre « courtoisie » est accordée au jour 
de saint Sébastien. 

Le compte de 1551 porte qu'il est accordé quatre 



84 l'akki^b B0XnX)NlrAI8K 

sols aux archers par chaque dimanche pour le vin de 
la Ville ; dépense interdite « comme inutile », par la 
Gourdes Comptes vers 1569. Mais l'échevinage con- 
tinua d'encourager les exercices de tir par des prix spé- 
ciaux tels que celui inscrit au compte de 1 597-1 598 
« Vaisselle d'étain que la Ville a donnée au roi et aux 
confrères des archers pour leur prix d'avoir abattu le 
gay, du coup de la Ville». En 1613-1614, ce fut une 
coupe d'argent donnée, cette foi aux aux arbalestriers, 
« pour faire un prix à leurs exercices (i)». 



17 février 1885. — Bref, donné sous Vanneau du 
pêcheur, dans lequel Léon XIII autorise Tévêque 
d'Arras à célébrer le couronnement de Notre- 
Dame de Boulogne. 



18 février 1660. - a Faut payer à mademoiselle 
La Marancerie deux barils et demie de harengs 

• saurs pour la Partie MahatU^ à 15 liv. le baril 
et 10 sous pour la voiture de la basse à la haute 
ville. » (Actes capitulaires,) 

La Partie Mahaut, établie par le testament de la 
comtesse Mathilde, femme en premières noces de Phi- 
lippe le Hurepel, et, en secondes, d'Alfonse roi de 
Portugal, morte le 14 janvier 1259, consistait en une 
distribution, de douze onces de pain et de deux sorets, 
faite dans l'église à chaque pauvre présent à son obit, 
le jour du « Nom de Jésus •. 

Le 9 janvier 1626, sur la demande de l'échevinage, 
le chapitre avait décidé que les deniers destinés à la 
Partie Mahaut seraient employés pour la nourriture et 
Tentretien des pauvres pestiférés ; t en cette année 



(1) Voir dans VImpartial (% mai 1869X une éphéinéride «pus la date du 
8 mai 1551, donnant, d'après le compte aux deniers commoi» do l'an 1504, 
d'excellents détails sur les diverses confréries de tir de Boulogne. 



18 rivKiXB, 1660 86 

seulement. » Toutefois, en considération de ce que 
la Ville « n*a pas le moyen de soutenir !es infectés >, le 
chapitre consentit, le 4 janvier 1627, à donner encore 
ces deniers en aumône. II fallait cette déplorable 
circonstance de la peste pour modifier la destination de 
la fondation. Le 8 janvier 1653, quoiqu'on proposât 
d*en remettre les fonds c aux pauvres honteux 9 nom- 
breux alors, les chanoines s'y refusèrent. 

Et pourtant, ce n'était pas une petite affaire que d'or- 
ganiser la distribution des pains et des sorets. On s'en 
occupait bien longtemps à l'avance. Le blé était fourni 
par le fermier des Moulins l'Abbé ; la façon des pains 
était mise en adjudication entre les boulangers de la 
ville ; on réglait même le poids que ces pains de- 
vaient conserver t étant cuits». L'adjudication du 31 dér 
cembre 1676 en porte le nombre à quatre mille deux 
cent soixante-quinze pains. Ce chiffre variait , dans de 
faibles proportions pourtant. L'adjudication du 32 dé- 
cembre 16791e porte à quatre mille cinq pains. On peut 
juger par là du chiffre des pauvres. C'était une foule. 
Cependant il arrivait, malgré la libéralité avec laquelle on 
préparait la distribution, que les derniers venus se 
trouvaient moins bien partagés (i). Les pauvres cher- 
chaient donc à prendre le premier rang et il s'en suivait 
des scènes de désordre déplorables, malgré toutes les 
précautions prises pour s*en garer. « Trois, hommes 
forts » seront à l'entrée de l'église pour empêcher l'inva- 
sion, est-il dit dans un acte du 1 5 janvier 1670 ; mais c ces 
trois hommes forts » ne suffisaient pas pour arrêter les 
impatients. Nombre de délibérations constatent les 
abus commis et les insolences des pauvres. 

Celles-ci ayant dépassé toute limite en 1680, on décida 
que la Partie Mahaut se distribuerait dans l'abbaye, à 
la mi-carême. On eut ensuite regret d'avoir modifié 
l'intention delà fondatrice. On revint aux vieux usages 
qu'on quitta à diverses reprises : finalement, on ne 
fut pas fâché d'avoir un prétexte pour se décharger de 
tout ennui à cet égard en transformant la distribution 
annuelle en une « aumône > versée à la « Chambre des 
pauvres », qui venait d'être reconstituée sous le titre 
d'hôpital général. La chose fut décidée le 5 octobre 1Ô93, 



(1) Ola arriva en janyier 1677, le hareng manqua, f le massier en ayant 
caché «n demi-baril aous w^ robe. | 



86 L* ANNÉE BOULOUIÏAISE 

après avoir été discutée le 9 avril 1692 et le i'"'" avril 
de Tannée suivante. 

On peut se faire une idée de Taffluence des pauvres à 
la Partie Mahaut en lisant au 9 janvier 1668 : >: Il est 
« dangereux d'admettre les pauvres qui viendront des 
« villages circon voisins, à cause de la contagion. » 
Tous les pauvres du pays pouvaient donc s'y présenter 
en temps ordinaire ; aussi jamais souverain n'avait 
trouvé moyen de perpétuer mieux sa mémoire : c la 
bonne comtesse, » comme on nommait Mahaut de Bou- 
logne, resta la plus populaire de toutes les suzeraines. 



19 février 1779. — L'administration de la province 
ordonnance le paiement^ à Michel Dezoteux, 
d'une somme de 6,000 livres à ajouter à 46,500 
déjà perçues pour la route entre la forêt 
de Longvilliers et Samer (l'adjudication du 
'29 novembre 4771, porte la dépense totale à 
70,300 livres), et, à Gabriel Hamy, 3,000 livres 
à ajouter à 13,000, payées à compte sur la route 
de Saint-Omer. (M. P. Sire, subrogé à M. Hamy 
avait perçu, au 31 janvier 1788, 120,836 livres 
à compte pour la continuation de cette route : 
dont je n'ai pas trouvé la dépense totale.) 

Parmi les grandes choses qu'accomplit l'administra- 
tion provinciale du Boulonnais, l'amélioration et la 
création des routes tient le premier rang. ( Voir Pays 
Boulonnais, i'' partie, page 125, tome IX* des Mém. de 
la Soc. Acad.) Mais ce n'est pas l'objet de la présente 
note. Nous voulons signaler ici la découverte enre- 
gistré par Michel Dubuisson, dans ses Antiquités(p, 19) : 

« Quoiqu'il soit difficile de suivre dans notre Bou- 
lonnais la grand'route qu'Agrippa fit passer de Lyon à 
Itium par Amiens et Rue, on vient néanmoins d'en trou- 
ver Textrcmité aux approches de notre ville. Des car- 
riers cherchant de la pierre à chaux dans un champ qui 
s'étend de l'ancien hôpital des Ladres, ou Léproserie de 



19 FévRiEB 1779 87 

Boulogne^ à la maison de la poste aux chevaux de Bré- 
kerke , découvrirent, depuis 1761 jusqu'au mois de 
février 1772, à dix-huit pouces de profondeur, un pavé 
de pierres plattes, dures, unies à la surface et posées 
orisontalement, l'un contre l'autre, par une liaison qui 
parut n'être que de terre, en aïant pris au moins la 
consistance ainsi que la couleur noirâtre. On reconnut 
à la vérité que ce chemin avait été peu conservé, parce 
qu'on l'avait détruit pour en employer les matières à la 
construction des nouveaux. Mais dans ce qui restait, la 
manière dont étaient construites ces anciennes routes 
publiques s'y retrouvait. Ces pierres de deux et trois 
pieds de longueur sur douze à dix-huit pouces de lar- 
geur et six à sept d'épaisseur, se trouvaient retenues 
dans l'ordre, par de plus grosses pierres de la côte, de 
toutes figures, qui formaient et affermissaient les bor- 
dures de chaque côté. Sous ce pavé était un lit de sable 
marin, épais de neuf pouces, mélangé de coquillages, 
comme pilaux, pétoncles ou hénons et de grosse bio- 
caille de toute forme, c'est-à-dire de pierres rondes, 
plattes, longues ou cubiques ; un deuxième lit de sept 
pouces aussi de sable, mélangé de petits graviers 
blancs ou de chaux éteinte, dont les ragots avaient ré- 
sisté à la dissolution, suivait celui-là. Ce sable parut 
avoir été tiré du ruisseau des Trois Fontaines, qui flue 
de la vallée de Saint-Martin au travers de ce fauxbourg, 
pour se jetter par le marais voisin dans la Lianne. 
Venait ensuite une couche de sable gris et de gravier 
très menu qui, exactement mesuré, se trouva de dix 
pouces d'épaisseur. Ce pourrait être ce qu'on appelait 
ordinairement la bouillie ou le noïau. Une autre couche 
de terre glaise ou de waze, épaisse de quatorze pouces, 
mêlée de tuilleaux, de pots cassés et d'une sorte de 
petits moëlons blancs, suivait celle-ci. Enfin un nou- 
veau lit de sept pouces d'argile, batue et applanie à la 
batte, en précédait un autre de quatre pouces de pierres 
à chaux, cassées menues, et étendues à la pelle sur un 
fond partout égal et bien nivelle. 

« Ainsi pour former ce chemin, les Romains avaient 
faits, comme ailleurs, entre deux lignes parallèles ou 
deux sillons tirés au cordeau, qui fixaient la largeur du 
chemin, une excavation de quatre pieds dix pouces 
de profondeur avant d'atteindre le roc ou banc de 
chaux sur lequel ils ont ensuite assis ces six couches. 



88 l'arv^b boulonkaibb 

Ce qui montre que quoi qu*il fut d*usage de donner aux 
grandes routes vingt-quatre pieds de large sur trente- 
six ou trente-huit de profondeur, il y avait quelquefois 
de la diférence dans 1 épaisseur, le nombre, la nature 
et la disposition des couches selon la dureté et la diver- 
sité des lieux, qui faisait qu'ils étaient icy de niveau 
avec les terres, tandis qu'ils s'avançaient là, dans les 
vallons et, qu'ailleurs, ils s'élevaient d'une grande hau- 
teur .... 

« D'autres carriers avaient trouvé, avant ce teifts là, 
dans le voisinage de ce chemin et dans la partie la plus 
basse du coteau, où sont les fourches de la justice et le 
hameau de la Warocquerie, plusieurs canaux de terre 
cuite, quelques-uns même de plomb, plusieurs autres 
de pierres et des faux puits, la plus part revêtus. Il 
fut donc aisé de juger que ces aqueducs avaient été 
pratiqués pour conduire dans ces faux puits, comme 
dans des réservoirs, les eaux souterraines qui sour- 
cillent sur ce coteau et qui eussent pu gâter le chemin ; 
mais qu'elles y avaient pénétrer avec le tems, noirci et 
pourri le mortier ou ciment qui avait fait autrefois la 
liaison du mortier .... » 

Ceci est la déposition d'un témoin qui a vu et qui 
mérite attention pour le moins. Son dire ne nous paraît 
pas avoir été recueilli par aucun spécialiste et nous le 
publions pour le^ placer sous leurs yeux. 



20 février 1071 (1). — A la journée de Mont- 
Cassel, Eustache, comte de Boulogne, se dé- 
clare avec le roi pour Richilde comtesse de 
Flandre et ses fils, conabat pour eux, et fait pri- 
sonnier Robert Le Frison qui avait usurpé le 
comté. 



A cette journée, le comte Eustache eut la singulière 
fortune de faire prisonnier le vainqueur de la bataille. 



(1) M. L. A. Warnkœnig, dans son SUtoire dé la Flamdrt, donne la dato 
du Z2 février 1071 et dit: II y eut à proprement parler deux bataiUe»: la 
preniicre fut li\'réele 22 février 1071. La prise réciproque de Richilde et de 
nob«rt eut lieu dans cdle-oi, le meurtre d'Arnoola dan« la bc<onde, livrée 



20 wàwBxma. 1071 8» 

Il s attacha à lui ; il le poursuivit avec un corps de ré- 
serve jusqu'à Saint-Omer où il le prit, le laissant aux 
mains du gouverneur. Mats Richilde, de son côté, était 
au pouvoir des ennemis ; les deux partis s*entendirent 
secrètement, au grand déplaisir du roi de France et de 
son allié et échangèrent leurs captifs. Le traité qui 
s'en fit, sans que ce prince fut consulté, montre avec 
quelle indépendance les grands feudataires agissaient 
envers leur suzerain. 

Cette querelle s*envenima. Dans la nuit du 6 mars, 
Philippe et son armée furent introduits, par trahison, 
dans la ville de Saint-Omer, coupable d avoir relâché 
Robert et qui fut mise à feu et à sang. Enivré de ce 
criminel succès, Philippe ne voulut pas écouter les pro- 
positions portées au nom de Robert ( i ). On en vint aux 
mains à la bataille de Broderoie, fatale au roi de France : 
le comte Eustache fut prisonnier à son tour de Robert 
le Frison. Sa captivité fut courte. Son frère, chancelier 
de France, intervint, obtint sa délivrance moyennant 
rançon. Meyer dit que le nouveau comte de Flandre, 
pour se faire un allié d'Eustache, lui céda la forêt de 
Bethlo avec le château d*Eperlecques. Nos annalistes 
se bornent à parler de la forêt, car le château d'Eper- 
lecques, affirment-ils, était depuis longtemps sous la 
main de nos comtes. La Petite Chronique de Flandre 
et du Haynaut (mss. du XIII^ siècle, cité dans r Histoire 
d'EperlecqueSy de Delozière) raconte le fait d'une ma- 
nière peu honorable pour la Maison de Boulogne. 
A Ten croire, la forêt donnée payait le prix d'une tra- 
hison (3) envers le roi. La chose, heureusement pour 
la mémoire du comte Eustache, est indécise : il peut 
encore bénéficier de plusieurs témoignages moins acca- 
blants. 

le lendemain {Meftnu). Mais Orderio Vital précise la date : € Le dimanche 
de la septnagésimc, dit-il, dix de» calendes de mars, Robert le Frison 
attaqua ses ennemis de grand matin et à rimi>rovi8te. » Piques tombait le 
24 a\Til en 1071 et le dimanche de la scptaag6sime était bien le 20 février. 
Le MM de Lato qui n'est pas à suivre en cela, place raflaire en 1070, oubliant 
le vieux style. Lequien ne donne pas le quantiéni'*. 

(1) BiMt. dtBnU., A. d'Hautt. H L. Bénard, t. !•'. p. 59. 

(2) c Or vous dirons du roi l*hilii>es de Franche, ouand il lu venu à Mons- 
treul après la déconfiture de Kassi^I, il envola en Franche et fit assembler 
fcnnà ost, si ala devant Siinct-Omer etl'assist, il arst le forbourck. Foukes 
H veskes dou pais (de Paris I) ki estoit frère le comte Witasse de Bouloigne 
séjoumoit lors à Espcriecke ; il envoia à Robert H Frison et 11 manda ke si 
il li voloit doner le foriest d'Esperlke, il feroit le roi lever dou siège et râler 
en Franche. Robert li Frison li otria ce volentiers, dont manda U vcsqne au 



90 l'année B0UL05NAI8B 



21 février 1793. — Proclamation de Robert Dale 
et de Joseph Lebon contre les emblèmes de la 
féodalité. 

« Au nom de la loi : 

« Nous, Michel-Robert Dale et Joseph Lebon, com- 
missaires du département du Pas-de-Calais, dans la 
ville de Boulogne, requérons par ces présentes les re- 
présentants de cette commune de faire détruire dans 
deux fois vingt-quatre heures, tous les monumens, 
restes de féodalité de quelque nature qu'ils soient, exis- 
tans encore dans les places publiques, temples, mai- 
sons nationales et même à l'extérieur des maisons 
particulières, comme aussi tout vestige de royalisme et 
de fanatisme ; sauf à faire supporter les dépenses par 
les diverses caisses en ce qui les concerne. » 

Pauvres monuments, pauvres emblèmes ! ce n'est pas 
seulement sous la Terreur qu'on les poursuivit. La 
Restauration fît de même pour ceux de l'Empire et, 
depuis, nous avons vu le même zèle à proscrire les 
signes rappelant un passé coupable d'être le passé (i). 

roi, pii vooment, k*il pstoit trahie se il ne s'en aloit. Li roi, ki quifla il désist voir, 
se leva dou siège et .s'en alacn Franche. Robiert dona le foricat devant dite 
à l'évosquede f*aris et li vesque le laissa au comte de Bouloi;;ne après sen 
déchiés. > La Petite Ckroniqtu de FUmâres donne tout l'odieux du marché à 
l'évoque Foulques ou Godefroi (car on le connait sous ces deux noms); mais 




service important ou solder son alliance avec Robert le Frison. 

(1) Le2() février 1831, M. Diasiiux, vurà de Saint- Ni^olis, écrivait an 
m lire de Boulosm^': f Je vous remercie de li communication auc vous me 
fait'^s d'un projet hostile contre des fleurs de lys oeintes que j'ai lait misquer 
enli.Tcment... Par amour de la paix je les fer.ii barbouiller demain. » 

Deux jours après, M. Dissaux écrivait encore : < Je ne permettrai jam;iLS 
qti'aneun signe t>olitique soit replsicé dans l'église, à moins qu'on ne m'y force, 
étant convaincu, anuint qu'on peut Tètre, que la relitàon. dont je suis le 
ministre quoiqu'indij^e, perd toujours à être mêlée aux aff lires profanes, 
sous Quelque j^uveru© lient auo'cc soit. » 

Il n en a pas toujours été de même. 

Toutes les lettres de cette époque ont leur cachet et leur points d'intéi-ét : 
sept mois auparavant, et le 14 août, le curé do Saint-Nioolas avait dû informer 
le maire que c qu-ure jeunes gens se présenterenl le 2 août... et me deman- 
dèrent d'un ton moitié honn>^te, moitié im)}érieux, la permission de placer au 
clocher un drape m tiicolore, ce qui leur fut imméJiatement accordé, pour 
une bonne raison. Aujourd'hui, ce drapf m déchiré par le vent a cessé de leur 
plaire, et item*» somme.ït dVn placer un autre: De ()ui dois~jc recevoir des 
or«)p's à cet égard ? Qui doit payer 9... Voir*) décision sera promptemeat 
exécutée... » 



22 révHiBR L764 91 



22 février 1764. — Naissance de Jacques Oudart, 
fils de Denis Fourmentin, matelot, et de Mar- 
guerite Altazin : il est baptisé le 23 en l'église 
paroissiale de Saint-Nicolas. 

C'est le fameux baron Bucaille, qui ne s'appelait 
point Bucaille et ne fut jamais baron, excepté dans le 
souvenir populaire qui lui décerna cette dignité : ce 
titre reste accolé à son sobriquet, pour le distinguer 
entre tous les « coursiers » ( i ) célèbres des guerres de 
la Révolution et de l'Empire. 

La légende a déjà obscurci sa véritable histoire, 
héroïque dans sa simplicité. Pour la retrouver in- 
tacte, il faut consulter les registres matricules conservés 
au ministère de la marine. 

Ses services a en courses » remontent à 1793 • 
« matelot à 21 francs, faisant fonctions de contre-maître 
sur le corsaire V Egalités y (à la mer, en guerre^, du 

6 février au 20 février 1793, ]^^^ de la prise de ce bâti- 
ment, Fourmentin fut prisonnier des Anglais depuis 
ce jour jusqu'au 1 3 juillet suivant. 

Il s en est bien vengé ensuite. 

« Matelot à 21 francs, faisant fonctions de contre- 
maître sur le corsaire le Souffleur ^r> il prit la mer le 
16 avril 1794 jusqu'au 23 novembre de la même année. 

Ses premières parts de prises, assez bonnes sans 
doute, l'engagèrent à se mettre en ménage : dès son 
retour à terre il dut s'occuper de son mariage, car le 

7 décembre 1794 il épousa Marie-Jacqueline Delpierre. 
11 fut obdgé de déclarer à la mairie qu'il ne savait 
signer. 

Il savait autre chose qu'il révéla peu à peu, de façon 
à mériter la confiance et des équipages et des arma- 
teurs (2). 



(1) On disait alors otmnien, réservant iq mot cùrsaires pour les bâtiments 
équii^és en guerre. 

(2) On asj<are qu'il contribua plus q\v* tout nutre à la tJictifju^^ nouvelle 
créée par les < coursiers > houlonn-ijs. Il 8*a|riî*sait,roinmo l'a du le docteur 
Bertrand (i'réd*, t. I,p. 263) de se dérober à la vue de l'ennemi, d'^viler ses 
coups, en protltsmt de toutes les circonsiances nautic^nes pour lui enlever à 
son insnoumôme en sji piôseme, les bâtiments (fu'il escortait. On cons- 



99 L'AimfB BOPftOBlIAIBS 

Sa lune de miel fut de courte durée, et six semaines 
après son mariage, le 38 janvier i795i il reprenait la 
«course» jusqu'au 21 avril suivant, sur le corsaire /a 
Brillante ; puis, sur le même bâtiment, du 8 août au 

6 septembre 1795. 

Il s'y était disting:ué : il obtint le commandement 
d'un bateau, devint le capitaine du corsaire le Furets 
mis à la mer le 17 juin 1796 jusqu'au 13 septembre de 
la même année. 

Alors il était déjà le Bucaille audacieux et héroïque, 
jamais lassé. Plus de relâches. Il lance son Furet à 
nouveau le 22 septembre 1796 (i), lui fait poursuivre 
les Anglais jusqu'au 15 novembre; le remet en mer le 

7 janvier 1797 jusqu'au 26 mars. 

Le II septembre 1797 il avait abandonné le Furet 
pour ï Enjôleur qu'il commanda jusqu'au i*' novembre, 
dans un premier voyage ; du 2 1 avril au 2 sep- 
tembre 1708, dans un second ; et, du 26 septembre au 
y novemore, dans une troisième et dernière course 
pour cette période. 

Le loup de mer devient officier de port, au Havre, du 
18 décembre 1798 au 13 décembre 1802; à Boulogne 
du 9 décembre 1803 au 21 janvier 1804 

Il reprend la course le 27 janvier sur le corsaire 
V Adolphe et plusieurs prises de la plus haute impor- 
tance signalent à nouveau son héroïque bravoure. Il 
tient la mer jusqu'au 16 avril 1804. 



trnisit des corsaires, non pour la défense mais pour la vive attaqae, ne 
portant des canons qae ponr la forme, d*ane marche sapérieure, rapide, 
oiseaux de proie tombant al'improvi^itesar leurs victimes et les étourdissant 

Sar l'audace de l'attaque et la furie des mouvements. Ces bateaux con- 
uisaient à Tabordage : C'était tout ce qu'on leur demandait. Us étaient bas, 
offraient peu de prise à l'artillerie ennemie. 
(I) Le 11 vendémiaire an V, à peine Korti du port, il pourBuivit un brick 

S ai, après s'être rendn^ malgré la parole donnée, prollta du moment ot les 
loulonnais avaient quitté leur poste de combat pour leur envoyer une volée 
de bâbord et prendre la fuite. C'est à cette occasion ^ue io ministre de la 
marine et des colonies écrivit à Fonrmentin: f 11 vient dr m^Atro rendu 
f compte» cito)ren, de la bravoure avec laquelle vous avez attaqué et ponr^ 
c suivi un navire anglais, de fonte supérieure avec le vétre, et dont le 
€ capitaine, au mépris de toutes les lois do l'honneur et du vrai courage, a 
< forfait lâchement à sa parole. C'est un trait de perfidie de plus à ajouter à 
€ tous ceux qui dégradent Journellement ce peuple. Comme son intérêt est 
c son onimie mobile, c'est par lui qu'il faut le punir, en frappant son oo|n~ 
€ meroe. votre valeur me répond du 8uc<^ de votre vengeance. 

€ TnUGUET. > 

Il se vengea si bien que le 29 brum are (lit novembre) le Jlf<m»t«iir disait de 
lui : < Le capitaine Fourmentin a soutenu sa répulAtion d'homme brave et 
d'excellent manœuvrier. > 



IS ytrmntt 1764 0$ 

Ses exploits lui méritent alors d*ètre nommé che- 
valier de la Légion d*honneur, par décret du 5 £6^ 
vricr 1804 (0- 

Il revient à son poste d officier de port de Boulogne, 
du 27 millet 1804 au 18 octobre 1805. On ne s*habitue 
pas à 1 idée de trouver ce combattant à terre, dans le 
bureau paisible des maîtres de quai ; mais il faut se 
souvenir que c*était le moment de la flottille et que les 
quais de Boulogne voyaient alors la plus nombreuse 
réunion de navires qui fût jamais. Fourmentin ne dut 
pas y avoir de loisirs. 

Mais la lutte maritime avait tant d'attraits pour lui 
qu'il voulut la recommencer. Voki la dernière mention 
de sa feuille matricule : 



< Oftptiaiiie du oonaire YÉUUe (k la mer en gaern, wmbai 
c contre U cuUer anglaiê ^AsouB» lequel t^eU rendu le 18 «ep- 
c iembrt 1606), da 20 octobre 1806 au 18 septembre 1806, 
c jour du naufrage de ce b&timent à la suite dudit combat (2). « 



(1) Les r»|!lstres de Uunriiioii'otttpas finie tnee det «mue* dTftdNMur 
oue ses historiens disent lai avoir été décernées p.ir le Directoire et lo 
UonsuUt. Mais il avait été à la tête des huit marins coaronnés en mars 1791, 
à Boulogne, pour sauvetage d'un navire naufragé (D'Hauttefeuille et Louis 
Bénard, Bi$t. di 3<ndoffnt, t. II, p. 73). 

(2) Voici un extrait du McnUeur sur cette affaire, fait d'après un 
rapport ^IM Ficnirmeatin adressa à lu marine lors de son entrée à Doii- 
kerane : 

< wSMU fit voile de la rade d'Ottende, le 18 de ce mois ; U même Jour il 
amarina un navire angMs. Dans la soirée s'étant aperçu que sa prise était 




{^référant les dangers c|u*il y avait à défendre l'honneur du pavillon frimçais à 
a honte de fuir, n'hésita pas à aborder le cutter qui manœuvra en vain pour 
l'éviter. Après une demi-neure d*nn fou très vif de part et d'autre, le capi- 
taine Fourmentin ordonna à son éq^uipage de monter à l'abordage, ce qu'il 
exécuta avec tant d'intrépidité qu'il se rendit maître du cutter, malgrâla 
défense opiniàrro de l'ennemi, et quoique l'élévation du bord et du bastin^rage 
derrière lequel les Anglais dirigeaient leur feu, fut un obstacle difficile à 
soRBooter. Le capitaine Fourmentin se loue beaucoup de la bravoure do 
tout son équipa^, mais il fait surtout l'éloge de son S'cond, Pierre Delpierre, 




major, il s'r précipita de nouveau et parvint à s'y maintenir. Le corsaire 
]*AoU« a perdu deux hommes pendant l'aetionf le maître d'équipage, Pierre 
Pascal, excite les plus vils regrets; quatre hommes ont été légèrement 
blessés. A bord du cutter l'^fyM, sept hommes ont été tués, six ont été 
blessés plus on moins dangereusemenU Du nombre de ces derniers est le 
capitaine, atteint d'une balle au bras. Un qnart-d'heure après que VJhrçtu se 
fut rendu, le corsaire l' JMto qui s'était endommagé pendant l'abordage, 
sombra sur le beaupré du cutter; quatre Français et un Anglais périrent 
dans le naufrage. > 



94 l'aNNÉB BOnLOKNALSE 

Ses historiens lui font continuer ses exploits après 
cette date ; mais les documents sont muets et le registre 
de commerce de la veuve Boite, que j'ai entre les 
mains, prouve par les livraisons faites à M, Fourme nttn, 
chevalier de r Empira (Bucail.le), que le lion était au 
repos. 

a C'était un de ces marins d'une nature privilégiée 
qui doivent tout à eux-mêmes et aux événements. Il 
était de la trempe des Duguay-Trouin et des Jean-Bart. 
Gêné et presque dépaysé dans la vie civile, son exis- 
tence à lui c'était la mer et la tempête, l'abordage et le 
bruit de la mitraille. Il ne savait pas l'arithmétique et 
nul pourtant ne sut avec plus d'intelligence faire, de 
mémoire, les calculs les plus compliqués quand, au 
retour de ses expéditions, il rendait compte à ses arma- 
teurs des prises qu'il avait faites. Une fois débarqué, sa 
bonté, sa douceur, sa probité égalaient le courage dont 
il faisait preuve dans ses rencontres maritimes (i). » 

Simple et sublime fut sa vie, terminée le lo jan- 
vier 1848, dans la rue de TEcu, où il demeurait au 
numéro 83. 

Il ne se doutait même pas qu'il était un héros. 



23 février 1793. — Déclaration des Commissaires 
du département du Pas-de-Calais au sujet de 
la scission qui existait entre la Municipalité et 
la Société populaire. 

Copions sans commentaires : il n'en est pas besoin. 

c Nous, Michel-Robert Dale et Joseph Lebon, commis- 
saires du département du Pas-de-Calais, envoyés dans la ville 
de Boulogne pour y prendre des renseignements sur la con- 



(1) Ceci est lo témoifoiaffe d'un oontemponiin consif^né au londomain de la 
mort de Bacaillo d>ms VAnnotateur SmUmmau. Mais l'admiration populaire 
ne s'est pas contentée de cette appréciation, Bucaille est devenu le type de 
tous les hardis corsaires et on lui prête toutes les aventures, toutes les 
audaces. Sa popularité vient de recyjvoir la suprême oonsécration. Le jeudi 
17 avril 18tô, notre scène retentissait dos acclamations qui saluaient la pièce 
de M. Cil. Quettier : BueaUle ou le Oonaire boulomuUi, en six actes et dix 
tableaux. Son nom a été donné deux fois à nos mes. En 1848, à la rue 
Joinville, en 188S, aux rues de Boston et du Havre. 



23 rivBiBR 1793 96 

daitd des membres du Conseil général de la Commune» décla- 
rons à tons qu*il appartiendra : 

c Que dans le tems, les proclamations dndit Conaeil ont fait 
détruire les signes de féodalité et de royalisme placés dans les 
édifices des particuliers ; 

c Que les noms de plusieurs rues ont été changés en noms 
révolutionnaires; et qu'on conséquence s'il est resté jusqu'à 
ce jour des armoiries sur les monumens publics, on peut attri- 
buer ce retard à la pénurie des finances et à la difficulté de 
trouver des ouvriers à crédit. 

fl Dédarons au surplus qu'aucun acte dudit Conseil ne 
nous a paru porter un caractère d'incivisme. 

c Mais, considérant que dans un régime libre il ne suffit 
pas aux différens fonctionnaires de jouir du témoignage de 
leur conscience et que souvent, pmir le maintien, de Vordrey ils 
doivent rendre compte de leurs démarches aux simples inquié- 
tudes des citoyens ; 

c Considérant que dans la circtmstance actuelle, surtout, de 
diifîies magistrats ne sauroient se borner à une administration 
tranquille, et qu'ils trahiroient en qnel<iue sorte la Patrie en 
danger, s'ils ne saisissoient tous les ntoyens de communiquer 
à leurs frères Tardeur civique dont ils doivent être les pro- 
mit rs embrasés. 

t Considérant qu'une scission entre les sociétés populaires 
et les autorités constituées ne peut être que très funeste à la 
chose publique ; 

c Qu'en vain les membres de ces dernières allégueroient 
certains écarts, certaines motions prématurées pour se dis 
penser de fréquenter les assemblées patriotiques ; 

• Que ces écarts, que ces motions prématurées ( en suppo- 
sant leur existence ) seroient une raison de plus pour déter- 
miner les hommes éclairés à s'y opposer par la force de la 
vérité et de la persuasion ; 

c Considérant enfin que le moment de crise nécessite une 
réunion prompte de tous les cœurs, de toutes les volontés ; et 
que si les choses restoient dans VétaX présent, les habitans et 
les magistrats do cette ville, au lieu de tourner leurs efforts 
cr)mmuns, les premiers à tracasser des fonctionnaires qu'ils 
suspecteroient de vouloir se séparer du peuple ; les seconds, 
à s'indigner, à se venger aux dépens du si^lut public, de pré- 
tendus calomniateurs dont tout le crime seroit le plus souvent 
un excès de zèle justiffié par le silence on l'amour-propre des 
inculpés {sic) ; 

« Déclarons avoir vu avec la plus vive douleur le mur de 
séparation élevé dans Boidogne entre la Société populaire et 
les autorités constituées. 

t Invitons le Conseil général de la Commune à le faire au 
plutôt disparoltre ; 

« L'invitons pareillement h oublier dans la fête fraternelle 



96 VàMnstR BOULCMOTAISIB 

de dtmaia les idéet sinkireB qa'il semble s'être £oniië de ses 
surveillans ; 

« Uengageotis k se ressouvenir que toat homme pablio doit 
aimer mieax dtre dénoDoë à tort, que de voir les pré?aricstioiis 
impunies faute de dénonciateurs ; que, s'il falloit des preuves 
jundiques pour éveiller la sollieitade administrative, en ne 
ponrroit atteindre les pervers, et> qu'aprës tout, les inquié- 
tudes et les défiances eont pins que jamais à V ordre du jour, i 



23 février 1800 (4 ventôse VIII). — « Quant à la 
situation politique de notre canton sous le rap^ 
port des cultes, elle est très satisfaisante. 
Jamais Tordre public n*est troublé à ce sujet. 
Deux seuls ministres exercent publiquement 
le culte catholique. » (Lettre du maire de Bou* 
logne au Déparlement.) 



24 février 1793. — Lettre de Joseph Lebon et de 
Michel-Robert Dale. 



Air OOiraKIL OÉNiBAL DB LA COMMITKB DS BOULOOFB. 

Il eut été trop agréable pour nous d'être témoins d'une 
réconciliation universelle. Nous sommes satisfaits de l'avoir 
vue générale et nous emportons le doux espoir que, par 
vos soins, tout ferment de naine et de division disparaîtra de 
cette ville avant notre retour d'Arras. 

Nous nous efforcerons de peindre au département les scènes 
touchantes que vous nous avez offertes. Puissent ceux qui 
représentent les a/iitres comme des hommes de sang, ne point se 
montrer à Pavenir plus implacables qu^eux. 

Pour vous. Membres du conseil général de la commune, 
comptez sur restime que vos démarches franches et loyales 
doivent nécessairement inspirer. 

Vous nous obligerez en consignant cette lettre dans vos 
registres. 

Les commissaires du département du Pas-de-Calais. 

Signé : Joseph Lebok et Dalb. 



24 FÉVRIER 1595 97 

24février 1595. — Dtxpièino eu ïé^Vise Sauit- 
Nicolas de Charles Féramus, fils de François 
Féramus [et de Marie Bersen] : parrains, 
Anlhoiiae des Combles et Pierre de So Bbre ; 
marraines, Appoline Ber sen, Marguerite Maupin 
et Anne Le Roy. 

Avocat au Parlement, puis conseiller et maître des 
requêtes de la reine Anne d'Autriche, Charles Féramus 
se délassait des occupations du Palais où il tint une 
place distinguée, dans la composition dodes et de 
poèmes latins, in quo génère excellisj comme nous 
l'apprend Roland Desmarets. 

Al. Sallengre {Histoire de Pierre de Montmaur : La 
Haye, 171 5) s'étonne que Baillet nait point parlé de 
Charles Féramus dans ses Jugements sur les poètes 
modernes. 

Au dire des meilleurs juges d'une époque où il 
y en avait de très compétents en cela, notre compa- 
triote excella dans les vers latins. Bayle, qui ne pro- 
digue pas l'admiration, parle en ces termes : « Féra- 
mus exprime cela admirablement. > c Prouvons ce fait 
par ces beaux vers de Féramus. » {Dict, de Bayle, verbo 
Montmaur,) 

Ménage l'estime singulièrement. Il lui dédie l'un de 
ses ouvrages, cite avec éloge ses Commentaires sur 
la Coutume du Boulonnais dans son Dictionnaire étymo- 
logique^ n'hésite point à le ranger parmi les bons 
auteurs : c II n'y a ^ère de poètes célèbres parmy nous 
en Tune et en 1 autre langue qui ne m'ait adressé des 
vers. Et M. de Saumaise, M. rabrot, M. de Launay, 
M. Féramus, M. Heinsius, M. de Balzac, M. Costar, 
M. Sarrasin, M. de Marolles, M. de Roye, M. Cathe- 
rinot, m'ont dédié des livres. • (Réponse au P. Bonhours, 
à la page 284 de ses Observations sur la langue Jrançoise.) 

L'abbé de Marolles (p. 190, i^^ part, de ses Mém.) le 
montre en relations suivies avec Pierre du Puy, Nicolas 
Rigault et Charles Ogier. C'est par lui qu'on connaît 
la date approximative de la mort de Féramus. Il assure 
que Nicolas Rigault, Charles Ogier et Charles Féramus 

7' 



98 L*ANMKE BOULONNAISB 

ne survécurent pas longtemps à Pierre du Puy dont ils 
avaient fait l'éloge. Or, Nicolas Rigault est mort en 
1653 et Charles Ogier en 1654 : c'est dans les environs 
de ces années qu'il faut placer le décès de notre com- 
patriote. 

Il a eu son heure, sinon de célébrité, du moins de 
grande notoriété, lors de la levée de boucliers contre le 
parasite Montmaur. Il fut Tun des premiers qui répondit 
à l'appel du combat. Balzac, qui en parle avec estime 
dans une de ses lettres à M. de Bois-Robert, constate 
qu'il avait publié son poëme Macrini Parasito gram- 
matici Hmepa^ sous le pseudonyme Papirius Carpi- 
tanus (i), avant que Ménage ait lancé la Vie de Gargi- 
lius Mamurra. 

On trouve un dernier écho de cette guerre dans le 
tome VIII* du Magasin Pittoresque Tpp. 19-22 avec des 
gravures tirées de l'édition de 1 7 1 5). Féramus y tient 
l'avant-garde, avec honneur. Son poëme y est analysé. 

Charles Féramus ne s'est pas borné à ces jeux d'es- 
prit. Il est l'auteur de Commentaires sur les Coutumes 
du Boulonnoisy « doctes et curieux » c non imprimés et 
qui mériteroient de l'être, » au sentiment de Ménage, 
qui s'en appuie aux mots Ahan et Flégard de son dic- 
tionnaire. 

On lui attribue aussi, — et avec raison je crois, — 
une Histoire ecclésiastique du Boulonnois, dont le ma- 
nuscrit est perdu, mais dont il est parlé en ces termes 
dans le Voyage littéraire de deux Bénédictins : « Ils 
(messieurs du chapitre de Notre-Dame de Boulogne) 
me firent voir entre autres une Histoire du Boulonnois, 
assez bien faite et composée par M. Féramus, qui étoit 
entre les mains de M. Habot, trésorier de la cathé- 
drale (2) (tome II, p. 180). 

M. Antoine Leclerc, curé d'Ambleteuse, en donne 
quelques passages dans Y Histoire de saint Pierre d'Am- 
bleteuse (chapitre ix) : c'est tout ce qu'on en connaît. 

(1) Dans le recueil de Sallengre (La H^ye, 1715. 2 vol. iii-12), le poème rie 
Féramus tient le numéro prenuer, avec sa dédicace à Gilles Ménajge, suivi 
1* d« /n Macrini eognomento CormorU </^wm, quod ntUluê Pietor, sed tola 
Bcho iUiu» mort» ^jb^gert pouU. Papirio cenêoref Oarpitano auctcre ; 2» /n 
^fuidem Macrini eogrumento Oormorii, opéra typiê ediia ad Cèltwn, eodem 
auctore ; 8* In eundem Jfamnum, podcm anctoro ; entln 4* In eunda» ad /et- 
evnHîttm, eoii>m auctore Maerintu loquitur. 

{Z) Cette circonstance de la possession de M. Abot s'expliuue par les liens 
de parenté. Le chanoine Abot était fils de Madeleine Féramus, niôce de 
Charles Féramus. 



25 FivRiBR L755 9d 

Le manuscrit était encore au trésor de la cathédrale 
lors de l'inventaire du mobilier par la municipalité en 
janvier 1 79c : il y est relevé comme il suit : « Un vo- 
lume manuscrit, relié en parchemin, intitulé Histoire 
ecclésiastique du Boulonnois. 

Cette histoire n'est pas citée par Antoine Le Roy, 
Michel Lequien ni Luto. 

Vers 1750, M. François Duquesne de Clocheville 
parlait d'une Histoire de Boulogne civile et ecclésias- 
tique^ par Pierre Féramus, avocat. Cela pourrait faire 
naître quelque doute sur l'attribution que nous en 
faisons à Charles Féramus, avocat, s'il se trouvait un 
Pierre Féramus, avocat, ce que je ne crois pas. Michel 
Dubuisson, dans ses Antiquités^ intitule l'œuvre : His" 
taire du Boulonnois et de Notre-Dame, écrite en 1681 
par M. Charles Féramus, qu'il qualifie de chanoine, dans 
l Imposture démontrée. (Mss de la Bib. publ.) Toutes 
ces erreurs accumulées concordent du moins sur ce 
point qu'il a existé un manuscrit de YHistoire ecclé- 
siastique du Boulonnois par un Féramus. Or, Charles 
Féramus, avocat, auteur des Commentaires sur la Cou- 
tume^ est le seul de sa famille qui ait montré le talent 
d'un écrivain (i). 



25 février 1755. — Rétablissement du syndicat 
du pays. 

Les Boulonnais n'étaient pas médiocrement fiers du 
droit séculaire qu'ils avaient de s'administrer eux- 
mêmes ; d'avoir devancé les asseniblées provinciales, 
lesquelles, affirmaient-ils, furent les types de la grande 
Assemblée nationale de 1789. 

A les en croire, leurs droits étaient antérieurs même 
à l'établissement de la monarchie : leurs pères ayant, 
par capitulation, obtenu des chefs francs le maintien 
de leurs privilèges. 

Ce qu'il y a de certain, c'est que dès la réorgani- 
sation administrative qui suivit la rentrée des bourgeois 
de Boulogne en leur ville évacuée par les Anglais, en 

(1) Le nom de Firamuê avait été donné le 20 février 1883, à la rae d'. 



]00 L^AlfNliR BOCLOmfAlbB 

1550, on voit les trois Etats de la province se réunir, 
et, dans des assemblées plénières, prendre des résolu- 
tions importantes. 

Le syndicat du pays était chargé d'exécuter ce qui 
avait été résolu ainsi, de lever les deniers votés, de 
payer les dépenses prévues : il semble qu'il se mainte- 
nait en permanence d'une assemblée à 1 autre. 

L'acte du 25 février 1755 parle du rétablissement du 
syndicat. Le mot est impropre. Ce corps électif subsis- 
tait toujours puisque, dans l'assemblée du Tiers-Etat 
tenue à cette date, M. Cazin remet ses pouvoirs en 
raison de ses infirmités. Il faut entendre tout simple- 
ment le retour au nombre primitif de trois syndics, 
au lieu d'un seul, pour l'ordre du Tiers-Etat. 

Il y iut décidé aussi que le mayeur de Boulogne serait 
syndic de droit, dès l'instant de son élection. 

A cette date, l'assemblée, après avoir fait choix des 
syndics, leur donna plein pouvoir d'agir de concert avec 
ceux de la noblesse « en tout ce qui concernera les in- 
térêts du Tiers-Etat, » spécialement pour faire décharger 
les habitants poursuivis à cause du « prétendu droit 
de tiers référendaire et controile de despens;* de traiter, 
avec qui il appartiendra, de Vabonnement du droit de 
franc fief \ enfin, d'aviser aux moyens les plus favorables 
pour subvenir aux dépenses que pourraient exiger ces 
deux objets, « promettant avoir le tout pour agréable. » 
Etaient présents: les notables de la ville, leâ mayeurset 
échevins des villes de Desvres, Etaples, Wissant et 
Ambleteuse, les baillis et syndics des principales com- 
munautés. 



2^ février 1794 (8 ventôse an II). ~ Le citoyen 
Belle, président du District, renvoie à la Com- 
mune à payer les frais d'un bal donné le 14 juil- 
let 4792. 

La pièce renvoyée est ainsi libellée : 

La municipalité doit aa eitayen Obert le cadet pour le bal 
€^i a été donne par ordre da citoyen Loiaon, officier mimi- 
apftly le 14 juiUet 1792, ce qui suit : 



77 vjiivMSR 170B tOl 

Savoir : 

Fbur l'emplacemeni «n-dessous du District . 15 tb > 
Pcnur qi»àc« livres dechandolL» à i& sous. S 4 aoiM 

Total 181^4 8oiui 

Loisonse rappelle quà V époque du 14 juillet ijq2^ily 
eut une cérémonie sur l'Esplanade^ et qu après la céré^ 
manie plusieurs citoyens et citoyennes paraissant vouloir 
terminer la séance par des danses^ on fit ouvrir la salle 
du Ptistrict de concert avec plusieurs des officiers muniçi^ 
Pqux^ et le citoyen Belle^ qui pour lors étoit maire^ponr^ 
roii se rappeler cette époque. Loison se ressouvient très 
bi^ que le citoyen Aubert na point été payé de sa saJUe. 

En foj de quoy il a signé, 

LOISON. 

Ijb citoyen LheuTeuz dëUvresa au bout Obert le oadet^ an 
iDaad«t a# 18 & i soiu, pour le moatiUQKt de aou mégnom ; 
cette chaîne devra être imputée sur les chai^ges locales de 
1793, celles de 92 étant terminées. 

LiBBBT, officier nwmcifét. 



27 février 1708. — La maison de M. de La 
Planche est réunie à la psallette. 

La tsallette^ ou maîtrise de Téglise Notre-Dame, 
objet de la vive sollicitude du chapitre qui s*imposait 
de lourds sacrifices pour son entretien, se composait 
d'un maître de chapelle et de six enfants de chœur. 

Dès qu'ils étaient reçus, les enfants de chœur vivaient 
complètement sous la dépendance du chapitre : on leur 
fournissait le vivre et le couvert (i) ; même les vête- 
ments, sauf la première robe mise à la charge des 
parents (27 octobre 1650). 

Tout avait été prévu pour que renfant admis fut 

(1) Aitn deloeer les enfiints de chœur, M. le chanoine Daerooq était prié 
le 7 septembre 1660, de q'.ûtter la petite maison qu'il occupait dans Fabbaye, 
fi laûoêlle, le 3 décembre suivant, on annexa le jardin de l'ancien olottre* que 
Ton ferma de pieizet sèches et qu'on applanit € afin que lea enfants puissent 
y jouer aux heures de récréation >. 



102 l'ankée boulonnai SB 

élevé et instruit dans les meilleures conditions (i). Son 
engagement durait dix ans, à l'expiration desquels il 
recevait une gratification de 20 écus, un habit neuf et, 
lorsqu'il le méritait, une partie de rente léguée par le 
chanoine Vaillant, pour « entretenir aux études les en- 
fans de chœur qui sortiront de la psallette». Les plus 
avancés, ceux qui se destinaient aux Ordres, étaient 
reçus habitués de l'église. 

On plaçait près d'eux, pour les soins matériels c une 
bonne servante, comme une mère de famille, qui blan- 
chissoit leur linge et même leurs aubes >. {28 avril 1660.) 

Ils étaient placés sous lautorité supérieure du chantre 
en dignité, qui dressait le règlement et dirigeait leur 
éducation, leur instruction et leur conduite. Le maître 
de chant percevait des gages spéciaux pour demeurer 
dans la psallette et les instruire ; mais il arrivait sou- 
vent que « pour cause majeure » on le dispensait d'en- 
seigner les principes du latin. (25 octobre et 8 no- 
vembre 1662.) Dans ce cas, les enfants de chœur 
étaient envoyés au collège ou restaient sous la fémle 
d'un percepteur particulier. 

Originairement, ils avaient été les principaux élèves 
de l'école du chapitre ; mais depuis l'établissement des 
Pères de l'Oratoire qui furent dotés de la prébende 
préceptoriale, les classes du collège leur furent ou- 
vertes. S'ils n'y continuèrent pas leurs études je crois 
que cela fut un peu de leur faute. 

Ainsi je trouve au 14 novembre 1658 qu'il est or- 
donné au maître de chant « de remener les enfans de 
chœur aujourd'huy au collège et de prendre garde à 
eux quand ils manqueront leurs devoirs de classe. » 
Le 5 février 1659 il est « ordonné que les enfans retour- 
neront au collège et qu'ils y seront contrainctz s'ils en 
font difficulté. » 

Ces écoliers paraissent avoir fortement mécontenté 
leurs maîtres à cette époque. Le 7 février 1659, c'est un 
chanoine, M. Scotté de Vclinghen, que Ton prie < de 
les remener au collège et de tâcher de leur obtenir 
pardon de leur faute pour cette fois. » Ont-ils obtenu 

(1^ Le S8 Inillet précédent, «juitre enfans, destinés aa service du chant, 
avaient été envoyés chez M. Nicolaa de Goornay, coré d'Offrethon, c ponr 
être enseignés qnelqno tems, tant à chan(«r qu à faire les cérémonies. > 
C'était l'apprentissa^çe préalable, mais c'est par extraordinaire qu'il se faisait, 
cette fols, hors de la psallette. 



27 viivBUBB 1708 103 

ce pardon ? On pourrait présumer le contraire de ce fait 
que Messieurs du chapitre édictent un règlement spé- 
cial, envoyent quatre enfants à Offrethun, et, en oc- 
tobre i66o, décident que le maître de chant les instruira. 
On aménagea Técole (3 décembre 1660). M' Claude 
Desfourneaux fut chargé de suppléer le maître de chant 
en 1662. Le 14 mars 1664, on apprend qu'il ne veut 
plus enseigner à un écu par mois. Tout d'abord, il est 
question de chercher un autre instituteur, mais l'af- 
faire s'arrangea, moyennant 20 sous d'augmentation. 
M. Battu t, libraire, fournit alors six catéchismes et un 
rudiment de langue latine. En 1665-1666, pendant cinq 
mois, Jean Robert est professeur de grammaire. C'est 
Adrien Leclercq qui donne les leçons de latin en 1672 
et Louis Guiliain en 1673. En 1682, les enfants plus 
âgés suivent les cours du collège. Le 23 janvier 1705, 
40 sols furent alloués à Antoine Dieuset, nouvellement 
sorti de la psallette, qui se chargea d'apprendre à 
écrire aux petits enfants. En 1736, c'est encore un 
Leclercq — non plus le môme, sans doute — qui en- 
seigne le latin, ainsi qu'à lire et écrire et il reçoit 
84 livres pour ses peines. 

La nourriture et l'entretien des enfants de chœur 
figurent pour 1,556 livres 10 sous dans un compte de 
1741, y compris les gages du maître de musique (i). 

En dépit des règlements et de la surveillance, quelques 
abus s'étaient glissés dans la psallette : on y introdui- 
sait du tabac et des boissons : € La psallette menace de 
« devenir ce qu'elle a été, une école d'impureté. Des 
€ coupables ont été surpris dans leurs copules et cer- 
€ taines créatures infâmes y ont été admises. > (24 dé- 
cembre 1667). C'était grave. M. de Louen, chantre en 
dignité, se reconnaissant incapable d'y remédier, voulut 
être déchargé de toute responsabilité. Ce fut une scan- 
daleuse affaire et qui nécessita l'emploi des grands 
moyens. 

On avait la prison ou le renvoi pour les récalci- 
trants (2). 



(1) N'oablioiui pas de ngnaler oeci : 81 jtiillet 1637 : < Messieurs nomment 
Jean Leoomte, coinix^en et faîseor df) tonsures des enJbmts de ohœnr » ; 
et le 24 janvier 1693 : « On rasera les enfans de ohoear, pour la feste Diea, 
comme par le passé. > 
(Z) Je trouve trace» de 1835 à 1837, d'une résurreotion de Fécole de la 

Saint-Nioolas. 

i cérémo— 



comme par le passe. » 

(?) Je trouve trace» de 1835 à 1837, d'une résurreotion de l'éco 
psallette, dirigée par M. Tabbé Bloême, vicaire de TégUse Saint-Nioc 

Il groupa jnsqu^à vingt-quatre élèves, c formée pour leohant et les 



IM l'aITNÉB BOtîLONMAlSB 



28 febvrier 1633. — Jehan Huguet, laboureur, de- 
meurant à Souverain-Moullin, se plaint qu'entre 
le samedy et dimenehe passé, il lui a esté pris 
et robbé à sa charrue, dans un jardin proche 
de sa maison, le contre et la chev;ille du testart 
de ladite charrue, et en soupçonne Claude 
Renel {Reg. aux causes du baillage de Semer ^ 
folio 4&rj. 



28 fèvriét* 1849. — Gustave Doré trouve à Bou- 
logne le sujet de son premier tableau. 

Cette journée avait été une journée néfaste, car, à la 
vue du port de Boulogne, le gaufrage et la perte de 
trois navires vinrent attrister toute la population. 

Malgré les efforts héroïques des sauveteurs, plusieurs 
victimes restèrent englouties. 

L'un des sauveteurs donna Heu à l'épisode le plus 
émouvant : le lougre la Henriette, du Tréport, avait 
manqué l'entrée du chenal ; sa coque ballottée fut tôt 
après défoncée. 

Pendant cette catastrophe les plus intrépides de nos 
marins, ayant amené le canot de secours sur la plage. 
Te lancèrent dans les brisants. Trois fois ils essayèrent 
de gagner le large ; à chaque tentative, la barque 
entraînée par les remous vers le N. O., fut remplie 
d'eau et forcée d*atterrir. A la dernière, un énorme 



ni^ 4e ^ paroisse » et l'on voit dans les. noms des oniants de cbœar : Louis 
Sannier, LoViis Rlvoner, Chartes Air, Charles Ternaux, Léon DérîcAalt, 
Joseph Focheux, Victor Duhamel, André Cocmelin, Jo^cp^i Fontàîno, etc. 

Deux brochures de distributions de prix, 183o à 18^7, ont été publiées. Elles 
sont curieuses. On y voit que l'école de lîi maîtrise comprenait, outre l'ins- 




L'école avait ponrprotesaenni : F. F/)nrcroy, instittitenr ; Ë. Le Petit, pro- 
fosseor de detfssin et a'éorxtore ; Gnilmant, professeur de mo^ne ; P. Vail- 
hott, prêtre, et Adolphe Bloemé, vicaire. 



coup de vent la potissa contre les fermes de la jetée et 
la chavira la quUle en Tair. Des lignes furent >etées à 
Téquipage et sept hommes furent ainsi sauvés. On 
croyait le huitième perdu: le canot, emporté par le 
courant, dérivait au loin, toujours la quille en Tair, et 
une demi-heure après, était poussé à la côte, vis-à-via 
le Moulin Wibert. 

Quantité de personnes se portèrent de ce côté, Gus- 
tave Doré était du nombre. 

Quelle fut sa suiprise et celle des assistants lorsque 
le canot ayant été retourné par des marins qui s'étaient 
mis à Teau, on vit dans Tintérieur, accroché aux banc& 
par les mains et les pieds, Thomme qu'on croyait perdu, 
et qui était l'un des plus braves de nos braves sau- 
veteurs boulonnais, Jean-Marie Ledez, signalé par les 
belles actions qui lui avaient mérité nombre de mé- 
dailles d'or et d'argent. 

Quel sang-froid il dut employer en pareille position ! 
Qu'on juge combien elle était terrible alors que, sus- 
pendu sur l'abîme, dans une profonde obscurité, 
ballotté avec s^ frêle embarcation, il était sur le revers 
des bancs. Le canot renversé faisant l'effet d'une cloche 
à plongeur, lui avait ménagé l'air nécessaire. 

Un artiste comme Doré devait désirer de fixer sur la 
toile ce fait vraiment extraordinaire : c'est cette 
circonstance qui lui mit en main le pinceau qui devait 
l'illustrer ensuite. Son tableau a été donné à notre 
Société Humaine par l'entremise de sir Richard Wallace, 
présent au sinistre. 



29 février 1816, — Ordonnance royale autorisant 
les frères de la Doctrine chrétienne à se livrer 
à renseignement. 

Mais ils exerçaient depuis 1810. Dès le 15 juillet de 
cette année-là, trois cents enfants avaient été reçus 
dans quatre classes ouvertes. Le 23 janvier 181 1, on 
jugea qu'il fallait sept classes, au moins ; ce nombre 
nécessitait celui de huit frères, y compris le directeur 
et le frère cuisinier. Il augmenta graduellement depuis. 

Les anciens bâtiments qu'ils occupaient avant la 



106 L'ANinSs BCiULONKAIBB 

Révolution et qui leur furent rendus, consistaient en 
une maison, au coin des rues actuelles du Temple et 
Leuliette, et en une école rue du Vivier. 

La maison principale comprenait quatre classes, un 
parloir, un réfectoire, une cuisine au rez-de-chaussée ; 
à Tétage, des cellules et une chapelle: la cour et le 
jardin se trouvaient au centre des bâtiments. 

Reconnu insuffisant, cet établissement fut vendu et 
les écoles des frères furent transférés place Navarin en 
1833. La communauté fut logée dans une maison du 
canal des Tintellerics, devenu le boulevard de Clo- 
cheville. 



ERRATA. 



Les errenn ne sont jamaû trop tôt signalées. 
Page 12, lig. 34, oorrigess donne à Baret au lieu de donnant. 
Pa^ 30, lig. 16, oorrigez|>ro infirmis au lien de |>roin/îrmu«. 
Page 70, note 3, 2« ligne, lisez tU à MennevUle le 21 avril 
1747 et non né à Bmilo^ le 11 avril 1746. 
Page 84, 11« ligne, lisez 27 février 1885 et non 17 février 1885. 



m: A. FIS 



1^ mars 1803. — Tout le clergé du canton se 
réunit à Téglise Saint-Nicolas pour assister à la 
première messe paroissiale ofliciée à Boulogne 
depuis les derniers jours de 1793. 

Jean-Jacques-François Roche, ex-curé d'Alquines, 
né le 5 janvier 1759, élu curé de Saint-Nicolas le 
15 mai 1791, maintenu dans ce titre lors du Concordat, 
a eu rhonneur d*inaugurer la restauration du culte. 
Après avoir chanté l'évangile, il prêta et reçut de ses 
collègues le serment de fidélité au gouvernement. Il 
n'était pas à un serment près : jamais homme ne fut 
plus accommodant avec les principes et les événements. 

En 1792, il alliait la religion, la philosophie et le ci- 
visme dans ses prônes. L'un des premiers, il s'em- 
pressa d'abandonner le costume ecclésiastique : le 
culte est indépendant .de tel ou tel habillement, disait- 
il. Après l'abolition des cérémonies extérieures, on le 
vit le 21 brumaire an II, attester au Conseil général de 
la Commune t que les réformes proposées ont l'assen- 
tissement de son cœur et qu'il les eût réclamées lui- 
même s'il n'avait pas été prévenu par le Conseil. » Des 
sentiments si bien à Torclre du jour reçurent les applau- 
dissements qu'ils méritaient. Le citoyen Roche ajouta : 



108 l'akhAb boulohnaisb 

t Une foule de citoyens égarés lui ont dit que le but 
de toutes les réformes étaient d'anéantir la religion et 
Font prié de continuer ses fonctions. » Là-dessus, le 
Conseil exhorta ce bon pasteur à s'unir avec tous les 
républicains c pour extirper les préjugés ridicules dont 
le cagotisme a souillé le monde ». 

Lorsque les jours s'assombrissent pour ses frères 
« égarés » l'excellent curé, relevé de ses fonctions apos- 
toliques par l'intrusion du culte de la Raison, offrit ses 
services à la Commune et demanda à travailler dans 
les bureaux de la mairie : « Je t'annonce, » lui écrivait le 
1 1 frimaire an II Lissés, agent national, c que la Com- 
€ mune a accepté avec transport la proposition que tu 
< fais de l'aider dans ses travaux. Elle a plus d'une fois 
« rendu un hommage éclatant à tes sentiments répu- 
€ blicains ; mais tu ne peux en donner des marques plus 
« sensibles qu'en consacrant à ton pays des moments 
c qui, sans cela, seraient vuides et troublés peut-être 
c des U-istçs erreurs, des chk^ières puériles qwe lu aç 
« eu le courage de désavouer. Sois assuré que tu trou- 
é veras toujours en notrs de bons amis et qne les douces 
c impnreesions de la fraDemité se rallteront autour de 
« toi pour t'afferfOir dans tes résolutions feriaes et 
c généreuses. 

€ Salut et fraternité. » 

C'était encore le plus zélé des gardes nationaux et 
sans doBte un oratei>r aimé dans les clubs : aussi 
obtint-il constamment — ce qui était alors une sûreté — 
des certificats du civisme le plus pur. Voici, de plus, un 
témoignage d'estime : 

c 8 plnviÔBe an II. 
c Au citoyen Boohe, 

c J'ai enga^ oe matin los parents d'un enfant naturel à te 
nommer son tuteur. Je u'bâ pas cru devoir te donner une 
miirque pin» ^datante del'eetime que je t'ai youëe Tes vertus 
oivic|\ies, toa Aiae honnête et sensible méritent bien qu'on 
oublie que tu as été prêtre. Je te donne tous les plivisirs de 
la paternité sans que la nature t'ait fait përe. 

c II s'agit d'une jeune fille de treize à quatorze ans dont le 
citoyen Caillette, ageut de change, et mort depuis sept à huit 
mois, est présumé përe. La loi la constitue son héritière et te 
voilà chargé^ au nom de ton républicanisme, de poarsuivre 
ses înèérètQ. Mi tu rsnoontipaU dami oet emploi quelques difli* 



2 MAKS 1776 109 

eulUSéy ta trourerw des ■eooura daiia tenu les hommes de loi 
de cette commune qoi a^empreiaereiit de t'aider de lean la* 
miërea. 

« Je me persuade aisément qu'en te choisissant pour tuteur 
de cette jeune personne, je lui ai donne un ami, un protec- 
teur, tu ne tromperas pas l'idëe que j'ai conçue de toi : c'est 
dans cette espérance que je me dis lion dévoué concitoyen. 

c Lissks, agent national, » 

Il aimait son église et voulait la diriger à n'importe 
quel titre; même à celui de garde-magasin qu'on lui 
donna quand Saint-Nicolas devint un dépôt de grains 
et de fourrages. 

Nommé administrateur-régisseur de Thospice civil le 
lô thermidor an VI, il dut, comme tel, jurer c haine à la 
royauté et à Tanarchie, attachement et fidélité à la 
République. > Ainsi le voulait la loi : bien d'autres firent 
ce serment qui depuis. . . . 

M. Roche en prêta au Consulat, à l'Empire, à la 
première Restauration, aux Cent-Jours et à la seconde 
Kestauration, sous laquelle il rendit son âme au Dieu 
des miséricordes, le 3 juin 1828, laissant à ses héritiers 
près d'un million à partager (i). 

Dieu prodigue ses biens 

A oeiiz qui lànt vcra d'être ûani î 



2 mars 1776. — L'administration de la Province 
mandate le paiement des sommes dues à Toc- 
casion de la maladie des bestiaux. ~ 

Cette épizootie fut violente et s'étendit principale- 
ment sur le canton de Marquise. A Etaples, elle coïncida 
avec une épidémie qui fit beaucoup de victimes. 

Elle commença vers le mois d'octobre 177^; du 
moins, c'est à cette époque qu'on voit venir d Alfort 
deux « artistes vétérinaires » pour la combattre , à 

(1; Sur M. Roohe, voir Li Irès excellente notice do M. I. Rrunet, publiée 
dans VAlmanMh de Baulofpte poar 1861, page 61. Elle complète les quelouei 
noies qai précèdent. UMwumwck dt Boinùgm ooniient beaucoup d*antrea nnes 
étudei» duM à la plume exercée et déUoaîement aigniaée de M. BnuMfL 



110 l'annér bovlonxai»k 

raison de 6 livres par jour. Ces praticiens, couverts t de 
surtouts de toile cirée livrés par le sieur Gressier, tail- 
leur, 3 accompagnés de bouchers qui abattaient les bes- 
tiaux condamnés, et de cavaliers de la maréchaussée 
ou de dragons qui leur prêtaient main-forte, parcou- 
rurent tour à tour Marquise, Wirwignes, le hameau de 
la Salle, Bazinghen, Audembert, Le Wast, Ferques, 
Ambleteuse, Hardihghen, Leulinghen, Wierre-Effiroy, 
Baincthun, Questrecques et Réty. Au moindre indice du 
mal, les bestiaux étaient abattus, leurs étables vidées, 
assainies au lait de chaux ; on y répandait de Tacide 
vitriolique, du sel de nitre, on y brûlait de la fleur de 
souffre. 

Un cordon sanitaire fut établi et les mesures les plus 
rigoureuses ordonnées pour arrêter la propagation du 
mal (i). La désolation régnait dans les campagnes. 
L'administration provinciale participait aux pertes des 
cultivateurs en remboursant le tiers des bêtes abattues : 
33 livres 6 sols pour une vache estimée loo livres. 
8 livres pour un veau taxé 24 livres : ce sont là des 
prix moyens. Il lui en coûta plus de 1,500 livres par 
mois. L épizootie dura plus d'un an. 



3 mars 1567 (5 des nones de mars 1566, v. st.). 
— A la prière du roi Charles IX, le pape 
Pie V érige Tévéché de Boulogne (2). 

Après la destruction de Thérouanne en 1552, il eût 
semblé naturel que Boulogne recueillit l'héritage fra- 
ternel du siège épiscopal de cette ville. Par malheur, 
on était à l'époque où la Réforme troublait le royaume 
et la diplomatie espagnole en profita pour arriver au 
partage de l'antique diocèse (3). 



( 



1) Rcdier, Fontaine et Moachon, accusés d*avoir déterrés des vaches 
[ectées, forent emprisonnés. 

(2) Par erreur d'impression, sans doute, M. l'abbé Van Drivai donne à la 
bulle la date du 8 mai 1566, dans son SUtMrt det Bv^[ii€t, dont ce n'est pas 
le seul défaut. 

(3) C'est l'opinion de l'abbé D. Haif^cré, qui est toujours à consulter dans 
toutes ces questions historiques et rebgieuses. — Ajoutons id en so.umaire 
les diverses phases de Taffaire : 

90 Juin 1668. — Prise d'assaut et destruction de Thérouanne. 

U Juillet 1868. ~ Charles do Lorraine, cardinal, archevêque de Reims, 



3MAB8 )6Ô7 111 

Presque tous les chanoines de Téglise de Thérouanne 
s^étaient retirés à Boulogne : ils formèrent un nouveau 
chapitre auquel Henri II, après le décès de Jehan de 
Rebinghes, réunit Tabbaye de Notre-Dame. Les huit 
religieux restants firent partie de leur compagnie. 

Les choses restèrent en Tétat jusqu'au traité de 
Cateau-Cambresis : il fut arrêté alors que le territoire 
de Thérouanne demeurerait à la France, mais que 
Tévêché serait partagé en deux portions, l'une française, 
Tautre flamande. 

On attribue à la mort de Henri II et au règne trop 
court de François II les retards apportés à l'érection de 
Tévêché français. Les chicanes espagnoles y contri- 
buèrent et, il faut le dire aussi, le manque d'argent ; 
il fallut € que le président Dormy et son neveu, à qui 
la cour réservait l'honneur d'être le premier titulaire du 
nouveau siège, fissent l'avance des deniers nécessaires 
pour solder à Rome les frais de chancellerie ^2). » 

Enfin Charles IX s'émut des progrès de la religion 
réformée en plusieurs provinces, craignit la contagion 
pour le Boulonnais, voulut pourvoir cette province d'un 
pasteur vigilant et qui défendit les brebis menacées. Il 
insista auprès du pape. 

Pie V, touché de cette considération, ayant égard à 
la population, à la célébrité de la ville de Boulogne, à 
la fertilité de ses campagnes, à l'étendue de son com- 



de son autorité métropolitaine ordonne le transfert des chanoines de Téglise 
de Ia Morinie dans raobaye de Saint- Wlmer (Bain», IV, p. ^). L'évéque 
de Thérouanne, Aulbini II, de Ciéqni, frère de François II, mort le 22 février 
1553, se retire à Boulogne (Saera Sdqli durmoloçia, p. 445 v. 

AtxII 1606. — Sentence du earmnal archevêque de Reims contre sept 
chanoines transfn^ résidant à Saint-Omer, auxquels il avait ordonnée kous 
peine d'excomunication, de se rendre avec leurs confrères à Boulogne 
(Balozf», IV, p. 306), (Aubert le Mire, ni,p. 235, porte à six seulement le 
nombre des simples chanoines qui, avec trois dignitaires transfuges, avaient 
réclamé li protection de l'empereur: arrêt du 24 avril 1554, d'après l'abbé 
D. Haigneré.) 

n décembre 1667. — Lettres patentes de Henri II, par lesquelles ce roi 
prononce la sécularisation de 1 abbaye de Notre-Dame de Boulogne et sa 
réunion au chapitre de Thérouane transféré à Boulogne par Tautorité métro- 
politaine, en vue de la création d'un nouvel évéché (Baluze, IV, p. 307. — 
Copie dans les reg. de la Sénéc., II, f. 40)b 

8 avril 1660. — Traité de Cateau-Cambresis arrêtant en principe la division 
du diooèse do la Morinie (voir Atmk Sût. de M. Morand). 

U juin 1660. — Partition du diocèse de Thérouane (voir t. VI, des Mim, 
de la 8oe. Atad.^ Ad. Lipsiii). 

11 mars 1660. — Bulles d érection des diocèses d'Ypres et de Saint-Omer. 

8 mais 1667. — Bulles d'érection du diocèse de Boulogne. 

(2) L'abbé Hainieré. d'après le MartyroloM dm fmdoMiom dt NotTt-Dame, 
art BwlofpH du Dict. nistor. et archéol. du Pas-de-Calais. 



I 

j 



112 l'annéb boclomnaibe 

merce, à la faLcilité de ses communications (i) voulut 
accomplir cette œuvre pour la gloire de Dieu et l'exal- 
tation de FEglise catholique. Il érigea, par sa bulle, la 
ville en cité, Téglise en cathédrale, sous le nom de 
Boulogne et l'invocation de Notre-Dame, plaça le siège 
sous la dépendance de la métropole de Reims et lui 
imposa le régime établi par le Concordat (3). 

Satan veillait : quel autre que l'éternel ennemi aurait 
pu créer un nouvel obstacle l — Satan, non content de 
faire ravir l'image miraculeuse de Notre-Dame (3) re- 
tarda jusqu'en 1570 l'arrivée du pasteur, nommé en 
l'année même où le siège fut érigé par la bulle papale. 
Il déchaîna les huguenots contre la ville de Boulogne 
en 1567 et 1568 ; et, en 1569, surgit un meurtrier. Pierre 
Darques, doyen du chapitre, fut assassiné en cette 
dernière année par un vicaire qu'on soi^çonna être 
huguenot. Claude-André Dormy, qui n'ambitionnait 
pas la palme du martyre, sans doute, attendit le retour 
de la tranquillité. 

Singulier évoque ! Vingt ans après, ligueur passionné, 
il voulait accomplir ce qu'avait désiré Charles-Quint, 
livrer sa ville épiscopale aux Espagnols. Rêvait-il la 
reconstitution de Tévêché de la Morinie sous la domi- 
nation de Philippe II > 



4 mars 1793. — Le Conseil général de la Com- 
mune demande la concession du monastère des 
Annonciades. 

Boulogne n'avait pour prison que cle cloaque affreux 
où régnent la maladie et la mort » (ainsi parlait 
M. Wissocq de la prison du Beffroi) et prévoyant le 



(i) Un pape ne se trompe pas, sans oela on donterait un pen de cette ma- 
âufique assertion : Oppidum p(^inUotum 9w^p( et ceUbre, agro <C amuma/crcicn- 
ai»m commeaiwm o(MiuiiodiMii(rafobâ D. Ilaigncré, Biit. dt Notn-Damef p. 187). 

(S^ Le poniue Ûxait l'exercice do la juridiction, assignait à l'évoque la 

Cde rabbé de Notre-Dame et au chapitre celle des religieux : € Que 
^que préside l'église, la règle et l'ordonne... ; qu'il convoque abbés, pré- 
lats et tous autres de son diocèse aux synodes ; qui! possède et exerce tous 
les droits épiscopaux avec son chapitre, sa mense épiscopale et capitulaire,etc. 
(3} Pour nos pères, Satan redoutait surtout la puissance de la patronne 
boulonnaise et le fit bien voir de 1610 à 163U. II y a des déclarations extraor- 
dinaires à ce soi et. Voir Tanalyse de Tune d'eues dans notre bibliographie 
des oeuvres de J.-F. Henry (/.-F. il«i«y, m vie « an tmvaiur, in-S*, 1884.) 



besoin qu'on allait en avoir, le Conseil général de la 
commune, t attendu qu'il n'existe en cette ville aucune 
prison solide, sûre et salubre (car on s'échappait du 
Beffroy, malgré et peut-^tre à cause de son horrcjur), 
demanda la concession du vaste couvent des Annon- 
ciades, en invoquant Jcs facilités qu'il présentait pour 
l'établissement des maisons de Justice, de Police 
correctionnelle et d'Arrêt. » De l'église et du chœur 
devenus magasins du munitionnaire Audibert, on pro- 
posait de faire une halle au blé, « laquelle faisant face 
au marché sera d'une étendue suffisante pour cet éta- 
blissement, si désiré et si nécessaire pour éviter le 
monopole et entretenir l'abondance, en empêchant la 
disparution du blé invendu qu'on ne revoit plus au 
marché suivant. » 

En dépit de cette excellente raison, le monastère ne 
fut pas concédé ; mais la partie du cloître, transformée 
depuis peu en maison d'Arrêt c provisoire », resta à la 
disposition de la ville jusqu'en Tan XII. Pendant douze 
années la ville fit acte de propriétaire , surveillant , 
réparant et aménageant cette partie du couvent : il lui 
en coûta lourd. Il est vrai que jamais le couvent n'eut 
autant de reclus que durant cette période. Et il ne 
suffisait pas. Un moment vint où l'Evêché et la maison 
des Ursulines furent également des maisons de déten- 
tion. 

Le 10 prairial an XII, sur la réquisition de l'adminis- 
tion de la guerre, la municipalité dut retirer les détenus 
du couvent des Annonciades ; et, faute d'autre empla- 
cement, les entasser — c'est le mot — dans les oubliettes 
du Beffroy. Un cri d'horreur s'éleva, si vif, que l'autorité 
accorda l'Oratoire, c L'on fit, disait deux années plus 
tard M. Wissbcq devenu substitut d'un procureur im- 
périal, évacuer les chevaux de l'armée qui occupaient 
les espèces de casemates, autrefois des classes, et l'on y 
transporta les détenus après y avoir fait les dispositions 
nécessaires ...» 

La prison de l'Oratoire, rebâtie en 1824, est la 
Maison d'Arrêt actuelle (i). 

(1) < En creusant pour établir des fondations sous on viooz mur, à la 
nouvelle, prison, un ou^'Tier a trouvé un pot en bronze renfermant trois cent 
trente-six pièces en or de diverses grandeurs, très-bien conservées, frappées 
sous le règne de Henri YI » (La Botdmmaiêe, 1826, 6 juiUet;. 

8 



114 l'aITNÉB B0UL0KNAI8E 

5 mars 1518. — Lettre d'Erasme à Rovill sur sa 
querelle avec Le Fèvre d'Etaples. 

Les Estienne imprimèrent en 1 5 1 2, c'est-à-dire quatre 
ou cinq années avant Luther, le premier livre de la 
Réformation — c'est le nouveau Testament de Le Fèvre 
d'Etaples. — Lorsque la Réforme commença en 
France, à Meaux, Le Fèvre s'y trouvait avec tous 
les anti-Romains : Farel, Gérard Roussel, François 
Vatable, Clichtove et d'Arande. Un peu plus d'audace 
de sa part et il devenait le chef français du grand mou- 
vement religieux (i). 

Cet homme remarquable, qui mérita d'être nommé 
t la lumière de la France», semble avoir été donné 
c pour sauver les lettres des obscurités des sophistes. 
La philosophie, qui pour lors étoit bien rude, fut polie 
par ses soins et il s'occupa entièrement du rétablisse- 
ment des sciences. Par le secours des mathématiques, 
il décrassa les esprits et rappela le goût des études 
solides^ Ses leçons formèrent des adeptes distingués. » 
(P. Daire, Tabl. hist,, p. 130.) 

C'étoit, a dit Bayle, un petit bout d'homme et de 
fort basse naissance ; mais un bon esprit, soutenu de 
beaucoup d'érudition. » 

Il eut querelle avec Erasme, son grand ami, à propos 
de quelques notes sur les Epîttes de saint Paul, Le 
17 juillet 1 5 17, Erasme mandait à Tunstall qu'il était en- 
nuyé de la conduite de Faber. Le Fèvre avait reédité ses 
notes sur saint Paul, « sans la moindre mention de ses 
travaux, excepté en un endroit où il prenait tacitement 
l'occasion de le condamner.» Le 23 août, il ajoutait qu'il 
allait l'attaquer ; le ^ i de ce mois, il envoyait son apologie 
en réponse à Le Fevre. Tunstal lui répondit le 14 sep- 
tembre qu'il approuvait le style de cette réponse. Erasme 
répliqua qu'il y avait hardiment fait justice de Faber, 

(I)En disgrâce pour avoir donné dans la doctrine de Calvin, Le Fë\Te fut 
dé^iTadé de son doctorat dans la Sorbonne et si Man;uerite| reine de Navanv, 
ne Veut recommandé au Parlement par une de ses lettres € iJ eust mal passé 
son temps. »(Ant. Scotté, Mrs, p. IS6.) — t C'est Dieu, dis:iit-il, qui par sa 
firàee, parla foi, jnsUlle pour la vie étemelle, t (BpUt. St PaiU, Comment.) 
il disait encore : t La parole de Dieu suffit. > II pnralr que ce>i p^f)po^illons 
sonnent l'hérésie. Voir sur s;i querelle avec Kra.»<nie (Bull, de la 8oe. Aead., 
t. ir,p.87L) 



6 MARS 1788 115 

€ écolier supérieur » avec lequel il n*avait jamais eu de 
querelle auparavant. La querelle fut vive et courte. Les 
deux adversaires, réconciliés le i6 juillet 1518, avaient 
trop de points de contact pour être brouillés longtemps. 
Tous deux s*efFrayèrent aussi des coups qu'ils avaient 
portés au catholicisme. 

On raconte que le jour de sa mort, Le Fèvre se re- 
procha le repos et la sécurité où il vécut à la cour de 
Nérac : il versa d'abondantes larmes. La reine Margue- 
rite en ayant demandé le sujet : t Je suis, lui répondît 
Le Fèvre, âgé de cent un ans. J*ai toujours vécu d'une 
manière très chaste. A Tégard des autres passions qui 
précipitent les hommes dans le désordre, je sens ma 
conscience en repos ; mais je compte pour un grand 
crime qu'ayant connu la vérité et l'ayant enseignée à 
plusieurs personnes qui l'ont scellée de leur sang, j'ai 
eu la faiblesse de me tenir dans un asile, loin des lieux 
où les couronnes du martyre se distribuaient. > 

Bayle qui raconte cette anecdote trouve autant de 
raisons pour en douter que pour n'en pas douter. 11 
doute aussi que Le Fèvre ait été centenaire. 



6 mars 1738. — Assemblée des trois États du 
pays pour le rétablissement du port. 

Le port de Boulogne depuis longtemps négligé, 
menacé d'une ruine complète, avait un ennemi enva- 
hissant, le sable qui en obstruait l'entrée et gâtait le 
chenal à ce point qu'une large barque de pêche pouvait 
à peine s'y frayer passage (i). 

(1) On avait lieu de regretter la digue t qu'il y en a, nous apprend Scotté, 

au prétendent que Fenipêreur Maximln Ast faire à l'entrée au port... dont 
. s'en Yoit encore des vestiges aux grosses pierres où est oe qu on nomme 
le Poudou. On prestend que c'estoit pour empescher que les sables ne 
comblassent le çort. 11 y avoit tout le long du coulant une forte muraille qui 
alloit d'un bout a l'autre des garennes et dunes et les fermoit entièrement, 
ce qui faisoit que l'entrée du port cstoit toujours net et que les sables n'y 
a voient pas d'atteintes. » Scotté oublie de nous dire qui sont ceux qui pré^ 
tendaient cela. On doit toutefois le croire comme témoin lorsau'il ajoute : 
c Le quay du port et havre de Boulogne est magnifique. Il est iaict tout de 
pierres dé tailles bleu. Il fut commencé environ en 1710. On oommen^ oe 
quay par la teste qui ^ict une espèce de fort où on met une batterie de canons 
qui bat l'entrée... A l'entrée, le roy Louys XIV y avoit faict bastlr une tour 
ae massonnerie, fort avancée en mer au delà des dunes. 11 y avoit dessus un 



ifo l'aknâe boulokmaibb 

Il était urgent d'y remédier ; Achille Mutmot, le grand 
maîeur, sut intéresser à cette œuvre le gouverneur 
duc d^Humières, le marquis et le comte de Flahaut, 
seigneurs de la Billarderie . Ils obtinrent du roi 
75,000 livres à condition que la province fournirait le 
reste : C'était l'objet de l'assemblée où il fut décidé 
que la Ville donnerait 11,500 livres sur ses revenus ; 
les négociants 18,500 et le Pays, le reste, soit 45,000; 
le tout payable en deux années. 

Grande fut la joie de la population ; vifs furent les 
remerciements aux seigneurs à qui Ton devait la sub- 
vention royale. Toutefois, il semblerait qu'on la dut 
surtout au comte de Flahaut, puisque c'est lui qu'on 
prie, dans une lettre, de vouloir bien envoyer son 
portrait afin qu'il figurât à l'Hôtel-de-Ville, comme on 
l'y voit encore, à côté de ceux des gouverneurs. 

Les travaux furent commencés immédiatement (i). 



7 mars 1720. — Départ du comte de Guînès et du 
sire de Fiennes pour la Croisade. 

Ainsi, le Boulonnais, à la dernière comme à la pre- 
mière croisade, compta plusieurs guerriers ; les comtes 
de Guînes et de Saint-Pol, deux frères de la maison de 
Fiennes, et à leur tête leur suzerain Robert II, comte 
d'Artois. (Hector de Rosny, //. du BouL, t. II. p. 191.) 

oorpA de garde oàiQndestacheiiient de laetirnison de Boolongne faisait garde. 
11 y a voit dans cetto tour trois pièces tie canons ; mais comme cette tônr 
estoit trop b«5ttue dt^s values do la mer, elle n'y a peu longtemps résister 
qu'environ 90 à 35 ans, jusquVice qu'environ le môLsde janvier 1709, elle fust 
partaj*ée en deux et fust entièrement tombée en ruine par l'impétuosité de» 
vaguex de la mer qui la renversèrent entièrement. > (Scotté, Mu orig.^ p. 96.) 
(!) c Las:Ue de l'hétel commun de cette ville a été entièrement boisiée 
sur la tin do cette année, et le portrait de M^* Jéro^me Flahaut de La Billar- 
derie, lieutenant général des armées du Roy, grand ct\.»ïk do l'Ordre 
militaire de Saint-Louis, gouvemour de Saint-Quontin, et major des gardes 
du corps de S. M. a été inscrusté dans un d» s trumaux sur la droite en 
leconoissance des 8er^'ices importans qu'il a rendus au pays, nottamont à 
l'égard du port, dont la dunette e.st actuellement aux deux tiers de sa per- 




portrait du duc d'Humieres c tiré par 

riscottd, peintre, pàTé 196 livres «pour avoir fait le portrait du roy en grand », 

lequel fut tendu « ^UÎna son cadre > en ViS, 



7 MARS 1790 117 



7 mars 1790. — Les ofÛQiers municipaux pro- 
cèdent à l'inventaire des titres et mobilier dii 
couvent des Capucins (1). 

Louis-Marie-J^cques-Antoine Grandsire, maire <j[e 
la ville de Boulogne, accompagné de M. Ch.a-les Butor, 
officier municipal, et de M. Dutertre, procureur de la 
commune, assisté d^ Jean-Marie-Théocjpre Lhei^rçu^, 
son greffier, se présente au couvent d^s RR,. PP. 
Capyçin^, pçy^f procéder à la reconnaissance de tou,s 
leurs registres et comptes de régie, les arrêter et en 
former « un résultat » des revenus qu'ils peuvent avoir et 
des époques d'échéance; comme aussi de faire un état 
et description de Targenterie, argent monnoyé, effets 
de la sacristie, de la bibliothèque et du mobiJI^ le 
plus précieux, de leurs dettes, etc. ; du nombre et des 
noms des religieux et recevoir la déclaration de ceux 
qui voudront sortir ou rester dans les maisons de leur 
ordre, etc. 

Les Capucins présentent leur livre-journal : 

Actif 3,268 ïb » 

Passif. 5t500 17 so^s. 

La, maison 9e possède aucun revenu. 

Aucune argenterie que celle à Tusage du servicç 
divin, consistant en trois calices, un soleil, un ciboire et 
une vraie croix de cuivre argçn^ée. 

Bibliothèque : — 340 vol. in-f"?, 384 in-4", 1 30 in-8° qt 
ao6 in-i2. 

Sacristie: — Trente-neuf amits, vingt-qjuatre au,bes, 
treize nappes de communion, quatre-vingt-six « lavabo », 
quatorze nappes d*autel, quatre custodes, de calice, 
trente corporaux, dix-neuf pales, trois surplis, cent 
quatre-vingts purificatoires et dix-qeuf cordons. 

Eglise: — Deu3f chandeliers en cuivre, treize chande- 
liers en bois et quelques autres effets de petite valeur ; 
huit chasubles blanches, six rouge^, cinq viplettes, 

(I) L^ ooovenl ho composait da P. Olivier, gaidien; du P. Luci«zi, 
vicaire ; de» pèn^s proIéN Èniilicn, Ladislaii ot Liévin et de trois frères. La 
maison pourait loger treize et au besoin quiiue religieux. Interroffés s'ils 
voulaient cesKer on oontinuer de vivre en commonauté, le P. Ladism seul 
demanda à quitter la couvent. 



118 L'AKiniB fiOULONNAIBB 

trois vertes, deux noires, et autres effets de peu de 
conséquence. 

Office : — Deux cent quatre-vingt-sept serviettes, la 
plupart très mauvaises et quelques autres linges, cent 
vingt assiettes de faïence et autres effets de table. 

Cuisine : — Divers objets de menu valeur. 

Chambres des huit religieux : — Dans chacune une 
paillasse, un traversin, une couverture, un bureau et 
quelques chaises. 

Infirmerie : — Deux paillasses, trois matelas, trois 
couvertures dont deux mauvaises, etc. 

Titres relatifs à la jouissance de leur maison, entre 
autres celui qui leur donne droit à 200 livres sur les 
domaines et bois de Sa Majesté. 

Le tout laissé à la charge et garde des religieux qui 
ont déclaré « que leur maison est en très bon état, sans 
besoin de réparations, sauf le cloître dont lés vitres ont 
été dévastées par les enfants ». 



8 mars 1792. — Émeute à l'hôpital. 



Le serment civique exigé du clergé a été l'occasion des 
premiers troubles fâcheux de la Révolution. Les haines 
surexcitées contre € la piété obstinée » de quelques per- 
sonnes qui voulaient conserver les anciens directeurs 
de leurs consciences, amenèrent deux émeutes à Bou- 
logne. Le 2 janvier 1792, des femmes de la dernière 
classe attroupées à la porte de l'hôpital s'emparèrent 
de quelques jeunes filles à la sortie de la messe et les 
maltraitèrent. On vint facilement à bout de ces mégères. 
Mais une émeute plus sérieuse occupait le Conseil de 
la Commune le 8 mars. Laissons parler les témoins : 
€ Le procureur et plusieurs membres observent qu'il pa- 
raissait avéré par le bruit public que, la veille, plusieurs 
femmes et filles étant sorties de l'hôpital à l'issue du 
salut du soir, furent maltraitées indignement par les 
factieux avant l'arrivée de la force publique. Ces fac- 
tieux « les frappèrent et se portèrent envers elles aux 
excès les plus repréhensibles ; qu'entre autres la demoi- 
selle Le Clercq fut terrassée, eut les jupes et le capel 
arrachés; que la demoiselle Tardieu fut encore plus 



MARS 1767 119 

indignement traitée; que des particuliers, oubliant tous 
les devoirs et foulant aux pieds la décence, ne rougirent 
point de la fouetter vis-à-vis la porte de l'hôpital ; que 
les particuliers remportèrent au corps de garde de l'hô- 
pital où elle essuya les plus sanglants outrages. ...» 

Les appariteurs envoyés par la municipalité furent 
insultés et menacés. Pendant le tumulte, il se fît diffé- 
rents vols. On prit trois quarts « d'une tinne de beurre », 
du fromage et les livres de l'école de filles annexée à 
rétablissement hospitalier. On força la porte d'un 
cabinet et un tiroir dont on enleva plusieurs effets. Il y 
eut beaucoup de carreaux cassés. . . Heureusement 
l'arrivée d'un bataillon de volontaires mit fin au dé- 
sordre grandissant. 

Sur quoi, délibérant, le Conseil fut unanimement 
d'avis de réprimer énergiquement cette atteinte à la 
liberté des cultes, d'en rechercher les principaux moteurs 
et de les sévèrement punir. 

Le même jour, la municipalité écrivait aux curés de 
la ville et les priait de sermoner t un peuple générale- 
ment bon et juste, qui ne se porte à des actes repré- 
hensibles que lorsqu'il se trompe sur l'application des 
principes de justice. Dites donc au peuple qu'on égare 
et qui ne demande qu'à êti*e instruit, que la Consti- 
tion garantit le libre exercice du culte, que la liberté des 
opinions religieuses est un des droits imprescriptibles 
de l'homme, qu'y porter atteinte c'est se rendre cou- 
pable du plus grand attentat. . . . i 

Cette lettre très digne et remarquable donne la note 
exacte du vrai libéralisme. 



9 mars 1767. — Installation de Tadministration 
du Boulonnais. 

De temps immémorial les affaires communes du 
Pays boulonnais se réglaient au moyen des assemblées 
provinciales dont les délibérations étaient exécutées 
par des syndics élus. Un droit d'octroi de 40 sous par 
velte d'eau-de-vie ayant été constitué pour satisfaire à 
toutes les dépenses d'intérêt général, tant pour la cons- 
truction et l'entretien des chemins^ que pour bâtir des 



120 l'àNS^B BOVLOmiAIBS 

casernes et faire des jetées, etc. La province sollicita du 
roi rétablissement d'un corps d'administration composé 
d officiers électifs, choisis et nommés par des députés 
représentant toutes les classes des habitants du comté. 
Des lettres patentes intervinrent le 6 mai 1766. Désirant 
donner auxdits habitants, nobles sujets et communau- 
tés du Boulonnais les marques de sa bienveillance, Sa 
Majesté, se résolvant à seconder leurs vues, édicta que 
la perception de l'octroi serait réglé par l'assemblée de 
ces officiers. Le corps d'administration sera composé 
d'un président, de huit administrateurs, d'un syndic- 
receveur et d'un secrétaire-greffier... Il sera établi un 
conseil à ladite administration, à l'effet de veiller à 
toutes les parties d'icelle, composé du président, des 
huit administrateurs et de douze conseillers pris par 
tiers datn'S' chacun des trois ordres des habitans du dit 
comté, lesquels prêteront serment entre les mains du 
lieutenant général en notre sénéchaussée... Ne pourront 
être élus que des personnes âgées au moins de trente 
anS', domiciliées depuis dix ans dans les villes ou 
paroisses du comté et n'ayant aucunes fonctions qui 
exigent résidence ailleurs... Entendons nous réserver 
la nomination du président seulement. Le président 
exercera ses fonctions pendant trois années... les ad- 
ministrateurs pendant deux années, et les conseillers 
pendant quatre années, sans pouvoir être continués si 
ôe n'est après un intervalle de temps égal à celui de 
leurs fondions. 

Cette administration provinciale prouve irréfutable- 
ment que notre pays était indépendant de la Picardie 
et n'en faisait aucunement partie. C'était une pro- 
vince ayant son existence propre, ses intérêts, ses 
droits entièrement distincts des provinces voisines, 
fonilant un ensemble comparable, sauf l'étendue, 
à l'ensemble du département du Pas-de-Calais : on 
peut étendre la comparaison en ajoutant que le prési- 
dent de l'administration provinciale et ses conseillers 
représentaient bien — sauf- les attributions politiques 
— lé préfet et le conseil général. Les attributions sont 
les mêmes quant à la gestion des intérêts communs. 
Pouvoir de régir et d'ordonnancer, de commander et 
d'adjuger les travaux, de régler les questions de 
voirie, etc. 

Dans les Observations sur l'origine, la formation et 



les avantageS'de l- administration du Boulon^Ms-iti))]! est 
dit : c De toutes les provinces qui composent la Fratt49(4 
le Boulonnois est le seul pays dont les franchifieft 
tiennent encore à sa constitution primitive. C estt lui 
aussi qui a conçu Tidée et fourni le^ premier modèle 
des assemblées provinciales. Les anciens comtes de 
Boulogne s*étoient emparés des droits régaliens. Mais 
quoique ceux-^i, en usurpant la souveraineté, fussent 
devenus autant de petits tyrans qui faisoienC gémir les 
peuples sous le poids d*une autorité oppressive, les 
Boulonnois eurent assez de fermeté pour résister èi 
l'oppression et maintenir leur liberté. Cette vérité, dont 
rhistoire offre si peu d'exemples, est constatée, en la 
forme la plus authentique, par Tacte même de réunion 
du comté de Boulogne à la couronne.... 

c Le Boulonnois étoit anciennement un pays d'Etats. 
La plupart des provinces ayant été asservies, au régime 
fiscal, le Boulonnois conserva du moins l'avantage de 
se gouverner librement. Il se maintint* dan-s le droit de 
s'assembler toutes les fois que son intérêt Texigeoit ; 
des syndics choisis dans les trois ordces. veUlolent 
continuellement à la défense de ses franchises et dirv- 
geoient les affaires communes du Pays.... Ils eureat 
sans cesse à lutter contre les intendans et les iag^ 
nîeurs des ponts et chaussées... et le Boulonnois i^ 
trouvant pas dans ses syndics une force de résistance 
suffisante... chercha à se procurer de l'appui dans la 
formation d'un Corps capable de se défendre avec 
vigueur et de veiller de prés à ses intérêts. U obtint 
le 6 mai 1766 des lettres-patentes portant établissement 
d'un corps et conseil d'administration.... Ce corps est 
le premier qui ait existé dans le royaume : il a fourni 
l'idée de l'établissement des assemblées provinciales et 
il est formé selon les principes élémentaires de l'assem- 
blée nationale. ...» 

En voici les bienfaits : 

i"" Environ seize lieues de grande route; 

2** Chemins de communication intérieure avec parti- 
cipation des propriétaires riverains ; 

3* Construction d'une longue jetée en fascinage ; 

(I) Os observations furent présentées, on 1789, par les déçûtes du Bou- 
lonnais, pour démontrer < l:i nécessité de conserver Tadministration de la 
province en lui donnant tout lo degré de perfection dont elle est susceptible, 
<Broch. ln-4», 19 pages, Versailles, imp. Ph. D. Pierres.) 



122 l'aNNÉB BOULOHKAI8B 

4** Construction du bâtiment de l'Esplanade, com- 
prenant les boucheries, le poids de la ville, les casernes 
et écuries pour la maréchaussée, dépôt de charbon, 
bureau pour le corps des marchands et salle d'instruc- 
tion publique pour les sages-femmes ; 

5* Rachat des droits de vicomte; 

6" Etablissement d'un entrepôt de genièvre ; et, par 
suite, construction des casernes du rivage, établies sur 
les caves de l'entrepôt ; 

7® Canalisation de l'eau, château d'eau et cinq fon- 
taines monumentales construites ; 

8* Secours aux villages ruinés par une épizootie, etc. 



10 mars 1789. — Ouverture d'une assemblée du 
Tiers-Etat de Boulogne, présidée par MM. les 
officiers municipaux. 

C'était, pour Boulogne, le prologue du grand drame 
révolutionnaire. Le Tiers-Etat devait nommer huit 
délégués (i) pour le représenter à l'assemblée générale 
des trois Ordres fixée au i6 mars et pour rédiger son 
cahier de doléances. 

c A dessein de prévenir toute faction et de faire sentir 
aux députés des corporations, la nécessité de s'occuper 
uniquement du bien commun, > M. Gros, avocat fiscal 
de la ville, y prononça un discours qui fut remarqué et 
dont les officiers municipaux ordonnèrent l'impression. 

On y voit les aspirations d'un honnête citoyen dési- 
rant de sages réformes, prémunissant ses collègues 
contre toutes les exagérations, montrant la voie à 
prendre pour arriver au but cherché, traçant à grandes 
lignes le cadre des remontrances et réclamations à faire 
pour le bien de la province. 

Ce qui lui paraissait devoir être la matière du cahier 
du Tiers-État « c'est ce qui a rapport au maintien de 

(1) L'swsembléo fit choix do MM. Gros, Vassenr, L.itteuv, Tomaax, Le 
Porcq de Bolloval, Rontior d'Hostovc, D«'l loro rt F^lenipin. Six jours »u»rcs, 
le 16 niary, ils se joi^niiiont aux deux r*'iit quati*e-vinff«s délégués du Ti**rs- 
Ktii, aux cent sei/tè <lu clorp6, aux cent J-oixante-cinq de l.'i noblesse en 
assemblée géjiénile des Trois-Etitts du Pars, pour s'entendre sur la 
réda<:lion des cahiers de chaque ordre. Les ^leetions d^s députés eurent 
lieu ensuite, pour 1« Clergé le 18 mai-ïi, pour la Noblesse et le Ti'TS le 30. 



11 MAB8 }793 123 

notre constitution, de nos franchises et privilèges ; c*est 
la consolidation et le perfectionnement de notre régime ; 
c'est la manière dont nous devons contribuer aux 
charges de TEtat ; c'est la réclamation contre les usur- 
pations du fisc, contre les perceptions arbitraires du 
contrôle et de l'insinuation, contre les entraves mises 
au commerce, contre les vexations des commis des 
fermes ; c'est la suppression de certains oflSccs (offices 
de jurés priseurs vendeurs) dont l'exercice est extrême- 
ment nuisible à la liberté et à l'intérêt public ; c'est la 
conservation du droit d'élection des officiers munici- 
paux et la proscription de l'usage injuste de supprimer 
et recréer sans cesse ces offices, avec pertes de finances 
pour les villes ; c'est le prix excessif du bois et la dé- 
vastation des forêts; c'est la liberté du commerce, 
l'extinction des privilèges exclusifs, l'abolition de la 
pénalité des offices de judicature, la répartition égale 
des impôts entre le Clergé, la Noblesse et le Tiers- 
Etat, en raison dé leurs facultés. » 

On a là, résumées en peu de lignes, toutes les aspi- 
rations d'un bon et digne bourgeois, ne voulant que 
justice et équité. Et elles étaient si bien celles de la 
majorité, qu'elles furent adoptées par tous et qu'on les 
retrouve dans le cahier du Tiers-Etat de Boulogne. 



11 mars 1793. — « La patrie est en danger.» 

c Citoyens, 

« La pairie est en danger : elle vous appelle à son secours. 
Vons n'avez pins à choisir qn*entre la liberté et Pesclavago. 
Courez à votre section pour y concerter avec vos concitoyens 
les moyens d'écarter les dangers affreux qui menacent vos 
femmes, vos enfants et vos propriétés. 

c Les Maire et Officiers municipauXy 
t Loison, maire; Guerlain, Saunier, Seguier, Merlin, 
Willecot, Dujat, Libert, Comnel, de La Rue, offi- 
ciers munidpatuo; Marmin, procureur de la Com- 

mwve. » 

La patrie en danger! C'est avec ces mots qui eurent 
alors tant d'écho dans les cœurs, que la République 
accomplit les grandes choses qui sont la page la plus 



sublyne dô wti» hi&toir*. (^u'00 3onge 4, quels, enne- 
mis la Fraacc eut à disputer li^tégrité de,se;s pondères ; 
qifiQn soRg<^ à leur nombre ; mais l'amour de la patrie 
a'e^fj^t^it pas seulement dans Tun des couplets de 
Thymne; qui conduisit les intrépides volontaires c pieds. 
nus^ sans pain^ sourds aux lâches alarmes », jusqu au- 
delà du Rhia (i). 

A !( appel de la patrie en danger on répondit partout 
par la fornaation de corps, dits de volontaires, en souvenir 
d^ Vdlan civixjuc de 1792. Sous ce titre, il y eu4; davan- 
tage, de réquisitioonaires que d^engagés; mais Thé- 
roîsm^, si contagieux en France, gagaant les uns et les 
adutres,, et des çh,efs aux singles soldats, fit des pre- 
mières légions républicaines, les intrépides dçmi- 
brigades,, constamment victorieuses tant qu'elles ne 
furent ei»iployées qu'à défendre les frontières menacées 
et à refouler jusqu'à leurs capitales les rois envahisseurs. 

Le 13 mars 17^3, on soccupaiit de réquipeixx.ent des 
volontaires boulonnais qui devaient partir suf le çhanxp 
pour An(vei:s. L'article & dç la réquisition des dé- 
putés coinventionnels MerljLn çt Gossime, portait qu'il 
tour serait fourni ci u^n bonnet rouge garni d.e la cocarde 
tricolore;» qu'ils seraient vmés et équipés par les 
citoyens non appelés. De cette; feçon chacun concourait 
à la défense nationale. 

Le citoyen Grandsire, commissaire de l'équipement, 
vint ce jour-là rappeler au Conseil général de la Com- 
mund les preacriptioas des députés et hâter Ia Uvrs^ison 
des vêtements et des chaussures. 

Le Conseil, à l'unanimité, arrêta qu'il serait, de suite, 
fait une invitation aux citoyens aisés de faire remettre à 
la Maison conxmune, pour demain midt^ des habits, 
vestes, culottes, de telles, étoffes et couleurs que ce 

(1) Le 21 août précé.lent, M. Wissocq avait déjà dit à iscst concitoyoas : 

« La PHtric en aaager nous anpolle <ie toates parts à son secours : elle a \ 
comhaUro des rois coalisés qui i^orent (qu'ils n'ont point rer;u i.-i couronne 
quils portent poar taire éjcor^r le» peuples c^ la lei^r ont tlounée. 

c A la tète (le leurs nomlireux îiateUites couverts do ces cliaïnes hontou^es 
de TeHclavai^e qu'ils secoueront un jour, ces roîx sont sur nos frontières. Ils 
cherchent parla ruse, 1h vrahi»on 9X U force, à pâaôtrcr drins l'intérieur de 
ce rovaume. Us viennent pour nous présenter des fers çt. pour nous dicter 
des lois. 

€ Nous avoDB tous juré. Citoyens, de vivre libres ou de mourir; le moment 
est arrivé oq il faut que notre serment ^'accomplisse. Nous avons tous promis 
obéissance à la Loi : elle oomman le ; nous ne «levons plus savoir (ju'obéir... » 

Ces appeb étaient entenlus. Ceux qu'ils él«ctrisaieiit portaient sur \y& 
champs dSb bat «il^^ IVdevyr que f«isaii nM^o l» cri lapi^me. 



soit, chfcttïîîses, bas, souliers, chapeaux 'tîteotaîrdfes; » 
ladite invitation, pour faire plus d'impression, ftrtpro- 
clamée à son de caisse par les officiers -mutikipat» 
revêtus de leurs écharpes. 

Le lendemain et les jours suivants, Ids équipements 
demandés étaient déposés ^sur Yautel de la patrie, Ceu^ 
qui n'avaient pas d'effets donnaient leurs bijoux : les 
enfants même Contribuèrent. Le ï6 mars, conduits par 
Dubois et Magnier, instituteurs, on vit les^élèvcfs, 
ayant à leur tête une musiqufe taâltaire et un drapeau 
aux couleurs nationales, venir offrir au pays cinq^crok 
d'argent accordées eh récompense aux pluis méritants. 
Jeunes et vieux, tous comprehaient qu'il y avait un 
grand devoir à "accomplir : la défense de la' France -trte- 
nacée. Ce qui en résulta, Thistoire Ta dît. 



12 mars 1733. — Mort à Paris du Pëpe ^Michel 
Lequien. 

C'était le fils d'un marchand de Boulogne, né sur la 
paroisse de la haute ville le 8 octobre 1661, baptisé >le 
lendemain sous le nom de Michel kecktm, par tfn prêtre 
qui trouva piquant sans doute de ne pas écrire le nom 
patois de la famille Lequien, ancienne dans ie pays (i). 

(1) Avant le fti^ de Boulonte, tm Aiftlt<i5tiif» f!/d<)«t(^n «ètnit '^e9'4ém«s 
à Hocqninghen : on retrouve plusieurs fois ce nom parmi le» censiers dé nos 
abbafes. Le reffistre atix causes da bailli»S;e de' SAmèridOCifie, sbns'ladàte 
du 6 juillet lo^ « défaut prononcé contre Michel Lequien, pour avdlr 
trowfé plusieurs fois ses vaekeê daiu le» thaiUU de 2, 3 et 4 anê du BoU-VAbèé . » 
Le père de Michel parait être le premier qui soit venu s*ét«blir enla ville de 
Boulogne, où il faisait bonne figure comme t^ourgeoin, marchand dl«|>ler, 
prévôt de la corporation, échevin, et prévôt de la conftcérfe^du^StllntJSlBft^B- 
ment. On apprécie mieu-7 encore sa position pbr son alliailce avec Jeanne 
Hesse, le 8 novembre 1660. Celle-ci ^ pour sœur la femme -de mesure 
François du Biaise], écuyer, seigneur d Allet. Toute» deux ont hérité de 
Michel Hesso, qui a élé le parrain et a donné son nom k Térudit dominicain. 
Michel Hesse fut chargé de l'entreprise du remaniement des conduites d'eau 
de la tflle Vers' «S4. 

Le père et la mère de Michel Lequien dobtilfutle fils unique, se marièrent 
tardivement. La mère avait quarante-deux ans lorsqu'il naquit. ■ onze mois 
après -son mariage. 

M. Hector de Rosny {BUL du SouMiiMUf, IV. • n. 142), a confondu sa 
famille avec celle de'Leqtnen de la Neuville. Il le fait nattre à Paris. 
J'ignore s'il y avait parenté, comme l'assure M. Eug. de Rosny, <ee qui 
doterait Boulogne d'un fils ou petit-fils distingué dans la per^nne de 
Jacques f^quien de La Neuville, né à Palis le !•' mai 1647, auteur d'une 
bonne BtaMre du Fortugol, d'une BiifMr* du dmmpkhu de VShmêii, et de 
FOÎ^fti» da 'MMer dlfis'M mêOthÊti Ut modemtt* 



i26 L*A1THÉB BOULOHKAISB 

Il y a erreur d'impression dans la date, donnée par 
V Année historique y pour la permission que le chapitre de 
Boulogne accorda à Michel Lequien, c clerc du diocèse, » 
de porter le surplis dans l'église cathédrale de cette 
ville, € sans qu'il puisse prétendre aucuns gages ou droit 
aux chapelles vicariales » ; c'est le 17 juillet 1675 et non 
en 1677. Lequien n'avait pas encore quatorze ans alors. 

En 1680, 3 juin, toujours sous le titre de «clerc 
tonsuré > et « d habitué en cette église, » Michel Lequien 
est parrain de Michel Regnault, baptisé en la paroisse 
de Saint- Joseph. 

« On nous le montre, dit M. Morand, s*engageant 
trois ans plus tard, en 1682, par des vœux solennels, 
dans l'ordre des Dominicains, qu'il illustra par sa 
science et ses écrits. » C'était l'année de la mort de son 
père (décédé le 11 novembre 1682). Sa mère s'éteignit 
à l'âge de quatre-vingts ans en 1699. 

Toute sa vie est dans ses écrits qui sont importants 
et de haute valeur (i). 

Il devint le centre de toutes les informations boulon- 
naises : on lui envoyait des copies et des notes sur 
toutes les découvertes. 

<1) En voici la liste : 

D^tmu du UxU A^6nu H de la verdon vuXçaU servant de réponse au livre 
(de du Perron) intitulé UAntiçuiti du tenpi rétablit, etc. — Paris, 1690, in-12. 

VAntiçvUi det Umpi dilntUe, contre la J>ifiaue de VoMiiçuUi du Umpt, que 
Dom Perron fit paraître en 1591. Paris, 1693, in-12. 

Ces deux ouvrages coiumencèrcnt la réputation de l'auteur; on trouva 
que son antagoniste était complètement battu. 

NnUité du ordinuUiom» ançueanet, ou réfutation de l'ouvrage du P. Le 
Courrayer, 2 vol. in-12. 

La IfuUiU du onitiiaiioiu ONgrUcanes, do nouveau prouvée, tant par les faits 

Îue par le droit, contre la défense du P. Le Courraver. Paris, F. Babuty, 
730, 2 vol. in-12. 

Quérard, dont nous nous aidons, ajoute qn*on attribue à Pierre Badoiro 
une grande part à cet ouvrage. 

Oneu» CkrittiamM», in quatuor patriarchatus dijgestus : in quo exbibentur 
ecclesise, patrlarclué, cœterique prs^sules orientis. Parisiis, à typog. rcgiâ 
1740, 8 vol. in-4* et sur grand papier. 

Cet ottvra^i^e fait suite an Corps d'histoire appelée Byzantine. Il était en 
grande partie imprimé quand le P. Lequien mourut. Ses confrères 
en continuèrent rimpression et y firent des améliorations qui sont 
indiquées dans la prélface. C'est une imitation du OoUia Chrittiicma, bien 
exécutée et pleine de choses curieuses, avec les quatre patriarchats dressés 
par d'Anville. Il y donne la description ^ograpnique de chaque diocèse, 
des villes épiscoj>ales, rapporte leur oriKine et leur établissement, leur 
étendue, leur jundiotion, leurs droits, leurs prérogatives, la suite de leurs 
évéques, le gouvernement politique et les changements survenus. En un mot, 
c'est une oeu\Te magistrale et qui porte avec elle son auteur à la célébrité. 

Sous le nom de Stepiiam dr âltimura (Etienne de Haultemure, 
ilaulte murée est le nom de roman donné à Boulogne) Michel Lequien a fait 
un ouvrage € solide et estimé » qui réfute victorieusement les dangereuses 
subtilités du patriarche Nectaire. C'est la Païu^piMi ccmtrd «cMima Qnewrvms 



13 HABS 1778 127 

M. Dramard a publié dans sa Bibliographie de la 
Picardie (t. I*% Boulonnais, Calaisis, etc., pp. 94-100) 
les lettres relatives au P. Lequien et à ses écrits sur r his- 
toire du Boulonnais que M. le D' Ernest Hamy a ex- 
traites de la collection de D. Grenier pour la biblio- 
thèque de Boulogne. Il faut y recourir pour juger tous 
les espoirs qu'on fondait sur notre grand historien et 
comment Luto devint son héritier. 



13 mars 1778. — Règlement d'intérieur de l'hô- 
pital. 

On y détaille l'emploi des heures et des travaux de la 
journée, des récréations et des sorties; on y défend 

qud romtoM et ùeddoUalii BeeUna d^mditwr adwrttu criminatioHet. NetarH 
ptUrkerdUM SieroiclymittaU, nuoi amçutU in Ulnro de primtUu papa. Pamis, 
1718, in-4« (voir Smrekerie* dittùiUm), 

Ontrc ces grands ouvrages, le père Lequien est Tanteur de plusieurs 
dissertations savantes éparses en divers recueils : 

1* Remarques sur l'essai du commentaire sur les Prophètes, de D. Perron, 
{Mm. de Trévoux, mars 1711) ; 

2* Lettre sur les ordinations anglaises (Jf«re«r«, avril 1731) ; 

S» Dissertation sur Saint-Nicolas, évèqne de Myrre {Mém, dt UUir. et d^kist,, 
du P. De«imoIet. t. VII, l^ partie); 

4« Dissertation sur le port Icius (Môme ouvrage, t. VU, 2^ partie): 
lequien y soutient la cause de Boulogne ; 

5* Biitçire abrigit cU la vQU de BùtÊXoçM-tvtr-miT et de Mt eemteê (Même 
reoueiJ, t. X, Impartie). 

Cotte histoire a ét6 depuis publiée en tète de la Coutume d« itoiUMMoii, 
dans le Coutumier de Picaniie, t II. Elle a eu la singulière fortune de 
reparaître sous le nom de M. Abot de Bazmghen, dans lès Reekerekee éditées 
par le baron Vattier en 1822. Le baron Vattier avait trouvé une copie, à peine 
modiilée dans le style, de la main de M. Abot, et il s'empressa de la lui 
attribuer. Le plus curieux c'est que Daunou, qui rendit compte de la pu* 
blication, s'y est laissé tromper {Journal dee acLveaUe, 1823). Bien d'autres 
aussi, d'ailleurs, ont commis la môme erreur jusqu'au moment où nous 
l'avons signalée {Mhn. de la 8oe. Jcad,, t. IX, p. 288). On lui attribue aussi les 
Mémoiru kieteriquê» manuscrits conservés à la bibliothèque, sous le n* 167. 

M. Morand a prouvé qu'il faut le reconmdtre auteur de tout ce 
qu'il y a de bon dans le manuscrit dit deJLuto: on peut donc encore apprécier 
comment l'érudit dominicain entendait traiter l'histoire de Bonlosme ; 

6* Dissertation sur Annius do Viterbe, dans les Vo^aça déVBtpagne et 
aitaliéy par le P. Labat, et dans le Bintê^i l'^nnittede Fi^erte (p. 246) de 
M. Fortia d'Urban, formant le t. VII de ses Mhn, pour aendr à VkUtoire du 
glcbe, 1808, in-12»; 

7* Observations sur le livre intitulé Petra fldei, d'Etienne Javorski, pa- 
triarche moscovite, sur une réponse qui fut faite à ce Ii\Te par François 
Bnddaous, et sur une réplique a ce dernier par le P. Ribera (Mercure, mars 
1733). 

Ces observations parurent dans Tannée et le mois de sa mort. 

Le P. Lequien a de plus édité les Œuvree de Saint-Jean de Jkanaeeène (1712, 
2 vol., in-folio), «nri-his drt plusieurs dissertations savantes. 

Il a concoum ausyi au CnrputBitt. Bisai^. 



Id8 l'ank^e «cftmnriTAisB 

toute fréquentation entre les personnes ^es deux 
eexes et Ton^spécifie les çunitions (i) en cas d*in- 
fraetion. Les garçons et Les filles les plus méritants 
seront. ints en métier à titre de récompense (2). Mais 
il n'était pas 'libre aux enfants de sortir, ni aux parents 
de 'les retirer de l'hôpital, sous peine de prison ou du 
carcan. 

Le commun des pauvres (3) ne doit sortir qu'une 
fois par mois et les pensionnaires une fois par se- 
maine (4). 

Les règles de l'Ordre des Filles de la Charité les dis- 
pensant de se trouver en contact avec les fous, l'hôpital 
ne voulait pas recevoir les insensés : de très humbles 
remontrances furent adressées à ce sujet à Mgr d'Au- 
mont, le 11 juillet 1747, lorsqu'il voulut y placer «une 
£ilc imbécile n de la paroisse dej^icques. D'ailleurs, «par 
ses règlements, l'hôpital ne doit servir qu'aux pauvres 
du pays. » 

Il est dit plus tard : «Ceux qui voudront avoir les 
enfants de l'hôpital lors des enterrements paieront 
3 livres par chaque enfant (24 avril 1774). » C'était cher: 
ce prix fut abaissé à i livre, le 27 août 1790. 

La facilité avec la,q<aeUe on recevait les enfants bâtards 
en'a3rant augmenté le nombre, il fut décidé, le 20 dé- 



(1> Ctlasallaii jnaqo'à hn piison. iean Coxet y fut «ondamné à deux mois 
pour avoir parler avec insolence à soBur Hélène et mUtrailô ses camarades. 
i<(S) On voitpar les délibérations des administrateurs toute lear sollicitude 
pour pr^Murer. les enfants à un métier. Le 3 février 1730, ils avaient a])pelé 
un taaUettr nommé Fizaoq c pour apprendre les enfants à tailleries habits >. 
Même année, on fait venir une àiàmo pour apprendre les filles à faire de la 
dentelle. On étabÛt ensuite une manufacture de froc et de filets de pèche. 
On plaçait les enfants en apprentissage chez dos cordonniers, maréoliaux, 
senntfieis, monoisiersi etc. On laistit travailler aussi les filles au tricot des 
bas et à la € blonde >. 

(S) Une déclaration du roi du 18 juillet 1-724, avait- ordonné d'enfermer les 
mendiants. On les logea dans trois chambres de la basse-oour,' € les plus 
closes et les mieux fermées. Les invalides furent placés dans le grenier, 
au-dessus de la salle des malade8.v«t les femmes à part (Délib. du 26 août 
1724). A cette occasion, Jacques Fassart fut nommé t sergent des pauvres^ 
aveo<oi(drd d'airctrter tous ceux qn*il trouvera mendians et de les conduire a 
rho8pital>pour v aUtn ên»mrrêctim ». On lui donna € une casaque ou habit 
bleuvred bancloalièreàâewf; de lys». 11 touchait quinie livres de gages 
par mois (Délib. du 13 avril 1728). 

<4) Jeanne Isbergue, de la paMuse deR«breuve, àfsée de cinquante ans, de- 
mandait à être reçue pensionnaire le 17 août 1753, offrant pour sa pension et 
son entretioi K)00 livres une fois pavées. Elle fut admise moyennant promesse 
de faire les petits travaux dont elle sera capable, de laisser, au profit de 
l'hépitid à sa mort, ses bardes et linges, et que, si elle voulait ailer demeurer 
ailleurs, les. 1000 livres resteraient acquises à Thôpital. Il y eut plusieurs 
pensionnaires reçues à pareilles conditions. L'une d'elles payait 800 livres 
par an. 



14 MAB8 1727 129 

cembre 1782, qu'à Tavenir on ne prendrait plus en 
charge que les enfants trouvés (i). 

L'hôpital s'engagea le 1 3 octobre 1786 à recevoir pen- 
dant leur maladie les boursiers du Grand et du Petit 
Séminaire. 

En 1762, il fut statué que le nombre des pauvres sains 
et valides de Fhôpital ne dépasserait plus cent soixante 
et comme il y en avait deux cents alors, on décida de 
n en plus recevoir jusqu'à ce que le nombre fut réduit à 
la limite fixée. 

Le nombre des nkaladtf» fut fixé aiisai : tingtndnq 
pour la ville, cinq pour les étrangers. 



14 mkrs 1727. — Établissement d'une maison de 
force pour les femmes et filles débauchées. 



Il fut représenté aux administrateurs de Thôpital 
général, pères de la Chambre des pauvres, qu'il « n'ar- 
rive que trop fréquemment que des filles et des femmes 
débauchées et de mauvaise vie se prostituant, de- 
viennent grosses et font leurs couches en cette ville 
dans la veue de Timpunité, parce qu'il n'y a point de 
lieu propre à les enfermer pour leur faire faire péni- 
tence ou dans celle d'abandonner leurs enfans à la 
charge de l'hospital. » 

Délibérant sur cet objet, il ne fut point trouvé de 
meilleur moyen «que d'établir une maison de force 
pour y enfermer pendant un certain temps ces sortes de 
créatures, les y nourrir au pain et à l'eau, les y faire 
travailler à ce qu'on jugera convenable et les y faire 
faire pénitence, avec correction s'il y a lieu, à l'effet de 
quoy il a été arresté que l'on se servira d'une petite 
maison appartenant audit hôpital, cy devant occupée 
par Philippe Lamirand, quy est hors la clôture, pour y 
tenir ces femmes sous la garde d'un homme marié, les 



(t) Touielois, les enfants b&ksrds rapportaient qiifidt)fiaCahi des rasaowoM. 
Le 23 novembre 1736» Thôpital^t antonsé à poursuivfe M. Lheureox, hnii- 
sier, pour payer les mois d'an enfant qui avait été baptisé sous son nom. 
M. Bernard, onré de la basse vJUe^ payait trente-six livrespar an poyur la 
fille Regnanld, de Samer, âgée de quatorze ans 0^ janvier 1789). 

9 



130 l'année boulonnaise 

sœurs ne devant en aucun cas estre chargées de la 
garde de ces sortes de femmes. » (Arch. de Thospice, 
Reg. aux délib,) 

Je crois que c'est de cette maison que Cavillier parle 
en ces mots : « La maison forte fut réparée en 1 766 (i). » 



f5 mars 1785. — M. Pilatre du Rozier fait un 
nouvel essai de son appareil. 



Le 7 mars précédent on disait : « Le sieur Pilatre est 
toujours à Boulogne. 

c On voit à son musée un nouveau bulletin de lui, 
par lequel il se plaint de la contrariété des vents : un 
jour ils étoient au sud-est, il étoit prêt à partir, lors- 
qu'ils ont changé, se sont convertis en un ouragan 
furieux et ont encore endommagé sa machine. Mais ce 
sont les rats qui le désolent surtout. Pour empêcher 
l'évaporation du gaz, il a fallu enduire de graisse les 
tonneaux. Ces insectes (sic) accourent de toutes parts 
alléchés par cet enduit ; il faut faire veiller jour et nuit 
des hommes avec des chiens, des chats, des tambours, 
pour les écarter. » {Mém. secrets^ t. XXVIII, p. 198.) 

Et le 12 mars on écrivait de Boulogne : c Quant au 
départ de Pilatre du Rosier, vous ne vous rappelez donc 
pas que Boileau dit : Hâte^^-vous lentement. Telle est la 
maxime poétique que M. du Rosier applique à ses ex- 
périences physiques ; aussi le voit-on bien prendre ses 
mesures pour ne pas échouer de nouveau. 

€ Depuis un mois on est occupé à- resserrer les 
câbles qui s'étoient relâchés par la force du vent. On ne 
mettra sans doute guères moins d'un mois à tendre les 
voiles. On a fait venir des ouvriers de Paris pour relier 
les tonneaux. On est allé à Saint-Omer pour chercher 
du fer blanc pour fortifier les tuyaux, jugez de Tac- 
tivité qu'on met à satisfaire Timpatience du public ; 
mais voyez aussi quelle méchanceté de la part des 
Boulenois, malgré tous ses préparatifs si promptement 



(1) J*ai va quelqae part qu'elle se tfouvait dans la rue des Reli^eusos- 
An^aises. Elle avait été le couvent des Bénôdiolines établies vers lod2. 



16 MABS 1662 13L 

exécutés, ne dit-on pas que M. Pilatre ne se soucie pas 
de partir? Pour moi, je le juge plus favorablement; 
mais je ne crois pas qu^il veuille se hasarder pendant le 
carême. » {Courrier de V Escaut.) 

Le 1 5 mars, Pilatre essaya vainement de partir : le 
ballon précurseur lui fit connaître que le vent était défa- 
vorable. Ce fut une nouvelle déception pour les curieux 
impitoyables qui s*en vengèrent par leurs railleries : 
< Je crains qu'il ne nous trompe encore souvent de la 
même manière, » écrivait Tun d eux, le 37 mars. 



16 mars 1562. — Jacques Gête, de Boulogne-sur- 
mer, signe, avec seize autres pasteurs du comté 
de Montbéliard et des seigneuries de Blamont 
et d'Etobon^ une lettre aux bailli et membres 
du Conseil de régence de Montbéliard. 



Cette lettre avait pour objet de supplier ledit Conseil 
d'user de son influence auprès des princes tuteurs pour 
que la messe et les cérémonies du culte catholique 
fussent abolies dans la seigneurie d'Héricourt, en 
Franche-Comté. 

Jacques Gête, originaire de notre ville, d'après 
M. Charles-Auguste Chenot (i), avait été pasteur à 
Roches-les-Blamont de 1541 à 1549, catéchiste pendant 
rintérim, pasteur à Bavans de 1552 à 1565, année de 
sa mort. 



16 mars 1789. — Assemblée générale des Trois 
Etats du Boulonnais, tenue en la sénéchaussée 
{voir au iO mars). 



(l) Autour d'une Notiot hitUrigue ntr VTnirodwtion de la Réforme rdigieuH 
dani U$ tni» ieiffMuriei »ouvéruinet cCHérieouirtt de CUmont et du CkaMot, 
aijoiMU» an wmU de MmlbUiard. 



1S2 L'ANirtfK BOUtONNAIBE 



17 mars 1790. — Jean -Baptiste Géaeau de 
Mieurles, {oaire, ÂnUHne Deiahaye, officier 
municipal, et Pierre-Daniel Dtrlertre^ procu- 
reur^ proçèiieut à rinverttaire et à la misQ squs 



Outre le mobilier usuel, on trouva dans le réfectoire 
un Christ peint sur toile, un plan de Paris et huit 
thèses avec leurs bâtOQs(i). 

ans la sacristie, douze tableaux de sujets reKgîeux. 

Dans le clocher, d^ux cloohes, Tume pesant tst^ois 
Qiinta Urrea çt Vautre de^ix cents. 

Daus TégUse,. dç^ux corps dç suUes en chÂpei une 
grille de fer et trois cents chaises. 

Les titres étstient renfermée dans un coffre en bois de 
chêne, cerclé de fer, avec serrure sans clef. 

Dans les chambres, divers tableaux sur tqiles, entre 
autres : utie bataîHe ; chasses au cerf et au sanglier ; 
un port; une foire; une marine; deux pastels sous 
verre : sainte Anne et la Madeleine ; un autre pastel : 
la tour de Babel; deux peintures sur bois : escar- 
mouches de cavalerie et deux «paraissant sur marbre > : 
adoration des Mages et Notre Seigneur. 

Le frère Patenaille, correcteur, fut établi gardien des 
tableaux, et le frère Bon Lardeur^ gardien des objets à 
iHisage journalier laissés aux religieux. 



18 mars 1725 — Scandale dans l'église de Gutaea. 

L'évéque Henriaii, poursuivant partout l'hydre du 
jansénisme, avait envoyé des Cap^dhid pFècber cofitre 
ses adeptes. Celui qui vint à Guînes alla jusqu'à dire, 
en parlant dç Pierre de Langle,. que les mariages 

(1) Ces thèses étaient leurs titres glorieux. Gtaeaiie avaH dmmé Mev à 
une petite solennité soolaire. Sontennes publiquement, dédiées, tantôt à 
Messieon de la Ville, tantôt à Messieurs du Chapitre, on en parlait comme 
d*an éYénsment. 



19 MAB8 1094 133 

contractés devant les prêtres ordonnés par cet évoque 
hérétîûue étaient nuls. 

— Vous en avez menti ! cria rudement et hautement 
le curé de la paroisse Barthélémy Battut (i), qui, aus-^ 
sitôt, se mit à entonner les vêpres et força ain^ \t 
capucin au silence. 

un tel scandale fit grand bruit. L*évèqué fit Informer. 



19 mars 1094. -^ Lambert de Guines est sacré 
évoque d'Arras par le pape Urbain IL 

Devenu célèbre par plusieurs événements de sa vie, 
Lambert fut en son temps l'un des oracles de la seconde 
Belgique. 11 naquit à Guines vers 1050, d'une famille 
alliée aux maisons de Ponthieu et de Pierrefonds. il 
de bonnes études et entra dans le clergé de Thé^ 
rouanne : il devint archidiacre de cette église^ puis 
grand chantre de la collégiale de Lille et lorsqu'en 
IOQ3, à la mort de Gérard IL évêque de Cambrai et 
d*Àrras, les deux diocèses turent séparés, Lambert 
mérita d^inaugurer le siège des Atrébates* Elu par le 
peuple le 10 juillet 1093, il alla à Rome recevoir la con- 
sécration du pape Urbain qui avait, par sa bulle, éri^é 
le diocèse d Arras. (Sacra Belgii chronologia Sortes 
Episcop, Atrebat, p. 362-363.) 

Il exerça pendant vingt et un ans, jusqu^en 11 15 ; 
vigilant pasteur, attentif à défendre les droits de son 
église, il eut à s^oppçser à ce qu'il appelait les empiète-* 
ments du comte de Boulogne. 

Lorsque le diocèse d'Arras fut créé, on y annexa 



(1) BarthélAmy Battat éuit le eLaoniôine enfuît de Heffe Bittat. ^Kifiier 
îttpnmeHrde la ville» et de Jeanne o^roelle. Q ttadttlt U 3 Mt^teaibra ll?!^ 
fut <«doané Boas-^acre}e27 mai 189&, prêtée le loinin 1696. Après avoir 
pa&sé trob ans hon du diocèse pour perfectionne^ ses études théd(^(ftt<M. 
il devint vicaire de Samer. Titulaire a'un canonloat de Faaqaembergue, 11 
échan^a sa prébende contre la cure de Longfossé dont il prit possession le 
S9 mai 1703. MM du chapitre lui ayant donné, le S9 décembre de la même 
année, la cure de Rodellniçhen, il cumul Ut les deux coréS. ït pflssl k Ù^ts 
le 21 avril 17 11 et y mourut vers le l"fnôrem!)Te 1727. 

Le libraire Franco» Battut est arrièr^pelit-nevea de cet eoelMtttiqftte. 
La famille Battut est d*nne bonne et forte race d'Auvergne, implantée dans le 
Boolonnais avec Pierre Battut, l'anoétre dont les onze enfants ont affermi 
U solide dynastie. Ils ont vécu du livre, l^w «i«cu^ ^ faisaient, 11 en vend. 



13i i/àském bouik>nnaisb 

plusieurs églises que le comte Eustache avait cédées. 
Ce souverain regretta depuis sa générosité, il inquiéta 
Tévêque. Dans une lettre que Pascal II lui écrivit vers 
1195, ce pontife l'exhortait avec force à vivre en paix 
avec le prélat, à ratifier ses donations, à respecter et 
chérir l'évêque d'Arras comme son père spirituel. (D. 
Botiquet, t. XV.) Eustache n'eut point égard à ces ins- 
tances. Lambert nous Tapprend par sa lettre au pape 
où il raconte que le comte boulonnais voulant Tinti- 
mider, lui avait envoyé comme député un clerc de 
son diocèse, nommé Guagon, lequel se flattait d'obtenir 
du pontife romain labrogation de la donation des 
paroisses cédées. Lambert entre dans quelques détails 
sur le litige : le pape ne doit pas avoir égard aux ré- 
clamations faites contre l'évêque, le patronage des 
églises annexées ayant été possédé durant plus de trente 
années par l'oncle du comte, Godefroy de Boulogne, 
alors archidiacre d'Arras et depuis évêque de Paris. 
Eustache a méprisé ses représentations, celles de l'ar- 
chevêque de Reims ; il refuse même de céder à celles du 
pape : c'est sur la force des hommes d'armes qu'il 
compte, Lambert a opposé la force de l'Eglise, l'ex- 
communication. Il vient d'interdire au comte l'entrée 
de l'église, il vient d'excommunier ses oflSciers comme 
ravisseurs des biens de l'Eglise, il prie le pape de confir- 
mer sa sentence (1). 

Ils étaient reconciliés en iii^. Dans une lettre de 
cette année, le prélat appelle le comte Eustache : cher 
et honorable paroissien et le prie de s'interposer auprès 
du comte de Flandre, alors à Lens, et de solliciter la 
liberté d'un chevalier de Nigella qui, prisonnier, s'était 
évadé et sauvé dans l'église de Notre-Dame d'Arras, 
comme dans un lieu de refuge. (D. Bouquet, d®, Lam- 
berii ad Eustachium.) 

Lambert de Guines mourut en 1 1 1 5 . Son épitaphe 
est singulière. Elle porte que la Sainte Vierge était 
apparue à cet évêque en l'église d'Arras ainsi qu'à deux 



(1) Hiitirirt KUiraire, t X, p. 44, et D. Bouquet, t. XV. liUera lamberH ad 
PatckaUm 11^ in qua pttU Suttachium Boloniai ecêUna bona retineMtem a papa 
exœm un i e m v i. Avant ces dôuu'lés, en 1101, Uimhert de Guines a\ail été éiahli 
lui^ entre Uéribert et Lanfriil, qui tous deux se disputaient l'abbaye de 
Samer. On peut croire que son jugement déplut au comte Eustache, car c'est 
après que a'èleve Taflairo des {>aroisi>es revendiquées^. (V. Luto, Ku, et lettre 
dn pape Pascal, dans Dcm Jkmguêtt 11(M.) 



20 MARA 1798 135 

jongleurs et lui avait remis un cierge qui possédait la 
vertu de guérir ceux qui étaient atteints du mal des 
ardents. C'est lorigine de la Sainte Chandelle d'Arras, 
tant célébrée et qui a exercé la verve profane de Du- 
laurens. Quelques égouttins, recueillis pour Desvres, ont 
servi à former une autre chandelle miraculeuse dont 
Thomas du Wicquet a dit les vertus innombrables. 



20 mars 1798 (30 ventôse an VI). — Fête de la 
Souveraineté nationale. 



Le peuple a eu la fête de sa souveraineté, deux fois 
seulement il est vrai, les 30 ventôse an VI et an VII : 
il dut bien s en enorgueillir. 

En voici Tordre et la marche pour Boulogne : Un 
cortège — sans cortège pas de fêtes I — composé de 
défenseurs de la patrie, de quatre jeunes gens portant, 
en bannières, les Droits de Thomme en grandes lettres, 
de seize vieillards ayant en main la baguette blanche 
du pouvoir nouveau. L'administration et ses fonction- 
naires, les instituteurs et leurs élèves, l'armée, brochant 
sur le tout, se rendirent sur l'Esplanade à l'ombre de 
l'arbre de la Liberté, aux. pieds duquel s'élevait l'autel 
de la Patrie. Après le chant d'hymnes patriotiques, les 
vieillards s'avancèrent au milieu de l'enceinte, réunirent 
leurs baguettes en faisceau lié par des rubans trico- 
lores et adressèrent aux magistrats les phrases sui- 
vantes : « La souveraineté du peuple est inaliénable. 
Comme il ne peut exercer par lui-même tous les droits 
qu'elle lui donne, il délègue une partie de sa puissance 
à des représentants et à des magistrats choisis par lui- 
même ou par des électeurs qu'il a nommés. C'est pour 
se pénétrer de l'importance de ces choix que le peuple 
se rassemble aujourd'hui. » Le président de l'adminis- 
tration — le maire — répondit : c Le peuple a su par 
son courage reconquérir ses droits trop longtemps mé- 
connus ; il saura les conserver par l'usage qu'il en fera; 
il se souviendra de ce précepte qu'il a lui-même consacré 
par sa charte constitutionnelle, que c'est de la sagesse 
du choix dans les assemblées primaires et électorales 



1 



IM Vàinrim noirftoirKÂisB 

que dépendent principalement la durée, la conservation 
et la prospérité de la République. » 

Après ce colloque, suivi de la lecture de t*arrété du 
Ditiectoire ordonnançant la fête, les cri? de Vive la 
République! Vive la Constitution de Van III î ont 
retenti et de nouveaux chants patriotiques ont donné 
le la a^x transports civiques. M. Dolet, président, pro- 
nonça un discours où, après avoir retracé l'importance 
des assemblées primaires, leurs relations avec le salut 
de la Patrie, leur influence sur la tranquillité publique, 
sudT raffermissement et la stabilité du régime républi- 
cain et sur le bonheur de la France ; il fit Finnombrable 
énumération de nos victoires, en payant aux gér>éraux 
comme aux soldats citoyens, le juste tribut d*éloges qui 
leur était du. c Leur valeur saura franchir le boulevard 
oue la nature a placé entre nous et Torgueilleuse 
Albion dont la politique sanguinaire et la haine contre 
la France, surtout contre la France libre et républicaine, 
a couvert de ses forfaits l'Europe entière . . . > Cette 
note indique la préoccupation de Tan VI, le projet de 
descente en Angleterre que Tinstinct français regardait 
comme le seul moyen de vaincre la contre révolution. 

j^omets ici le retour solennel du cortège et ses détails. 
Le soir il y eut des danses publiques dans les salles de 
la Sénéchaussée, plus vastes que celles de la Maison 
Commune. Une foule considérable s'y rendit et prouva 
la liberté de ses jambes par des entrechats sans fin. 



21 marB 1804 (30 ventôse an XII). — Mariage de 
Charles -François de Sainte-Beuve et d'Augus- 
tiae CoiUiot (1). 

On sait maintenant, grâce aux révélations de M. F. 
Morand dans les Jeunes Années de Sainte-Beuve, qu'il 

tl) Le 30 ventôse an XII, Cbarlos-FranQois de Sainte-Beuve, âgé de 
cmanante et xm sna qtiatre mofe, né à Mareoil, département de U Somme, 
le i novembre 1752, dimctevr de Toc^i municipal el de bienfaisance de 
Boulo^inet fils de (eu Jean-FranQois de Sainte>Beave, et Marie Donzelle, 
s'aniKsait en mariag;e à aamoiscllo Angnstine Coilliot, àfrée de trente-neuf ans 
qiutra nieis» née à BOttlo^ne le 22 novembre 17()4, flUe de feu Pierre Coilliot, 
négociant, et de Mai^meiite Cannet {% son épouse. (JZ^. d$ tStai cML) 

(*) Bmw, Un CamM. 



21 iuMB laoi m 

y eut en M. de Sainte-Beuve père, l'ébauche d'un très 
délicat ami des lettres et d*un curieux observateur de 
la vie. 

Ses Réflexions et Jngemens sur le régime de la Ter- 
reur ont une valeur réelle et prouvent que l'éminent 
Lundiste est sorti de bonne souche. 

M. Morand a donné sur M. Charles-François de 
Sainte-Beuve des notes biographiques auxquelles >e 
puis ajouter quelque chose. L'histoire se fait ainsi d'in^ 
formations en informations. 

c Je ne trouve pas trace de sa présence à Boulogne, 
dit M. Morandt avant le commencement de l'année 
1779, où je le vois membre fondateur d'une Société 
littéraire qui venait de se former dans cette ville entre 
quelques hommes cultivant activement les belles-lettres 
et l'histoire. Pour y occuper ce rang, il fallait qu'on lui 
eût reconnu du mérite il parait effectivement y être 
venu jeune, et avec un emploi dans les octrois (i). b 

On chercherait en vain quelques détails sur sa vie 
ignorée d'alors, autre part que dans une lettre datée 
du ai avril 1791, publiée par M. J. Troubat, où je copie 
ceci : 



c Quoique la branche de revenus publics dont j'avais la mi^- 
9ei{{anee se gj&rki à l'instar des d»»its d'aide, la haime des 
aidean'arait point passé aux octrcHs... Jnsqu*à la fin, jua- 
qu'aa 1*' ami [1791] les ezerdoes, tant dans la ville que «Una 
te campagne, se soat faits sans la plus l^g^re difficulté. . . 
Mais r Aasemblëe Nationale, avec l'^^alité des droita veut 
Té^ialité des choses. . . A oôtë de nos places détruites, on ne 
IF oit rien malheureusement. Tant supérieurs que subalternes, 
nous étions douze ici et le nouvel onlre de choses ne montre 
point wne place de ^00 francs pour l'un de nous. . • La perte de 
ma plaoe a été un coup de fondre pour la si aimame et si 

aimée mademoiselle L D Gomme eUe a des oon- 

aajflsanoes très distinguées même parmi nos plus célèbres dé- 
putés, elle s'agite de toute mamère pour obtenir quelque 
chose d'honnête. Au défaut de places, nous aurons des pen- 
sions; mais quelles seront ces pensions? Bn vérité l'aFcnir n'a 
rien de calmant ! Ne point être uni à mademoiselle D. . . . , je 
vous l'avoue, j'ai bien de la peine à m'aoooutumer à cette id&. 
Je l'aime trop pour V associer à moiy si je n^ai que des nMlheurs 

Q) Emploi sans relief. J'ai pareourn tous les livret qui nous restent do 
rsnniniavation provinciale sans rencontrer mention iteson nom. C'était on 
commis secondaire à coap sûr. Voyez la lettre suivante. 



ISB l'akitAb boulonnaisb 

à craifuire de V avenir. Je la veux heureuse. Elle est digne 
de l'être ! Son adresse est : MademoieeUe Lmiùe Davi*l, chez 
madame David^ lingèrCf rue Montmartre^ n° 74 (1). » 

P. S, - Nous avons un club dont je suis membre. Nos 
orateurs ont répandu des larmes sur la tombe de Mirabeau. 



Ce club était celui des Amis de la Constitution fondé 
le i8 septembre 1790 : fort influent dans Boulogne, 
dans lequel désiraient entrer tous ceux qui avaient 
quelque valeur chez nous. Ce fut comme une pépinière 
à laquelle on demandait les administrateurs dont il se 
fit si grande consommation en ces années de fièvre 
politique. Sainte-Beuve lui dut detre mieux connu, 
mieux apprécié. On le voit sortir administrateur du 
District, puis administrateur du Département ; quelque 
chose comme conseiller d'arrondissement et conseiller 
général avec le pouvoir exécutif en plus : bref, monnaie 
de sous-préfet et de préfet législateurs. 

Sainte-Beuve fut mêlé, mais par les meilleurs côtés, 
à la réorganisation sociale dans nos contrées. Son nom 
figure sur plusieurs actes honorables. Il fut chargé de 
l'achat de blé à Bergues, lorsque la ville en manquait 
absolument. Nos registres de délibérations municipales 
signalent sa présence à la séance du 25 frimaire an H 
où il vint rendre compte de sa mission toute de con- 
fiance. Le 26 pluviôse suivant, son civisme est constaté 
dans un certificat significatif. Il y a là une période de 
sa vie peu connue encore, qui pourrait l'être, et qui 
doit tenter les chercheurs. 

Il mérita d'autres honneurs, fut élu capitaine de la 
garde nationale. La compagnie Sainte-Beuve est plu- 
sieurs fois citée dans* les documents officiels. 

Mais le summum de sa vie, c'est l'époque où, à Arras, 
il est directeur du Département (2). J'ai une collection 
des actes qu'il a signés alors. On le voit fort actif, fort 
occuppé. 

Si on veut le rattacher plus directement à Bou- 
logne, il faut arriver à la création de notre Octroi 




l'éf^lisfi df*s Cordcliers Hoit l.ùssée à la commune, demandent son entremise à 
touio occiUiion, ont oonstammont recours € n son oblifçeonce ». U rendit alors 
de bons offices à notre vUle. 



21 MAB8 1804 139 

municipal et de bienfaisance dont il fut le premier 
directeur (i). 

A partir du 22 février an VIII, date de la mise en exer- 
cice de rOctroi, Sainte-Beuve entre en correspondance 
réglée avec la municipalité et ses lettres signalent l'es- 
prit d'initiative, Tactivité, le cœur à l'ouvrage dont il fit 
preuve (2). 

Ce fonctionnaire très zélé et très méritant était ap- 
précié en haut lieu. Dans le premier Conseil muni- 
cipal, nommé sur les bases de la Constitution de 
l'an VIII, c'est-à-dire par le Préfet même, Sainte-Beuve 
fut au nombre des choisis. 

Nous l'avons vu refuser d'attacher une compagne à 
son sort précaire en 1 79 1 . Quand il se crut dans une 

Cosition mieux assise, il songea à s'allier à notre vieille 
ourgeoisie, avec les Coilliot dont il ôpousa une fille le 
21 mars 1804. 

La mort le guettait au pied des autels. Six mois 
après, le 8 septembre 1804, il promettait au maire de 
Boulogne, l'envoi des états des produits de l'Octroi, 
avant le i^ vendémiaire prochain ; à cette date fixée par 
lui, il n'était plus (3). 

c Sa perte inattendue a pour un instant anéanti tous 
ses collaborateurs » {Lettre de Cornuel du i^ vendé- 
miaire an XI II), Il a été victime de son zèle, il sera difficile 
de le remplacer par un citoyen plus laborieux (Délib. 



(1^ Le 24 thermidor an VII apparaît le premier projet : Les connaissances 

I<rAti^(aeï( qn*on rer" '* — " ''———* -'- ■«- ^ixiiux-^*:^ *^-* — i 
•an<i*n contrôleni 
dans l'empressement 
n devint contrôleur principal des droits réanis de l'arrondissement de 
Boulogne, ayant la direction des octrois du même arrondissement, avec les 
appointements mapiifiqnes de 1500 francs par an. 





cette aménité qui concilient les cœurs et, dans leur conduite, cette régularité, 
cette pureté qui provoquent l'eslime : c'est ainsi qu'en exerçant un devoir 
rigoureux, ils parviendront à se faire aimer et esumer. (R^. à (a corrt^acnd. 
mvnMpaU.) 

(3) L'an XI II de la Républiune, le 13 vendémiaire... sont comparus les 
fdours Charlcs-Auguste-Marie Hibon, négociant, et Françoiy-Xnvier Wis- 
socq, magistrat de sûreté près le iribunal..., le premier, beau-frère, et le 
second, issu de grrmain, !i cause de sa femme, du cy-açrés décédé, lesquels 
nous ont déclaré que le sif»ur Gh irles-Fram.ois do' Sninte-Beuve, natif de 
Mareuil, département de la Somme, directeur de l'octroi do cette \ille, y 
demeurant, agô de cinquante-deux ans, époux de dame Augusiine Coilliot, 
est décédé Ujovr dXitr sur les neuf heures et demie du soir, en son domicile, 
me du Pot--d'Ëtain, section C. Et les déclarant ont »igné... {Ru. dt VBtat 
cMldêBauloffite.) 



140 L'AKMte BOmOldLilSK 

du 23 vendémiaire). Le préfet s^assocîe à Téloge. Los 
regrets sont unanimes (i). 

Ce n'était pas un fonctionnaire médiocre que celui 
qui les méritait. 

En mourant il légua à Boulogne, à la France, le fils 
qui devait naître le 24 décembre suivant. 



22 mars 1803 (1'*' germinai an XI). ^ Fermeture 
de l'École centrale de Boulogne. 

Jour néfaste. Le gouvernement, par arrêté du 24 ven- 
démiaire an XI, avait ordonné cette fermeture. Les 
revendications incessantes d* Arras remportaient. 

C^est le 7 ventôse an Itl que la Convention décida 
rétablissement des Ecoles centrales. Le 3 brumaire 

(1> C«tto délibéralkm «tt an titre d'hoiiAMir qa'il oo&Ylent d» ne pai 
éooarter. La Yoici : 

SAâne» da TiBj^-trdit vetidAnkiair» AU XI II. 

Le premier adjoint da maire de la ville de BotUagae-f ar-B»6r pour l'en* 
pèchement dndit maire, annonce Tonvertnre de la séance. 

Àpi^ aTotr bit l'appel *t>;ulnil défi memhMi dudil ootitell et MDonno que 
Tassemblde n*6tait cotaposée Que de MN4. Dolot, Georm, Caron, Wigsooq, 
Guéroult, François Delporte, Gros, Le Porcq d'Herlen, uacarttoy, Andlhert, 
VasBeor et DacfH^ane de QocheTiUe, il a fait inviter M. Dojat, adjoint, à M 
rendre à la séance^.. 

Quant à madame Sainte-Beuve, nous ne pouvions que convenir que sa 
demande ^t juste et que son man a été victime de son zèle, oar il est à la 
connuissanoe de tout le monde, que la maladie qui l'a emporté était la suite 
des travaux extraordinaires auxquels il s'est li\Té, et auxquels il employait 
souvent une partie de ses nuits ; aussi la perte ne peut vous être infioerente, 
d'autant qu'il sera difficile de le remplacer par un citoyen plus laborieux et 
plus estimable. L'amélioration des produits de l'octroi est due en partio à ses 
soins: U avait donc des droits à une gratiâcation extraordinaire; Iiàtons- 
nons. Messieurs, d'acq^uitter cette dette envers sa veuve inlortunée en lui 
accordant une indemmté que la comiuission nous propose d'une année de 
son traitement Axe. Sans doute, elle vous paraîtra infiniment faible et peu 
proportionnée aux services que M. Sainte Beuve a rendu (sic) et à la «itnar- 
tion péniole dans laqucJÎe sa Veuve mcthde se trouve ; mais les dépeniKs 
extraocdiiiaires dont la ville est surcliargéo dans les circonstances pré5ientos, 
ne permettent pas au Conseil municipal d'étendre sa gratitude aussi loin 
qu'il U désirerait. La commission estime qu'il y a lieu de recommander 
madame Sainte-Beuve à la bienveillance du gouvernement, et qu'à cet effet, 
M. le maire doit être invité à écrire à M. le Préfet du département, pour le 
prier, au nom du Conseil municipal, de solliciter auprès de son kxc le 
ministre des Ananoes, pour mad une Sainte-Beuve, un bureau de loterie k 
Boulogne, qni, en ce moment, et attendu la grande population, ne |>oulTait 
qu*ètie avanta^use au trésor public. Lee deux établissements de ce genre 
qui sont à Bonlogns existaient avant la guerre, et ne peuvent être un prétexte 
pour s'opposer à un troisième, la population étant plus que doublée cRipuis le 
commenoement des hostilités, ce qui donne la certitude que les trois bureaux 
aaront tous intéressants .... {JUg. tuu cUUà. munidfi.) 

En conséquence de ce vœu, le maire écrivait au préfet, le 26 vflftdAlTttaké: 



» VA» IStt 141 

an IV, Daunott fit adopter la rédactîûrn définitûre du 
décret sirr rorganisation de rinstroctlon publique, en 
vertu duquel chaque département devait posséder l'un 
de ces centres scolaires. ]>aunx»a n*oublta pas Bou- 
logne dans la répartition des villes. 

U en est question pour la première fottf aa Conseil 
d'administratiofi municipale de Bonlogoe le 27 ven<* 
xôse EA iV. Le4 thermidor oa lui transmet la levée des 
j^ààns^ du Grand Séminaire destmé à cette école. Le 23, 
oa reclame le renvoi desdits plans pour uae modifia 
camion. Mais Am» se remue (t) et le 15 fructidor tmc 
demasde instante doit être renouvelée. Le 1 6- frimaire 
a» V on invoque le déeret du ) brumaire an IV qoi fixe 
TEoole centrale à Boulogne. Le 13 vendémiaire an VU 
Wyaat se charge de faire des instances personnettes 
auprès de François de Neofdiâteau, son ancieo ami. 
A force de démarches, Boulogne réussit, surtout par 
Tappui de Daunou. Le 22 nivôse, le Conseil d*adminis- 
tvi^on s'occupe des mesures préparatoires pour Fins- 
tallailM de TElcoIe. Le Grand Séminaire fut aménagé 
pour la recevoir. On activa les travaux. 



« Yods ayez sûrement été informé ^ le aous-préfet, de la mort de 
M. Sainte-Beave, directeur de rootroi municipal de Boulogne, cm moks 
rtçnitonitoui à hUnjutte tUrt.^. l Suivait la demande.— M. le préfet répondit 
le 304 f Je d4>lare eoBptit^vaiu» M. U tnaire, la mort de M. Scdntt^-Beave^.. 
Je vous prie de void'oir Ijftsn témoig^^r à madame Sainte-Beuve Idiu Ut 
rjfrtiê q<ie m» (ait éprouver la peita Brénntiirée <W 9m «NMolfe» ^P^wi- • > 
Seolement le bureau de loterie ne put étn accordé. 

<1> Qooloipi^ ]koai9'4M>us dana de» obterralieQt nbea i Vam^ ^ 1a 
revendication aArra», le 26 pluviôse an VI, ne contient que huit a dix miUe 
kmm, t«|ifa qna l» eommun» d'Ajima oomito vftigt-oaétre iBiUe- hnbilNnts 
environ. Boulogne, an défetut de la population joint celui de la centralité. . . 
Tous les avantagés réunis appelleront à Arras une fotle d'éUnret ; une 
température douce, un sol ferme, les subsistances abondantes ; les commu- 
nications ouvertes par plusieurs grandes routes qui viennent s'y croiser. . . 
an dehors des champs soigneusement cultivés, etc., etc. » Vous vous doutes 

rBoôloane est oépeint sous lea ooulfiaisiea pbv durea; l'air de U mer 
ient nuttlble pour les élèves. Le sol est fh>ld, peu producttf; les hivers y 
totA pin kmgir P^ rigoureux, cela va- Jus^n'à incitaiineD rafflveioe des 
voya^eqxa anglais: c'est une scnuroa de démoralisation, c Us semant Tor sur 
leurs pas, ce qui deviendrait peut-^tre une leçon néfiiste ou de prodi|^té 
antant redoutée des familles que contagieux pour les élèves. . . 9 
Ajra» donne ensuite sa grande raison: cette ville n'a point de commerce 

Sur alimenter sa nombreuse population. Vite t assurez-fui de quoi subsister* 
ne vofea-vous pas le daagec en temps d6 gtiaixe f Un enaaaal marllJme 
poivrait sana eoup férir incendier l'école. . . 

A Arras, U v aurait économie pour rfitat, puisque les locaut de Técole 
sont prêts. . . Le tout flnit par un en d'alarme sur le sort léeerré à Anaaii la 
Ici est maiatiBnn. Voilà «sa villet minée, perdue!... 

M. Jacques Merlin, en transmettant ce* doléances à Botdogne, demandait 
tour le» reaseignemeutfr prantoe à une népOBBe coavalneainte. tt pEomit qua 
la prompte démon sur ostte affaire wnt^ sollicitée avec vigueur» U tint sa 
promesse. 



142 l'aNKÉC BOULOHITAIBS 

Voici une partie des raisons adressées au Directoire 
par Fadministration, pour obtenir cette école : « Une 
loi du 3 brumaire an ÎV fixe à Boulogne l'Ecole cen- 
trale du Pas-de-Calais. On ne peut s'empêcher d'ad- 
mirer les vues sages du législateur qui a voulu que les 
élèves fussent, pour ainsi dire, placés plus près de la 
Nature, afin de la mieux connaître, de la mieux sentir, 
d'admirer sa grandeur, sa magnificence et jouissent 
en même temps d'un site avantageux et d'un air sa- 
lubre. Boulogne présente tous ces avantages. L'élève 
accoutumé au spectacle grand, imposant que présente 
un port de mer, apprend à respecter les éléments dont 
les fureurs ne l'étonnent plus, à les connaître, à les 
braver. S'il voit les nombreux vaisseaux de l'orgueil- 
leuse Angleterre faire gémir les flots, il soupire après 
la liberté des mers. Dès ce moment là, peut-être, la 
Nature l'a destiné à leur affranchissement . . . , etc. y 

Dame Nature était souvent en jeu alors. 

L'Ecole centrale fut inaugurée par une grande fête 
le 15 germinal an VI (4 avril 1798). (Voir F. Morand, 
Année historique.) 



22-23 mars 1645. — Henri -Alphonse Gouffier, 
marquis de Bonnivet, sieur de Crèvecœur, est 
brûlé avec sa femme daQS son château de Ber- 
nieuUes. (Le P. Anselme. Hist. des grands Off. 
de France.) 



Le marquis de Bonnivet était marié avec Anne de 
Monchy, fille de Monchy sieur de Montcavrel et de 
Marguerite Bourbon-Rubempré. Le fils eut la baronnîe. 

M. de Calonne ( art. Bernieulles du Dict. hist. du 
Pas-de-Calais, arrond. de Montreuil, p. 78) dit que 
c^est la nuit des noces et que l'incendie faillit coûter la 
vie aux jeunes époux. 11 donne pour son auteur le P. 
Anselme. (2^-2^ mars 1645.) 

Les notes de M. de Clocheville portent : « En 1644, 
le feu aiant pris au chasteau de Bernieulles le marquis 
de Bonneval (sic) et sa femme y perdirent la vie. » 



24 iCARS 1641 143 



24 mars 1641. — « J'ay baptisé le filz de Anlhoine 
Le Roy, balif dtj cette ville et de Magdelaine 
Scotté, nommé Anthoine par Anthoine du Blesel 
et Magdeleine Camus, parain et marraine. » 
(Reg. de la paroisse de St- Joseph. Arch. comm, 
no i79i.)(i). 

C'est ainsi qu'est libellé Tacte de baptême d'Antoine 
Le Roy, auteur de Y Histoire de Notre-Dame de Bou- 
logne, 

Les bénéfices de l'église ne devaient pas se faire at- 
tendre pour ce prédestiné : chanoine avant quinze ans, 
il achevait son stage le 23 juin 1656. C'était encore 
simplement un « chanoine-clerc, » pour ne pas dire 
écolier, qu'on envoya à Paris achever ses études au col- 
lège de Boncourt, d'où il revint bachelier en théologie 
vers 1662 (2). 

En 1663 (31 août), nouveau séjour à Paris, dans un 
séminaire, pour se préparer à l'ordination qu'il reçut, 
sans doute, à l'âge réglementaire, vers 1666. Je n'en 
ai pas trouvé la date. Pourvu alors de la cure de Mar- 
quise, il la résigna en 1670 (3). 

Il eut ou il avait d'autres bénéfices : une chapelle 

(1) Anthoine Le Roy, slenr de Lozembnxne, auteur d'un Ccmimmtofifrttuir ta 
ooiUwau du SofuUnmoiê oui obtint les honneurs de l'impression et prit place 




(H. do Rosny, Biti. du BoiUoimaiê, t. IV, p. 143.) 

(2) La chapitre s'occupa de lui alors pour lui imposer un SiieriÛce, sans 
doute bien pénible à ^a jeunesse et à sa bonne mine. On l'obJii^a de foire 
couper SOS cbevpux ei de les porter en couronne — ce qu'on appelait 
vulgairement à Tècuelle — parce qu'où mettait une sorte d'écuelle sur la tdte 




présence. » Antoine Le Roy n'attendit pa.s l'injono- 
tion écrite ()ue les actes capitulaires annonçaient : il s'exécuta de bonne 
gràco, 00 qui est consigné dans une délibération. Cela dénote un bon carac- 
tère. Beaucoup d'antres chanoines-clercs avaient regimbé. 

(3) Le 22 décembre 1670, le chapitre lui ordonna d'exhiber la procuration 
ad rttiffruaMUm et autres, touchant la permutation et ré&iiination de sa cure de 
Marquise (sans doute en faveur de son ami Fran(;;ois Le Bon) comme aussi 
de représenter la dispense par laquelle il prétendait posséder et possédait en 
effet une chapelle ruyale avec sa prébende « étant deux bénéiices incompa- 
tibles, » ÇAelu €apUMirm,) 



144 L'ANmÉS BOULOITMAISB 

royale dans la cathédrale, le prieuré de Saint-Urbain 
au diocèse de Châlons qui lui servît, en 1680, à obtenir, 
par permutation, la dignité d^archidiacre qu'il joignit à 
sa prébende suivant Tusage de Téglise de Boulogne. 
(TL'abbé D. Haigneré, art. Boulogne du Dtct, hist. du 
P.-i.-C., p. )fo.) 

De 1679 à 1680» on trouve, par la mention de ses 
absences aux assemblées capitulaires, qu'il faisait de 
fréquents voyages à Paris t pour les affaires de Mes- 
sieurs 9 (i) ; mais aussi pour poursuivre dee études 
historiques dont on le voit occuppé dès 1666 : ce fut lui 
qu'oa (àiargca alors de diriger Timpression de la bulle 
d'érection de Tévêché. 

Plusieurs miracles opérés dans la chapelle Notre- 
Dame et qui firent quelque bruit, puisque Louis XIV 
fit mander par le ducd'Aumont de lui en faire parvenir 
les preuves dont il voulait orner les annales de son règne, 
semblent avoir déterminé le chanoine Le Roy à écrire 
l'histoire de la patronne de notre ville pour laquelle il 
avait la plus vive dévotion (2). Au 10 juin 1676, cette 
histoire étant terminée sans doute, le chapitre décidait 
d'afïectcr une somme (elle n'est pas fixée sur le re- 
gistre), à l'impression du livre, à condition que tes 
exemplaires seraient vendus au profit de la chapelle 
Notre-Dame (3). 

€ Son Histoire de Notre-Dame de Boulogne (4), 
dressée, comme il le dit, sur plusieurs chartes, his- 
toires, chroniques, titres, registres et mémoriaux de la 

(1) Ott ren remensie le SI mai 1675 ; mai» il fant aroiro amai qall y allait 
parrois sans pennission ou qu'il prolongeait la pormlMdon. Noté ooiniae ab- 
sent avec miTation de revenus, te? septembfe 167(>« il meniiga cTsa prooès. 
Le duo d'Avmont qui le protéfféait interviAt et airan^ea Taffaire. 

(2) L.e chanoine Le Hoy a fait pkuieurii p teus ee fondattons ; 12 juillet 1075» 
28 octobre 1682, 7 janvier 1685, qui témoignent de s» vive piété. Il n'oublia 
pas saint Antoine, son patron, écacoB, son € image», institua une messe sous 
son invocation. Sa famille imita ses générositôs. 

(3) Llmpression fut reftardée.Le 13 mai 1680, le aiapitre priait Tanteur ins- 




prêt 

gent de la chapelle de Notre-Dame* Ces conditions l'obligeaient à remettre 
soixante exemplaires de la grande édition, vingt-quatre de VAMufé et six 
grands exemplaires de choix. Les soixante exemplaires furent fournis sur le 

Sied de 30 sou l'un. VAMçé étant à 20 sok sans doute. Les six exemplaires 
e choix pavèrent le reste. 

(4) Cette histoire fut le grand événement de sa vie. 11 s'en occupa long- 
temps ; le manuscrit qui repose midntenaiit à la bibliothèque de Boulogne, 
fait connaître à quelles recherdies il a du se livrer pour la pséparer. Ce mar- 
nnsorit est très curieux, plus curieux même que YÉ M êk t m JFsMv-lkNM. 



94 tf4«9 1Q41 Xi$ 

Chambre des Comptes de Paris, et de celle de Lille en 
Flandre, » imprimée chez Claude Audinet, le 4 jan- 
vier 168 1, et dédiée à Tévêque régnant, eut l'année 
suivante une apparence de nouvelle édition par le chan- 
gement du titre et de la dédicace, laquelle esit adressée 
à Claude Le Tonnelier. L*ouvrage, sous cette derniérfi 
forme, était publié à Paris, chez Jean Couterot, et 
à Boulogne, chiîz Pierre Battut, avec un frontispice 
gravé sur cuivre par P. Brissart, représentant I4 nacelle 
de Notre-Daxçè, voguant sur la mer, conduite par deux 
anges. En même temps que cette histoire voyait le 
jour, l'auteur en publiait un Abrégé^ composé des huit 
chapitres du livre III, imprimés sur papier commun en 
soixante pages in-octavo, chez Claude Audinet, le 7 jan- 
vier 1681, avec un privilège distinct. Plus tard, en 1686, 
l'auteur faisait imprimer à Boulogne chez P. Battut, un 
Abrégé de r Histoire de Noire-Dame qui présentait un 
résumé succinct de son premier travail, avec addition 
de quelques faits nouveaux, sous l'approbation de 
Claude Le Tonnelier. C*est cette publication qui a 
servi de type aux deux réimpressions subséquentes qui 
ont paru en 1704 et en 1764, et qui sont indiqués 
comme étant une troisième et une quatrième édition. 
(L abbé D. Haigneré, op. cité, p. 811.) 

Ses aptitudes littéraires reconnues, on s'empressa de 
les mettre à contribution. Le 14 mai 1688, il fut chargé 
de colliger et de mettre en corps d'ouvrage les statuts 
de Téglise de Boulogne : puis ce fut le Martyrologe des 
fondations de t église cathédrale^ comprenant les usages 
et coutumes de cette église, les fondations de Térouane, 
les fondations de Tabbaye de Notre-Dame, les noq- 
velles fondations depuis l'érection de cette abbaye 
en cathédrale, tant au chœur qu'à la chapelle de Notre- 
Dam^ et autres qui sont marqués en leur jour dans le 
calendrier des jours et mois (i). 

L*âge et les maladies allaient arrêter son ardeur (2). 
Il résigna en 1702 sa prébende canoniale au profit d un 



(1) Impiimé chez P. Battut, en 1694 et réédité par M. Lipsiit poor la 
Société Académique, t. VI de se» Hèmoèn», 

iZk Le 24 déoemore 1706, il repré^ionta au chapitre qu'étant par ses inilX' 
mités bon d'état de faire f cette nuit » ses fonctions d^archidiacre auprès de 
Mgr révéqo^, il le déclarait au cbapilre pour qu'il eut la bonté d'y pourvoir. 
Le secrétaire fut ohargé de répondre que c'était à l'archidiacre, suivant 
roBage, à commettre quelqu'un à sa place et non uu chapitre. 

10 



146 L'ANKjftB B0TTL0KVAI8E 

neveu, André Le Roy (i), se réserva seulement ses 
fonctions d'archidiacre. On apprend par les registres 
du chapitre qu'au 24 décembre 1706, les infirmités 
l'obligèrent de requérir le chapitre de faire pourvoir 
à son remplacement pour Toffice de la messe de 
minuit. Ses collègues semblaient avoir vu de mauvais 
œil la résignation de sa prébende et ne voulaient plus 
le regarder comme un des leurs, malgré sa dignité 
d'archidiacre. C'est du moins ce qu*on peut inférer de 
leur délibération du 14 mai 17 10. La vçille, il s'était 
€ ingéré » de porter la parole à la tête de la compagnie 
à monseigneur l'évêque d'Ypres. C'était grave et il 
fallut en délibérer. Il fallut davantage même. On résolut 
de convoquer un chapitre général pour régler si une 
pareille chose se devait souffrir de quelqu'un «c qui n'est 
plus du chapitre » ; et, par surcroît, s'il était loisible à 
l'archidiacre non chanoine, c d'envoyer à l'encens et de 
porter le Saint-Sacrement à la procession. » 

On retrouve ici toute la méticuleuse susceptibilité de 
nos prébendes: il parait qu'ils furent bien embar- 
rassés pour prendre une décision, n'ayant pas de précé- 
dents. A l'assemblée capitulaire tenue sur ce sujet, on 
dut proroger l'affaire c jusqu'à ce qu'on ait trouvé dans 
les papiers les actes qui peuvent regarder la difficulté. » 

Ce fut la mort qui la résolut. Antoine Le Roy mou- 
rut le 14 janvier 171c ; il fut enterré le lendemain dans 
le tombeau de sa iamille c proche l'autel de la pa- 
roisse (2). > 



25 mars 1834. — Premiers travaux d'établissement 
d'une fabrique de gaz liydrogène pour Téclai- 
rage de la ville. 

(1) André Le Roy monrot acolvte le 8 novembre 1715, àg6 de trente-trois 
un, la même année qae son oncle. On voit peu h peu dispar^iltre du Boulon- 
nais les membres de cette famille quiavait occupé un rang si honorable. L'un 
d'eux toi depuis officier h la cour de Vienne. Il avait hérité des talcnti; litté- 
raires de la race. On a plusieurs volumes de lui. Au siècle dernier on les pré- 
férait, sans nul doute, aux travaux sérieux de son oncle et de son aïeul et m:dn- 
toiant, ils semblent, oomme tous les bouquets de fleurs fanées, ^u de chose. 

(2) Il légu i par testament, pour la fondation d'un obit, 500 livres et deux 
flambeaux d'argent destinés a l'autel du chœur lorsque le Saint-Sacrement 




tentions dn défont. 



25 MARS 1651 147 



25 mars 1651. — La Gazette de France enregistre 
le pillage du bourg de Desvres. 

€ Le comte de BussegDy, gouverneur de Saint-Omer, 
en partit le $ de ce mois avec i6oo fantassins et autant 
de chevaux, trois pièces de canon et deux mortiers, 

Ï>ensant aller exécuter quelque dessein important dans 
e Boulonnois, se glorifiant mesme d'attaquer Mont- 
Hulîn ; mais toutes ces jactances n*ont abouti qu au 
pillage du bourg de Desvres, pour n'avoir, comme il 
dit, pu faire rouler plus avant son canon. » 

11 arriva à Desvres le 6 mars et pilla la ville, c Plu- 
sieurs habitants y perdirent la vie, notamment Jacques 
Cotté, Madeleine de Senlecque, femme de Liévin 
Humerel, Guillaume Lannoy, Jean Michault, surnommé 
Lépine, Nicolas Hénin, Sébastienne Venier. Les 
ennemis ne laissèrent que deux hommes sur le carreau, 
un soldat de la garnison d*Aire et le chirurgien du gou- 
verneur de cette ville. {Reg. de catholicité, cité par Tabbé 
D. Haigneré Hist. de Desvres du Dict. du P.-c/e-C.) 

Ces ravages, notre province y fut exposée durant 
plusieurs siècles, tant de la part des Anglais de Calais, 
que des Espagnols de Saint-Omer. 

Et il n y avait pas que les ennemis de la France qui 
la traitassent en pays conquis. 

Les dames UrsuUnes avaient recueilli, le 1 3 avril 1 7 1 1 , 
Marie-Anne Noulart, âgée de trois ans. « Ses tantes 
étoient converses au monastère et surent gagner Tesprit 
de la mère supérieure au récit de l'aventure de la 
pauvre enfant qui avoit perdu sa mère lorsque les 
fourageurs de France pillèrent ce pays, et, estant entrés 
dans Bamer où demeuroient Jean Noular et sa femme, 
dans la maison de Bertran Leleu, père de la femme 
qui avoit actuellement la petite vérolle : cette femme 
entendant que les fourageurs estoi(en)t entrés dans le 
bourgue, se jetta hors du lit pour sauver son melieurs ; 
mais le saisisement luy causa un vomissement de sang 
qui la fit mourir dans le moment, et Tayant mis à terre 
sur la paille, croyant que cet objet frapperoit les soldats ; 
mais ils marchèrent sur le cadavre et prirent jusqu*au 
drap qui la couvroit. » (Arch. comm., H. n^ 503). 



146 L'AKNéfi BO^LOirNAIBE 



20 mans 1886. — Mort de Pierre Dezoteux 

C'était c en quelque sorte pour le département du 
Pas-de-Calais un nouveau maître Adam. 3 {Hist. lût, 
du P.~d,'C.^ par Duwicquet.) 

c Vous voulez connaître M. Desoteux? M. Desoteux 
est cordonnier, ses envieux disent savetier, mais son 
mérite n'est pas là : c'est un grand ppôte, un poëfe 
vivant, un de ces hommes enfin dont on parle beau- 
coup dans un pays où Ton a peu de chose à dire. Je 
vous le recommande, d'ailleurs, pour la bonne qualité 
de sa chaussure. » (Lettre écrite de Boulogne le 
1 8 juillet i8i2 par Boucher de Perthes.) 

On a dans ce oui précède les deux extrêmes de Topi- 
nîon publique à 1 égard du poète cordonnier. Cherchons 
la vérité vraie. 

Pierre-Jean-Françoîs-Maric Dezoteux naquit le 4 oc- 
tobre 1742 à Desvres, où il mourut le 26 mars 1826. 

Kë dlioiinôtes parens, mus sanB grande forttm^^ 

Mcm Vacation fat et courte et commune : 

Pour mon malheur sans doute à net|f apa et cinq mois 

J'avais fait tous mes cours ; et la première fois 

Que de limeo, de ven, je voulus taxe usage 

Huit lustres et trois ans fomuiient d/^ mon Age. 

(FtMa, édit. IBll, p. 0.) 

On a inféré de cet aveu qu'il ne savait pas écrire* 
M. Bénard père me l'affirma. Il me disait : «c Vous voyez 
d*ici ce brave homme battant la semeljç et tout d un 
coup obsédé par un vers, crier à sa ménagère : c Ursule ! 
écrivez Ursule ! » 

Le vicomte d'Ordre, rhietorien de Desvres, fut, dit-on 
encore, s6n correcteur et Tavait en gravide estime. On 
craint qu'en bon seigneur il n'ait mis du sien dans le 
bagage du poète. Cela est regrettable et a enlevé sou- 
vent la vive originalité de ce campagnard, si réelle 
dans ses poésies franchement paysannes. Dezoteux 
avait l'esprit naturel, la malice naïve et narquoise en 
même temps des vieux Boulonnais des champs. Livré 
à lui-m^e, sans aide, il n'aurait peut-être pas fait le 



27 MARS 1751 149 

recueil imprimé qui a eu un succès réel en i8i i ; mais 
je crois qu'on lui devrait, en revanche, un plus grand 
nombre de chansons, ayant le bouquet Iranc et piquant, 
le goût de terroir des trois chansons patoises qui sont 
les perles de son volume. 

On l'a gâté selon moi. Il n'a pu devenir qu'un mé- 
diocre rimeur français : il eut été premier des poètes 
paysans. 



27 mars 1751. — Sous le couvert d'un « tiers 
obligeant » les Pères jésuites anglais ont décidé 
d'acquérir une maison et un jardin sur les 
derrières de la ville. 



L'évêque Henriau qui favorisait la Société de Jésus 
avait Youlu établir quelques pères en 17^6 é9m ta 
maison des S.œurs de la Providence qu il persécutait. 

c Le père Blackiston a roulé en cette ville pJendant 
plusieurs âtinées polir profiter dd la côilipà^nié dfes 
Anglois. En 1742, il est allé, avec un frère, habiter à la 
Cocherie où il y a une chapelle et où ils oht commenté 
à avoir une demye douzaine de jeunes Anglots en pen- 
siofi. 

« Le nombre dés penstonaaires ayant augoeieiilA 
jtisqu^à tretite, le Père Blackiston s*é&t donné un com- 
pagnon, et, en 1748, ces pères, leur frère et leurs pea* 
sioniiaires sont venus habiter en la basse ville de 
Boulogne une grande maison appartenante au lieutenant* 
colonel du régiment de la Vieille Marine qui, ayant eu 
besoin de sa maison, les pères ont décidé d'acquérir 
une maison et un jardin sur les derrières de IsL ville [rue 
Charles-Butor] par contrat du 25 mars 1751, sous le 
couvert d'un tiers obligeant ; ce que les maire et éche- 
vins ont interest d'etnpescher parce que, premièrement, 
la ville est trop petite, les communautez qui y sont éta- 
blies depuis longtems y occupent la plus grande partie 
du terrein et les habitans lie trouvent plus à y bâttr 
pour s'y loger ; secondement, on n'a pas besoin de ces 
pères à Boulogne pour deux raisons : la première est qu'il 
y a un collège dont la conduitte a été noUtffiée (sic) aux 



150 l'annéb boulonhaisb 

pères de TOratoire qui y ont été appelles et établis dans 
toutes les formes requises. Ils y ont une pension dont 
de jeunes Anglois font même le principal soutien et ces 
pères remplissent les désirs du magistrat. Un autre 
collège ou pension feroit tort à celuy ci. Et la deuxième 
est qu'il est prudent de prévenir les événements que 
peut occasionner rétablissement des jésuittes anglois à 
Boulogne à cause du port et de sa proximité du royaume 
d'Angleterre. » (Arch. comm., reg. 1018, folio 31, etc.) 
Ce mémoire est le moins vif de ceux qui sont consi- 
gnés dans le registre. Les Observations qui suivent, au 
folio 34, sont autrement incisives. L*échevinage eut gain 
de cause et le 4 février 1752 intervint un arrêt du 
Conseil d'Etat qui expulsa les jésuites de Boulogne et 
accorda au profit de la ville le terrain par eux acquis, 
c en rendant le prix. » 



28 mars 1659. — Dégâts au village de Louches, 
tant par les troupes de l'armée ennemie durant 
le siège d'Ardres que par les Français. 

Le vendredy xxviii* mars MVC lix, messieurs les 
doyen, chanoines et chapitre de Téglise cathédrale de 
Boulongne estant capitulairement assemblez, aiantz esté 
deudment informez des dégatz faitz au vilage de 
Louche, en l'an mil six centz cinquante-sept, tant par 
les troupes de l'armée ennemie pendant le siège d' Ardres 
que par les troupes de France, après meure délibé- 
ration ont quitté à M. Louis Maquet, curé dudit 
Louche, et au nommé Bombe, son associé, tout ce 
qu'ilz pourroient prétendre leur estre deub pour le 
louage de leurs dixmes dudit lieu pour l'aoust de ladite 
année MVC kii et, en outre, ont aussy, mesdits sieurs, 
donné audit sieur Maquet, en considération des pertes 
par luy souffertes, du temps pour le payement de ses 
redevances à cause des despouilles des années MVC 
cincquancte cincq, et cincqvante six, jusques aprez la 
récolte de l'aoust prochain de la présente année MVC lix 
et ce, pour tout delay. 

Par commandement de mesdits sieurs. 

Bauchon. 



28 MAKS 1793 151 



28 mars 1793. — Décret de la Convention, por- 
tant que la municipalité de Paris serait autorisée 
à faire arrêter aux barrières de Paris tous ceux 
qui se présenteraient sans passeports ou avec 
des passeports des ^nunicipalités de Doulogiie^ur- 
Mer ou de Calais. 

Le coup était rude et rémoi fut grand à Boulogne : 
cette énonciation dans un acte du Corps législatif, disait 
le procureur Marmin, est une tâche au civisme du 
Conseil de la commune. 11 proposa de ne plus délivrer 
de passeports inutiles. 

Après délibération, le 2 avril, le Conseil arrêta d'en- 
voyer à la Convention l'adresse suivante : 



c Lëgialateurs, 

c C'est avec une douleur profonde que nous avons vu dans les 
papiers publics, votre décret qui dëclare que tous citoyens qui 
se présenteraient à Paris munis d'nn passeport de Boulogne 
seraient regardes comme suspects. Nous aimons à croire que 
ce décret est une mesure de sûreté que votre sagesse a cru 
devoir prendre dans les circonstances présentes où le crime» 
levant sa tête altiëre, plane impunément sur toute la Répu- 
blique. 

t Mais, s'il en était autrement, et que vous nous ayez cru 
coupables, nous réclamons votre justice : nous la méritons. Si 
nous sommes dénoncés, nommez nos ennemis ; notre triomphe 
est assuré et nous vous prouverons d'une maniëro évidente 
que nous avons toujours été à la hauteur de la Révolution, 
que nous chérissons la liberté, que nous adoptons l'égalité, 
que nous sommes des républicains. 

€ Le Conseil ne connait point de milieu entre le crime et 
Tinnocence. S'il est coupable U doit être puni : s'U est inno- 
cent, vous lui duvez justice de ces caloomiateurs. Ayez donc, 
Législateurs, la complaisance de prononcer votre opinion sur 
notre compte, et si nous avons eu le malheur de perdre votre 
confiance, nous prenons ici l'engagement formel de confondre 
nos dénonciateurs et de leur prouver que depuis que nos 
citoyens nous ont nommé leurs magistrats, nous n'avons 
jamais démérité d^ la Patrie, 



152 l'anki^e boulovnaise 

Oui signé les membres composant le Conseil: Loison, maire, 
Willeco^ Oomnel, Merlin, Butel, O. Sannier, Butor, Manieu, 
Gnvelier, Guerlain, Dujat, Rameau et Marmin, procureur 
de la oomnitine 



29 mars 1774. — L'administration de la Pro- 
vince i^aie à ia femme du sieur Lapièrre^ sage- 
femme, pour fournir aux despens que pourra 
lui occasionner le voyage à Amiens où elle doit 
suivre le cours d'accouchement de madame du 
Coudray, sage-femme de Paris, la somme de 
72 livres, y cotnpris le séjour et le retotir. 

D*àutres mandats pour le même objet sont ordon- 
nancés le même jour ; à la fille Laliez, 72 fi> : 

A Marie-Jeanne Moireau, veuve de Milon Burdy, à 
Étaples, 6o«>; 

A Margueritte Vassal, femme de Claude Clément, 
berger à Audinghen, 50 ft ; 

À la femme Picart, de Tiennes, 72 n> : 

À Marie-Françoise du Wast, épouse du sieur Sigis- 
bert d'Haillecourt, chirurgien à Wimille, 42 fb ; 

Et à Marie - Perrlnne Bodin, fetnme de Ringot, 
d'Hardingheri, 72 tb. 



30 mars 1798 (10 germinal an VI). — Fête de la 
Jeunesse. 



Il faut tjrapper l'imagination du peuple pour ancrer 
les institutions I Pénétrée de cette vérité, la Convention 
décréta, le 3 brumaire an IV (Daunou fut le rapporteur 
de la loi) diverses solennités civiques dont Tune des plus 
gracieuses était célébrée le 10 germinal. La fête de la 
Jeunesse^ ainsi placée aux premiers jours du printemps, 
était une occasion propice pour décerner les récom- 
penses aux élèved les plus méritants des écoles commu- 
nales. Avec la tendance idyllique qui; durant la pénôde 



61 M ABB 1801 168 

révolutionnaire, forma un contraste si vif dvec le drame 
politique, les ordonnateurs de cette fête (et de toutes 
les autres aussi d'ailleurs), semblaient prendre leiHrs 
inspirations dans les pastorales de Florian. 

Les corps administratifs, civils et militaires, se ren- 
dirent sur r Esplanade où était dressé Tau tel de la 
Patrie environné de toutes les troupes composant la 
garnison et la garde nationale. Sur 1 estrade de Tautel 
étaient placés des groupes de vieillards des deux sexes 
et un groupe des défenseurs de la France blessés aux 
armées*. 

Dans un discours analogue à la fête (et vous vous 
doutez bien de quelle poésie sentimentale il était par- 
fumé), le président de Tadministration annonça que 
le gouvernement voulant récompenser les jeunes ci- 
toyens des écoles qui ont montré le plus de zélé et d'as- 
siduité dans le cours de Tannée, il allait proclamer 
leurs noms. Ces élèves furent, l'un après l'autre, pré- 
sentés par deux vieillards, et, en leur décernant la 
récompense, le président donna à chacun d'eux 
l'accolade fraternelle. Le tout au son de la musique, du 
chant des hymnes patriotiques dont le citoyen Wyant 
(qui depuis.... mais alors c'était un chaud républicain) 
eut la spécialité à partir de l'an VII. Défilé des troupes, 
cris de Vive la République : c'était l'accompagnement 
naturel et on en parle que pour mémoire. 

Les élèves couronnés en l'an VI furent Fournier aîné, 
Mathorez, Antoine Gombault, Victor Hanniéré, Cor- 
nuel, Amoult, Podevin, Ferdinand Hauttefeuille ; Mar- 
guerite Huret et Flore Tardieu. 

Si le procès-verbal des fêtes civiques pêche par la 
sécheresse, on peut reconstituer par 1 imagination 
ce que devaient être l'expansion publique en ces temps 
fabuleux où on avait encore la foi du patriotisme, où 
l'ardeur du civisme était dans sa prime fleur. 



31 mars 1801 (10 iprmihal an IX). — Fête de la 
Paix. 

On fêtait la Paix ; on le pouvait alors, car cette pabt 
était honorable. Ecoutons le maire M. Meriin-Dubreuil : 



Id4 l'aKHÂK BODLOKMAI8B 

€ Citoyens, dit-il en la proclamation faite sur la place 
Saint-Nicolas, une paix glorieuse vient d être conclue. 
Grâces immortelles aux armées françaises ! grâces 
immortelles au héros qui, après leur avoir fait cueillir 
le laurier de la victoire, leur a préparé un repos glorieux, 
utile à Thumanité, aux arts, au commerce, à l'agri- 
culture. 

« Honneur au gouvernement autrichien qui, mieux 
éclairé, a su adopter des conditions dictées par la 
sagesse et par de grands intérêts nationaux 1 

c Mais en proclamant ce grand événement, n'oublions 
pas qu'il a coûté la vie à plusieurs de nos concitoyens. 

c Nous devons des honneurs à leurs mânes ; la paix 
dont nous jouissons est le fruit de leurs glorieux 
travaux. 

c Pour en perpétuer le souvenir; pour transmettre 
leurs exploits à la postérité, que notre reconnaissance 
leur érige un monument. 

c Un marbre s'élève ; il a été préparé par les soins 
du magistrat qui préside cette auguste cérémonie ; il y 
a fait tracer en caractères ineffaçables cette expression 
du sentiment qui existe dans son cœur, sentiment que 
nous partageons : 

< Aux braves Boulonnois des armées Je terre et de mer 

morts dans la guerre de la Liberté, 

€ La ville de Boulogne reconnoissante l 



c Monument de douleur et de reconnoissance 

c Apprends à la Postëritë 
c Que le brave Dalton dans nos murs prit naissance 
t Et qu'il fut le dernier des héros de la France 

c Qui mourut pour sa Liberté ! 
c An IX 



€ Que cette place (place Saint-Nicolas, depuis la 
veille dénommée place Dalton par arrêté municipal) 
soit consacrée à la gloire de nos guerriers; qu'elle 
prenne le nom de Tun d'eux, de Dalton, qui, le dernier 
de nos concitoyens, est mort en défendant la cause de 
la Liberté. Que sa famille, que celles de nos autres 
concitoyens qui ont péri pour la même cause, reçoivent 



31 MABS 1854 155 

cette expression de nos regrets et de notre recon- 
naissance ! » 

Après ce discours des plaques de marbre furent 
posées aux quatre coins de la place décorée du nom 
de Tadjudant-général commandant Dalton, mort lors 
du passage du Mincio, le 23 nivôse an VIII. 

L'inscription lapidaire fait de William Dalton, un 
Boulonnais ; mais on cherche en vain sa naissance 
dans nos registres de catholicité. 

Sainte-Beuve, si ami de l'exactitude, a dit: c II y 
avait au xviii* siècle un officier irlandais au service de 
la France, noble et pauvre comme tous les Irlandais. 
Etant en garnison à Boulogne, il y connut une jeune 
personne de la bourgeoisie et l'épousa. Il en eut dix- 
sept enfants. Willian Dalton naquit le i*^ janvier 1766 
{Nouveaux Lundis^ t. XIII). Sainte-Beuve en pouvait 
d'autant mieux parler qu'il était de la famille par sa 
mère, une Coilliot, comme la mère de William Dalton. 
Il ajoute un point qui devrait engager la municipalité à 
revenir sur l'orthographe du nom donné à la place 
Dalton. < Le frère de William, le général Alexandre 
d'Alton, alla en Irlande pour y chercher les titres de sa 
famille. C'est depuis cette époque que le nom de Dalton 
s'est écrit d'Alton. » M. d'Alton-Shée (i), un descendant 
a été fidèle à cette orthographe. 



31 mars 1854. — Arrêté municipal nommant 
M. Tabbé Daniel Haigneré aux fonctions d'ar- 
chiviste de la ville de Boulogne (2). 

M. l'abbé D. Haigneré avait été proposé le 24 août 1853 
par M. François Morand, son prédécesseur, qui décla- 
rait alors ne pouvoir plus s'occuper du service des 
archives. 

(1) Le mariage de ses parents a 6t^ proclamé à Boulogne le 30 ventôse 
de 1 an IX. Son père était fils du citoyen Guillaume Dalton, ancien capi- 
taine d'infjinterie, pensionnaire de la République, et de Marie-I.,oui!*e- 
Antolnette Coilliot et frcre du William qui a domié son nom à l'une de 
nos placer. 

(2) Pour l'hiKtonque des arrliives communales voir notre tntrodviatim h 
17iM0itaâfc wmmaire de» archive»t gr. in-4«, 538 p. Prix : 20 £r. 



IM l'ait Hte- BOUUNTKâlBX 

M, François Morand* portait le titre d'archiviste de 
la ville depuis 1836 {Arrêté de nomination mentionnant 
/« acmction du gouifernemeHi, le f *^ décembte 1836 ; d"" de 
nomination y moitis la sanction Hon obtenue^ le 3jWn 18^7). 

Avee Jacques-François Henry, qui av^t été appelé à 
ce poste par le vœu de ladmidistfation et du conseil 
de la ville en 1814 (^ avril), on peut dire que le ser- 
vice ded archives communafes a oeofipté dans ces trois 
titulaires des érudits de premier ofdre^ dont le mérite 
est tlnaniittement reconnu. 

Cehii de j.-F. Henfv a été consacré (i)< 

Il buiflt de nommer M. Morand^ qui. a buriné avec ua 
art infini et une science d*une précision sans pareille^ 
de téritables )ôyaux historiques. 

Quant à M. labbé D^ Haigneré, c'est TéruditiQU même, 
aidée du sens critique le plti:à développé. U tire la 
c moeUe sub8tantifi<^ue » des chartes et des diplômes 
échappés au tei&psi oon cdUvre est un monument. 

H) Voir Jae9ue»'Pranfo%t Hmry, ta vte et 9ei travaux, in-8*, un volume 
piihiié par \n Sw ièxà Avti^mUm**i èti itou Venir âc U retft lumtioh da monii- 
omit élevé à m ménbire le 15 j^iilet Ï^M. 



itrif 



A V«,ILi 



l*' avril 1633. — M. Antoine Breton, receveur de 
l'église de Leubringhen, rend compte de sa 
gestion commencée le 1^' avril 1633. 

Il existe peu de comptes anciens de nos églises ru- 
rales : lorsqu^on en rencontre i»ii il n'est pas sans intérêt 
d y icter les yeux. C^lui qui pi'a M çpmfi^uniqué par 
M. Jules U^çnt, coinmpnçe par Iç çji^pitrç ^e^ Çiuê|;ps. 
Avril, 6 sous; mai, 4 Ib 10 sous 6 deniers; juin, 
2 sous ; juillet, 5 sous 6 deniers ; août, 5 sous ; 
septembre porte 4 ]B^ 1 a aous, jouais il est dit qu'on a vidé 
le tronc. En octobre, 7 sp^^; ep noveinbrç, 4 sous 8 4^- 
nier^; en décembre, 10 sous, 6 dçniers ; en jfinviçr |6j4, 
5 sous ; en février 2 sous et ^ sous en mars. 

Mais il y a l'extraordinatre. Le jour de saint Gan- 
doulfe, en avril, on avait trouvé dans le tronc 1 3 fb 
i sous, et, en blé reçu, 8 sous 6 deniers. Le jour de la 
Pentecoste la quête se borne à 4 sous 3 deniers : eo 
tout environ 25 îb 14 sous. 

L'église possédait d autres revenus : il y a prés 
de 7^ 10 sous de rente sur une vingtaine de mesures 
de terres tenues par Huchon de Cassel, Wlfran Brac- 
quebien, Laurent Queval, Gabriel Le Clercq, Anthoine 
Aulxaigneaulx, Pierre De Lattre, Bertrand Villiers tX 
autres. 



158 l'aKKÉB BOULOHlTAIflE 

Les obits produisaient 4 )b lo sous. 

L'ensemble des recettes s'élève à 39 tt> 7 sous et la 
dépense à 52 Ib 10 sous. 

La dépense comprend l'achat d'un encensoir 3 Yb 
19 sous ; le blanchissage du linge 4 sous ; vin de 
communion 1 2 sous ; pour le luminaire 15^9 sous ; 
étoffes 6 îb ; le reste est pour la maison du curé 
5 tt> et les réparations de l'église : 3 sous pour la ser- 
rure ; deux portes, 7 ft> ; deux pentures, 1 2 sous ; un 
gond, 4 sous, etc. 

Il est dit dans la note finale que ce compte a été dé- 
posé sur l'autel de l'église le 14 mai 1634 et reçu par 
M* de Blacourt, pasteur, Pierre Piquet, Marc Des- 
champs et Jacques Quéval, paroissiens, et marguilliers 
sans doute, qui reconnurent que l'église était redevable 
envers le receveur de 1 3 fc et 3 sous, grosse dette com- 
parativement au maigre budget de l'église, et qui dut 
l'obérer pour longtemps. 



2 avril 1750. — « Le jeudy 2 avril 1750, entre six 
à sept heures du soir, un nouveau « déniché i», 
nommé Démars, tata le pouls et regarda la 
langue et les dents d'une fille de di.x-sept ans, 
nommée Le Blond, qu'il conduisoit avec son 
guide-àne depuis plusieurs jours. Après toutes 
ces cérémonies, il prononça qu'elle étoit sans 
fièvre, sans mal et sans danger.... La fille 

cependant est morte » ( Extrait d'un libelle 

afBché à Boulogne le 7 avril 1750.) 

Les Affiches de Paris du jeudy i**" janvier 1750 por- 
taient cet avis : 

La place de médecin pensionnaire de la ville de 
Boulogne-sur-mer est vacante: il y a cinq cens livres de 
fixe, moitié par la Ville, et l'autre par f Hôpital : ceux 
qui voudront y penser, peuvent s'adresser aux maire et 
échevins. 



2 AVBiL 1750 169 

Sur cette annonce se présenta le sieur Desmars. Son 
mérite et son esprit étaient déjà connus à Boulogne où 
il avait, dix ans auparavant, professé la philosophie au 
collège de l'Oratoire avec une grande distinction. Peu 
après, il avait pris des degrés en médecine et il la pra- 
tiquait alors à Beauvais avec un succès qui lui procura 
la recommandation de l'évêque de Beauvais. M. Bou- 
vart, médecin de Paris, y joignit aussi une attestation 
honorable de capacité. M. Desmars fut nommé le 
30 janvier 1 750 (i) ; il accepta le 27 février et entra aus- 
sitôt en exercice. 

Il remplaçait M.Joseph Guenolet Olivier de Villeneuve, 
qui exerçait à Boulogne depuis 1725, dont le caractère 
épineux avait, à maintes reprises, soulevé des plaintes. 
Vers 1730, on lui reprochait d'avoir refusé ses soins à 
une femme malade. Le 3 octobre 1732, il dénonçait 
plusieurs droguistes non pourvus des titres d'apothi- 
caires. En 1 734, il obtint une sentence contre la commu- 
nauté des chirurgiens en vertu de laquelle il était 
défendu à ceux-ci d'exercer l'art de la pharmacie. 

Il prétendait au monopole, voulait des créatures à 



(1) Jean-Thimoléon-Bonott Desmars, né vers 1720, n'était pas le premif^r 
venu. Il est l'aoteur de : 

Mènovra sur l'air, la terro et les eaux de Boulop:D(V-sur-mor et ses envi- 
rons, dont la seconde édition corrigée fut aujnnentée de la (Constitution 
épidémique observée, suivant les principes d'Hippoorate, à Boulo^e-sm^ 
Mer en 1759, et de dissertations sur la maladie noire, les eaux du Mont- 
Lambert et Toridne des fontaines en général : I\iri8, 1761, in-12. 

L'échevinagc lui Toti le 19 mal 1/61 une pratitication pour cet ouvrage 
remarquable. 

Mimoirt sur la mortalité des moutom» en Boulonnois dans les années 1761- 
1762. Boolo^e, 1762, in-4«. 

^ MpidénUgvet<tBippoeraU, traduites du grec, avec des réflexions sur les cons- 
titutions épidémi<)ue8 : suivies des guarante-doux histoires rapportées par 
cet ancien médecin et du commentaire de Gallien sur ces histoires. On y a 
joint le mémoire sur la mortalité des moutons, d'une lottre sur la niorLiiité 
des chien> dans î'nnnée 17G3, dans lac|uclle sont développées les vurs d'Hip- 
pocrate sur les constitutions. A Paris, chez la veuve d'Hourv, imp.-lib. 
de Mgr le duc d'Orléans, 1767 ; 2« édit., Parlv, Miquignon l';iîné, 1798, 
in-12. 

Desmars a publié en outre dans le Mercure d€ Franee et dans le Jowmal de 
Midecine^ des observations intéressantes sur la topographie des environs 
de Beauvais, sur les éiidémios de Boulogne» sur les vertus des fonUles 
d'^MTuiM, etc. 

On trouve de cet auteur, dans les registres de l'Académie des Sciences 
d'Amiens dont il était membre, une lettre concernant quelques plantes qui 
naissent en Picardie. 

Il mourut à Boulogne le 3 octobre 1767. Son rorps fut inlmmé le lende- 
main en présence de M. François Souquet oui lui suceétla au titre d»» mé- 
decin royal, pensionné de la Ville ot de l'hôpiUi], et de M. Louis-Picrre- 
Antoine Counjjuin, autre docteur en médecine. 

L'arrêté du 20 février 1883 avait donné le nom de rue Dennarê à la rue 
da Doyen. 



160 L'aNVAB BOULâNVAISB 

lui dans les officines; et, lorsque M. de Tressan, 
commandant de la ville, vint loger chez lui en 1746, il 
le capta si bien qu'il s'en fit un chaud protecteur. Alors 
il leva le masque. 

Si nous en croyons les mémoires nombreux de 
Téchevinage contre ses agissements, il n avait pu ac-* 
quérir la confiance publique. Lesévêques, les comman- 
dants n'eurent jamais recours à lui, non plus que les 
familles clés plus considérables de la ville». Sa pra- 
tique était restreinte à Thôpital, aux pauvres et ^ 
quelques maisons de basse condition. Le chirurgien 
de l'hôpital militaire profita de ce discrédit ainsi que 
quelques autres chirurgiens et un médecin anglais 
gradué de Reims. 

Ce dernier, nommé Walquine, muni des lettres de la 
Faculté de Reims, s'était établi à Boulogne avec Tautor 
risation du gouverneur, Mgr d' Aumont et <k avec succès 
et une approbation qu'on peut dire générale, ce qui fit 
tomber le reate de confiance qu'on avoit eu en M. de 
Villeneuve > qui se fâcha, c II leva la crête contre son 
bienfaiteur » M. Mutinot, maîeur. c Son impatiente 
cupidité » lui fît former difÎFérents projets, liés ensemble 
pour forcer le public d'avoir recours à lui seul ; et ces 
procédés sont trop singuliers pour être passés sous 
silen.ce. Il proposa à M. Arnoult, chirurgien, de lui 
assurer cent écus pour disposer de sa lancette et de 
ses opérations qu'il aurait portés dans ses mémoires. Il 
manda un jeune médecin qu'il devait également prendre 
à pension fixe, pour voir ses malades en sou3 ordre, à 
condition de porter aussi ses visites dans ses propres 
comptes. 

Enfin, le grand projet auquel il s'arrêta, après l'in- 
succès des deux autres, fut d'attirer ici des apothicaires 
en titre et de les mettre en état de faire interdire la 
pharmacie aux chirurgiens ; « au moyen de quoy, il 
auroit vu seul tous les malades et subjugué les chirur- 
gii?ns qui lui tenoient à cœur, à la faveur des règlemens 
de la pharmacie qu'il prétendoit faire observer, adop- 
tant sans distinction ceux qui n'étoient faits que pour 
Paris et les plus grandes villes. » 

M. Olivier faisait lui-même la pharmacie ; il obligeait 
ceux qui avaient recours à lui d'user de ses drogues, 
sinon il leiar refusait son ministère. 

Le refus qu'il fit en novembre 1 749 de soigner la 



2 AYMIL 1760 161 

baronne du Blaisel parce que cette dame ne voulut pas 
congédier d'auprès d'elle la fille d'un chirurgien € très 
entendue aux malades », acheva d'indisposer le public. 
« Les choses étant portées au point qu'il n'y avoit plus 
qu'un cry contre luy », ie maieur le manda le ^6 no- 
vjsmbre et, après l'avoir entendu, lui enjoignit d'aller 
voir et visiter les malades toutes et quantes fois il serait 
appelle, sans pouvoir s'en défendre sous quelque pr6- 
tex-te que ce fut, et de leur laisser la liberté de prendre 
les remèdes ordonnés chez l'apothicaire qui avait leur 
confiance, s'il n'aimait mieux renoncer à la pension de 
la Ville et aux exemptions du logement des gens de 
guerre, etc. Trois jours lui furent donnés pour opter ; 
ce délai expiré, sans que M. Olivier eut donné satis- 
faction, la pension de la Ville et de l'hôpital lui fut 
retirée c à l'applaudissement du public ». 

Lorsque le ç avril 1750 parut le libelle contre son 
successeur (nous en avons donné quelques lignes 
en tête), le procureur de la ville fit une enquête : il 
résulta des informations que M. Olivier de Villeneuve 
en était l'auteur. 

De hautes protections le défendirent contre la mairie. 
Le maïeur écrivait le 16 janvier 1752 à M. d'Allègre, 
intendant : < Nous nous sommes abstenus de suivre 
l'instruction, espérant que cette modération de notre 
part et la honte de son procédé l'auroient contenu »; 
mais on ne tarda pas à éprouver de nouveaux traits 
de son acharnement. 

M. Olivier, soutenu par M. Chicoineau, premier 
médecin du roi, occasionna à l'échevinage bien des 
tracas dans la question des « apothicaires en titre. » Il 
fut secondé par M. Louis Savet « lieutenant des apo- 
thicaires », nommé à Boulogne et reçu en 175 1. Ces 
démêlés sont piquants, mais leur développement mène- 
raient loin. On en ferait une épopée héroï-comique. 

Enfin, la mort de M. Olivier de Villeneuve termina 
cette guerre intestine le 19 mars 1759 (i). 



(1) M. Francis Morand, qn'on ne saurait trop rappeler et consulter sur 
tous les points curieux de notre histoire, avait été vivement frappé de cette 
latto locale entre un méde( in et Véchevinage. S'il avait traité ce sujet, il 
l'aurait illuminé. Il était singulièroment en peine de détails sur l'apothicfiire 
Louis Sftvet € très savant, mais à trois quart fou », selon Jaoqoes Cavil- 
Uer. A-l-il trouvé T Ses papiers (posthumes hélas) diront cela un jour. 

11 



162 l'année BOdl.OirNAI8E 



3 avril 1206. — Jean, roi d'Angleterre, informe 
les baillis de ses ports et les gardiens de ses 
galères, qu'il a autorisé les lépreux de Bou- 
logne à transporter d'Angleterre en Flandre 
vingt sacs de blé. (Tables de Wauters^ III, 
257.) 



3 avril 1455. — Le conseil de Chartes VII con- 
firme le jugement porté contre la feue co ntesse 
de Boulogne, accusée d'avoir fait de la fausse 
monnaie. 



Il s*agit ici de Jeanne « la dernière comtesse de Bou- 
logne, ayant exercé à ce titre une autorité dans le 
Boulonnais » de la veuve de Jean de Berry, grand 
oncle du roi, de la princesse qui, après son second 
mariage avec Georges de la Trémouille, fut dépouillée 
de notre province. Elle s*était retirée au château de 
Saint-Sulpice, sur le Tarn, où elle mourut en 1422. 
D'après des lettres royaux du 6 février 1422 (v. st.) 
« elle avoit fait forger en caves et lieux mucés ... de la 
fausse monnoie, au nom royal, de pire valeur, de 
moindre poids, et aloi ». Elle avait de plus contracté 
alliance avec le roi de Portugal, ami des Anglais. Crimes 
de leze majesté. C'est en les invoquant que les officiers 
du roi, en Languedoc, saisirent toutes les terres que 
la comtesse avait en leur district. Mais fallait-il 
étendre la confiscation sur toutes ses seigneuries? 
C'était la question pendante et diversement appréciée 
depuis trente-trois ans, lorsque le conseil royal fut 
appelé à statuer. Il jugea que la sentence de confis- 
cation du château et de la terre de Saint-Sulpice, 
ayant été mise à exécution, se pouvait soutenir en 
son contenu, mais qu'il n'y avait lieu d'étendre ladite 
confiscation. 



4 AVAiL 1806 163 



4 avril 1805 (14 germinal an XIII.) —Cérémonie 
funèbre en mémoire de l'amiral Bruix (1). 

Un programme officiel sorti des presses de YImpri- 
merie de la Marine « Grande-Rue, n^ 15, au coin de 
celle Percée » avait réglé le cérémonial. 

Un coup de canon fut tiré, d*heure en heure, depuis 
le lever du soleil jusqu^à dix heures du matin, moment 
du départ du cortège pour Téglise. L*armée de terre 
envoya des détachements. Chaque escadrille fournit 
cent marins armés de sabres, conduits par le plus 
ancien capitaine de vaisseau : le contre amiral Savary 
eut le commandement général de cette délégation. 

Crêpes aux drapeaux, étendarts ou guidons; tambours 
couverts de serge noire; sourdines et crêpes aux 
trompettes ; tous les bâtiments en deuil ; Téglise 
tendue de noir avec chapelles éclairées c où MM. les 
prêtres célébreront des basses messes » : ce fut un 
vrai deuil public. 

Un mausolée entouré de candélabres et de torches 
funéraires tenait le milieu de la nef : il était formé d'un 
piédestal assis sur trois degrés ; les panneaux portaient 
des inscriptions et des emblèmes allégoriques. Sur Tun : 
Atissi bon père que grand général y sa famille et la Patrie 
le pleurent. A lopposite : // fut honoré de la confiance 
de son souverain^ et mourut en le servant. Au côté droit, 
la Marine, sous la figure d'une femme dans Tattitude 
de la douleur, assise sur des rochers et ombragée de 
rameaux d*un saule pleureur, regardait une armée 
navale au mouillage et en deuil. Enfin le panneau 



(1) Enstache Bruix. grand oflUner de rEmpire, inspecteur des cAtes de 
rOeéan, vioe-amiral clés armées nayales, grand officier de la Légion d'hon- 
neur, conseiller d'Etat commandant la flottille impériale, était décédé à 
Paris le 27 ventôse an XIII, à Tâge de quarante-cinq atis, d une maladie de 
langueur. Il était né à Saint-Domingue en 1759. 

Ilsanva la flottille boulonnaise. Son expérience lui avait fait reconnaître 
les apprêts d'un lancement de brûlots par les Anglais. II ordonna à tous les 
commandants de biUiments de leur ouvrir un passage. Tous les brûlots ne 
trouvant aucun point de contact vinrent éclater sur le rivage et cette ten- 
tative dont les Anglais se promettaient de si terribles eflets n'offrit, grâces 
aux mesures prises par l'amiral Bruix, qu'un superbe feu d'ortLflce. 

Le nom de l'amiral Bruix a été donné à l'ancienne riM Ttaé-Fm^Tmi' 
Pnkt par arrêté du 20 décembre 1861. 



t^ l'aNV^P. BOtfLONITAISB 

gauche montrait une vue du port de Boulogne, prise 
de la rade, ayant en premier plan la ligne d'embossage, 
formée des quatre espèces de bâtiments qui composaient 
la flottille, pavillons en deuil et faisant une salve. 

Le piédestal' .était surmonté d*uii sarcophage drapé 
de crêpe sur lequel était posé une urne funéraii*e, au 
chiffre, du défunt, décorée dyne couronne de feuilles 
de chêne et de laoïrier placée en écharpe, du grand 
cordon de la Légion d'honneur, de l'épée et de la cein- 
ture de l'amiral. 

A droite et à gauche de ce monument, rangés en 
pleureurs, douze petits garçons, douze petites filles, et 
quatre femmes âgées, tous pris parmi les pauvres de 
Thospice et vêtus uniformément, ayant en main une 
torche funéraire. 

En tête et au pied du mausolée furent groupés les 
drapeaux de la flottille et de l'arrondissement, ainsi 
qu'une bannière noire garnie de franges et de glands 
en argent, sur laquelle on lisait d'un c6té : 

A LAJtllRAL BrUIX, GRAND OFFICIER DE l'EmPIRE, 
LA FLOTTILLE RECONNAISSANTE 

et de l'autre : 

Décédé le 27 ventôse an 13, le i" du règne 

DE Napoléon. 

Les officiers de l'armée expéditionnaire et de la 
flottille s'étaient cotisés pour faire célébrer ce magnifique 
service funèbre, dont la pompe se sentait de l'époque. 
La messe des morts de Gossec y fut exécutée à grand 
orchestre, ainsi que plusieurs morceau«:^de Mozart : 
les amateurs de la ville furent conviés à se joindre aux 
musiciens de l'armée. Rarement, si nous en croyons les 
témoignages contemporains, on entendra de plus belle 
musique mieux exécutée. L'effet fut prodigieux. 

La marine ne s'est pas bornée à ce religieux adieu 
à l'un de ses chefs estimés; elle fit élever dans l'église 
Saint-Nicolas le monument qu'on voit encore à l'extré- 
mité de l'un des bas côtés de la nef, et qui, primitive- 
ment, portait aux deux angles de face, deux drapeaux 
avec quatre aigles dorés enlevés lors de la Restauratiojçi.. 



5 AVKiL 1620 16S 



5 avril 1620. — Requête pour M. l'Evesque de 
Roullongne, demandeur, contre les doyen, cha- 
noines et chappitre de Boulogne, deffendeurs. 



Le partage des biens entre l'évêque et le chapitre 
avait maintes fois occasionné des contestations. Diffé- 
rents arrêts intervinrent et le dernier, à la suite de la 
requête précédente, débouta messire Claude Darmy de 
sa demande en cassation des sentences précédemment 
rendues en la matière. La possession du château de 
Brunembert lui fut attribuée, mais à la condition de 
donner au chapitre une somme de revenu égale à sa 
valeur. 

Claude Dormy avait succédé, le 26 juin 1600, à son 
oncle, premier évêque du diocèse de Boulogne. 

Faut-il croire Dulaureen ses singularités historiques, 
lorsqu'il raconte ceci : En 1604, Claude Dormy fut 
soupçonné d'avoir attenté, par des maléfices et des 
sorcelleries, à la vie du roi (i). De fréquentes visites 
qu'il rendait mystérieusement à une demoiselle nom- 
mée Montpellier accréditèrent ces soupçons. Afin de 
prévenir ses mauvais deiseins, on l'arrêta et on le mit 
à la Bastille. La demoiselle fut également prise et 
renfermée. On fit ensuite d'exactes perquisitions, et on 
visita tous leurs papiers. On trouva enfin des lettres 
établissant qu'il n'y avait aucune sorcellerie dans les 
agissements de l'évêque, et que, bien loin de songer à 
ôter la vie à son prince, « il travaillait constamment à 
lui donner des sujets. » On le remit en liberté. 

C'est sous son épiscopat qu'eurent lieu les longues 
informations sur 1 authenticité de l'image de Notre- 
Dame de Boulogne : elles fournissent beaucoup de 
pages curieuses et typiques. 

Il mourut d'hydropisie, à Paris, le 30 novembre 1626; 
il fut enterré au couvent des Dominicains, rue Saint- 
Ci) Son oncle avait été l'un des ardents ligueurs de la contrée et U no tint 
pas :i lui que Boulojfçne no fut livrée aux Espagnols en htiine d'Henri III. La 
n:iine des rois paraissait donc héréditaire on cel>/e famille. Ceci est mieux 
prouvé par la coraplieilé de Claude Dormy dons la révolte du prinoe de 
ConAA qoi amena, le 6 novembre 1625, la saisid de 9w biens. 



I 

166 l'anmiéb boulonkàisr 



t 



Jacques. Millin a conservé une description de son 
tombeau, a donné la gravure de la statue représentant 
l*évêque à genoux sur un prie-Dieu, d*un beau style, 
ainsi que le texte des deux épitaphes, dont Tune jouait sur 
les mots Dormy et Dormir : t Dormy ne dormait pas. » 
Continuant la plaisanterie funèbre, on peut ajouter 
que Claude Dormy ainsi que son oncle Claude André, 
ne furent pas € des endormis <•. Leur biographie les 
montre fort mêlés à toutes les divisions de leur époque 
tourmentée. 



6 avril 1729. — Jugement qui condamne le cha- 
noine Mallet à reconnaître un enfant. 



Il était chanoine depuis le 29 janvier 1702 ; il avait été 
reçu archidiacre le 20 janvier 17 10. 

Il faut entendre sur lui le chroniqueur Scotté : Fils 
d*un petit marchand, natif de Calais, ce chanoine avait 
un si mauvais commerce avec les femmes que M. de 
Langle, quoiqu'il eut de grands défauts, ne pouvait 
souffrir ce prêtre auprès de lui quand il officiait. 
Crainte du scandale, Tévêque s'était tu. Sous prétexte 
qu'il ne voulait pas de servante chez lui, il se faisait 
servir par la fille d'un perruquier. Celle-ci le suivait à 
un hermitage qu'il avait aune lieue de Boulogne, où il 
était obligé d'aller dire la messe tous les dimanches et 
les fêtes ; il en faisait un lieu de divertissement et de 

gsrdition. (Je n'ose pas écrire le gros mot devant lequel 
cotté n'a pas reculé.) 

c La chose estant devenue publique qu'Antoinette 
Marlard estoit enceinte et preste d'accoucher, Mallet 
(aagé de soixante ans, homme fort laid et noir de 
poille, à la voix dure et désagréable) fut adjourné per- 
sonnellement. La fille Marlard accoucha au village de 
Bazinghen et, en présence du curé, de la sage-femme, 
et de plusieurs tesmoyns, elle déclara que l'enfant pro- 
venoit des œuvres de Mallet. » Jugement intervint le 
6 avril 1729 ; le chanoine fut condamné à reconnaître 
l'enfant et à payer i,joo livres à l'hôpital pour l'élever, 
à résigner son archidiaconnat, enfin, d'aller pendant 



8 AVBU. 1326 167 

deux années faire pénitence dans l'abbaye de Saint- 
André aux Bois, près d'Hesdin. 

Scotté raconte que l'évêque Henriau ayant toutr 
confiance en lui l'avait chargé de confesser les reli- 
gieuses Annonciades et les sœurs de la Providence 
«qui sont deux communautéez envenimées de la doc- 
trine de M. de Langle. Quelles doctrines de pareilles 
pénitentes pouvoient-elles recevoir d'un pareil confes- 
seur > 1 

M. Mallet, de retour de son exil, mourut trois mois 
après et se déclara innocent, t Peut-on faire un parjure 
pareil ! » ajoute l'inexorable Scotté. 



7 avril 1518. — Construction de la tour de Téglise 
de Crémarest. 



Antoine Le Roy, dans ses notes manuscrites, donne 
cette date d'après les registres de l'église : € Il s'y voit, 
dit-il, une tour de grandeur admirable jointe à 1 église 
qui fut commencée en l'an 15 18 le septième jour d'avril, 
appelée dans le registre du nom de bcffroy : elle est 
voûtée et couverte de plomb et d'ardoise, bastie par les 
aumosnes des pèlerins.» Le 12 août 1520 on y plaça 
des cloches dont l'une reçut le nom de Gabrielle. 



8 avril 1326. — Duel entre un vieillard et un 
juif qui avait frappé Tirnage d'une madone à 
Cambron. 

Le vieillard vainqueur 

.... ne vent maille ne denier, 
Ains s'en alla, sans attargier, 
 Bouloigne en pèlerinage 
Moult dignement fit son voyage. 

(Âich. da nord, 3** série, t. II, p. 445.) 



IW l'aHVÉB BOirLONNAIBB 



8 avril 1722. — Messieurs les chanoines de 
Notre*Dame ordonnent de payer aux Pères Cor- 
deliers ce qu'on leur donne ordinairement pour 
les peines qu'ils prennent de recevoir les confes- 
sions dès personnes du clergé de cette église. 

Les Cordelîérs étaient également les prédicateurs 
presque attitrés des avents et des carêmes : leur cou- 
vent jouissait du privilège i par droit d'antiquité, comme 
le plus ancien des mandians > d'y recevoir les évoques 
de Boulogne, à la veille de leur entrée en cette ville. Ces 
|yréiatâ y coukrhaient leur première nuit. 

L'affaire du Jansénisme les brouilla un instant avec le 
chapitre. Le i6 avril 1725, les communautés de la basse- 
ville ayant manqué de se trouver au service anniver- 
saire de M. de Langle, et les chanoines, attribuant au 
mépris cette conduite, décidèrent de les priver de toute 

grâce à Tavcnir. Bien plus, ils résolurent de remercier les 
ordeliers « pour la confession du clergé, qui sera 
comme autrefois entendue par le sacristain du chœur. » 
La mesure était violente et fit du bruit. L'évoque prit 
Taffaire en main, se remua, obtint une lettre de 
cachet (i) qui obligea les chanoines à rayer l'acte sur 

(1) LeUrtdt Mgr U duc d* Bourbon à M. ChauveUn, kUmiant. Monsieur, vons 
êtes informé des troubles qui se sont élevés depuis peu dans le diocèse de 
Boulogne, à l'occasion du mandement que M. Tévèque de Boulogne a publié 
o^noennokt U OaéttihMon, . Comme ces mouvements pourroieut avoir des 
suites fâcheuses dans la conjoncture présente des affaires de l 'Eglise, lo Roy 
veut qué Tottt lassiet entendre à cetix qui s*éldvent contre lu OonOUutiUm 

?u*il8 ayent k se comporter à l'égard de Mgr révôoue de Boulogne, dans 
obéissanoe et dans la subordination qui lu^ sont dues, et que Sa Majesté 
ne soufbira pas qu'ils fassent rien de contraire à la déclaration de 172U, son 
intention étant que la OmutUutkm soit observée dans son Royaume. Sa Ma- 
jesté ayant été informée que le chapitre de Boulogne a inséré deux délibé- 
rations dans les registres contre les Capucins, Cordelien et Minimes do la 
ville de Boulogne pour n'avoir pas assisté à un service que ce chapitre a fait 
pour feu Mgr l'évèque de Botuognei la première portant que les religieux 
seront privés de toutes les grâces qu'ils pourront demander au chapitre s'ils 
ne font leurs excuses par écrit: et par la seconde, les Cordelicrs sont exclus 
de venir confesser dans la catnédràle de Boulogne ainsy qu'il .se praiiaue 
depuis quelques années. Sa Majesté veut que vous fasâez représenter les 
registres, que vous rayez ces deux observations et deflondi^s au chapitre d'en 
faire de pareiUes à l'avenir. Le Roy étant informé aussy que le sieur Duvoy, 
pénitencier de la cathédrale de Boulogne, est la cause des troubles dans 
cette église, llnte&tion de Sa Majesté est que jusqu'à nouvel orvâ-e, le tdeur 



9 àVBiL 1791 ld9 

leurs registres. Interdiction fut faite à M. du Voy, cha- 
noine et pénitencier, d'assister aux assemblées capitu- 
laires. M. Godde fut exilé dans Tabbaye de Jumièges. 
La terreur régna. Les chanoines se soumirent le 
15 mai 1725 et les Cordclier's les confessèrent par ordre 
du roi. 



9 avril 1791. — Installation de M. Porion, évêque 
du département^ à Saint-Omer. 



Il avait été élu le 28 mars et Boulogne possédait encore 
Mgr Asseline. Le prélat « réfractaire » comme on le 
nommait alors, devait céder ses droits à « Tintrus 1 
assermenté. Nous eûmes la primeur de ses tournées 
pastorales : dès le 10 avril (i), il faisait son entrée so- 
lennelle en nos murs : nos pères admirèrent ce jour-ià, 
et pour la première fois, un t citoyen évêque. » 

A la suite d'un Te Deum (on ne pouvait moins pour 
fêter Sa Grandeur civique), M. Porion se présenta au 
club des Amis de la Constitution et y présida la séance. 
C'est dans ce milieu convenable, pour Tapostolat, 
qu'on prépara la reconstitution du clergé boulonnais. 
Un mois après (15 mai), eurent lieu les élections qui 
dotèrent la paroisse Saint-Nicolas du curé modèle du 
temps, le bon M. Roche. 

La constitution civile du clergé occasionna un schisme 
dont les habiles profitèrent pour exciter les passions 
déjà si ardentes alors. Les familles se divisèrent, Tinto- 
lérance releva la tête dans les deux camps. On tyrannisa 
les consciences. 

On ne touche pas impunément à l'arche sainte ! 

M. Porion le sut plus tard lorsque, déchu de sa 

DaToy ne puisse assister aux délibérfilions capitalaires du chapitre de Boa- 
logTie, et qu'à cet effet vous lui f:isNioz connoistre et au chapitre quelle est la 
volonté de Sa Majesté à cet ég.-ird. Je vous prie de m'informer régulièrement 
de l'oxécution des ordres de Sa Majesté e( de croire que je suis parfaitement 
Nlonsieur, vostre très afCectiunné à vous servir. 

(Signé) L. II. DE liouRUON. 
Pour copie, Chauvri.in. 
(1) Cotnci lence : c'est un 10 avril, en 1813, qu'est mort Mpr René-Joseph 
Asseline, le dornicr évoque de Boulogne, que M. Porion éUdi venu romplaoei 
le 10 avril 1791. 



170 l'aHIT^S BOULOKirAISS 

grandeur, il rentra dans la vie privée (i). Heureusement 
pour lui, il trouva la consolation dans Fétude. C était 
un ami d'Horace. M. Alex. Du Wicquei, dans sa 
courte histoire littéraire du Pas-de-Calais, a dit de lui : 
€ Peu de personnes font aussi bien lesTfbrs latins!» 

Il scanda ce métré antique jusque dans son extrême 
vieillesse et mourut à Paris, le i6 mars 1830, à Tàge 
de quatre-vingt-six ans. 



10 avril 1028. - Mort de Francon, chancelier de 
France. 



Duchesne marque la mort de Francon sous cette 
date ; d'autres auteurs le font vivre jusqu'en 1030. 

c Franco cancellarius ou notarius, depuis évéque de 
Paris, remplit l'office de chancelier sous Robert, pen- 
dant les différends qui divivisérent le roi et Arnoul, 
archevêque de Reims. » Dans les subscriptions, Francon 
est tantôt qualifié cancellarius palatii et tantôt dia- 
conus atqtie chartigraj^hus. Gotfroi, moine bénédictin, 
écrit un diplôme ad vtcem Franconis cancellarti, et ipse 
Franco manu propriâ subscripsit, Thierri, diacre, en 
vérifie un autre ad vtcem Franconis summi cancellarii, 
(Voir les Elém. de paléogr. de M. de Wailly, I, 327.) 

Dans VHistoire des Chanceliers^ Duchesne dit que 
Francon avait servi le roi Robert, d'abord en qualité de 
secrétaire, puis de chancelier et d'archichancelier. On 
trouve plusieurs chanceliers qui ont signé sous lui, 
ajoute-t-il, sur le témoignage d'une Vie de Bouchard^ 
comte de Melun et de Vendôme, d'un titre de Tabbayc 
de Fécamp et d'un autre de l'abbaye de Saint-Denis la 
Chartre. 

D'après deux lettres de Fulbert, évêque de Chartres, 
Francon avait, de bonne heure, suivi la carrière ecclé- 



(1 ) En 1793» il renonça à ses fonctions, comme la plupart des prêtres ordon- 
nés par loifSe m:iria à la fille d*an officier irlandais, aevint avocat c amateor >, 
fut quelque t<*mp8 président de Tadministration municipde de Saint-Omer» 
puis il comprit, lors de la restauration du culte, que 1 obscurité seule con- 
venait À son pasNé. Il SA fixa à Paris. On lui doit : Un Commadaire dt Lhomand 
et deN Oorrigi» dt iMam», J'oubliai d'ajouter qu'il célébra dans ses vers latins 
tous les chefs des divers gouvernements de la République. 



10 AVRIL 1028 171 

siastique. Il fut doyen; ensuite, vers 1020, élu évéque 
de Paris, après Raymond. On marque qu'il occupa le 
siège environ dix années. 

Lutofait de Francon le second fils de Baudouin, comte 
de Boulogne et d* Adèle de Gand. La Vieille généalogie 
porte : Et du comte Bauduin et d'Alain se feme vint li 
auens Eustasses-à-r œl et li vesques Foukes de Paris et 
li quens Gaufroisy etc. Dans un autre, on le nomme 
Flores ou Fouque. Toutes donnent à Baudouin et à 
Adèle, ou Hélène de Gand, un fils qui fut évêque de Paris ; 
même c la généalogie » de Tabbaye de Samer, où les 
traditions s appuyaient du témoignage des tombeaux 
de nos comtes. 

Admettons leur dire. Il y a donc un Baudouin, comte 
de Boulogne, puisque Thistoire témoigne que Tun de 
ses fils, Francon ou Foulques, a été chancelier, puis 
évêque de Paris. Francon exerçait déjà la charge de 
chancelier en 1005, 1006 et 1007, celle de grand chan- 
celier en 1015. On doit admettre qu'il avait au moins 
vingt-cinq ans lorsqu'il fut pourvu de cette charge en 
1005, peut-être trente ans. Sa naissance remonterait 
donc vers 975 ou 980. Que dit l'histoire? 

Le premier comte de Boulogne dont il reste un monu- 
ment authentique est le comte Arnoul, signataire d'une 
charte en 972. 
De cet Arnoul aucune généalogie ne parle. 
Mais les noms ont une révélation. Arnoul, Baudouin, 
ces appellations indiquent presque sûrement une filia- 
tion directe avec la Maison de Flandres, dont les fils ont 
presque exclusivement porté ces noms en ces temps 
reculés. 

Le comté de Boulogne était sous la main des comtes 
de Flandres depuis Baudouin, mari de Judith. C'était 
l'apanage des cadets depuis 918. Arnoul I" en hérita 
d'Adolphe. Arnoul, signataire de la charte de 972, est, 
pour moi, un petit-fils du comte de Flandres, auquel 
succéda Baudouin, père d'Eustache à l'œil et de Francon 
le chancelier. Eustache à l'œil, né de 975 à 080, aurait 
eu, il est vrai, cinquante-huit ans, lorsqu'il signa un 
acte en 1038, le seul qui désigne sa personnalité. Ce 
n'est pas une impossibilité. 

Ceci admis, on a une suite logique dans la filiation 
des conftes de Boulogne depuis la formation du comté 
héréditaire. 



172 L'ANVàlfi BOQLONlf AI8X 

Il y a d'autres difScultés, il est vrai ; mais je pense 
que Jes dates de la vie de Francon sont à retenir pour 
essayer de les résoudre. 



11 avril 1794 (22 è^rminal an II). — Tous les 
citoyens et citoyennes qui savent écrire sont 
requis de se rendre sous vingt-quatre heures à 
leur comité de section pour y donner un échan- 
tillon de leur écriture. 



Voici ce qui s'était passé. Des imprudents, comme 
il y en a toujours, qui jouent avec le feu ou excitent les 
bêtes féroces, avaient placardé < un libelle infâme t> 
dans la ville, sans songer que les innocents allaient 
payer pour eux. Darthé et Demulier, pour en découvrir 
les auteurs, exigèrent que tous les habitants sachant 
lire et écrire vinssent donner quelques lignes de leur 
main à la Maison commune. Non contents de cela, afin 
qu'aucun suspect ne put s'échapper, ils les firent arrêter 
tous, les envoyèrent à Arras ou trônait le féroce 
Joseph Lebon. Voici la liste de ces victimes du terro- 
risme : Castellin et sa femme, Molitor et sa fille, Armand 
Lefebvre fils, Augustine Dupont, belle-sœur de Brissot, 
Staveau, sa femme et sa fille, Berquier, Dupont-Delporte, 
Fiant, Manteu, Antoine Vasseur, Destrées, Grandsire 
père, Butor, médecin, Auguste Butor, Marmin, direc- 
teur des postes, Nicolas Merlin, Louis Pocholle, Des- 
carrières, Devins, Milon père. Fontaine, huissier, 
Daugis, greffier, Depestre, Deu, Buigny, Victor Moleux, 
Firmin Chamonin, Louis Benard, Jean-Baptiste Coren- 
flos, Jean-Baptiste Ladin, Falempin, notaire, Hantute, 
Pinard, menuisier, Courtin, médecin, Barce, bourrelier, 
Hugues Duburquoy, Louis-Marie Cléret, Antoine Four- 
nier, Guerlain, officier municipal, Marmin, procureur, 
Merlin père, Wissocq, Adrien Pille, d'Hesdin-l'Abbé, 
Masson, Rigaut, cordonnier. Barbe, cordonnier, Nicolas 
Delahodde, maçon, Pierre Cleret, Philippe Decantelle, 
François Lefebvre, menuisier, Guillain, serrurier, Louis 
Duflos, perruquier, Goulvaut, Pierre Saunier, Pierre 
puflos. veuve Semez, Nicolas Delahodde. 



Il AVRIL 1794 173 

Des voitures c et de la paille » furent aussitôt réqui- 
sitionnées pour la route. 

Pour arriver « à cette épuration, à cette regénération 
de la ville » comme on disait alors, les délégués avaient 
exigé du conseil de la commune, pour le 20 germinal, 
les listes 4e tous les citoyens à qui des ^rtificats de 
civisme avaient été refusés, de tous les fonctionnaires 
destitués et des suspects, avec réquisition d'apposer 
auprès de chaque nom l'opinion individuelle des 
membres du conseil. C'était la dénonciation élevée à 
sa plus haute puissance. Pendant neuf jours, la ville 
ne respira qu'en tremblant. Des volontaires, accompa- 
gnant Demuliez, s'amusaient à arracher les pendants 
d'oreille et les ornements de cols de plusieurs citoyennes, 
sous prétexte que c'étaient des signes de féodalité. Lissés 
eut le courage de s'en plaindre aux délégués dans une 
lettre fort diffne. 

Le 14 avril, un convoi de quarante-huit prisonniers 
était expédié à Arras ; le 16, nouveau départ de vingt- 
sept prisonniers, presque tous administrateurs destitués ; 
enfin le 19, € envoi » de quarante Boulonnais qui furent 
écroués, comme les précédents, aux c Baudets » d' Arras. 
Ceux qui n'y moururent pas, recouvrèrent la liberté 
après le 9 thermidor. 

Cela s'appelait une épuration. 

Les sicaires de Joseph Lebon avaient quitté notre 
ville le 19 avril ; mais avant leur départ, dans une séance 
publique, au Temple de la Raison, ils installèrent les 
administrations épurées, après avoir fait discuter les 
qualités civiques et morales des nouveaux fonction- 
naires par la Société populaire régénérée aussi. Ils 
engagèrent les citoyens à s'élever à la hauteur des cir- 
constances, à écarter tout ce qui avait entravé la marche 
révolutionnaire dans cette ville et dans le district ; bref, 
à être dignes des suffrages des bons patriotes. 

Un incident arrivé durant leur séjour prouva 
que leur zèle embrassait aussi les plaisirs de leur 
patron : un bateau pêcheur, sorti du port de Boulogne, 
sans avoir à bord des volontaires nationaux, comme 
c'était l'ordre formel du comité du Salut public, ayant 
été dénoncé au District, le patron représenta un ordre 
de deux amis de Lebon qui l'avaient envoyé pêcher 
des huîtres à leur intention.. Or, plus tard, après le 
9 thermidor, Demuliez afErma que cet ordre avait été 



174 l'âKNÉB BOCLOITNATBB 

donné à son insu par Darthé seul : « Cet esclave, dit-il, 
voulait envoyer des huîtres au satrape Joseph Lebon.» 



12 avril 1622. — Lettre du roi pour reconnaître 
M. d'Aumont gouverneur. 



Louis XIHy s^adressant à ses c chers et bien amez 
les maleur, eschevins et habitantz de la ville de Boul- 
longne» leur mande qu'envoyant le sieur d*Aumont 
pour prendre possession de la charge de capitaine et 
gouverneur de la ville et du pays, ils aient à le recon- 
naître et à lui obéir en cette qualité ; « car tel est notre 
plaisir. » 

Le 27 avril suivant, le nouveau gouverneur écrivait de 
Paris la lettre suivante aux maîeur et eschevins : 

« Mesaieurs, 

« Le Roy m'ayant honnor^ dn gouvernement de Boni- 
longne et commande de m*y acheminer pour vous y rendre les 
services que se doibt ; pendant que je me prépare pour mon 
voiage, j'envoye ce gentilhomme vers vous pour vous en 
donner advis. Il vous porte la lettre que S. M. vous escript 
à ce subject. Je Vay aussy chargé de vous asseiirer que le plus 
grand désir que j*aye est de vous tesmoigner par toutes sortes 
d^effectz mes bonnes vollontez et affections tant en général 
que à chacun en particulier. J'espère, Dieu aydant, vous voir 
bien tost. Cependant je me recommande a vos bonnes grâces, 
vous suppliant de croire que je suis de tout mon cœur, 
Messieurs, votre plus affectionné à vous faire service. 

c 8ign6 : d'Aumont (l). » 

Ainsi que le portait la lettre, il ne tarda pas à arriver 
à Boulogne, où il resta jusqu^au 26 octobre. A cette 
date, comme le porte une délibération du corps de ville, 
€ Messire Anthoine Daumont, chevalier des ordres du 



(1) C'était Antoine I, marquis de Nolai, baron d*Estrabonne, mort en 
1635, sans postérité. Lo goavemement de Boulogne est resté dans sa 
famille jusqu À la Révolution. Sur lasucce8>ion des gouverneurs de ce nom, 
voir JUeharehei de M. do Bazinghen, BitUdre de Boulogne de MM. d'Hauttc- 
feuille et L. Bénard, et VStat andan du BoviamuUi, par M. Eugène de 
Rosny, etc. 



13 AVEiL 1727 176 

Rov, conseiller en ses conseilz d'Estat et privé, marquis 
de NoUé, . . partant de ceste ville, où il n*y avoit aul- 
cune garnison, pour aller en celle de Paris, auroit mis 
les clefs de ladite ville es mains du sieur Monet, sieur 
du Pont de Brique, à présent ma!eur de ladite ville, et 
mesme luy donne le pouvoir d y commander et y 
donner Tordre . . . . > 

Il déléguait le maïeur pour le remplacer et s'appuyait 
ainsi sur la bourgeoisie. 

Ce fait est significatif et concorde bien avec ce qu'on 
sait de lui. Le gouverneur devançait la politique de 
Richelieu dans l'abaissement des c grands » ; quoiqu'il 
n'y eut que des c petits grands » à Boulogne. L'abbé 
D. Haigneré a fait remarquer dans les notes de son édi- 
tion des Mémoires de Mallebranche {Bull. Soc, Acad,, 
t. II, p. 526), qu'en 1627 cil y avait un dissentiment 
très aigu entre le duc d'Aumont (il n'était pas duc^ et 
la noblesse du pays. » Il fit refuser l'entrée de la ville à 
M. Chinot « sieur de Houreq, etc., » élu maïeur t d'autant 
que M. Daumont voulait que M. Framery, lieutenant- 
particulier, fut continué, disant que la volonté du Roy 
estoit telle, ce qui fut asseuré par le duc d'Elbeuf » 



13 avril 1727. — L'évêque Henriau ordonne de 
faire l'office de sainte Ide. 



II avait grande dévotion et zèle envers cette sainte, 
dont le décès est marqué au 13 avril 1 1 13. 

Scotté, qui nous révèle ce fait, en dut éprouver une 
grande joie, car il se plaignait, dès l'introduction de 
son manuscrit, en ces termes : « Une chose contre quoy 
je me récris et où tout le peuple de ce pays devroit 
[prendre] part, c'est que l'on se doit ettonner de ce que 
cette bienheureuse comtesse estant au nombre des 
sainctes, l'on n'en fasse aucune feste ny mémoire dans 
le bréviaire du diocèse de Boulogrne au lieu qu'elle est 
honorée en beaucoup d'autres endroits. {Mss orig.^ 
folio V de Vlntrod.) 

Scotté a raison. L'Eglise de Boulogne se montra long- 
temps peu reconnaissante envers la sainte dont le nom 



17^ L^ANlfàB B0UL0KKAI8B 

est mêlé à presque toutes les pieuses fondations du pays. 
Ide de Lorraine, fille de Godefroi le Barbu, nièce du 
pape Etienne IX, épouse d'Eustache comte de Bou- 
iogïie, fut, au dire des contemporains, « remarquable par 
gentillesse de cœur entre les plus nobles dames d'Oc- 
cident. » Elle avait étudié les lettres avec succès et en 
avait gardé le goût. On voit par les épîtres de saint 
Ansçlmc, archevéquiî de Cantorbéri, qui devint son 
^ directeur, qu'ils étaient en correspondance suivie. 

(§^aint Ans^L, Epi$t,, liv. I, ép. 71 ; liv. II, ép. 24 et 37 ; 
liv. III, ép. 18, 56 et 58.) Elle avait été trop bien ins- 
truite en sa jeunesse pour négliger Tinstruction de ses 
enfants et l'histoire rappelle avec quel amojur elle cul- 
tiva leur intelligence (i). 



14 ûvril 1730. — Mademoiselle de Chermont, de 
Douay, accepte de venir à l'hôpital enseigner 
las jeunes ûUes qui y sont enfermées à faire de 
la dentelle. 



C'était une louable pensée que d'exercer les infortu- 
nées renfermées dans cet asile. 

Les registres de Thôpital font connaître que l'atelier 
prit une certaine extensioa et donna quelque bénéfice. 

Le 3 avril 1739 M. l'abbé de Voisenon remettait au 
bureau des pauvres une somme de 681 livres, pour le 
pnx des dentelles « qu'il a eu la bonté de faire vendre en 
la ville de Paris, à la prière de Messieurs. • 



(1) Godefroi de Bouillon, son fils glorieux entre tous, M dut ses con- 
naissances étendues : Les titres littéraires sont les moindres parmi ceux du 
héros dont Guillaume de Malmesbury a dit : H y avait en lui plus d'un 
Cl^lewagne; mais c'«st un honneur pour l'histoire littéraire delà France 
de pouvoir y comprendre Godefroi de Bouillon. 

Les auteurs de VBUtairt lUUraire n'v ont pas manqué, et lui consacrent 
091 chapitre de leur tome huiiiôme ; ils ont analysé ses écrits qui compren- 
nent: 

!• I.es Assises de Jérusalem; 2« plusieurs lettres; S* ses liaraagues. 

Sur Ide de Lorraine et sa puissante famille, voir l'artû^le Buulognr du 
JHet. hitt, du Paa-de-Cùlaiê, (pa^es 70-72). Espérons que Tauteur, M. l'abbé 
D. Haiffneré, enrichira nos annales d'une HiUoirt dt tauUe Ide qui sera la 
plus belle pa^e de l'histoire de Boulogne an xi* siècle. 



16 AVBIL 188() 177 



15 avril 1623. — II sera fait emprunt d'une somme 
de 2,500 livres pour travailler à THostel de 
Ville et autres endroits. 



Les empruats municipaux ne datent pas d'aujour- 
d'hui : ils ne différaient autrefois que par la somme. 
En 1623, la Ville avait besoin d'être aidée. Qu'on en 
juge : Le procureur fiscal représentait à Messieurs de la 
Loy qu*il était très nécessaire de travailler aux répa- 
rations de THôtel-de-Ville, à la halle et corps de garde 
divers, même aux digues et jetées du havre proche de 
la dunette, garenne du Neuf-Soustrain, pont d*Outreau 
et jetées y attenantes qui sont en grande ruine. Ces 
ouvrages avaient été commencés ; mais, faute d'être 
payés, les entrepreneurs et ouvriers avaient tout quitté, 
au grand dommage du port; car, faute de les parache- 
ver, les sables allaient en combler l'entrée. 

M. Charles Vaillant, l'argentier de la ville, interrogé 
sur l'état de sa caisse, répondit que loin d'avoir des 
fonds disponibles, il lui manquait plus de 500 livres pour 
payer les charges ordinaires. 

En raison de la nécessité. Messieurs arrêtèrent de 
faire un emprunt de 3,500 livres, à intérêt, payable sur 
les deniers accordés par le Roi pour le remboursement 
des frais avancés par la Ville pendant les troubles ad- 
venus en 16 19, etc. 

Le maïeur de la ville. M. Anthoine Monet, sieur de 
Beaurepaire et de Pont-de-Briques, prêta cette somme 
le 20 avril, dont acte fut inscrit au registre des délibé- 
ration. (Arch. comm.^ Reg. n** 1014, f** 31.) 



16 avril 1880. — Inauguration du monument 
élevé à la mémoire de M. Henri-Mel ville 
Merridew, sur le terrain concédé, avec cette 
destination, par la ville de Boulogne^ au cime- 
tière de l'Est. 



178 L*ANNÉE BOULONNA ISR 



16 avril 1650. — Ce jour « fut baptise Louis, fils 
de Jacques de Sanlecque, imprimeur et libraire, 
et de Marie Manchon, sa femme, né le raardy 
précédent (12 avril) à onze heures du soir. » 
(Reg. n^ 20 y Saint- Etienne du Mont^ à Paris, 
folio 83j verso.) 



Louis de Senlecque sortait d*origineboulonnaise. Son 
aïeul, Jacques de Senlecque, célèbre graveur de carac- 
tères d'imprimerie, était né à Clenleu, vers 1558, d'où 
il partit à l'âge de quatorze ans, pour aller travailler 
chez le fondeur G. Lebé, à Paris. Certains biographes 
ajoutent qu'il prit les armes durant la Ligue ; mais on 
sait mieux qu'il se distingua dans la gravure des carac- 
tères de la Bible polyglotte et de ceux pour la musique 
qu'il distingua par petite, moyenne et js^rosse musique. 
Ces derniers caractères sont un chef-d'œuvre de pré- 
cision dans les filets et de grâce dans les traits obliques 
qui lient les notes. Il mourut à Paris à l'âge de quatre- 
vingt-dix ans, en 1648 (i). 

Louis de Senlecque était le fils de Jacques II de Sen- 
lecque. L'un de ses frères savait, dit-on, le latin, le grec 
et l'hébreu à Tâge de sept ans. Il n'est pas étonnant 
qu'il en soit mort avant l'adolescence. Pour lui, il mordit 
aussi aux études des langues, devint professeur d'hu- 
manités au collège de Nanterre, dirigé par la congréga- 
tion des chanoines de Sainte-Geneviève, où il fut reçu 
fort jeune. Il s'attacha ensuite au duc de Nevers, qui le 
nomma à l'évêché de Bethléem ; mais le roi, sollicité par 



(1) Il fonda, une véritable dynastie d'imprimeurs distinp^aés. Les bio- 
graphes rappellent Jacc)aes I". Jacoues II de Senlecque, son troisième âls, 
était un prodige d'érudition, mais il donna dans les travers de l'astrologie 
judiciaire. La maison où demeurait ce dernier et où il mourut en 1659, à 




fondre les caractères. Jean de Senlecque mourut en 1710, laissant ses ate- 
liers à un dernier Senlecque, mort en 1778. (Livre ecmmadtt contenant les 
adresses de Paris. J'en dois les bonnes notes à M. V. J. Vaillant, ainsi q^uo 
l'extrait de l'acte baptlstaire do Louis de Senlec<jue.) Voir aussi P. Hédouin, 
MoêoXq!^, p. 451). 



16 AVRIL 1660 179 

quelques personnes choquées de ses poésies et surtout 
de sa Satire contre les Directeurs^ s*opposa à Tenregis- 
trement des bulles et l'empêcha de jouir de sa nou- 
velle dignité. » [Tabl. hist., tome II, p. 391.) Il était 
poète et même assez bon poète satirique pour se faire 
lire, alors que Boileau régnait sur ce genre littéraire, 
c La Satire contre les Directeurs peint en détail, et de la 
manière la plus piquante, un travers que Boileau n*avait 
fait qu'indiquer » {France litt, de Quérard). Toucher aux 
confesseurs, c*était grave : il le paya de son évèché. 
Ayant perdu toute espérance de ce côté, il se retira 
dans son prieuré de Gamai, près de Dreux, qui fut une 
espèce de captivité pour lui, si Ton peut dire qu*un 
poète soit captif quelque part avec sa muse, c A juger 
de son caractère par sa conduite, le Père Sanlecque 
devoit être original. Le toit de la maison qu*il occupoit 
étoit délabré et, toutes les fois qu'il pleuvoit, une partie 
de sa chambre se trouvoit' inondée. Alors sa ressource 
étoit de changer son lit de place. En moins d*un an, il 
lui fit faire le tour de sa chambre, en cherchant tou- 
jours un endroit pour le mettre à Fabri de la pluie. Il 
composa, dit-on, à ce sujet, une pièce de vers intitulée : 
les Promenades de mon lit, > {TabL A»/., tome II, p. 39a.) 

Ses vers offrent quelques saillies ; mais ils sont né- 
gligés et, faute de verve dans Texpression, la forme nuit 
au fonds. 

II est curieux de le voir tendre la main dans des 
placets où il payait d'avance en esprit ; Exemple : 



Ghnmd roi, si ton bienfait n'est que digne de moi 
Ma pauvreté sera toaioura extrême ; 

Il ne faut pas non plus qu'il soit digne de toi 
Il te rendrait pauvre toi-même. 



La plupart des placets sont à l'adresse du Père La- 
Chaise qu'il flagornait (i). 



(1) La meilleure édition de ce qu'on a pn recueillir de ses poésies est celle 




in--8*, chez Desbordes. On a au8s>i queUiues-anes de ses œuvres dans une 
édition abrégée de Boileau. (Ttoveo, Sainton, 1823, in- 12 et dans une édi- 
tion de VArt poMque parue en 18^. 




18<) l'année uoulonnaisb 



17 avril 1791. — « Cejourd'huy dix-sept avril, 
jour du dimanche des Hameaux, les maire et 
officiers municipaux ont assisté en cérémonie 
aux messes paroissiales. » 

Cette ferveur officielle devait cesser bientôt après. La 
suppression des calvaires, des cloches, des cérémonies 
extérieures du culte catholique s'échelonnent, comme 
les diverses étapes qui devaient aboutir au culte de la 
Raison. Et alors nos magistrats honorèrent les temples 
décadaires de leur présence. L'un d'eux écrivait le 
2 ventôse an II : c La négligence à célébrer les décades, 
l'affectation avec laquelle certaines personnes rap- 
pellent les jours voués at^x momeries ecclésiastiques^ 
conmiencent à éveiller Tœil attentif de la surveillance et 
les soins de Thomme public. Tout en respectant le 
décret sage de l'Assemblée Nationale sur la liberté des 
cultes, et sans nous livrer aux excès farouches d'un 
philosophisme persécuteur, nous déployons la plus 
grande énergie pour que les germes du fanatisme ne se 
développent pas d'une manière effrayante . . . > 

Revenant sur ce sujet le 9 ventôse, il disait aux admi- 
nistrateurs du District : c Depuis la dernière décade, le 
fanatisme a perdu des adorateurs dans cette commune. 
L'esprit public a été un peu revivifié, grâce à plusieurs 
séances où la Société Républicaine a développé une 
grande énergie et a retrempé quelques âmes qui com- 
mençaient à se refroidir. Il a été pris des mesures pour 
attacher les habitants de cette commune, les marins 
spécialement, à la célébration de la décade » 

Le 19 ventôse, Lissés, qui décidément voulait faire 
oublier son ancien froc d'oratorien, disait à l'agent na- 
tional du District : c Le coup de pied patriotique que 
la Société Populaire a donné aux fanatiques de la com- 
mune qui fêtaient les dimanches a produit un bon effet. 
Il est temps que de ton côté tu fasses une proclama- 
tion aux campagnards. Nous venons de nous apercevoir 
qu'il est au jourd'hui dimanche pour les cagots, envoyant 
dans nos murs une infinité de gens de la campagne 
parés de leurs beaux bouts de manches. Ces messieurs se 



18 AVKIL 1785 181 

promènent la canne à la main. Pour le coup, je n'y tiens 
plus. Quoi ! les paysans se plaignent qu'ils n'ont plus 
de bras pour cultiver la terre et ils viennent insulter 
aux patriotes avec leur accoutrement! Tonne contre 
cette malveillance ! Invite l'administration à donner une 
semonce aux cagots de la campagne en pleine séance ! 
Fais entendre aux agents nationaux que tu les rends 
responsables des négligences qui auront lieu dans la 
culture des terres, s'ils ne secondent point tes efforts 
pour écraser le cagotisme. . . . i 

Vous le voyez, un fanatisme succédait à un autre 
fanatisme : on ne change pas un peuple en un jour I Le 
culte de la Raison était prêché avec les moyens que les 
inquisiteurs employaient précédemment pour convertir 
les gens. 

O pauvre espèce humaine I 



18 au 19 avril 1785. — Pilatre du Rosier essaie 
à nouveau de faire partir son ballon. 



Un poëme satirique, au bas duquel se trouve cette 
mention, € Permis d'imprimer, Boulogne, ce lo avril 1785, 
signé de Hame, » assvre que Vénus employa, pour re- 
tenir Pilatre du Rosier à Boulogne, tous les moyens 
que lui suggérait la vengeance. 

Boulogne esfc donc choisi pour le lieu du dépari, 
Et le bftllon est mis sous les murs du rempart : 
Alentour on élève une tente complète, 
Pour le mettre & l'abri des vents, de la tempête : 
Tous les matériaux, à grands frais anuissés, 
Sont dans des magasins avec soin entassés. 
On prépare bientôt acide, air inflammable ; 
On tente de gonfler la machine incroyable. 
Déjà son^ fabriqués grand nombre de tuyaux, 
Qui communiquent tous du ballon aux tonneaux : 
Tout est prêt ; et le vent devenu favorable, 
Annonce an voyageur un passage agréable. . . . 

C'est ce que ne voulait pas Vénus. Elle avait envoyé 
Blanchard en Angleterre, avait pressé son départ 



^ 



182 l'aiotée boulonnaisb 

heureux qui mit la tristesse au cœur de Pilatre du 
Rosier, son rival. Ce n'était pas assez pour la déesse. 

Elle arrive bientôt, et d'une douce voix 

Veut parler à son cœur pour la première fois. . . . 

Et pour y parvenir, par plus de sûreté 
Elle met sur la terre une jeune beauté. 
C'est un enfant chëri, l'honneur de la nature 
Qui de Vénus avoit emprunté la figure, 
La taille, la démarche, et cette majesté 
Qu'on donne d'ordinaire à la divinité. - - 
On voyoit sur son front briller une douceur 
Qui, parant la vertu, se rend maître du cœur : 
Elle avoit en un mot pour aimer et pour plaire 
Bien d'autres agrémens que je dois ici taire .... 

Pilatre est épris : 

A la belle aussitôt pour le prix de sa flÀme 
11 présenta son cœur, sa fortune et son &me ; 
Il voulut, pour garant de sa fidélité 
En resserrer les nœuds par la solennité. . . 

Si le rimeur ne sort pas du vague, il en dit assez 
pour faire rêver à quelque idylle dans laquelle Taéro- 
naute chercha à charmer l'ennui de lattente. 

L'auteur d'une chanson restée manuscrite assure plus 
brutalement la même chose : 

S'il prend son essor dans les airs 

Du rempart de Boulogne, 
On formera de doux concerts 

Pour chanter sa besogne : 
Il a rempli plus d'un ballon. . . 

La faridondaine .... 
N'en remplira-t-il pas icif 

Biribi 
A la façon de Barbari 
Mon ami. 

Si Blanchard a sçu le premier 

Remporter la victoire 
Doit- on penser que du Rosier 

Soit jtdoux de sa gloire . 



18 AVRIL 1785 183 

Le cœur éP une jeune tendron 

La f aridondaine .... 
Est un prix glorieuse pour luy 
Biribi, etc. 

Quoi qu'on eu dise, il est d^à 

Bourgeois de notre ville, 
Et dans nos murs, il fixera 

Bientôt son domicile ... 



Boulogne possédait alors une Société liLJraire dont 
les membres s'amusaient à poétiser, à leur manière, 
les obstacles que Taéronautc rencontrait. L'un d'eux 
écrivait la lettre suivante, sous la date du 27 avril ; elle 
nous fait rentrer dans la réalité : 

€ M. du Rosier a encore fait une tentative la nuit du 
18 au 19 de ce mois. Je crus pour cette fois que notre 
curiosité allait être satisfaite. Je dormois très profondé- 
ment, lorsque sur les trois heures et demie du matin, 
je fus éveillé en sursaut par le bruit confus d'un grand 
nombre de personnes qui causoient avec précipitation. 
Quand le feu auroit été aux quatre coins de la ville, le 
tumulte, n'auroit pas été plus bruyant. Je me lève à la 
hâte, je vole, j'arrive sur la place. C'est le ballon qui va 
partir! Il est totalement rempli. On crie, on se presse, 
tout le monde veut être témoin de ce départ si attendu. 
Je pousse, je fends la foule, je veux voir les derniers 
apprêts, je veux m'enlretenir encore une fois avec les 
voyageurs ; je suis enfin à côté d'eux : — Le vent est- 
il bon > — Il est excellent, on ne peut en désirer de 
meilleur. — Combien vous faut-il de temps pour votre 
traversée? — Dans une heure, nous sommes à Douvres. 
— Bon courage. — Le déjeuner nous attend. 

« Cependant, on tire la superbe machine de son ate- 
lier ; déjà elle s'avance majestueusement ; la galerie est 
attachée ; Romain est dedans : on apporte le drapeau ; 
du Rosier le suit. Mais, ô moment terrible 1 ô jour 
épouvantable ! Tysiphone ne veut point nous laisser 
jouir du plaisir jusqu'au bout. Je la vois, elle s'avance ; 
elle souffle son venin dans le cœur de du Rosier. Il 
s'émeut, il veut partir seul, Romain refuse de lui céder 
la place ; on se querelle, on se dit des injures ; le ballon 
est reconduit dans sa loge au grand regret des specta- 
teurs. La foule se retire. 



184 L'AmràB boulonnàibe 

€ Je ne veux point encore désemparer, je veux savoir 
à quoi aboutira la dispute. Nos deux héros se séparent, 
des amis s'entremettent, on les réconcilie, ils s'em- 
brassent, ils sont d'accord. Ils reviennent, on ôte la 
galerie, ils font adapter une petite nacelle. Elle est atta- 
chée, deux coups de canons se font entendre, on accourt 
des bourgs et fauxbourgs : tout est arrêté, on va partir. 
Déjà les provisions sont embarquées, les deux voya- 
geurs prennent leur place; on les transporte en 
triomphe au milieu de l'esplanade, on les embrasse, on 
leur donne mille bénédictions. La machine paroît vou- 
loir s'envoler ; on frappe des mains, on les croit partis. 

c Ne voilà-t-il pas qu'Eole se repcnt de leur avoir 
ouvert un chemin à la gloire. Borée est déchaîné sur 
le vaste Océan .... Deux marins viennent l'annoncer 
au maire de la ville. Celui-ci en instruit du Rosier. On 
ne quittera pas encore les côtes de France ; mais il faut 
amuser la multitude. De Rosier descend du canot, il 
est remplacé par deux demoiselles ; après celles-là deux 
autres. Deux heures se passent dans ces manœuvres et 
on va resserrer la machine. L'opération finie, chacun 
s'en alla chez soi, jurafit, mais un peu tard, quon ne Cy 
prendrait plus. Je. n'ai pas fait le même serment, et à la 
première alarme, je chercherai encore à me mettre en 
état de vous instruire du succès. » 



19 avril 1884. — Première séance publique du 
conseil municipal^ tenue en vertu de la loi 
communale promulguée le 5 du même mois. 
M. le sénateur Huguet, maire de Boulogne, la 
préside. 



C'est dans cette séance que M. Auguste Huguet a 
présenté à ses collègues l'exposé des travaux du 
conseil municipal depuis la guerre de 1870-187 1 ; page 
d'histoire que l'on consultera longtemps sur l'œuvre 
accomplie durant quatorze années laborieuses. 



20 ÂVut 1677 185 



20 avril 688. — Dans cette année le roi Cead- 
walla alla à Rome où il reçut le baptême du 
pape Sergius, qui lui donna le nom de Pierre. 
Quelques jours après, le 42 des kalendesde mai, 
il mourut dans ses vêtements baptismaux et 
fut enterré dans l'église de Saint- Pierre. {The 
Angl. Sax. Chronicle.) 



Cette note fournit Tune des dates de la vie de saint 
Wlmer ; c'est dans ce voyage à Rome que Ceadwalla 
lui donna trente sous d'or pour orner Téglise que le 
saint leude boulonnais venait de fonder à Samer. 



20 avril 1577. — Pour rendre grâces à Dieu que 
le xx« de ce présent moys y aura cent ans que 
celte ville et comté de BouUenois ont esté re- 
duitz en l'obéissance du Roy, il sera faicte une 
procession généralle et, pour cest effect, en 
sera communiqué à messieurs du chapitre. 
(Délibération du sabmedy xii"^ apvril P Ixxvij^ 
en loy. Livre verd, folio vii^j) 



Louis XI en commença la conquête par Desvres. 
Molinet (i), natif de cette ville, en parle ainsi ; « Desvrene, 



(1) Jehan Molinet c qu'on peut rdgardfir commo le Clament Marot du 
Nord de la France» auquel la pctile ville de Desvros donna naissance. 
TDuwicquet, Bitt. lUt, du Pat-de-CalaU.) On n'a plus à faire sa biographie qui 
se trouve partout. Jean Le M;iire, son neveu et secrétaire de Mariçuerilc 
d'Autriche a composé une épitapho en manière de dialogue, où l'éloge monte 
en haute gamme : 

Dis-mois, qui gist ir-i sans que point tu m'abuses 

— Ci gist l'ami privé d'Appoloel des Muses. 

— Quels choses avec luy sont mortes et transies î 

— Dits subtilSp savoureux, jeux, ris et facécies. 

— Qui est-ce qui pour luy de pleurer continue t 



186 L'AlilfÉE BOUI.ONKAISB 

une grosse bourgade de trois à quatre cents maisons, 
séant en la fosse du Boullenois, avironnée de l'armée 
des François, soustint de prime face, et les habitants 
defFendirent leur chasteau un jour ou deux. Il y avoit 
en icelle bourgade une vieille matrone, nommée Mynon 
du Moulin, tant obstinée en la querelle des Bourgui- 
gnons que rien plus, et hayoit les François à mort. 
Aulcuns d'iceulx en furent advertis. Se, s'abordèrent à 
elle, les espées desgaignées, et lui dirent pour la con- 
trarier : € Vieille damnée^ criez Vive Le Roy ! » Celle 
dict que rien n'en feroit ; et iceulx satellites feirent signe 
de lui couper la gorge. Et quant vint au fort, elle dit : 
t Puis que fault quil soit^ Vive le Roy, de par le 
diable! .. . » 

c Boulongne sur la mer merveilleusement forte de 
murailles et de fossés couverts, fut sommée, et le chas- 
teau pareillement, de faire obéissance au roy, à quoy 
ne voulurent entendre les capitaines et habitants d'icelle. 
Le roy y fist mettre le siège, et afFuster son artillerie, 
tellement qu'ils lui rendirent tant la ville que le chas- 
teau. Le roy entra ens et déclara publiquement que jà 
soit ce oue la ville de Boulongne fuist appartenant à 
messire oertrand de la Thour, comte d'Auvergne, tou- 
tesfois il la vouloit avoir en ses mains (i) pour la seureté 



''^ — C'est Rhétori(iuo en chef qui fort s'en diminue 

— Est-ce doncques celluv, tant congneUp Molinet f 

— C'est luy seul qui nioiiliolt doulK mots en molin net. . . . 

W 6tait lonA dnns le style qu'il avait mis en vo^uu et on'il enseignait 
d.-in.s un i>etit < TnictU » contenant < patrons, exemples, conieurs et figures 
de dictiors et tailles modernes, qui sont maintennnt en usage comme : li^es, 
douhletles, vers sixains, witains, alexandrins et rime britel^^e, rime brisée, 
rime en^haven^e, ri ne à double queue et forme de • onipl-ùnte amoureuse ; 
rondeaux simples, d'une, de deulx, de troi>, de quatre et de cinq svUaltes; 
rondeaux jumeaux et rondeaux doubles ; simples vircl ds, doubles virelais ci 
respons ; fatras simple et fatras double ; balaao fatrisée ; «impie lay ; 1-iy ren- 
forcbiet ; chant royal ; serventois ; riqueraoue et b.igu?naude. . . »* (Mss rie la 
Bibl. nat.. n» 79841 in-l«, parch. 36 folios.) Le plus m:iniéré des beaux esprits 
d'alors, c était Jehan Molinet, le Banville ao l'époque pour la recherche 
des effets inattendus et aussi célèbre en son temi>s que le priMui^^r parnassien 
de nos jours. Que reste-t-il de tout cela % Des mots, de IVnnui en rimes. • 
Heureusement pour sa mémoire, Molinet a liissé de« CkroniqvM fort con- 
sultées, diins lesquelles la vivacité de la narration et l'intérêt des situations 
lui font atteindre par instant le bon style. Depuis l'éliiion fautive qu'en a 
donné Buehon, M. de Reiff imberg en a publié une seconde k Bruxelles, 
183t), in-l", conjointement avec celle de Chastellain. Consulter (^oilcf, 
BclaAreiMcmmU iwr qu^lqiut particulnrUèè iffnoréet de la vit de Jean Molinet. 
Jievue lUL du Nord, 185K, n. ^8. Le testament de Jean Molin'^t a été publié 
d.ins le même re<!ueii en 18tH), u» 106. 

(1) Boulongn*», le plus preri'ulx angl^^t de li chrestienté, c'estoit la cliose 
au monde que Louis XI, ayant une fois prinse, east le moins rendue. 
{0. OoftcUoin, dUpaT MieKeld.) 



21 AY&IL 1234 187 

du royaulme, parmi rendant audict seigneur de la 
Thour suffisante recompense. » ( Chron. de Molinet^ 
édit. Buch., tome II, p. 23.) 

Une fois Boulogne rendue au roi, le reste du pays se 
soumit c après quelque semblant de résistance. » Les 
Français f trouvèrent moyen » d'entrer dans la ville 
d*Ardres, au château de Fiennes c qui estoit belle et 
forte place et que oncques les Engloix n'avoient sceu 
trouver manière de l'avoir . . . lequel ilz brullèrent et 
rasèrent Jusques aux fondemens. » Prirent aussi, c la 
ville de Falquembcrgue, ... le chastel de Renty, ... le 
chastel de Selles, en BouUenois et plusieurs autres 
places oudit pais, tant qu'il fut du tout en l'obéissance 
du roy. » En ce temps les Français de BouUong^e, 
de Thérouanne et d'ailleurs vinrent au pays de Brede- 
nardeetle pillèrent et mirent ten proie.» {Chronic. 
d'EngUterre, t. III, p. }33, etc.) 



21 avril 1234. — Dépense de cent sous pour le 
voyage de Guillaume de Saint-Denis, ancien 
arbalétrier, que la cour avait envoyé auprès 
de la comtesse de Boulogne. (Compte royal 
pour 4234.) 

C'était le second envoyé royal. Au mois de mars pré- 
cédent, la cour avait donné ordre au clerc Robert d'aller 
prendre les féautés de la terre au nom du roi. (Voir 
Chartes,) Blanche de Castille, qui ne redoutait pas pour 
elle-même la charge du royaume, trouvait celle du 
comté de Boulogne trop lourde pour la main de 
Mahaut. On engmgea cette comtesse à céder au roi, 
pour dix ans, la garde des forteresses du pays, sans 
préjudice des revenus qui lui furent laissés en entier. 

Bientôt après, on lui fit prendre l'engagement de ne 
pas marier sa fille, ni de se remarier elle-même, sans 
l'agrément du roi. 

Plusieurs autres mesures politiaues de la plus haute 
importance font juger quel prix la Cour attachait au 
comté boulonnais qui avait en partie, jusque-là, échappé 
à l'influence royale, et que des attaches et des intérêts 



188 jJasjxée boulonnaiss 

communs avaient souvent allié avec TAnglais. Les 
grands jours de son histoire jusqu'au xiii* siècle peuvent 
se diviser en quatre époques : Influence primitive des 
comtes de Flandre ; — Indépendance sous les Eustache ; 
— Influence anglaise, depuis le roi Etienne ; — Pré- 

Pondérancé royale française à partir de Mahaut ; car 
^hilippe le Hurepel, fils de France, son mari, avait 
tenté d y échapper. 



22 avril 1641. — Jugement ordonnant que le ca- 
davre de Jehen Bellenger sera privé de sépul- 
ture « pour s'êlre tué lui-même d'un coup de 
pistoUet » et condamnant les veuve et héritier 
dudit en quatre cents livres d'amende envers 
Mgr de Rebretengues, en trente livres parisîs 
d'amende a applicables aux pauvres des plus 
nécessiteux de la paroisse ». 

On punissait le défunt d'avoir eu la fièvre chaude. 
C'est un fait divers des plus émouvants, que l'enquête 
et la procédure révèlent en tous ses détails. 

Le serviteur et domestique de Jehan Bellenger té- 
moigne que son maître, malade depuis quelque temps 
« d'une maladie estrange comme fiebvre chaude ou 
aultre maladie semblable » s'était levé du lit le jour de 
Pâques pour aller à l'église « et aller à la confesse » où, 
estant aux vêpres, le même jour, il se trouva fort mal 
et retourna se mettre au Ht. L'accès s'aggrava bientôt. 
Un autre témoin afiîrme qu'en cet état il aurait prié sa 
femme d'enlever les armes qui se trouvaient dans la 
chambre, car il était tenté de « soy deffaire. :» Oubli ou 
négligence, Anthoinette Duval n'en fit rien et dut bien 
le regretter ensuite, car dans une atteinte de frénésie, le 
malheureux se tira un coup de pistolet qui le blessa à 
mort. Il traîna cependant quelques jours encore. 

Le procureur d'ofiîce de la seigneurie ayant requis 
qu'il fut informé, l'enquête commença le 7 avril. Un 
curateur au cadavre fut nommé. Les chirurgiens Daniel 
Malval, de Boulogne, Jehan Paillion, de Marquise, et 
P. Henocq, de Resty, en firent la constatation et décla- 



22 AVRIL 1793 189 

rèrent qu'il était mort de la blessure faite par une arme 
à feu (i). Tous les témoins furent unanimes à rappeler 
que Bellenger était fort homme de bien et paisible (2). 



22 avril 1793. — Début à Boulogne des mesures 
révolutionnaires dites de sûreté publique. 

La loi du 29 mars enjoignait à tous propriétaires et 
principaux locataires de faire afficher à l'extérieur de 
leurs maisons les noms, prénoms et qualités des per- 
sonnes y résidantes. Pour l'exécution de cette loi, le 
conseil de la commune nomma, le 22 avril 1793, douze 
commissaires qui se partagèrent les divers quartiers 
pour constater l'apposition de cette affiche, recevoir les 
déclarations et en donner récépissé, suivant les pres- 
criptions du décret. 

Il est ordonné que pendant cette opération la force 
armée sera requise de garder les barrières dont la fer- 
meture est strictement prescrite : aucun habitant ne 
pourra sortir sans un laissez'-passer € qui ne sera délivré 
qu'aux citoyens connus (3) ». 



(\)i Après quoy lesdictz Malval* PaiUion ot H6nocq auroient en nostrc dicte 




iing trou comme s*il avoit ostô fait i>ar quelque arme à fœa comme carabine 
ou piHtollet et quy les auroit occasionné de faire ouvcrturo dudit torasque 
laquelle ayant esté faict ils auroient passé jusque à lob du foye lequel il ont 
trouvé estre mortiffié à cause des matières estrangères quy par leaict cause 
pourroient estre entré dans ledict torasque, guy pourre et aultre chose quy 
eusse pou estre dans ledict baston à fœue... (Procès-verbal du 12 avril lUll.) 

(^ Le dossier porte cette note : Les pièces dudit procès sont bonnes à con- 
server pour matulenir les droits de la justice dudict Baincqihun, nottament 
dans roxtension seigneurialle de Rebretengues dont personne ne doit porter 
le nom avec Monsieur le marquis de Crequy (d'ÂsteuJ. Le jugement est 
rendu par Pierre Morand, bailli de la terre et baronnie de Baingthun et 
Hebretengue. 

(3) A cetto époque, il était sage de se taire. On ne réclama point contre les 
visites domiciliaires, comme on le fit le 26 ventôse an VI. Le président de la 
mnnicipallié écrivit alors au Département : « Le 7 courant, au mépris des 
lois, à quatre heures du matin, les rues de Boulogne étoicnt bloquées, vingt 
ou vingt-cinq maisons au moins investies par une force armée. Dos visitas 
domiûUiaires ont eu lieu ensuite pour chercher des prêtres, des émigrés, sans 
le concours aduiimstrattf, par un lieutenant de gendarmerie. Nous n'avons 
été informés de cet événement que par la rumeur publique et les plaintes de 
nos administrés.... On n'a trouvé ni 'prêtre, ni émigré. Défendeurs de la 
liberté de nos concitoyens, gardiens incorruptibles de la Constitution, il est 
de notre devoir de réclamer conti'e la violation de Tone ot de l'antre. (Arch. 
comm., Corresp., Reg. F.) 



190 l'année boulonna I8E 



23 avril 1798 (4 noréal an VI). — Lettre de félici- 
tations et de remerciements adressée à Daunou 
par la municipalité de Boulogne. 



Une mention honorable de la nomination de Daunou 
au conseil des Cinq-Cents est faite dans le registre 
aux délibérations de rassemblée municipale. Un membre 
propose d adresser à notre éminent compatriote, en 
raison c des services essentiels qu*il a de tous temps 
rendu à cette commune, sa patrie, entre autres pour 
rétablissement de TEcole centrale > une lettre de féli- 
cita tion sur cette nomination. 

Cette lettre est adressée au citoyen Daunou, Tun des 
commissaires près de la République romaine et député 
au conseil des Cinq-Cents : t Vous êtes instruit que 
rassemblée électorale du département du Pas-de- 
Calais vous a nommé député pour trois ans au conseil 
des Cinq-Cents. Son choix est justifié par avance et 
n*a été que laccomplissement au vœu général, non- 
seulement de tous les électeurs, mais aussi de tous les 
habitants du département. 

« Recevez les vifs témoignages de satisfaction qu'en 
ressent en partie notre commune qui sera toujours re- 
connaissante de tout ce que vous avez fait pour elle 
dans les temps de détresse et de misère où elle s'est 
vue si souvent réduite. 

« L'Ecole centrale est enfin installée à Boulogne. 
Arras menace encore de nous l'enlever. Nous nous 
flattons que vous soutiendrez votre ouvrage et que si 
nous vous sommes redevables de son établissement, 
nous vous le serons pareillement de sa conservation. 

c Salut et respect. 

< L'Administration municipale, » 
(Suivent les signatures.) 

L*administration municipale de la ville de Boulogne 
devait beaucoup à Daunou. Dès 1792, on avait eu rt'* 
cours k lui. {Lettre du 8 décembre.) Puis ce fut inces- 
samment. Le 4 germinal an IV, on le remerciait du 



23 AVRIL 1793 191 

secours en grains Qu'il avait fait obtenir au plus fort de 
la disette de Tan lli. Le 2 floréal suivant, en lui trans- 
mettant un mémoire pour l'Ecole centrale, on disait : 
Ce sera pour nous et nos concitoyens un nouveau motif 
de reconnaissance. » Le 6 : t Nous avons appris que 
l'administration départementale ne réussira pas dans 
ses projets (de faire placer l'Ecole centrale à Arras). 
Nous attribuons entièrement cet avantage à l'intérêt 
que vous prenez à la commune de Boulogne et aux 
efforts que vous avez faits pour lui conserver l'Ecole 
centrale. » 

Au 72 prairial an IV. — Nouvelle demande de se- 
cours. € Nous vous peindrons en deux mots la situa- 
tion de la commune : Très peu d'ouvrage et beaucoup 
de misère. > 

26 frimaire an V. — On le prie d'appuyer les obser- 
vations en faveur du choix de Boulogne comme lieu 
de passage en Angleterre. 

26 fructidor an VL — Au citoyen Daunou, président 
du conseil des Cinq-Cents : t Manquant absolument 
de fonds, nous vous prions d'exposer notre désagréable 
situation au ministre avec toute la chaleur qu'elle 
exige. En sollicitant les moyens de remplir nos créances, 
vous rendrez un service signalé à quantité de vos con- 
citoyens sans fortune et que le défaut de paiement 
gêne singulièrement . . . i> 

22 frimaire an VIII. — On prie Daunou de faire 
approuver le projet d'octroi. 

inflexible dans ses principes républicains, Daunou 
ayant refusé de plier la tête devant César, perdit l'in- 
fluence favorable à la ville dont il avait tant usé pour 
elle. Vingt-huit années passent sans que l'illustre Bou- 
lonnais se trouve mêlé à notre histoire locale (i). En 



(1) Excepté dans les questions d'érndition. En janvier 1823, il rendit 
compte au Journal des Savante (p. 51-56) des Eeekerehe» hUtoriquet OMMemonl 
la vUU de Bovlogm-wwr-mer et Vaneten eomti de ee nom^ ouvrage UUdit de feu 
M. Abot de Baeinffken, eomeilUr à la Cour de» JUonnoiet de Parie; nUe en ofdre 
par M. le baron Vattier, c à Paris, chez Guyot, imprimeur-libraire, rue Mignon, 
n* 2, 1882, in-8*, viii et 190 pafçes.» Daunou y donne un abrégé très nourri de 
notre histoire, utile h consulter pour connaître l'opinion de ce savant sur les 
points obscurs de nos annales. Il rend hommage, en passant, à l'ouvrage 
c très instructif» de M. Henry dont l'ensemble cest recommandable » et cqui 
o£Fre un très bon choix de matériaux. > 

En 1834, à propos du poème du baron d'Ordre, sur le Siige de Boulogne 
iJowmal da Savante), D.iunou flétrit en termes très vifs la trahison de Coucy 
do Vervins et son opinion doit compter dans le procès tant débattu de la cul- 
pabilité ou de la non-culpabilité de oe gouverneur de BoiQogne. € Les detti- 



192 l'annéb boulonnaisb 

1828, la ville de Boulogne a l'occasion de lui témoigner 
quelle profonde reconnaissance elle a gardée de ses 
bons offices passés : Daunou est candidat pour la dé- 
putation. Tout milite en sa faveur : ses aptitudes, ses 
anciennes fonctions, ses services. On lui préfère un 
riv^l. Bien plus , un pamphlet plein de virulence 
attaque notre compatriote. U Annotateur, au moins, 
s^empressa de dire que ce pamphlet « n'était point 
Tœuvre d'un Boulonnais, car aucun Boulonnais n'eut 
osé insulter un citoyen aussi recommandable par son 
caractère et son talent. » Seulement, on n'appuya pas 
sa candidature et la raison m'en fut dite un jour par 
M. Morand : < M. Daunou ne se fut pas plié à solliciter 
les ministres en faveur des ambitieux. » 

Daunou en garda quelque rancœur : elle se fait jour 
dans la lettre du 18 février 1838, adressée par le Garde 
gépéral des archives du royaume à M. Alex. Adam, 
maire de Boulogne-sur-mer. 



c Monsieur, il existe au Trésor des Chartes et en d'autres 
parties des Archives du Royaume un assez grand nombre 
d'articles qui concernent la ville et l'ancien comté de Bon- 
logne-Bur-mer. J'ai promis à M. Morand de lui en donner 
communication ; il aura la faculté d'en prendre des copies ; les 
employés des archives s'empresseront defadliter et de seconder 
ses recherches; et il fera ensuite l'usage qu'il jugera conve- 
nable de tous les résultats de ce travail. 

c Mais je n'ai eu l'intention ni d'engager votre ville en 



nées des réputations — dit- il — sont si diverses, la distribution des célébri- 
tés est si capricieuse que, tandis que le no u d*Ëurvin est presque partout 




sont ^uthentiquement attestés. . . . t 

capricieuses. Daunou, 
premier ordre, l'ôru- 
. ^ . ^ iervi par les circons- 

tances. Il s'est laissé oublier durant sa longue vieillesse. On lui a même 
dérobé la gloire do l'organisation de l'instruction publioue, dont Lakanal a 
bénéficié. Il faut maintenant aller le chercher presc|ue dans l'ombre où il se 





Boulogne 

bien haut, et à s'honorer de lui en lui dressant une statue. M. le sénateur 
Auguste iluguet l'avait fort à cœur et nous savons que des démarches bien 
aooueiUi^s ont étalent ^tes par lui pour atteindre ce but patriotique. 



aDcune dëpense, ni tPewtrer en relation avec eUe, ni de donner 
de la publicité à mes rapports aveo M. Morand. Il sera fréon 
sans éais, aux archives^ en sa qualité personnelle d*hottinie de 
lettres, occupé de travaux historiques et diplomatiques. 

c J'ai l'honneur d'être, Monsieur, aveo la oonsiaération la 
plus distinguée, votre très humble et obéissant serviteur. > 



A la même date, Daunou écrivait à M. F. Moraild dans 
le même sens et terminait sa lettre par ces mots ôigili- 
ficatifs : c Je me féliciterai d'avoif eu cette occasion de 
seconder vos travaux ; mais à condition que la part que 
j'y prendrai n'aura aucune sorte de publicité. Il ne me 
convient pas surtout d'entrer en relation aVec t-A MtJNi- 
ciPÀUTÉ de votre ville. » 

Car ce n*était pas à Boulogne, Inais à son maire que 
Daunou en voulait. M. Adam avait eu la plus grande 
influence dans Téchec de sa candidature et Dauftou ne 
pardonnait pas et il avait raison : Le pardon trop facile 
encourage les injustices. 



24 avril 1737. — .On décide la reconstruction 
d'un édifice remplaçant la halle de la ville. 

La halle, nous apprend Scotté, c est un bastiment à 
deux toits qui se joignent l'un à Tautre. Elle est dans 
un coing de la dicte place. C'est là où l'on a tousjours 
tenue les marchez aux grains jusques en 1709 (i) que 
le bled et tous les autres grains estants venues d'une 
cherté extraordinaire, le bled froment valant pour lors 
50 à 55 livres le setier et les autres grains à proportion, 

Eour lors les magistrats de ceste ville considérants le 
ien public, pour empescher que d'autres grains n'eus- 
sent esté mesléez avec le bled froment et qu'il n'y eust 
aucun meslange, ny défectuosité, ny fraude, comme le 

(1) Dans vn compte de 1492, il est question d*ane haUe de Boulogne sur 
l'emplacement occupé ensuite par la Sénéchaussée. (Voir Catalog:ne des Actes, 
etc., Uble du t. VIII, Mém, ck la 8oe. Aead.) Cette € Halle de Boulogne » est 
aussi nommée t Bail* du roi ^ un peu plus tard. Est-ce un bâtiment antérieur 
an palais de la sénéchaussée ? Est-ce le palais sous son nom primitif t II y 
aurait intérêt à le savoir, car le bâtiment prendrait une date selon la 8<dution 
du 'problème. 

18 



]d4 l'année boulonnaise 

jour n'est pas fort grand dans ceste halle, particulière- 
ment lorsqu'elle est pleine de monde, de sacqs à grains 
et de chevaux, le lieutenant général de la sénéchaussée 
Antoine de le Gorgue sieur de Rony et les conseillers 
du même siège ordonnèrent que le marché aux grains 
ne se tiendroit plus dorèsnavant dans ceste halle, mais 
sur la place et marché de la ville sous le cadran de 
rhorloge de la ville ; et c'est depuis ce temps que Ton 
ne tient plus le marché à grains dans cet endroit et que 
les bouchers de la haute ville s'en sont emparéez pour 
y estaller leur viande. C'est dans cette halle où les 
marchands font leur étalage à la foire de Boulongne 
qui se tient le lendemain du jour de Saint-Martin, 12 no- 
vembre, qui dure quinze jours : c'est où on vend toutes 
sortes de belles marchandises. » (Scotté, Mss, orig,,{''S'j,) 

Cette halle occupait le terrain depuis la rue de Lille 
jusqu'à la rue d'Aumont. C'était un hangar sur piliers 
de bois, alors pourris pour la plupart. La dépense de 
réparation étant estimée à 948 livres, on préféra accepter 
les propositions d'un particulier qui offrait de faire cons- 
truire un édifice dont le rez-de-chaussée resterait à 
l'usage public et qui se réservait les deux étages 
supérieurs pour en tirer parti, etc. 

On revint sur cette décision le 12 juin 1739 : il fut 
arrêté (en loy) « qu'avec l'approbation de Monseigneur 
l'intendant, la concession faite à Antoine Accary le 
24 mai 1737 sera résoliie et qu'il sera donné audit 
Accary la somme de 400 livres pour son indemnité ; 

« Que la halle sera détruite et la place mise au 
quarré en prenant dans l'emplacement de ladite halle 
le terrein convenable et que le surplus du terrein sera 
concédé pour y être construit des maisons dans l'ali- 
gnement porté au projet et suivant le plan. . . ^ 

Ce projet visait « la décoration de la ville, b On 
cherchait à régulariser la place: on peut encore cons- 
tater par la hauteur et l'uniformité de construction des 
anciennes maisons, qu'on voulait encadrer cette place 
dans un pourtour de bâtisses semblables. D'après le 
projet, on ouvrit la rue devenue la rue Henry, amorcée 
alors seulement du côté de celle de l'Oratoire (i). 

(1) Uest dit que le vide que cet alitement laissera contre la chapelle de 
rÂRSod-ition sera remply par des étaux pour les bouchers, lesquels étaux 
appartiendront à la ville. Les étaux seront construits en chiurpente sur la niâ 
et le tott couvert de thuille sera ravalé vers la chapelle. (Heg. aux délib.) 



25 AVBiL 1560 105 



25 avril 1550. — ileprise de possession, par 
les Français, de la ville de Boulogne-siir-mer. 

L acte ci-dessous dit tout ce qu'il y a dire : 

Nous, François de Montmorency seigneur de la 
Rochepot, chevalier de Tordre du Roy très Chrestien 
Henry roy de France second de ce nom, gouverneur 
pour icelluy seigneur en sa ville de Paris et Ysle de 
France et son lieutenant général en Picardie, Boullenois 
et Arthoys, et Gaspard de Colligny seigneur de 
Chastillon sur Loing, aussi chevalier du mesme ordre, 
lieutenant général pour ledit seigneur audit Paiis de 
Boullenois (en Tabsence dudit seigneur de la Rochepot) 
cappitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordon- 
nances et collonnel général des gens de pied Françoys, 
ayans pouvoir exprès et par escript du roy nostre dit 
seigneur, de recevoir et accepter les ville et conté de la 
Haulte et Basse BouUongne avecquealeport, ensemble 
les fortz adjacentz prins, constrainctz ou édifiiez par 
les Anglois, depuis les dernières guerres meues et 
encommancées entre les feuz roys de France et d'An- 
gleterre et demeurez en leur possession jusques à ce 
jourdhui : 

Sçavoir est ceulx de la Dunette, du Paradis et de la 
Tour-d'Ordre, et d'icelle réception [et de l'Jartillerye et 
munitions, qui y devoyent estre et demourer, bailler 
quictance ou quictances, une ou plusieurs, à celluy ou 
ceulx qui seroient commis par le roy Edouard roy 
d'Angleterre sixième de ce nom, à présent régnant, 
pour l'effect de la reddition d'iceulz ; 

Confessons et certiffions à tous présens et advenir 
les avoir ce jourdhui receuz, pour et en son nom, 
séparément et à part ; et ce, par les mains de Messieurs 
Edouard seigneur de Clincton, Richard Cotton et 
Lyenard Bekoitz, chevaliers, et autres ayans pouvoir 
spécial dudit seigneur roy d'Angleterre, quand ad ce 
dont il nous est deuement apparu ; 

Lesquelles ville et conté de BouUongne, forts, artillerye 
et munitions dessusditz, nous avons trouvez au mesme 
estât qu'ilz dévoient estre renduz au roy nostre dit 



Id6 l'aNVÂB BOULONIV^AISB 

seigneur, selon les traicté, pactz, conditions et con- 
venances nagueres faictz et passez entre les depputez 
d'icelluy roi d'Angleterre, pour le fait d'iccUe red- 
dition (i) ; 

Et nous, audit nom, et comme procureurs et depputez 
du roy nostre dit seigneur, nous nous tenons respec- 
tivement et chacun en droict soy, pour contens et 
satisfaictz comme du dit compromis, et en quictons les 
dessusdits et tous auti*es, leur promectans en bonne 
foy par ces présentes leur fournir de plus, ample et 
suffisante quictance dudit seigneur à leur acquit et 
entière descharge envers ledit roi d'Angleterre et son 
conseil, s'il en est besoinz, si en sommes par eulx ou 
l'ung d'eulx, sommés et requis. 

Pour approbation desquelles choses, nous, dessus 
nommez, avons signé ces dites présentes de noz mains 
et icelles faict sceller du seel de nos armes audit Boul- 
longne le vingt-cinquiesme jour d'avril l'an mil cinq 
cens cinquante. 

F. DE Montmorency. G. Colligny. 

Locus sigilli. Locas sigilli. 



25 avril 1613. — Le jour saint Marcq fui beniste 
la chapelle de l'ospilal par Messire Claude 
Dormy, second evesque de BouUongae. 



(1) Aux ternies du traité da 24 mars, les depputés du roy d'Angleterre, 
en leur loyauté, honneur et conscience assureront que : € deux gros canons 
qu'on appelle hjizoliqs, deux demys canons, trois ooullevrinos, deux demyes 
coullevrincK, deux sacres, six fàulcons, soixante-quatorze harquebu2es à 
crochet do bronze, quinze pièces de fer qu'on appelle scopentines bons et 
mauvais, dix harquebuzes ae fer à crocq; quatre barilz pouldre scoj)entine, 
sept cens boullctz de fer pour dcmyz canons-, quatre cens quatre-vingtz 
boulletz do for pour coullcvrines, qmiLre cens quatre-vingtz-douze bouUetz 
de fer pour demyes coullevrines et quatre-vingt-douze boulletz de fer pour 
sacres, estoient celles qui furent trouvées dedans la ville de Boullongne 
lorsquello fut prinse et reduicte en l'obéissance du roy d'Angleterre et qu'U 
ny en avoit autres ne [dus grande quantité ; sauf que au lieu d'aucunes 
pièces éventées ou gastées, il en a esté mis en leurs places autres de sem- 
blabla qualité, bonté et estimation. > 



25 AVBiL 1793 197 



25 avril 1793. — Fête de saint Marc. 



Le 2 avril 1551, en assemblée du pays, tenue en la 
salle de Tabbaye de Notre-Dame, présents Tabbé du 
lieu et celui de Saint- Wlmer, avec les maire et échevins 
et les gens du roi, il avait été délibéré, que, le jour de 
saint Marc, en commémoration de la reddition de la 
ville, il se ferait, à l'issue d'une haute messe, une pro- 
cession solennelle par la ville, où les habitants en armes, 
revêtus de leurs plus beaux habits formeraient le cortège 
et la haie. L'image de Notre-Dame y serait portée 
comme en triomphe par les rues au bruit des canons (i) 
et de la mousqueterie. Un feu de joie devait terminer 
cette grande fête des Boulonnais. 

En 1793 * ^^ liberté des cultes n'accordant de préfé- 
rence plus à l'un qu'à l'autre, » la procession fut sup- 
primée et la fête, métamorphosée en fédération civique. 

Ce jour-là les corps civils et militaires, convoqués 
pour dix heures du matin sur la place de la Fédération 
avec les membres du conseil général de la commune, se 
réunirent aux citoyens Lefèvre, Magniez et Belle, com- 
missaires du Département. Le troisième bataillon de la 
garde nationale de Boulogne, le dixième bataillon du 
Pas-de-Calais, la compagnie des canonniers détachés 
de l'hôtel des Invdides, la gendarmerie nationale et un 
détachement de hussards formèrent la haie autour de 
l'autel de la Patrie. Après un discours « relatif à l'objet 
de la fête, i prononcé par le citoyen Wissocq, notable, 
orateur ordinaire des fêtes urbaines, t l'hymne des Mar- 
seillais, » accompagné d'une musique militaire, excita 
l'enthousiasme des assistants et les cris réitérés de 
Vive la République I s'élevèrent de toutes les poi- 
trines. 

On planta Varbre de la Fraternité, sans doute en sup- 
pliant le Ciel d'être propice à cette plante délicate, si 
rare, et de si difficile floraison. 

Ce fut le dernier éclat de la fête communale, abrogée 



(I) Les descharges de canons ont esté abrogez, en 1719, par ordre de 
monsieur le Régent (Scotté, M», orig,, p. 205.) 



198 L'ANiris BODLOHVAIBK 

Tannée suivante. On tenta cependant de la faire re- 
naître sous TEmpire et il y a sur ce sujet une délibé- 
ration du 7 avril 1807. 
Rétablie en 1814 (i) c la Saint Marc > soiemnisait 



Cl) Void la délibAratioii prise à cet effet ^ 

Le conseil municipal considérant que le 25 et le 26 avril seront à jamais 
célèbres dans les fastes de la ville de Boulogne, et chers à tons ses haoitans; 

Que c'est le 25 avril 1550, que les habitans de Boulofcne oui, après avoir 
refusé, en 1544. de prêter serment de fldéliié au roi d'Angleterre, avaient 
été dépouUlés de leurs propriétés et forr es de quitter la ville qu'ils avaient 
défendue jusqu'à la dernière extrémité avec un coarage et une constanoe 
héroïque, y rentrèrent après six ans d'exil et le retour de la ville sous la 
domination frauf-aise ; 

Que c'est le 2o avril 1814, que Sa Majesté Louis XVI II, retournant dans 
ses Etats, où il était rappelé par le vœu un:mime de la Nation, après plus de 
vingt ans de malheurs et d'exil, a fait son entrée solemnelle oans la ville de 
Boulo/çne, aux aoclamatiens de tout un peuple ivre de joie de revoir son 
Koi bien-aimé ; 

Considérant que le 2 avril 1551, il fut arrêté « qu'en commémoration de 
€ la réduction et con<)ttête de la ville faite par le Roi, on ferait, chaque 
< année, le 25 avriL jour de saint Marc, une procession solemnelle par la 
c Nille, durant laquelle les cloches du Beffroi seraient sonnées ; que les bour- 




€ habitans dé la ville, de les remettre et restituer en leurs terres et posses- 
c trions; et qu'ensuite on brûlerait sur la place un feu de joie ; > 

Considérant que c'est un double besoin pour la ville de Boulogne de réta- 
blir la fête de saint Marc, qui a été constamment célébrée jusqu'au moment 
où la licence et l'anarchie ont fait taire toutes les lois ; 

AnnàTK ck qui suit : 

Art. I. — La fiite de saint Marc est rétiblio. 

Art. II. — Cette fête sera célébrée tous les ans, le 25 avril, jour de la saint 
Marc, et comme anniversaire du retour de l.i ville de Boulogne sous la do- 
mination fnui^aise et de la rentrée de ses liahitans dans leur ville dont ils 
avaient été expulsés, et comme annivers;iire du retour de Sa Majesté 
LOUIS XVIIl dans ses Etats et de son entrée solemnelle dans la ville de 
i3oulogne. 

Art. ni. — La célébration aura lieu suivant l'usage antique et constam- 
ment usité. 

Art. IV. — Il sera, en conséquence, chanté une messe solemnelle en 
musique, à laquelle toutes les autorités civiles et militaires, 1 >s fonction- 
naires et les employés publics, le clergé des doux paroisses, les étudians 
et les écoliers des deux sexes assisteront. 

Art. V. — L'autorité comjjétente se concertera avec M. l'évê^ue iiour le 
rétablissement de la prédication et de la procession, suivant ce qm avait pré- 
oédemment lieu. 

Art. VI. — La garde nationale et les troupes de la garnison seront sous 
les armes. 

Art. VII. — A l'issue de la messe, le cortège se rendra sur la place, en face 
de l'hôtel de ville, où le maire, accompagné de ses adjoints et du conseil 
municipal, après avoir prononcé un discours qui rappellera le double objet 
de la fête, allumera, avec le commandant de la place, le feu de joie dressé 
à cet effet. 

Art. VIII. — Les boutiques seront fermées et tout travail cessera pendant 
le te i s de la cérémonie. 

Art. IX. — La cloche du Beffroi et les autres cloches de la ville sonne- 
ront, le matin, à midi, an soir, et au moment de la cérémonie. 

Art. X. — Le drapeau blaiio, aux armes de France, flottera, pendant 



26 AVRIL 1799 199 

avec la « réduction et conqueste de la ville >, le retour 
du « bien-aimé » Louis XVIII, arrivé à Boulogne le 
26 avril 1814 (i). 

Le souvenir du retour des Bourbons, rattaché à cette 
fête communale, devint, après 1830, la cause de sa 
cessation définitive et regrettable. 

La déliboration du 2 avril 1831 prise à cet égard est 
courte et typique : 

« M. le maire demande au conseU s'il a Fintuntion de faîxe 
cél^rer cette année la fête de saint Marc : sur quoi le 
conseil, considérant que cette fôte n'est plus dans nos mcdurs 
et rappelle des souvenirs qui sont aujourd'hui sans iwUrêtf 
déclare la supprimer. > 

Un arrêté du 25 novembre 1859 a dénommé la rue 
Saint-Marc, « en souvenir de la reprise de Boulogne 
par Henri II et de la procession commémorative qui se 
faisait annuellement le 25 avril. » 



26 avril 1799 (2 floréal an W/J— La fête des Époux 
devant se célébrer à Saint-Nicolas, on invite le 
citoyen Roche à faciliter au citoyen Saunier les 
moyens de faire les préparatifs nécessaires. 

Les époux doivent avouer qu'il y avait une intention 
fort gracieuse dans la fixation de leur fête aux premiers 
jours du gentil mois des fleurs, telle que Tavait réglée 
la loi du 3 brumaire an IV {Daunou, rapporteur). 

toato la joumée, sur les diverses tours, aux 6diflces publios et aux orolséefl 
des nudsoxu particulières. 

Art. XI. — Il sera fait une distribation de pain aux indigens. 

Art. XII. — Tous les ans, le premier avril, le conseil municipal s'assem- 
blera pour arr^t«r les autres dispositions qu'il croira convenables d'adopter, 
afin de donner à la fête toute la solemnité que réclame son double objet. 

Art. XIII. — Le maire de la ville se concertera avec l'autorité militaire 
pour l'exécution des mesures qui concernent cette autorité. 

Art. XIV. — Sa Majesté sera suppliée de daigner donner son approbation 
royale à la présente délibération. 

Fait et arrêté, en séance» les jour, mois et an susdits (28 avril 1814). 

Ont signé au registre : François Dblportb, Gros, BBRQUiRn-NRUviLLR, 
Adam, Dupont-Dklportb, Wissocq, Detrkvkt, Gahon dr Fro- 

MBNTBL, VléviLLE, GaLMOY , DUCARNOY, GuÉROLST , PBNBL , 

GitANDsiuB nèrp, Audibert, Vasskur, Dewismr, Grandsirb- 
Bki.lfv.m,, (.ary, r.(»u3ix, Mrrlin-Dudrœuil, memhra du C&hhU 
miMieipalt et Mbnnkvillf, McUre, Président. 
(I) Voir Quàmua page» tChiitoin conUmporainet UuUetin de la Société Aca- 
déniique, t. III, p. 512. 



900 is*À3nKém Qo^^ioinrAiBE 

Depuis cette époque )qsqu*à Tan VIII inclusivement, 
laiJJUê des. époux se célébra à Boulogne au lo floréal, 
avec la pompe naïve et prétentieuse qui n'appartient 
qu*à ce temps-là (x). Choisissons la dernière fête pour 
donner une idée des autres : 

A deux heures et demie décimales (2) (6 heures du 
matin) la cloche du Beffi-oy annonça la solennité. Un cor- 
tège composé de détachements cie la garnison et de la 
garde nationale, des fonctionnaires de tous ordres, des 
sociétés locales, des écoles primaires et autres, de 
ffi^oupes de j/çunes citoyens et citoyennes, espoir de la 
Patrie; de pères et mères de famille, honneur de la pa- 
ternité; et de fiancés dont les plus jeunes représentaient 
THymen et l'Amour, partit de la Maison Commune, se 
rendi,t sur la place de la Fédération (Esplanade), fit le 
tour de l'arbre de la liberté, prit la Grande-Rue, celles 
du Contrat-Social, de la Constitution, d'Assas, Neuve- 
Chaussée, fit le tour de Tarbre de la place de la Patrie, 
|)uis entra dans le temple (Saint-Nicolas) (3) destiné à 
a célébration de la fête. Contre la grille du chœur s'éle- 
veib une estrade avec un autel décoré de drapeaux 
tricolores et surmontée d'un tableau où se lisaient ces 
vers de mirliton à la Wyant : 



(1) La proclamAiioii portait que cette fête était instituée dans le but de 
donner aux époux une grande idée de leurs devoira et de diriger leur éma- 
lation vers, les récompenses destinées par la Patrie aux époux vortneux. On 
distribuait des couronnes civiques aux personnes maiiées qui méritaient 
de servir d'exemple, ainsi qu'à celles qui déjà chargées de famille adoptaient 
oA^ plusieurs orphelins. 

Des places d*honneur étaient réservées aux vieillards entourés de leurs 
enfants et petit»>enflsnt8 et «celui de tous qui aura la famille l'i plus nom- 
breuse aura la première place et sera chargé de distribuer les couronnes.» 

On y conviait les époux mariés depuis le l«r germinal. 

<f) Cfr nom d'heure décimale étonnera plusieurs lecteurs, car c'est Tune 
des choses les plus oubliées quil fut un teii.ps où les jours n'avaient que dix 
heures an Ueu de vingt-Houatre, les heures, cent minutes et les minutes, cent 
secondes. Le système métrique fut ainsi appliqué rigoureusement à la durée 
et, quoique Toblifi^lion de remployer dans les actes publics aitéié édictée 
par le décret du 4 frimaire an 11, article XI, cotte innovation fut rarement 
signalée par les historiens. J'ai sous les yeux VTntlruetUm sur Vère de ta 
RèmibUqut avec gravure du cadran d'horiope montrant le rapport des nou- 
velles heures avec les anciennes. C'est une rareté hibliocraphique où l'on 
constate que trois de nos heures feraient justement une heure \ingt-cinq 
minutes d alorft. 

(3) Cette église avait été choisie l'an précédent pour cette cérémonie qui 
avait lieu autrefois sur l'Esplanade. Henriqnez, professeur de l'Ecole cen- 
trale, écrivait à ce sujet le 5 floréal an Vi : «J'ai vu hier le pasteur de 
l'église Saint-Nicolas (le citoyen Roche). Ma conscience lui offre devant 
vods Jf toibut d'éloges que méritent son civisme et sa philosophie chrétienne : 
il réglera ses offices de manière qu'à trois heures précises le temple sera en 
état de nous recevoir. ... » Le choix de ce temple oocasianna «jde sourds 
murmures » mais on n'en tint aucun compte. 




37 AvaiL UOa 901 

Heureux, tendres ëpoux, bëniuez la Nature, 

Ceat dans vos nœuds sacres qu'est la volupté pure ! 

Et vous, enfants chéris, formés par leurs exemples, 

De la Patrie un jour soyez les arcs boutans ! 

Qu'ils viennent avec nous l'honorer dans nos temples 

Et de ses ennemis qu'ils restent triomphans ! 



Pardonnons à ces vers en faveur de l'intention I 
Chacun ayant pris place, les musiciens jouèrent une 
symphonie suivie du chant de l'ode : « O doux Hymen, 
charme des cœurs / » Le président de l'administration 
municipale prononça ensuite un discours c universel- 
lement applaudi » ; des chants patriotiques préludèrent 
à Tunion des fiancés célébrée pendant la cérémonie. Le 
dernier mariage eut Y honneur d'une poésie spéciale de 
Wyant. . . si fervent républicain alors. 

Lecture donnée de la nomenclature des naissances et 
des décès de la décade, la fêt« se termina par le couplet 
chéri des Français : c Amour sacré de la Patrie! » . . 



27 avril 1103. — Saint Anselme, archevêque de 
Cantorbéry, débarque à Wissant pour s'en aller 
par Boulogne en Normandie. 



Le prédécesseur de ce prélat, Baldewinus, confirma 
en II 86 une charte de l'archevêque Richard, succes- 
seur du grand Thomas Becket. En 1165, Thomas 
Becket avait confirmé à Tabbaye de Saint-Bertin Téglise 
de Throwlcy (Trullega) et l'un des témoins était Bal- 
dewino de Bolonia, Ce Baudouin de Boulogne •est-il 
le même que Tarchevêque Baudouin > 

Il faut se rappeler que le xii^ siècle est l'époque où le 
comté de Boulogne est en alliance directe avec la Grande- 
Bretagne, depuis qu'Etienne comte de Boulogne, cou- 
ronné roi d'Angleterre, y avait amené avec lui beau- 
coup de Boulonnais : je trouve en 1 140, un Arnaldo 
de Bolonia signataire comfne témoin d'une charte de 
donation de Hugo de Chilham. 

En publiant le cartulaire de l'abbaye de Saint-Bertin, 
M. l'abbé Haigneré fera la lumière sur tous ces points. 



2012 l'ankâb boulonnaise 



27 avril 1793. — Armement des forts et des 
côtes : mesures prises pour assurer la défense 
du pays ; autre délibération spécifiant les me- 
sures de sûreté pour Wissant, Grinez, Moulin- 
Wibert, la ville, les portes, Alpreck, Ningles, 
Petite-Garenne et Saint-Frieu. 



Ces mesures, arrêtées en conseil général du district, 
les 30 et 37 avril 1793, rappellent les craintes du pays 
à la reprise des hostilités avec T Angleterre. 

Le port surtout était à garantir (i). 

(1) II existe aux archives on placard de consigne, fort curieux, et qui forme 
« Hèglement Donr les batteries » en 1709. 

Le voici. On verra ouelles étaient les mesures de sûreté prises à cette 
époque pour la garde ae nos fort«. 

< Il e^t ordonné à l'Oflflcier qui commandera à la Batterie de Ch&tillon de 
tenir la main à ce qui suit : 

c Do poser sept Sentinelles ; deux dans la grande Batterie, savoir une 
dans la Place d'armes, et l'autre dans la ditte Batterie ; lesquelles Sentinelles 
empêcheront que personne n'approche ni ne casse, tant à pied qu'à cheval, 
sur los Parapets ni sur les Glacis, tant ceux qui font face à la mer, oue ceux 
qui sont autour de la Batterie. La troisième et quatrième aux deux Corps de 

Sarde. I^a cinquième au Magasin à poudre. La sixième à la vieille Batterie 
e Canons et Mortiers à Bombes. La septième à la Tour en nier. 

c Lorsque la Sentinelle apperoevra quelque Bâtiment en Mer, qui 
approchera de la Bade, il avertira l'Officier qui envoyera un homme 
entendu on avertir le Commandant à Boulogne, et prendra garde que 
personne n'approche des Canons sur tout avec du feu, ni avec aucune pippe 
a Taha<*. 

c L'Officier de garde envoyera toutes les nuits plusieurs Patretdlles jusqu'à 
la Tour en mer d'un cété, et de l'autre jusqu'au Porte t, les quelles Pa- 
trottilles reviendront par dedans les terres, et ne rentreront à leur Poste 
qu'avec le mot de l'Ordre. 

c II fera tenir toutes les Barrières fermées toute la nuit, et n'en laissera 
le jour qu'une ouverte. 

c II sera mis une certaine quantité de poudre es main.s de l'Officier, qui la 
remettra es mains de celui qui le relèvera ; et s'il s'en trouve d'égarée, il en 
sera responsable. 

€ Il tiendra la main à ce que tous les Sables qui se trouveront tant sur 
les plates formes que sur les Parapets, et tous ceux qui se trouveront sur 
les ga7x>nnemens du rez-de-Chaussée, soient portes dans des Mannes par 
delà les Rampes de la Batterie par les Soldats de la garde. 

< II est ordonné au Canonnier de garde de se trouver à chaque garde mon- 
tante, de se faire représenter la pondre qu'il a laissée la veille à 1 Offlci(*r, et 
de la remettre à celui qui l'aura relevé, et tous autres outils ou ustensiles du 
Canon, sous peine de ctiâtiment. 

< L'Officier " " 
Vailles de la 
niif un» Oyaj*, 
Ecu 1 i seconde, et confiscation pour la troisième fois, qui sera distribuée 




38 AVRIL 1792 903 



28 avril 1792. — Création des billets de con- 
fiance. 



Il est un point de ressemblance honorable pour 
Boulognne, entre 1873 et 1792, dans la création de 
coupures nécessitées par le manque d^appoints en 
numéraire. Le conseil de la commune vota le 28 avril, 
rémission de billets de confiance (nom de ces coupures) 
de 5, 10 et 15 sols. 

Voici les motifs de cette décision à rapprocher des 
considérations de la Chambre de commerce lors de 
l'émission de ses billets de 5 francs : 

< Le conseil, considérant que la rareté du numéraire 
devient chaque jour plus sensible ; qu'elle pèse princi- 
palement sur les citoyens peu aisés qui ne peuvent se 
procurer qu'à une perte très forte le numéraire dont ils 
ont besoin pour subvenir à leur consommation jour- 
nalière ; qu'en attendant les coupures d'assignats, une 
prompte émission de billets de confiance est d'une 
nécessité indispensable ; que cette émission, sollicitée 
psff le vœu général, est commandée par les circons- 
tances ; que retarder l'effet qui doit en résulter seroit 
tromper les citoyens dans leur attente, et donner lieu à 
de grands inconvénients. 

Arrête ce qui suit: 

Art. I*'. — Il sera fait, au nom du conseil général 
de la commune, une émission de billets de confiance ; 

Art. 2. — Cette émission sera provisoirement fixée à 
36,000 livres ; 

Art. 3. — Les billets seront de cinq, dix et quinze sols ; 

Art. 4. — Les billets de quinze sous seront imprimés 
en rouge, ceux de dix sous en lettres bleues, et ceux de 
cinq sous en lettres noires ; 



aux Soldats de la garde, après compte aa Commandant de Boulogne et fera 
tenir le Corps de garde propre. 

« L'OfRc&er qai conduira la garde à Cbâtillon^ aura soin de tenir ses Soldats 
avec loi, et empêchera Qu'il ne s'en écarte, soit en allant, soit en revenant, 
à peine de répondre du aésordre qu'ils pourroient avoir fait, et leur défendra 
de tirer aucunement, et de sortir des Corps de garde sans permission. » 



904 l'ajUTéa boviiOnvaisb 

Art. 5. — Les billets porteront dans la partie supé- 
rieure ces mots: Billets de confiance de.,,; dans la 
partie inférieure : Remboursable en assignats de cinq 
livres ; sur la partie latérale à gauche : Commune de 
Boulogne''Sur''mer ; sur la partie latérale à droite : 
à échanger contre des assignats de cinq livres ; 

Art. 6. — Dans le cadre seront inscrits ces mots : 
Caisse de confiance^ établie par délibération du Conseil 
général de la commune du 20 avril /792, ran IV de la 
Liberté (i). Bon pour,,,. Suivront les signatures au 
nombre de deux. > 

Le 4 mai suivant, le conseil prenait un arrêté sur 
leur émission et désignait pour signataires MM. Yvart, 
Willecot, Cattaërt, etc. Dès le 27 juin, on avait déjà 
contrefait ces billets. Le 7 décembre, on décidait de les 
échanger avec d'autres communes. Le 30 mai 1793, 
des commissaires étaient nommés pour leur rembour- 
sement partiel fixé à vingt par personne. Le 5 messidor 
an II commençait la liquidation (2). Le 3 vendémiaire 
an III, on arrêtait que les 36,000 livres émis en billets 
seraient versés chez le receveur du district. Le 7 ven- 
démiaire, règlement et rapports de TafFaire ; enfin, le 
7 brumaire an III, une commission remettait le montant 
des billets chez le receveur du district. La ville de 
Boulogne avait fait honneur à sa signature. * 



29 avril 1792. - Plantation de Tarbre de la 
liberté. 



Cet arbre déraciné à Bédouâtre avait été apporté à 
c dos d'homme * avec tous les honneurs possibles sur 
la place de la Maison commune, enrubanné, entouré 
d'une blanche théorie de douze jeunes filles décorées 
de la cocarde nationale et tenant chacune l'un des 
rubans tricolores dont l'arbre était enguirlandé. La 
plantation se fit au son de la musique et du canon. 



(1) On ^rnore pénéndement qu'avant l'ere râpublioaine il y a ea une ère 
de la lihprié, d.» 178î) à 17U2. 

(i) 28 messidor an II — L'échange des billets de confiance se fera chez le 
ciioyeu^lexandre Adaïu. (Reg. à la Corresp.) 



29 AYBIL 1792 206 

Le citoyen Wissocq, rempli d'enthousiame, prononça 
ce beau discours : 



c Oitoyens^ 

c Vous avez manifesté oe matin an corps mnnidpal le 
désir de planter l'arbre de la Liberté, vos magistrats se sont 
empressés d'accueillir un vœu né dans des cœurs brûlants 
du plus ardent amour pour la Constitution, pénétrés d'aversion 
pour le despotisme. 

c Grardez vous, citoyens, de croire que ce soit une cérémonie, 
une parade insignifiante, aembUble aux spectacles pompeuse- 
ment ridicules, aux fêtes superbement extravagantes dont les 
tyrans se servent pour étourdir les peuples qu'ils dévorent et 
détourner un instant leurs regards des maux que leur froide 
cruauté accumule sur leurs têtes. Les fêtes d'un peuple 
libre ont un tout autre caractère : le spectateur y trouve des 
amusements et des leçons. Si elles lui rappellent ses droits, 
elles lui montrent en même tems ses obligations envers la 
société. L'arbre de la Liberté que vous venez de planter voua 
impose le devoir de mourir tous plutôt que de souffrir qu'il 
soit porté atteinte à la souveraineté, à l'indépendance nationale, 
plutôt que de souffrir qu'il soit retranché une seule lettre à 
sa Constitution. » 



L'orateur s'élève ensuite dans les hauteurs des con- 
sidérations les plus humanitaires ; il prophétise : c Vous 
verrez dans peu vos braves volontaires nationaux, vos 
courageuses troupes de ligne, planter dans toutes les 
contrées de l'Europe l'arbre de la Liberté. » 

On multiplia ce grracieux emblème : L'arbre de la 
Fraternité (25 avril 1793), l'arbre de la Réunion (8 nivôse 
an II, 28 décembre 179J) : Tous se couvraient, comme 
l'arbre de la Liberté, ae feuilles naissantes le 4 flo- 
réal an II (23 avril 1794) ; toutefois ce dernier se trouvait 
sans doute dans un terrain peu propice sur la place de la 
haute-ville, car les registres constatent la plantation d'un 
nouveau type le 20 décembre 1794. Moins d'un.an après, 
le 8 décembre 1795, on apprenait sa chute. Fallait-il en 
accuser la malveillance? L'émoi fut vif. Des agents 
forestiers furent requis. Leur procès-verbal porte que 
l'arbre c tilleul de son espèce, était absolument mort et 
même pourri tant dans le tronc que dans le corps. » On 
renonça pour un moment à orner la place de ce signe 
visible de la Liberté. On essaya à nouveau, à longue 



206 l'ann^b bovlonnâisb 

distance cependant, le lo décembre 1797, d'en mettre 
debout un troisième et dernier, qui vécut ce que vé- 
curent les libertés publiques : 

Bientôt Napolëon perça boub Bonaparte. 



30 avril 1777. — L'adnoinistration de la Province 
ordonnance le paiement de cinquante exem- 
plaires brochés d'un catéchisme pour les accou- 
chemens par M. Dufaux et de deux exemplaires 
reliés des « Principes sur l'art d'accoucher » 
par M. Baudelocque, etc. 

En 1774, l'administration provinciale « instruite com- 
bien dans les campagnes l'ignorance des femmes qui 
s'adonnoient à l'état de sages-femmes étoit préjudiciable 
et, qu'au lieu d'apporter des secours, il en résultoit 
souvent des accidents qui faisoient périr la mère et 
l'enfant; et désirant procurer aux habitans, notamment 
des campagnes, les secours que l'art indique, avoit 
solicité 1 établissement d'un cours d'accouchement à 
l'exemple de ceux formés par le gouvernement, et, en 
conséquence de ses spllicitations, elle avoit obtenu un 
arrêt du Conseil qui autorisoit cet établissement (1). » 



(1) n en est question pour la première fois en 1774. Pierre Daunou, chi- 
rurgien, père do l'illustre érudit, ayant été envoyé à Amiens pour c prendre 
connaissante du méclianisme de la machine qui sert à Madame du Coudray 
pour les cours et démonstrations publiquoh d'accouchcmcns » fut chargé 
d*ac<juérir cette machine, qui cotSita WO livres, et d'orpnisor des cours sem- 
blables. 11 les ouvrit le 23 octobre 1774 durant un moLs, et re^ut en gratifi- 
cation la somme do 120 livres. Les onze femmes qui suivirent ses cours furent 
gayées à raison de 15 sous chacune par jour, alin de les indemniser de leurs 
'ais de séjour. Les trois élèves les plus méritantes obtinrent des prix : la 
première de 60 livres ; la seconde de 36, et la troisième de 24. 

l.'administrittion s'imposait d'autres sacrifices, pavHit les fournitures de 
bois, lumière, chaises, tables, bancs et balais montant à 92 livres 5 sons 9 de- 
niers le 14 juin 1776. An 30 avril 1777, sept femmes purent recevoir des 
lettres de maîtrise décernées par M. Bonnet, lieutenant de M. lo premier 
chirurgien du roi ; cinq, l'année suivante ; et d'année en année, on voit le 
nombre dos maltresses s'augmenter. 

Pierre Dauncm, habile démonstrateur, était aussi un auteur : on a de lui 
une Méthode de wiçner «e nourrir U» ettfanê «uwvmiumi^, qu'il fit imprimer en 
avril 1786. Les frais en furent soldés par la Province en même temps que 
les réparations «tant à la machine qu'aux enfants qui servent à la manœuvre 
pour les cours » le tout estimé 200 livres. (Mandat n» 336 du Reg. pour 1786. 



30 AVRIL 1777 207 

On avait essayé déjà de remédier au mal en en- 
voyant des sages -femmes assister aux cours de 
Madame du Coudray, à Amiens. (Voir téphéméride 
du 39 mars.) 

L*administration fut secondée dans son projet par un 
habile chirurgien, Pierre Daunou, qui moyennant la 
faible rétribution de 1 20 livres par cours, en fit deux 
chaque année, en avril et en octobre. Chaque paroisse 
du Boulonnais envoyait une élève : celle-ci, après avoir 
suivi deux cours et subi un examen, était admise mai- 
tresse sage-femme. 

Le dernier cours eut lieu en avril 1793. Les événe- 
ments et la mort du professeur les firent suspendre. 

En 1796, Fadministration municipale ««pénétrée de 
cette vérité qu*on ne doit rien négliger pour soulager 
Thumanité souffrante, surtout pour la classe indigente 
et l^tborieuse », avait accueilli la demande du citoyen 
Bertrand ( i ) qui se proposait de les rétablir. Le 
16 mars, en transmettant au Département une dé- 
libération favorable à cet objet, on écrivait que ce 
patricien offrait « de donner publiquement des leçons 
aux sages-femmes sur cette partie essentielle de leur 
état, t 

Comme le bien qui en devait résulter « est un bien 
général, chaque canton doit y contribuer; alors on 

f>ourrait obliger chaque canton de l'arrondissement de 
'ancien district, et ceux que le Département voudrait 
y adjoindre, à comprendre dans les sous additionnels 
une somme de 60 à 80 francs qui serait versée annuel- 
lement dans une caisse séparée que tiendrait l'admi- 
nistration municipale, et chaque année un nombre 
déterminé de sujets choisis et envoyés par les cantons 
y seraient admis. Pour donner plus d'émulation aux 
élèves et les engager à se distinguer, on pourrait lors 
de l'examen, inviter chaque administration à y envoyer 
un de ses membres. . . . » (Reg. à la corresp., 16 ger- 
minal an IV.) 
L'affaire ne paraît pas avoir abouti. 



(1) PieiTe-GmIlaome-Uabliel Bertrand, né à Boulogne-4iir-mer le 
29 juin 1752, étAÎt élève de M. Pierre Daonon. n fut reçu chirargien de 
Vainiraaté en 1778, chirar{rien-major de la garde nationale en 1789, 
chirurgien-major de l'hospioe en Tan ill ot décéda en 179^. C'est le père de 
l'historien Pierre Bertrand. 



208 l'ank^b boulonkaibb 



Errata et Addenda. — Châsse aux coquilles. 

p. 97. — Au lien de Bonhowrs^ lisez Bouhowê. 

p. 98. — Lefebvre, historien de Calais, a eu entre les mains 
le manuscrit de Fëramus et le dte : tome I, pa^ 367, 360. 

P 102. — Au lieu deperc^Uur particulier, lises précepUwr, 

P. 106. — l«r mars Ld03, première messe paroissiale, offiddU. 
M. Roche arait ouvert son église en 1795 et 1797-1803 ; mais il 
y exerçait le culte constitutionneL 

P, 1 1 1, note, ligne S. — Au lien de Aulbini, lisez Antoine 11^ 
de Créquy. 

P. 114. ' Les Quatre Evangiles, trad. de Lefebvre parurent 
d'abord en 1623, le 8 juin, chez Simon de Colines, précëdéi 
d'une ëpitre exhortatoire. Le reste du Nouveau Testament 
parut quelques mots après. 

P. 116. — 7 mars, au Ueu de 1720, lisez 1270. 

P. 124, 10* ligne, — Corrigez il y eut pku au lieu de U y 
eui davantage, 

P. 124, 31« ligne. — Effacez de suite, 

P. 125, note. — La Neuville est un fief de Saint-Léonard. 

P. 125, 8^ ligne. — Ajoutez contribuèrent aux offrandes, 

P. 126, 2» bgne. — Ajoutez V Annie Historique de M. F. 
Morand. 

P. 126. — Lequien a été tonsuré par monseigneur de Per- 
rochel, dans la onapeUe de N.-D., le 9 avril 1675^ minoré le 
19 septembre 1682 dans la chapelle- du palais SpiscopaL 

P. 127, 6« ligne. — Corrigez toutes Us espérances au lieu de 
tous les espoirs. 

12« ligne. — Ajoutez et on réglemente ta durée des travaux. 

P. 134, note 3. — Au lien de exeommumeavi^ Usez excommu- 
nicari, 

P. 143, note 3 — Au lieu de cul resignandem. lisez ad 
resigfutnâum, 

P. 143. — Antoine Le Roy eut pour successeur dans le 
cure de Marquise, par permutation, Claude Germain, qui 
fut abbé (le Saint-Jean au Mont, pour la France, et qui 
voulut ressusciter son abbaye dans tes b&timents des Reli- 
gieuses Anglaises à Boulogne. Ce (Germain permuta en 1675, 
avec François Le Bon, qui était curé d^Isques, et qui reçut 
des provisions le l^r novembre. 

P. 144 et ailleurs. — Au lieu de ocowppé^ lisez occupé. 

P. 145, 24« ligne. — lisez iKi^e 311 et non 811. 

P. 192, note, dernière ligne. — Lisez ont été et non ont 
étaie$U. 

Les lecteurs ont déjà corrigé d'eux-mêmes les menues fautes 
de ponctuation et d'accentuation. On recevra avec leoonnais- 
sanoe, toutes les indications de fautes à corriger. 



l^il^ï 



f *^ ma/ 1800. — Nomination de M. Masclet, pre- 
mier sous-préfet de Boulo^e. 



Que fut au vrai ]'w des transmetteurs d'ukases ^u 
premier Empire, M. ^asclet, sous-préfet de Boulogne 
et autres iie^ix jusquen 1814, quin*a pu gravir Téchelon 
supérieur de la hiérarchie, quoiqu'il en eut bonne envie, 
qu il fut très capable et fort remuant > 

De par ^ correspondance administrative, conservée 
au]c archives communales, il semble un Jupiter de 
PQtit calibre, au ton sec et cassant : on peut sç demander 
quel était ce personnage ( 1 ) > 

,Cet interrogatoire s*é|ant dl^essé devant moi, j'ai 
cherché la réponse. La voici : 

M. Masclet (Amé-Thérèse), ijiaquit notre voisin, à 
Douai, paroisse de Saint-Âubini le 16 novembre 1760, 
dans hi famille d'un avocat surchaxfipé d enfants : U en 
avait neuf de bon compte et pas de iortune. 

Quapd la corvée e^t nombreuse et le nid étroit, les 



(l) Mais il avait aussi de la bonhomie, de la rondeur, de Tamitié mémo 
en quelques lettres, le tout entremélô d'une manière étonnante. 

Après une transmission d'ordres donnés en maître, on trouve des plirases 
comme ceU^-ci s'adressant au maire de Boulogne : ~ i Voyons, mon cber 
Merlin, évit«s-moi d'avoir à revenir hWdessus > et en P. S. : < Mes amitiés 
à madame Merlin. > 

14 



210 l'année bouloknaise 

oiseaux se dispersent vite. Ainsi arriva-t-il pour les 
enfants Masclet dont l'un, Albert, mourut chirurgien 
en Egypte. Trois se trouvaient en Russie vers Tan X ; 
une fille, mariée à M. Gouy, vendait des poteries, rue 
Eloy, à Douai ; une autre était décédée, laissant deux 
enfants comme héritage ; la plus jeune sœur restait 
ouvrière en gants de peau, métier que la misère lui fit 
apprendre pour gagner 12 à 15 sols, et le dernier frère 
vivait à Tombre dans le bureau du sous-préfet Masclet. 

Leur position, qui devait s'améliorer (i), était pé- 
nible encore en 1807, à en juger par ces mots que j'ex- 
trais d'une lettre intime : « Depuis dix-huit ans que je 
les connais, je n'ai vu que des mendiants à votre porte : 
le frère Minime, le frère Hypolite, le frère Albert, le 
frère Fifre qui fait tant son paon aujourd'huy qu'il est 
commis de son frère : et la pauvre sœur Cline, à qui je 
portais la caristade pendant votre emprisonnement.... b 

L'infortune, ou pour mieux dire le manque de for- 
tune, avait nécessité l'éparpillement de ces frères et 
sœurs qui, dans lâchasse à la subsistance qu'ils fai- 
saient, s'oublièrent mutuellement durant de longues 
années. 

Toutefois, le père avait pu les doter de quelque ins- 
truction. Le jeune Amé- Thérèse fit ses premières 
études au collège d'Anchin et alla les achever à Paris: il 
y affina ses qualités natives d'esprit et devint un érudit 
d'une force sérieuse, très versé dans l'étude des langues 
anciennes, parlant et écrivant avec facilité cinq ou six 
langues vivantes. Si bien doué du côté intellectuel 
on se prend à regretter que l'engrenage politique 
ait saisi ce savant qui, à trente-deux ans, avait achevé 
une traduction de Thucydide fort estimée par les plus 
forts hellénistes, à la tête desquels je citerai M. Larcher. 

Mais était-il d'un caractère à endurer les privations 
que supportent à leur début les pauvres qui demandent 
leur gagne-pain à leur savoir > Je ne crois pas. 

D'ailleurs, tiès sa sortie de l'école, commença pour lui 
la difficile recherche d'une position sociale, et il essaya 
bien des voies diverses avant de rencontrer la fortune 
sur sa route. 



(1) Ceux qui étaient à l'étranger rénssirent mieux : l'on est mort évèquo & 
Moscou, le second a été conseiller de cour en Rassie et la sœur Hélène, 
soQs-goayenuuLte des grands-dncs à Saint-Pétersboorg. 



!•' MAI 1800 m 

En 1783, à vingt-trois ans, nous le trouvons employé 
dans Tadministration coloniale à Saint-Domingue. Re- 
venu en France en 1786, il fut, après un "cours de droit, 
reçu avocat et admis au stage vers 1788. Il devait re- 
tourner en Amérique avec un emploi supérieur. La 
Révolution le fixa en France. A cette époque, grâce à 
une correspondance curieuse, nous pouvons pénétrer 
intimement près de lui et l'apprécier. Feuilletons donc 
quelques-unes de ses lettres. 

Le 14 mai 1791, il écrivait à un ami : c Adieu, mon 
cher Poquet, compte que je ne serai parfaitement heu- 
reux que quand nous pourrons nous réunir un jour 
pour ben deviser ensane de nojone temps et boire al santé 
d'Gayant et d'ses braves in fans. » 

Alors il était loin de sa ville natale. Il se trouvait 
aux environs du Mans ; on lui arrangeait une maison 
dans une situation charmante: devenu citoyen d*une 
communauté de deux mille habitants, à Yvré, il 
espérait s'y rendre utile, commencer son acheminement 
vers la magistrature, en se faisant recevoir avoué au 
Mans. 

Il n'oublia pas de regarder d'où soufflait le vent 
régnant, s'attacha aux Amis de la Constitution alors en 
vogue, et se fit recevoir membre de leur club. 

A cette époque, il s'honorait d'être le secrétaire- 
homme d'affaires de M. de Valence ; il dirigeait ses 
acquisitions de biens nationaux ; il rêvait aussi de faire 
fortune dans cette spéculation ; mais « tous ces diables 
de biens nationaux se vendent un prix fou » avouait-il 
à son ami, et ne s'acquéraient pas sans argent. Au- 
paravant que de songer ce rêve de richesse facile, 
il avait été au service de madame de Montesson, chargé 
de mettre en ordre sa bibliothèque immense. C'est là 
qu'il connut M. de Valence, qu'il devint son secrétaire ; 
c'est là qu'il connut sa femme, gouvernante des enfants 
de M. de Valence, chargée de leur parler toujours 
anglais, afin de leur faciliter un jour l'étude de cette 
langue, hors de laquelle il n'y avait pas de salut pour 
tout ce qui tenait aux d'Orléans. 

Par M. de Valence, il était naturellement inféodé au 
parti de Philippe Egalité, mais inféodé en sous-ordre, 
destiné à rester subalterne toujours : les événements le 
lancèrent dans un autre courant. 

Son patron, colonel d'un régiment de carabiniers, 



212 l'aNKAb BCM7I.0inUISB 

partit pour Strasbourg et lui fit avoir une sous*4ieute- 
nance. Plein de zèle patriotique, M. Masclet se mit 
aux aguets contre MM. les émigrés, tout disposé à leur 
faire tâter sa baïonnette c s'ils en ont envie », comme 
il l'avoue dans une lettre de 1792. 

Heureux, s'il n'avait eu le souci de l'éternel manque 
d'argent, au point d'être obligé de porter à crédit son 
uniforme de carabinier. Cet uniforme devint sa tunique 
de Nessus, pleine de douleurs.; dix ans après, on en 
réclamait encore le coût au sous-préfet de Boulogne 
qui n'était pas plus riche, et qui fut poursuivi par les 
huissiers du tailleur. 

Grave souci, en effet 1 Est-ce pour ces huissiers en 
1792 ; est-ce pour rester fidèle à M. de Valence, que, 
loin d'avoir fait tâter sa baïonnette aux émigrés, il 
émigra à son tour, désertant son régiment, s'attachant 
à M. Victor de Broglie et à M. d'Aiguillon > Quoiqu'il 
en soit du motif, il passa à Bâle, Hambourg et Londres, 
ne conservant de relations, en France, qu'avec son ami 
Lebrun, au grand dommage de ce .correspondant qui 
faillit payer de sa tète l'honneur de recevoir ses lettres 
et subit pour cela un emprisonnement de dix-huit mois. 

En Angleterre, M. Masclet put réfléchir profondément 
et juger combien le pain de l'exil est amer. Il ne 
subsistait qu'à l'aide des leçons qu'il donnait ainsi que 
sa femme. Aussi, dès que la rigueur des lois de pros- 
cription s'adoucit, s'empressa-t-il de rentrer en France 
sans bruit, assez piteusement, portant toute sa fortune 
en deux malles légères d'effets. 

Arrêté, après fructidor, puis relâché, il se retira à 
Champ-Rosai y vit poindre l'aurore impériale, eut 
confiance, s'empnessa de chercher une occupation à 
Paris, pour se chauffer aux rayons naissants et attendre 
les occasions favorables. Il trouva un refuge chez 
M. Lecoulteux et lui paya son hospitalité en enseignant 
les principes de la langue anglaise à ses enfants, tout 
en se remuant si bien que, tout à coup, le voilà bom- 
bardé sous-préfet de la première promotion, à la créa- 
tion de cette fonction politique. On l'envoyait pour 
début à Boulogne, sur laquelle Napoléon avait des vues 
stratégiques : c'est dire, en peu de mots, qu'il était 
favorisé. 

En vérité, il y a des êtres qui surnagent naturellement, 
que les événements ne peuvent submerger: légers. 



1*' KAi 1800 213 

flottants, sans consistance, tous les vents en font leurs 
jouets ; mais au moins ils ne s'enfoncent pas. 

N'est-il pas curieux de trouver l'un des émig:rés 
comme fonctionnaire sous le régime encore républicain, 
de nom, qui les avait proscrits } 

Le premier Consul ménageait alors de plus grandes 
surprises à la France. 

Le nouveau sous-préfet se hâta de prendre le ton 
autoritaire. Il eut le commandement net et sec : nos 
magistrats municipaux, plus d une fois, curent à se 
plaindre de sa morgue (i). 

Que cachait cette pose officielle ? Une misère poi- 
gnante. 

C*est d'abord la question de luniformc impayé. Le 
tailleur demande de l'argent : « Il prend bien son 
temps, écrivait-il à son correspondant habituel le 
2S nivôse an IX: je suis écrasé de dettes, car nous 
sommes mesquinement payés et ne le serons pas mieux 
jusqu'à la paix, quoiqu'on ne nous donne que trois 
mille livres, et tu sens quelles dépenses de luxe et de 



arait 
était 

tables, quoiqu'il n'eut pas 1a'c16 des coaurs : 

Clitoycn Masclet 

Vous avez la dé 

De toutes les cuisines 

< Or, le sieur Masclet» digne élève de Fouché, trouva tout simple de dé- 
noncer, comme ( lisant partie de la conspiration, M. le maréchal-de-camp 
baron d'Ordre, oncle de l'auteur des Chants éfaiM&wr HdéJUUliU, et MM. Bé- 
douin, Mar:iiin et Sauveur. Son but était de se venger de l'influence exeroée 
par eux, contrairement à ses vues, dans les élections. Pour l'un d'eux, 
M. Hédonin, ancien direc*teur-général des postes de l'armée, il trouvait un 
prétexte assez pi lusible dans des rapports d'amitié et de correspondance 
conservés entre lui et le général Moreau. Un commissaire spécial de la police 
de Paris, un sieur Veyrat, fut char^ d'arrêter dans la nuit ces quatre Bou- 
lonnaiii, et de los mettre au secret dans l'ancien couvent des Annonciadea...» 
(ta SouUmnoMe, 15 août 1838.) 

M. Médouin, dont paile la note qui précède va nous renseigner lui- 
même sur sa personnalité à la date du 1^1 ventése an III : < Nicolas Hédouin, 





jusqu'au l*r aoAt 1793, resté au ouartier-général jusqu'au 1" septembre pour 
y former mon successeur ; rentre dans mon emploi de contrôleur, pour cause 




M. Marmin appaiienait également a l'administration des postes depuis 1798 



et lors de sa mort, en 1826, on faisait ressortir comme un titre honorable, que 
dans ses fonctions sous le Consulat et l'Empire. < il avait favorisé la cor- 
respondance des éaiigréa. > Singidier éloge. 



214 l'ankéb boulokkaibe 

convenance nous avons à faire. Tout est fort cher ici en 
vivres, et surtout les meubles qu'il faut louer ; tu penses 
bien que je ne suis pas assez sot pour en acheter, car 
je ne compte pas rester ici longtemps, et je sais de 
bonne part que mes amis pensent à me procurer 
quelque chose de mieux... » 

Son ami lui ayant envoyé deux gros melons de Paris, 
en fructidor : — « Tâches une autre fois de trouver une 
voie plus économique, car le port m'a coûté sept livres... 
Je suis obligé de regarder de près aux ports de lettres 
et paquets, car j'en suis écrasé, depuis que je suis fonc- 
tionnaire public... » 

Pour sortir de cette situation gênée, il cherchait à aider 
l'industrie, avec l'arrière-pensée de demander sa part. 
Il s'entremit pour trouver un bailleur de fonds à 
M. Gaudy, qui allait exploiter une carrière de marbre. 
S'il avait eu de l'argent, il aurait doté Boulogne de 
l'industrie des ciments ; faute de mieux, le 21 germinal 
an X, il adressa au Gouvernement un anglais qui 
apportait une découverte excellente, celle de l'ancien 
ciment des Romains : « Nous en avons fait l'expérience, 
elle a complètement réussi. > 

Son activité n'a pas de bornes. 11 donne l'élan à la 
Société cT Agriculture^ des Sciences et des Arts de Bou- 
logne ; il ouvre les séances publiques par de très bons 
discours. Il prend part à ses travaux, et à la mort de 
M. Marmin-bupont, l'un des membres, il écrit la bio- 
graphie de ce Boulonnais distingué qui fut un homme 
utile ; à cette époque, il disait aussi en confidence à son 
ami : « Fais attention à tous les articles Boulogne du 
Moniteur y du Publiciste, du Journal des Débats, tu 
devineras la plume et le cachet. » 

Le littérateur perçait ainsi sous l'homme politique. 
L'avancement qu'il espérait se borna à un changement 
peut-être favorable : on l'envoya à Douai au même titre 
de sous-préfet, le i*' vendémiaire an XII. 

Là, le 16 nivôse an XIII, il est encore obligé de dire 
à son correspondant : « Quand tu m'écriras ne choisis 
pas de si gros papier, car on me fait payer des dix sols 
de port; j'en suis tous les jours jusqu'à 15, à 20 sous, 
au moins, de frais de lettres, ce qui m'écrase. > 

Cette gêne persistante doit être la circonstance atté- 
nuante d'une action blâmable qu'il a dû regretter. Lors 
de la mort de son frère chirurgien, il liquida la succès- 



l<^r MAI 1800 215 

sion sans songer à ses collatéraux restés en Russie ; ce 
qui lui fut hautement reproché. 

La correspondance où j'ai puisé ce qui précède s'ar- 
rêtantau départ de M. Masclet pour Douai (i), je n'ai pas 
cru devoir chercher avec autant de soin le complément 
de sa biographie. Il suffira d'en tracer les grandes lignes. 

Après Douai, M. Masclet fut sous-préfet de Cosne, 
jusqu'en 1814; à cette époque, il obtint la croix de la 
Légion-d'Honneur et un consulat à Liverpool, d'où il 
passa ensuite à Edimbourg. Il n'accepta pas le consulat 
général de Bucharest, prit sa retraite en 1824, mais il 
crut devoir offrir ses services au gouvernement de juillet, 
qui le nomma consul à Nice, où il est mort le 7 oc- 
tobre 1833, terminant sa vie, comme il l'avait com- 
mencée, serviteur de la famille d'Orléans. Le dénouement 
mit ainsi un semblant d'unité dans la carrière fort mou- 
vementée, de celui qui, parlant de lui-même, en 1792, 
disait : « le suis le voyageur perpétuel, le Juif errant. > 

Cela n est pas étonnant ; n'est-ce pas un peu la 
destinée des sous-préfets > 

Voici la liste de ses successeurs, bien nombreux déjà : 

1804-18 13. Duplaquet. 

1813-1815. André de Biaudos, comte de Caste ja. 

Aux Cent Jours. Maloteau de Gueme. 

18 15-1820. Antoine-Edmond Herman. 

1 820-1 822. Gengoult Kuyls. 

1822-1830. Baron le Cordier. 

1 830-1 833. De Normandie. 

183 3-1 841. Launay Le Provost. 

1841-1847. De Mentque. 

1847- 1848. Henry Bourdon. 

1848. — Bachelet, Ayraud-Degeorge et O. Gelléc. 

1849. — De Maupas. 
1850-185 1. Cortois de Chamailles. 
1851-1852. Sorbier de Pougnadoresse. 
1852-185 3. Frachon. 

185 3- 1862. Menche de Loisne. 
1862- 186 3. De Boyer de Sainte-Suzanne. 
1864- 1865. Baron de Farincourt. 
1865-1867. Labrousse. 

(1) Unp lettre du Rcp. R. de la Corresp. municip. porte, au 9 mai 1809, 
que réloip:nenient n'a pas ahéré los sentiments affectueux du maire pour 
M. Maticlet, qui, s'il vient à Boulogne est priô de descendre chez lui. 



216 js^ÀxnfrÉm boxtlonhaisb 

1867-1869. Puglîesi-Cotïtî. 
1869- 1870. Panot. 
<870-i87î. Constant Lagache. 
187 1 . — ^ Borie de la Batlut. 
1^71-1873. Armand Després. 
1873-1874. Paul Esterhazy. 
187^-1876. Baron de Latouche. 
^876-1877. Abdon Béchade. 
1877. — D. Najean. 
ïè77-i878. A. Amat. 
1878-1879. D. Naiean. 
i88o-i883. Léon Greiiier. 
1883, -^ Eugène Sée. 
i 884 . -^ Charles Lutaud . 



2 mal 1566. -* Sulpice Charlemaignë est mis 6n 
possession de la charge d'oSicial de Hiérouaûe 
pendant la Taeance du siège. 

Dans ses notes manuscrites de 1750, M. François de 
Clocheville place parmi les ouvrages à consulter sur 
rhistoire du pays boulonnais : La relation des événements 
de iK6jy sous le gouvernement de Morvilliers^ par 
Sulpice Charlemagne, avocat. 

M. François Morand (Notices sur les écrivains bou- 
lonnais inconnus, Alm. de 1850, p. 108), cite élément 
S. Charlemagne comme Fauteur d*un Méthotre de ce 
qui s*est passé alors de plus mémorable (i) : il regrette 
la perte cfe ce travail. 

(1) Voici sa notice : Snltiitfe Charlemagne exergA U profeàstofi d'àvocit à 
Boologne. Le 2 mai IS66, le chapitre de cette ville le rê^ut en qualité d'offi- 
dal de Théroaanne, titre sons leqael 1«b chanoines de cet ancien èvèché 
transférés à Boulogne, avaient encore liiabitude de M désigner. H fitt en- 
suite successivement (Nourvu des charges d'avocat et de bailly de Tabbaj e de 
Notre-Dam<^, ou du moins des religieux subsistants de cette cofamiunaûté, 
alon supprimée. Nous le voyons encore en cette fonction en 1577. Seft lu- 
mières et ses talents l'avaient fait appeler à ces différents postes. C'était, an 
rapport d'Antoine Le Roy, un savant avcicAt: il rem^liMait les fonctions 
d'omclal à l'époque du saccagement de la cathédrale de Boulogne par les 
Huguenots ; et il a composé un Minurire de ce qui s'est cassé alon de plus 
mémonble dans cette ville. Ce mémoire, qu'il serait si intéressant de re- 
ti^uver, BAGOUS est point parvenu; mais Antoine Le Roy en a tiré quelques 
renseignements dont il a fait usage dans son JERêMn di Kotr^^hami dt 
Jhvlognt. 



3 MAI 1780 217 

Ce mémoire était encore entre les mains de Michel 
Dubuisson en 1785. Cet historien s*appuie de la Rela- 
tion de ce qui s'est fossé à Boulogne sous le sieur de 
Morvilliers, par Sulpice Chariemagnc, avocat, pouf 
parler des désordres commis par les lluguenots, en 1 567. 
On peut même ajouter, que selon son habitude, 
Dubuisson s'est borné à le reproduire en rajeunissant 
le style. Si cela est vrai, le travail de l'official de Thé- 
rouane n^est pas perdu dans ce qu'il a d essentiel. 

Sulpice Charlemagne était marié : les registres de 
catholicité portent (n* 1785) 22 décembre 1569 : «a été 
baptisé Guillaume, fils de Sulpice Charlemagne. » 

Le jour de Noël 1573, il touchait ses gages d'avocat 
de l'abbaye Notre-Dame montant à seize livres, pour 
deux années et douze livres, à titre de bailli-échevin de 
la dite abbaye. (i4rcA. du chapitre.) 



3 mal 1730. — Établissement d'une manufacture 
de frocs à Thôpital. 

Les pères de la Chambre des pauvres décident de 
faire venir un maître manufacturier, son fils et quelques 
compagnons ouvriers pour l'établissement projeté et de 
leur préparer des logements. 

Le 20 juin suivant arrivèrent Charles Decraye, maître 
drapier de Bernay, son fils et Samuel Guernet, son 
compagnon. Une messe du Saint-Esprit fut dite le 24, 
afin d'implorer les bénédictions du Ciel sur l'entreprise : 
le ^o on commença à travailler. 

La manufacture fut établie dans les soubassements 
appropriés à cet usage par maître Dieuset, maçon. 
Deux mille livres de laines furent achetées. Claude 
Le Roy, peigneur de laines, s'engagea à peigner celles 
de la manufacture, moyennant un forfait de 3 sous 6 de- 
niers la livre. 

MM. de Raucourt et Huet, qui voulurent bien se 
charger d'en prendre soin et d'en diriger les ventes et 
achats, la firent prospérer. Monseigneur l'intendant s'y 
intéressa et promit de faire prendre « des capothes de 
soldats » pour les troupes en garnison dans les villes de 
son départemental tint sa promesse, car au 17 août 1734, 



218 l'ann^b boulonnaise 

la supérieure de Thôpital informait les administrateurs 
qu'elle avait conclu marché avec M. de Bony, commis- 
saire des guerres à Calais, pour soixante-dix capotes à 
22 livres, à livrer c d*ici au 15 octobre. » 



4 mai 1212. — Acte d'hommage de Renaud de 
Dammartin, comte de Boulogne, à Jean sans 
Terre. 



Il faut tout d*abord bien se pénétrer de l'idée de 
l'indépendance relative des grands vassaux. En aban- 
donnant son suzerain français pour s'attacher au roi 
d'Angleterre, Renaud de Dammartin agissait comme 
les princes de l'antique confédération germanique, qui 
se croyaient en droit de s'allier avec un souverain lors- 
qu'il semblait bon à leur politique d'en suivre la fortune. 

En 1212, la défection de Renaud arrêta la plus grande 
entreprise de Philippe Auguste. Ce roi voulait envahir 
l'Angleterre. Jean sans Terre tenta un effort désespéré 
et par Renaud obtint l'alliance du comte de Flandre. 

Le 4 mai, Renaud jurait au roi d'Angleterre, comme à 
son seigneur-lige, de le ser\4r fidèlement tant qu'il 
vivra, contre tous les mortels, de ne conclure, sans lui, 
ni paix ni trêve avec le roi de France ou son fils Louis, 
ou tout autre, son ennemi. 

Simon son frère, Wallon de Capelle, Hugues de 
BestellyO) Jean de Lestes (de Liskes>) et Robert 
Maréchal (h est-ce pas le maréchal?) jurent avec lui 
les mêmes promesses. 

En garantie de son acte, il promit de remettre en 
otages Ide, sa femme, deux fils de Guillaume de Fiennes, 
le fils de Jean de Seningham, le fils ou la fille du comte 
de Cluny, Simon fils de Julien de Canewell {Canneval, 
Quenneval ?) le fils de Daniel de Bétencourt, le fils d'An- 
selme le Panetier, le fils de Béron de Colebert, le père 
de Baudouin de Rivière et le fils de Guillaume d'Odre. 

Renaud avait été envoyé au roi d'Angleterre par 
l'empereur thon, le grand ennemi de Philippe Auguste, 
et il apportait à Jean la promesse de Ferrand de Flandre 
pour contracter un pacte d'amitié et d'alliance. L'acte fut 



5 MAI 1624 219 

signé le jour de TAscension. Le même jour, le roi Jean 
rendait à Renaud les manoirs de Kirketon, Durham, 
Norton, Bampton, Ixning, Wrestlingewurth et Ridai, 
anciennes possessions des comtes de Boulogne saisies 
par le souverain anglais ; il informait aussi Arnoul 
d*Audenarde, Rasse de Gavre et Rasse, son fils, Walter 
et Gérard de Sottoghem, Thierri de Beveren (Beveri >) 
et leurs amis qu'à la demande du comte de Boulogne 
il les avait pris à son service. 

On trouve encore dans les actes de Rymer et de 
Hardy, d'où j'extrais ce qui précède, les noms d'Adam de 
Kiéret, Guillaume de Créqui, Guillaume de Saint-Omer, 
Thomas de Bavelinghen, Jean de Gravelines, Hugues 
de Boves et autres, parmi les hommes qui ont suivi 
Renaud de Dammartin. 



5 mai 1624. — Etablisseiient des religieuses 
Ursulines. 

C'est la date donnée par Antoine Scotté, qui rappelle 
que ces dames solennisèrent la centième année de 
leur établissement le 5 mai 1724, en faisant l'office 
double de saint Pie V, pape, avec exposition du Saint- 
Sacrement pendant trois jours, et avec prédication; 
elles régalèrent leurs pensionnaires au nombre de 
soixante et c firent quelques courtoisies à leurs esco- 
lières externes.» 

La communauté était composée de soixante-dix reli- 
gieuses le 23 mars 1729: il est dit, dans la déclaration 
de leurs revenus et charges, qu'elles possédaient : 
Revenus affermés . . 6,3241b d sol > den. 
Revenus non affermés . 1 1 5 1 3 i » 

Ensemble. . 7,837 i 3 

Charges. .... 4,070 18 i 



Restait net. . . 3,766* 2 s. 11 den. 
pour Tentretien de soixante-dix religieuses (i). 

(I) La déclaration originale porte : t Ordre de Hainte Urrale. — Obser- 
vance de saint Augastin.— Polit office.— Fondée sons le règne de Louis XIII, 
solvant les lettres patentes du mois de mai 1624. Nombre : cinquante- 



220 L*AjmÉM BOVIKMTNAIBB 



6 msti 1354. — Le roi Jean mande au gouver- 
neur du comté du Boulonnais qu'il a fait remise 
à un sergent nommé Enguerrant dit Destorre, 
ancien habitant de Calais, et châtelain d'Étaples, 
des arrérages qu'il devait de cens annuel aux 
comtes de Boulogne pour une terre qui a été 
et est encore ravagée par les connins des 
garennes de la chàtellenie de Hardelo. (Arch. 
départ., A. 86. Inv.,p. 120.) 



Le nombre des lapins devait être considérable dans 
ces garennes, car dans les états des officiers du comté de 



trois professes — quatre novices — douze converses — une postulante ; en 
(ont : soixante-dix. — Notre jardin est petit et produit çeu de légumes. — 
On observa qu'on ne reçoit pas un sol de la veuve Guerlain» de Belar et do 
Merlin : i Ce sont des gueux oui n*ont pa<« Ia pain. > Notre institut nous 
oblige à Tinstruction et édnoation des Jeunes filles tant externes que |>en- 
sionnaires, leur apprendre à lire, écrire, conter, le catécliisme et instruction: 
leur apprendre, à coudre, ûler. tricoter, recertir, tapisserie et broderie : cela 
nous oocupe tellement qu*à peine pouvons-nous suffire aux ouvrages indis^ 
pensables de la communauté. Tous les ou\'rages que les pensionnaires font 
sont pour elles. > (Arch. Comm. H. n« 403.) 

Voici nne lettre à Tappai de la déolaratlon adressée à l'évèqne le 
22 mai 1727. 

< Monseifrneur, pour obéir à vos ordres en conséquence de la lettre de 
M. d'Aniienonville et de l'arresl du 19 avril 1727 pour la dédaraiion que 
l'on denvuide aux religieuses de leurs biens et des charges qu'elles ont 
dessus, que l'on a desja donné plusieurs fois et dont votre Qrandcnr me 
dem.ind<^ encore un abrégé ; 

f Tout le revenu tant en mnison, fermes, rentes», monte à 6,216 livres, sur 
Inquel nous nous trouvons à retour, surtout ces dernières années, de plus de 
BfOÔO livres pour les grandes réparations et débris que jes {irands venis et 
inondations d'eaux ont causé dans nos m.-iisons et t<'rrcs de la campigne et 
môme dum U iMnasUrtf au'un touràUUm dâ van a rtuvemn ttt hiver l»s fenAtres 
de l'église du dedans el du dehors, enlevez les couvertures en plusieurs en- 
droits; réparations ahsohiment indispensables, desqiiel«^s noua somes encore 
redevaMes do tous les fr^iis ayant monté à plus de 600 livres pour le monns- 
tère, » et à la oamp;i^ne, faute d'argenf, nous avons dû « raire atayer les 
gr.ingos et autres b;istimcnts avec de prnnds arbres qu'on a fait abatre' », etc. 
il v a en outre les rentes et cenulves, réparations communes, qusrtii*r d'iiiver, 
soMnts de milice, Uixes continuels de breAiter, écolif^, maisons de clerc, dé- 
cimes, etc. 

c Les charges de 1 1 maison : au confesseur, 550 livres ; messes de fondation, 
650 livrai; méJecin, cérurfrien et apoii |uerie, au moins 150 livres; gitges 
100 livres; rentes dues pour les terre» cl mnisons, 425 livres. 

c Nous sommes chargé d'une pension de 300 livreii pour la nourriture, en- 
tretica et faire apreadre métier à une pauvre lUle — faut la reqoiptf — • étant 



6 JUi 1510 asft 

Boulogne pour 1 346^1 349, {Pays Boulonnais, p. 393-403), 
on trouve, outre une pension annuelle de deux cents 
€ connins » au châtelain d'Hardelot, des envois à Paris, 
de quatre cent quatre-vingt lapins en 1 348 , plus des 
cerfs et des sangliers. 



6 mai 1519. — Âléame Morin approute une dé- 
claration de Col lin Tuyn. 

« £v 91* iout ^ tua» eu anli v tu oci» Cctu^ ^^HV ^ 
> tRcnêanicf «m«u a wfdvé Cm u£cf* cmimué #9 un& at^c^^mu^ 
« dowi. lor têM«ui é eiMteut. [mmu u déiatA. 81. C9 apptofiolM^ ^ 



vue i^e qu'eUes Tiennent tonte nû et s'en retourne bien acomodée-: e'étoit 
nue rente oonstttnée qui a été rembouBÔ en billet. 

c U nout reste pour Tentretien de Gagnante-huit religienses environ 
2,000 livres par an. 

€ En 1720L on nous a remboursé plus de 4,000 livres de rentes constituées 
provenant des dots que nous avons receu en biliet de banque. Sa Majesté 
nous a fait la jmu)es que l'on en repris pour la somme de al,665 livres le 
tt septembre 1723, etc., et nous recevons par an sur Montdidier 1,033 livres 
63 sols ; mais nous n'avons re<;u que deux payements encore et demandons 
en fcnoe ^e la dite «mniie soit mis s v les tailles et domaines du Bon- 
lonois : «je suis sûre que si Sa Majesté estoit informé de Tatachement res- 
« pectueux et du selle quy nouK fait prier avec ferveur pour sa conservation, 
« celle de la Reinne, son épouse, pour obtenir du Ciel des héritiers de la 
« couronne dont nous espérons par sa Rrâoe un heureux succès.... Leurs 
« Majestés auroient pour nous des senoment favorable qui porte toujours 
« avec eux un écoulement de leur générosité. » 

« Novs avons enoor plusieurs biliet de banque quy nous ont esté rendu 
par des personnes è quy nous les avions offert et quy n'en ont pas seu faire 
usi^. 

«Nous nous trouvons, Monsei|cneur, ohar|;ées de beaucoup de dettes. . . le 
Seigneur nous a conservé le créait jusôu'aujourd'huy, sans cela nous serions 
bien à plaindre et je vous avoue, Monseigneur,que c'est une dur croix pour une 
dépositère de se tvovver très souvent sans aKcnt et or d'estat de satisfaire à 
de pauvres gens quy ne nous vandent leurs daré que dans Vespérance d'en 
estre bien pavez. 

« Je prévois, de plu::, une grosse réparation quy est la couverture d'ardoise 
denostreégUy.... 

« VoUL Monseigneur, avec sinsérité le détaille que votre Grandeur me d»* 
mande. C» n'est pas sans peinne, ayant le malheur sv nous somes pauvres 
d'avoir assez d'oi^eil pour ne le faire pas conoiire. Je prie le Seigneur tout 
puissant do nous conserver et combler de ses graoes les plus précieuse un 




celle quy est, dans un dévoument parfait et très respectueux, 

« La Dâpositèrb des Ursuukbs ob Buulononb. 



222 l'aNV^E fiOULONKAl89 

« tca («Dit (foflt9 %uM *t*i7 «iaiiÉ tuauiut eu *u û> tcâtiû **«' 
« CuUatitc^ &tt><7tii7 11 iiieilic^ éot) «atua iaç eu jout DcMiiè Dtu. 

■ + Marque de ColUn Tuyn : Signé : ^. |p(lrill H^'*^. " 

Aléamc est probablement l'auteur de la Chronique 
rimée du siège de Boulogne en 1 544, dont M. F. Morand 
a donné l'excellente édition en 1866. J'ai compulsé avec 
soin tout ce qui nous reste des documents de cette 
époque, sans rencontrer V Antoine Morin à qui on avait 
attribué cette chronique. En revanche, j'ai acquis la cer- 
titude que la famille du rimeur était alliée avec celle 
d'Eurvin, laquelle était également en parenté avec la 
famille des Le Sueur dont est sorti Guillaume Le 
Sueur, notre premier historien connu. Le groupe de 
bourgeois qui s'est distingué lors de la prise de Bou- 
logne, uni d'origine ou par des alliances successives, 
a donné sa fleur illustre dans Anthoine Eurvin, l'hé- 
roïque maïeur, qu'on ne saurait trop rappeler à la 
mémoire de tous ceux qui aiment leur cité et leur patrie. 



7 mai 1864. — Sainte-Beuve, propriétaire, parle 
d'envoyer un huissier à ses locataires. 

On ne le connaissait pas sous cet aspect. Comme 
propriétaire, il n'a pas échappé à la loi qui veut que 
tout loueur de maison soit intraitable sur la question 
du terme échu. 

Il avait hérité de sa mère une petite maison de la rue 
Saint-Martin, n* 8, c mon bâton de perroquet pour le 
loisir final. » 

En attendant ce repos qui ne devait pas venir, la 
maison avait pour locataires mesdemoiselles f'orestier, 
peu exactes, paraît-il, à l'échéance. Grave souci pour 
oainte-Beuve qui s'en expliquait ainsi le 7 mai 1864, 
écrivant à une parente : 

4 Mesdemoiselles Forestier sont bien en retard pour le 
terme échu depuis le i^ mars, fai bien besoin d'argent, 
Jai envoyé un reçu à Aglaé^ il y a six serr aines. Est-elle 
de retour? Ce reçu est-il entre vos mains? Chère Rose, 



8 MAI 1513 223 

je remets à vos bons soins de hâter ^ s'il se peut, le paie- 
ment de ces bonnes demoiselles qui se font toujours tirer 
r oreille: mais ne vous en faites pas une affaire? Après 
tout y je puis attendre ; mais je suis, en telle matière, un 
homme plus ponctuel que je nen ai l'air. — Un petit 

BOUT d'huissier QU'oN MONTRE FAIT MERVEILLE. — Aglaë 

en avait un dans sa manche pour le simple épouvantait. 
Je vous embrasse et vous fais mes excuses pour la peine. 

< Sainte-Beuve.» 

Le petit bout d'huissier ne paraît pas avoir suffi. Le 
30 octobre 1864, nouvelle instance. 

« Chère cousine, je vous prie de m' excuser si Je suis 
importun, mais je suis forcé de vous prier d'obliger les 
vilaines demoiselles Forestier à payer. Je ne puis com- 
prendre de si mauvaises locataires. Que je voudrais en 
avoir d'autres qui fussent régulières et avec qui Von neut 
point de ces ennuis, dut-on leur louer un peu moins. 1 

Son souci va, le 9 mai mai 1865, jusqu*à recommander 
ceci à sa cousine : 

« Ne dites tas à mesdemoiselles Forestier ce qui m^ arrive 
(sa nomination de sénateur) car elles seraient capables 
de ne plus payer du tout le loyer, et, en attendant que les 
gros traitements rentrent, j'ai bien besoin des petits. "% 

Enfin fatigué d'avoir, à chaque terme, l'ennui de faire 
relancer ses locataires, Sainte-Beuve se résigna à couper 
« le bâton de perroquet » en perspective qu'il ne louait 
pas bien dans le présent et, c profitant d'une occasion >, 
il vendit sa maison de Boulogne moyennant 4,000 francs 
nets et comptants. (Lettre du 3 janvier 1866.) 



8 ma/ 1513. ~ Pontremy avec les garnisons de 
Boulogne et de Montreuil « dégaste » la contrée 
de Guipes. 

L'année 1^13 fut une année de vive lutte. Cela avait 
commencé clés le 1 5 janvier, La barque de Boulogne 
ayant fait des captures maritimes, Richard Wmgfield, 
gouverneur de Guînes, priait alors le cardinal Wolsey 
de donner les ordres les plus stricts pour la garde du 
passage de mer. 



9ii i.'Ainft|9 BùçyojfmÀJSE 

Le ai février, on annonçait que de nouvelles fortifi- 
catjions étaient élevées à Boulogne, ce que confirme une 
note d'un compte des bailliages royaux pour 1 5 1 3 où il 
est parlé d*une maison c démolie » pour les fossés et 
re^mparts de la ville (i). 

Vers la mên^ç époque, Hector d^ Vicquçmare infor- 
mait Marguerite de Savoie qu'il avait vu un canon- 
nieTj nop^mé Denis le charron, qui s engageait à faire 
sauter les magasins anglais et à détruire tous les mou- 
lins dç la contrée de Guines. Le camp de Boulogne 
était bien approvisionné; quatre cents hommes de- 
vaient se rendre sous deux jours à Montreuil où M. de 
Piennes était arrivé. 

Les nouvelles de Paris portaient que le roi était en 
cette ville « bien mal disposé : il n a que la langue et un 
petit de cœur. > 

Au 8 mai, on parlait des dégâts commis par les 
troupes de Pontremy et les Anglais du Calaisis récla- 
maient des secours, c Les Français font tous les dom- 
mages possibles. » 

Le secours allait arriver. Partie le 1 3 juin de Calais, 
Tarmée anglaise entre en Picardie le même jour, 
étendarts déployés, loge à Lculinghen, puis à Mar- 
quise, à Licques. à Dohem, à Cordes et arrive devant 
Thérouane dont le siège est établi : larmée anglaise y 
resta du 27 juin au 6 septembre. 

La garnison de Boulogne inquiéta vivement Tennemi. 
Dès le 27 juin, on écrivait que cent wagons avec vic- 
tuailles et une garnison de cinq cents hommes envoyés 
à ce siège avaient été interceptés par les Français, près 
d'Ardres, et que les provisions étaient dirigées sur 
Boulogne. 

Le 28, deux cents Anglais sont tués dans une ren- 
contre. Le nombre est incertain « les corps étant si 
estrippés 1 et les faces si mutilées, qull est difficile de 
reconnaître c qui est Anglais qui est Français. » Les 
Anglais se consolent en constatant que vi^t beaux 
chevaux ont été trouvés morts sur le terrain, quelques 
autres pris et amenés sur le marché de Calais, tandis 
< qu'ils n'ont perdu qu un seul cheval. » 



(1) C'était la miiison dite Yft^ de ffowgogne < dcsmoUe et prinse à Caire les 
remparts, cn\iron le mois de février dernier passé aae l'on disoit 1513. » — 
(Catalogue des Actrs, etc., toue VIII des Mim.a4la$(ie, 4wd., p. 162.) 



% Mil IWi 9S5 

Wissant devait payer pour Boulogne. Le 4 {uSlett 
cette € ville de loi t est entièrement détruite par le feu 
quoiqu'elle se fut soumise aux Anglais à la première 
menace. On reprochait aux habitants d'avoir piHé un 
vaisseau anglais échoué sur la côte et d'avoir envoyé 
réquipage prisonnier à Boulogne. « Tout de mèmet 
après la punition chacun fut honteux de la victoire. 
Merci au Tout-Puissant qui n*a pas approuvé la ven- 
geance, car la nuit une terrible tempête a détruit cinq 
vaisseaux devant leurs yeux et a fait périr les équi- 
pages. » 

Au 14 juillet, on mandaitque six cents Anglais, envoyés 
de Thérouanne à Calais pour ramener des provisions, 
avaient été attaqués par le < peuple de Boulogne » 
et avaient perdu trois cents hommes et soixante-dix 
charrois. (S/a^« Pa/)drs, lettres de Henry VIII, />as«tm.) 

Mais la garnison de Boulogne ne pouvait que tenter 
des escarmouches plus ou moins heureuses. Elle était 
impuissante contre la forte armée campée devant Thé- 
rouanne, formée des troupes anglaises et impériales. 
Thérouanne qui a éprouvé, plus que nulle autre ville, les 
malheurs de la guerre, cette cité tant de fois prise et 
reprise, tant de fois ruinée et rétablie, devait être détruite 
encore cette fois. 

Les archives du chapitre rappellent le saccagement 
de 1 5 1 3 dans lequel les chanoines perdirent € leurs 
titres. » (Arch. comm. G, n® 16.) «La dite ville fut 
prinse et desmoUie . . » 



8 mai 1674. — Lettres de bourgeoisie donnée^ 
par les maieur et échevins d'Ambleteuse à 
Antoiae Courteville. 



Cejourdhuy, huitiesme jour de may 1674, s'^^ Pré- 
senté par devant nous, maîeur et eschevins de la ville 
d'Ambleteuze, Anthoine Courteville habitant du village 
de Raventhun, lequel nous a présenté requeste qu'il 
nous pleust le voulloir recepvoir pour un de nos bour- 
goîs ; nous dits, maîeur et eschevins, le reconnoissant 
homme de bien et d*honneur, n'estant chargé d'aucone 

15 



226 l'akk^b BouiiOjrarAiBB 

thace d*enfamie, parquoy a estez par nous receu à estât 
de bourgois ; et, pour cest effect, luy avons faitprester le 
serment de fîdélitez, savoir qu'il tiendra estât de bour- 
gois et qu'il obéira aux loix et ordonnances que ont fait, 
font et feront lesdit maïeur et eschevins dudit Amble- 
teuze, ce, suivant les règle et previlleige donné et oc- 
troiez par le conte Renault aux bourgois, manans et 
habitans dudit Ambleteuze, à la charge que ledit Cour- 
teville s'obleige de paier la rente à la vicontez dudit 
lieu quy est de quatre buttiaux d'avoingne, petitte me- 
sure, et deux poulie pour un bourgage, et pour le demy 
bourgage qui est deux buttiaux d'avoingne, petitte me- 
sure, et une poulie, et le pannage pour ses bestiaux et 
autre droict deubt au roy, à cause de la vicontez dudit 
Ambleteuze : le tout pour chacun an ; comme aussy paier 
ce qui est deubt à la ville, à l'argentier, savoir : sai/e 
soubz, et aussy paier ce quy est deubt à l'église d' Amble- 
teuze savoir : quatre soubz, avecq nos droict et sallaire. 
A aussy oblegez, ledit Courteville, le tierche de ses 
biens pour subvenir et maintenir nosdit reigle et previl- 
leige pour sa part et cotte comme les autres bourgois ; 
à la charge aussy que ledit Courteville sera teneu de 
garder et conserver les entredeux des tournes faict par 
lesdit maïeur et eschevins et confirmez par arrest de la 
Court de Parlement. Sera teneu aussy lever sa lettre 
de bourgois. A aussy promis ledit comparant que, sil 
entent mal parler desdit maïeur et eschevins, qu'il en 
fera son rapport ; et, pour tous les cause et raison 
susdit, avons permis et permettons, par ces présentes, 
jouir de la dune et comune, droict et previlleige dudit 
Ambleteuze, comme nous ; et, pour approbation de 
quoy, avons signé et avons faict signer ledit Courteville, 
le jour et an que dessus. 

Coppy du contractz dé bourgoissîe d'Anthoine 
Courteville coppiée au Registre de la ville d' Am- 
bleteuze par moy greffier des maïeur et es- 
chevins dudit Ambleteuze ce jour et an que 
dessus. 

Nicollas Le Coincte(i). 



(1) Je dois cette pièce cnnease à M. J. Leoat 

Lors de leur réception, les boui^eois de Boulogne prôUient aussi le ser- 
ment de fidélité et engageaient le tiers de leurs biens envers la commu- 
nauté. 



10 MAI 1560 227 



9 mai 1200. — Jean, roi d'Angleterre, déclare 
que si Renaud , comte de Boulogne, voulait se 
retirer en Angleterre à cause de la guerre qui 
ravage le Boulonnais, il pourra y venir li- 
brement lui, sa femme et ses filles. 

Les filles dont il est parlé sont Mahaut, qui épousa 
Philippe de France, et Alix, qui fut mariée à un comte 
de Cicrmont et d'Auvergne : de cette dernière descendit 
Robert, comte de Boulogne et d'Auvergne, successeur 
de Mahaut, sa grande tante. 



9 maf 1810. — Discours de M. Menneville, maire 
de la ville de Boulogne, à S. M. I. Napoléon I^^'. 

a Sire, 

« La présence de Votre Majesté et de notre Auguste 
Souveraine comble tous nos vœux et éiectrise tous les 
cœurs. Ce concours de peuple, ces acclamations una- 
nimes prouvent combien vos fidèles sujets, les habi- 
tants de Boulogne, vous chérissent. 

K Sire, j'ai l'honneur de vous remettre en leur nom, 
les clefs de la ville de Boulogne. L'amour et la fidélité, 
en ont été constamment les gardiens; puissiez-vous 
nous juger dignes de conserver ce dépôt précieux. » 
(Reg. aux délib. du conseil, f° 184.) 



10 mai f 550. — François de Lorraine, duc de 
Guise, pair de France, fait don d'une lampe 
d'argent à l'église Notre-Dame de Boulogne. 

Deux autres lampes d'argent avaient été également 
données à Téglise dans le même temps, l'une par Anne 



de Montmorency, Tautre par Charles de Lorraine, car- 
dinal de Guise, archevêque-duc de Reims, premier pair 
et légat né du Saint-Si^e Apostolique (i). 

Antoine Le Roy, qui rapporte ces donations dans 
ses notes mantiBcrîtes conservées à la Bibliothèque de 
la ville, dit au f" 25 de son recueil : 

4 II n y a point plus de reliques à Saint-Denis, en 
France, et plus de richesses, qu*il n'y en avoit dans la 
thrésorerie de Notre-Dame de Boulogne avant le siège 
des Anglois : 

c Treize grands reliquaires ; 

c Cinq autres, sans noms de bienfaiteurs ; outre un 
nombre plus infini avec des nom^, aveux et marques de 
ceux qui les ont donnés ; 

€ Huit cœurs tant d*or que d'argent avec les noms 
de ceux qui les ont donnés et onze autres cœurs tant 
or qu*argent sans noms ; 

c Huit grandes images d*argent de, divers saints 
entre lesquels il y a deux fort grandes et autre moindre 
d'argent, donné par le C. de Warvich ; 

1 Trois nevires d'argent; 

< Cinq ou six figures et représentations d'argent 
d'hommes à cheval ou à genoux ; 

« Vingt riches robbes de la Vierge ; 
« Douze manteaux ; 
« Trois fins voiles ; 

< Un coffre de bois peint où sont les lettres des Indul- 
gences accordées à Notre-Dame de Boulogne par les 
papes, lesquelles avec dates ; 

« Douze arcades et autant de colonnes chargées des 
reliquaires, vœux et offrandes, outre plusieurs ar- 
moires, etc. 1» 



(i) La cathédrale avait possédé quatre lampes d'argent, don da maréchal 
Philippe d'Esquerdes do Cjrevecœnr, qui toutes aoatre pesaient autant que lui 
tout armé ; deux antres données par F. de Melun, comte d*Epinay et une 
d'or donnée par le même soigneur. 

Parmi les objets précieux on comptait f la couronne de Godafrod dû 
€ BoaiUon, d'af^ent, où sont à Ventour diven petits cbasteaux où sont des 
c reliques do la Terre Sainte, t 




nom de la festo des Reliques : et elles estoienl comme les suites et les acces- 
soires de nostre Image miraculeuse. > (Ânt. Le Hoy, BUt. de N.-If., p. 69.) 
Voir pour le détaU <tes ReHqoes les chapitres VI], VIII et IX da cette bis- 
tolrç. 



11 uAi'îem iS» 



1 1 mai 1808. — Naissance de Philippe Auguste 
Jeanron, fils de Nicolas Jeanron, cordo&nier (i) 
et de Margueritte Le Ducq, son épouse (Reg. 
aux actes de naissance de la ville de Boulogne.) 



L'acle die naîssanoc avait échappé aux rediefched de 
M. François Morand qui écrivait dans V Impartial (a^du 
14 avril ^877) : c Le peintre Jeanron vient dd mourir, 
c Philippe-Auguste jeartrort est porté ûUX livrets des 
« Satoïts ât Paris comme étant né àiBdUlogne-«sur-4ii€r. 
« Le Dictionnaire des contemporains de Yapereau ib- 
« dique aussi Boulogne comme sa ville natale. Mais 
c Texcellente petite notice des tableaux exposés dans 
c kl galerie de peinture do itiifsée de Boiïlogttô, cJom- 
c posée par M. François Morand pour t'a^eiéniie 
c administration du musée et supprhnée par la com-^ 
c mission actuelle^ remarque que cette indication n'est 
c point confirmée par les actes de la mairie de notre 
« vlQe et ajoute qu'il est du moins certain qu'il naquit 
c dans Tarrondissement de Boulogne le 10 mai 1609. » 

L'autorité justifiée qu'on attache à tout ce qui émane 
de M. Moratiid nous oblige à signaler Tune des rares* 
erreurs qu'il ait commises. Il n'a pas rencontré l'acte de 
naissance de Philippe Jeanron dans les registres de la 
mairie^ parce qu'apparemment il s'est borné à en cbcr^ 
cher la mention dans les tables décennales où elle 
manquait. Mais l'acte existe tel qu'il est résumé cir 
dessus. 

La biographie de Jeanron n'est pas à établir ici ; nous 
n'avons point d'éléments nouveaux à ajouter aux notiiaei» 
des dictionnaires qui ne manquent pas. Jeanron fut un 
grand peintre (2), un grand patriote (5) un écrivain dis- 

<1) C'était Von d«B chefs d'iitalier réeimentaire dv oamp d« Bovlociie. 

<2) Le musée de Boalofçno possède de cet artiste : N* 95, Vue dn oap 
(irinez prise de l 'ancien port de Wissan^ efleit du soir, exposé à Paris en 
1853, donné p ir l'Emperear la même aonée ; n* 18l$« le Gap couronné à M«r- 
8i>ille, don de TEtat n869). 

(3) Il fat romi de Godefroi C3vai<mao. Horace de Viel-Castel -^ nuuivaise 
i-ingue s'il en fat ~ marqae ceci : € Le 19 miirs 185) Sekœloher m*a demandé 
d'an air ohainin s'it était vrai <)iie Chartes Bkuie «t Jeanron M tossAil fal 
donner, pendant qu'ils étaient, l'un direoteur des Beanx-Ârts, Tantr^ él 



290 L'ANirte BOtTLONKAISB 

tingué (i). En 1848, chargé par le gouvernement provi- 
soire de veiller aux richesses du Louvre et des musées 
nationaux, il facilita à Auguste Mariette Taccès d un 
emploi dans la galerie égyptienne : cela a décidé de 
son avenir. 



12 mai 1221. — Béatrix, comtesse de Guînes et 
châtelaine de Bourbourg, donne à Fabbaye de 
Chocques pour le salut des âmes de ses parents, 
de son mari et de son frère, une redevance 
annuelle de cinq mille harengs et d'une poise de 
beurre. (Duchesne, Preuves de Guines, p. 274.) 

Qu* était une poise ? Le dictionnaire de la langue au 
XII* et au xiii*' siècle, par C. Hippeau, répond : c'est une 
réunion d'objets. C'est donc le synonyme de quantité 
de, et un nombre ou un poids déterminés par l'usage. 

Roquefort donne la même définition ; ajoute pondus^ 
poids ; puis il montre combien cette quantité était 
variable suivant les localités, ou les objets. Une poise 
de fromages c'était cent fromages ici, et là, c'était trente 
livres pesant. Une poise de laines était de cent trente 
livres, etc. La charge d'un homme était de quatre poises. 

Il y a quelques vingt ans on vendait encore à Bou- 
logne € une tine de beurre. » C'était une quantité 
connue, renfermée dans un vaisseau de bois. La poise 
était-elle la même chose ? 

Notre contrée fournissait autrefois un beurre renommé 
dont il était d'usage de faire des présents ou des au- 
mônes. 



recteur du Mas^e, les gnnds oarrages en muttre-vingt-dix-neof volumes 
des planches de la calcographie du Louvre. J^ai répondu afBruiaiivement et 
l'honnêteté de Schœlcher s'en e»t révoltée. Il souffrait d'avoir à s'avouer 
que deux coreligionnaires eussent commis un acte indélicat » Horace de 
viel-Castel, parent de madame Jeanron (mademoiselle Sirey;, en voulait 
à la famille âirey, dont l'on < nous a tons ruinés > disait-il. 

(1) Voir dans le Maçtuin pUtcreêgMê, t. XXI, 1853, p. 269, son étude sur 
AnM^euM. C'est vif comme les coups de crayons a*un maître. Il con- 
naissait bien le pays. Il y passa plusieurs étés et en tira ^on meilleur 
tableau : 1 1 Vue dtAmifUteuêè qui est au Lou\ re. Il y a fait aussi : 1* La Mort»' 
JTa» à AudnMdla ; 2« JCtf poiri cfc WU»aM: 3« Lapon da eâUe transaUantique au 



13 MAI 1711 231 

Quant aux harengs, monnaie courante des donations 
pieuses de nos suzerains, nous avons, dans notre Etude 
sur les origines de la Pêche ^ dressé la longue liste 
des destinataires de rentes payées ainsi annuellement 
par les comtes de Boulogne à divers monastères. 

Les comtes de Guînes imitaient cet exemple. 



13 mai 1711. — Mort d'Adrienne WiUecot, res- 
tauratrice du couvent des Annonciades, à l'âge 
de quatre-vingt-quatre ans. 

C'est la qualité que Scotté donne à cette religieuse, 
sa tante maternelle (i) ; mais la réforme avait précédé 
son entrée au monastère. 

Les religieuses de Saint-François t establies en cette 
ville quasi en mesme temps que les religieux Obser- 
vantins de Saint-François, dicts Cordeliers,» c'est-à-dire, 
environ en 1443 (2)» n'estoient pas rcnferméez et sor- 
toient pour faire la queste pour leur subsistance; 
n'ayant pour lors que 300 livres pour leur fondation et 
subsistance que la Ville leur donnoit ; pourquoy elles 
estoient obligez de visiter et solliciter et servir les 
malades dans la ville et dans Thospital qui estoit dans 

(1) MM. Réveillez et Caudevelle m'ont signalé une pierre tombale, encore 
existante dans le fournil de la manutention, où Ton peut lire : 





(2) Lors d'un procès &\ 
rerent c qu'il y a plus de si 

loRD" sons le litre de mallresses et relijnênses de l'hôpital 
Catherine,» ce qui est faux : elles n'ont été iniroduiles au ser\ ice des pau\Tes 
(jue vers 1468. » (Mèn, de» Direct, de VhâpUal général à Mcnteigneur JDoifWMeau, 
Àrch. de riiôpital, B, 3* liasse.) 



tB2 i/àMmÉm BovunnrAiBB 

la basse ville. Au commencement et à Tadvènement de 
Fépiscopat de M. François de Perrochel à Tevesché de 
Boulongne, pour quelques différends qui s'eslevèrent 
entre ces religieuses, les unes voulant embrasser une 
réforme de Saint-François, dict Ordre de TAnnontiade 
de sainte Jeanne, rayne, et les autres, au contraire ; le 
dict seigneur evesque les obligea tous de tenir clos- 
ture (i) et de se renfermer et d embrasser cette réforme 
de rÀnnontiade, laissant néantmoins la liberté à celles 
qaî y résistèrent de mourir dans leur ancienne règle, 
en ^rsLrdant la closture ; et, depuis ce temps là, ces reli- 
gieuses ont pris des dottes de leurs professes, ce qui 
arriva environ en 1634(2). » (Scotté, Afsrf orig,^ p. 78.) 



13 mal 1785. — Au sieur Harrewyn dit Beau 
Soleil, s<iulpteury pour ouvrages et livraisons 
par lui faites à différentes fontaines de cette 
ville depuis 1783, il est payé 304 livres. 

C*est le prix de la sculpture des fontaines encore 
existantes de la haute ville, dont Tune, rue d*Aumont, 
est d*une facture très artistique. 

En 1782, dit Michel Dubuisson, furent achevés les 
châteaux ou réservoirs d*eaux, les deux fontaines pu- 
bliques de N.-D. et de la porte du Degrez, commencées 
Tannée précédente. II fut fait à la première un grand 
réservoir ou château d'Eau, en pierre de stincal, pour 
être distribuée dans la ville et la fontaine qui étoit sur 
la place de la justice fut transférée contre le rampart à 
l'emplacement de l'ancienne porte des Degrez où fut 
fait le bel escalier double ou à double rampe en stinkal 
à l'un et l'autre côté de cette belle fontaine pour aller 
sur le rempart. 

« Les deux fontaines et château d'Eau sous l'hôtel- 
de-ville furent achevées en aoûst 1785, et celle du 
château d'eau du rampart à la porte Gayole en 1786. y 
(erreur: 1788.) 

(f) s février 1637, d'après un fftotnm desdites religieuses du 25 avril 1710, 
(Areh. de Thôpital, B. 9* liasse.) 

(3) Cette Mesure avftit été prise en suite de quelque scandale. (AvaUtitmaU 
diÊ. tJuOUt 1708. — Arch. de l'hôpital, B, S* liasse.) 



14 MAI 1797 âS3 



14 mai 1797 (25 flopéal an V}. — L'administra- 
tion réglemente la police du théâtre et enjoint 
au directeur de prendre toutes les mesures qui 
dépendent de lui pour coopérer au bon ordre 
et au maintien de la décence. 



Pendant longtemps la salle Baret avait été désertée : 
le spectacle était alors dans les rues (i). Le 15 bru- 
maire an V, le citoyen Plante, artiste dramatique 
patenté de la commune de Calais, obtenait l'autorisa- 
tion d*en rouvrir les portes et de jouer la comédie 
à Boulogne. 11 ne devait faire représenter aueune 
pièce sans la soumettre au visa administratif ; il lui 
était c recommandé de tenir une loge à la disposition 
de TAdministration et uniquement pour elle. 9 C*est 
sous sa gestion qu'apparait (29 frimaire anV), pour la 
première fois à Boulogne, le droit des pauvres sur les 
entrées. Un appariteur était chargé de délivrer les 
billets et de percevoir « au profit des indigents » un 
décime par franc en sus de Tentrée. » La recette en fut 
plus tard partagée, les cinq sixièmes pour Thospice et 
l'autre sixième pour le bureau de bienfaisance. 

L'arrêté de police dont il est question plus haut, fut 
édicté pour réprimer l'habitude que prenaient d'ai* 
ma blés et galants citoyens f de monter sur le théâtre 



(I) Une seule demande fut adressée pour la direction depuis V9t 
iasqa'en 1797, par un citoyen Durand, agent d'une soeiété de comédiens ; on 
loi répondit le 13 germinal an II. t La permission que tu réclames te sera 
aisément accordée si ta troupe est composée de braves républicains; mais 
neas t'avertiasona que ta coam une chance défavorable : la comédie est peu 
rnivie pendant l'ét^ dans cette commune Si toutefois tu veux en essayer, 
viens et apporte nous une bonne provision de pièces patriotiqaes : nous n'en 
voulons pas d'autres (Reg. C. à la oorresp. Municip.). 

On jouait en frimaire au II! ; car à la date du 11, il y ont une altercation 
gui a été l'objet d'un jugement de police. Le citoyen Q... S..., y avait 
insulté la citoyenne Wyant dans sa loge, la traitant d'insolente, lui mettant 
€ plusieurs fois son paraplui<* dans ses cheveux > et disant : « crions haut, 
faisons loi honte, faisons lui affront, c'est une effrontée, cassons son éventail 
et jetons-le au parterre ». La caas« de ce courroux venait de ce qu'étant dans 
la même loge qne cette dame, celle-ci avait refusé de s'asseoir en lui 
disant: € allez au parterre!» et Q... S... avait répondu: € pour mes 
trente sols je puis voir comme vous. » 

Le 15 ventôse an III il est question d'un spectacle donné au bénéfice des 
pauvres le 10 du même mois. 



234 l'annêb boulonvaise 

entre les pièces » Sans doute le rideau était baissé .... 
sur leurs fredaines. L'administration, gardienne de la 
décence, interdit ces folichonneries. 

2 brumaire an VI, — « Nous n'avons pas habituelle- 
ment de spectacles. Il n'y en a que par intervalles ; et, 
lorsqu'ils sont ouverts, nous y faisons exécuter les 
mesures prescrites par les arrêtés du Directoire exé- 
cutif. » Chacune des pièces a subi l'examen le plus 
rigoureux. ... « On a grand soin d'y faire disparoitre 
les idées et les expressions qui ne s'accordent pas avec 
nos principes actuels ». (Reg. P. àla corresp. municip.) 

Le I*' nivôse an VI, on joue Ipktgénie en Tauride, le 
Corsaire boulonnais où le Capitaine généreux. On annonce 
pour le 5 , le Médecin malgré lui^ le Corsaire boulonnais^ 
ï Aubergiste hospitalier ou Voilà les Français ! Le sujet 
de cette dernière « est tiré du combat qui a eu lieu entre 
des corsaires de Boulogne et une canonnière angloise. > 

Le i8 pluviôse, on chante divers couplets patrio- 
tiques sur la descente en Angleterre. 

Nous rencontrons ensuite (i6 floréal an VI), une péti- 
tion présentée par les artistes dramatiques de Boulogne, 
exposant que leur désir est de se conformer aux lois et 
à l'arrêté du Directoire exécutif du 14 germinal : ils 
donneront une représentation tous les décadis et fêtes 
républicaines et, en dehors de ces solennités, ils 
joueront les jours impairs. L'autorisation nécessaire 
leur est accordée ; mais le maire a soin de leur dire : 

« Vous n'ignorez pas que les théâtres sont des 
écoles de morale, soumis à l'inspection de l'adminis- 
tion.... Si nos théâtres, à quelque chosd près, n'ont 
été que des écoles de royauté, vous n'imiterez pas ces 
artistes insensibles à la voix de la patrie.... Jusqu'à 
présent on a affecté de mettre sous les yeux tout ce qui 
tendoit à rappeler la distinction des rangs .... Mais 
vous vous ferez un devoir d'utiliser la carrière drama- 
tique en formant le caractère national, en le façonnant 
à la vertu et à la morale par l'attrait du plaisir. . . (i). » 

Qu'ajouter après cela ! 



(t) Par rèfrlement. du 28 nivôse an XI, il est prosrril d'ouvrir l*»s bureaux 

à quatre heures <*t demie. On c'onimen<^'P.ra à cinq heures et demie ppAcises. 

.l.cs artistes sont invités à apprendre leuni rôl<»R avec ^oin et à faire de 

moins lon;rs cnlr'actes. Ou exécutera <iuolqaes symphonies entre les deux 

pièces, 



16 MAI 1791 335 



15 mai 1304. — « En cest an fist commencier 
l'abbé Laurens de Condète le neuf cavech de 
l'église le xv« jour de may. » (Chr. anc. fran. 
Rec. hist. fr. XXI, P 130.) 

11 est ici question de la cathédrale Notre-Dame de 
Boulogne. 



15 mai 1791. — Élection des curés du district 
de Boulogne. 



Nos législateurs avaient voulu revenir aux cou- 
tumes des premiers temps du christianisme et faire 
élire les pasteurs par le troupeau. L'élection eut lieu le 
15 mai 1791 dans le chœur de la cathédrale; mais la 
pénurie des candidats ne permit de pourvoir que les 
principales paroisses. 

Furent élus : 

Curé de Saint - Nicolas : Jean - Jacques - François 
Roche, ex-curé d*Alquines, né le 6 janvier 1759; 

Curé de Saint- Joseph : Jean-Marie-Clément Legres- 
sier, né le 23 octobre 1748 ; 

Curé de Samer : Jean-Charles Baret, né le 9 mai 1757; 

Curé de Saint-Léonard : Marc - Antoine - Louis - 
Emmanuel Avisse, né le 4 janvier 1752 ; 

Curé de Wimille : Claude Patenaille, ex-gardien des 
Cordeliers, né le 8 décembre 1742, etc. 

En attendant l'institution canonique de Tévêque du 
Pas-de-Calais, la proclamation des élus fut faite le 
23 mai 1791, par le président du tribunal, aux termes 
delà loi du 11 juillet 1790. 

Une messe solennelle suivît cette cérémonie. Tandis 
qu'on la célébrait, raconte l'historien Bertrand, des 

Eersonnes cachées derrière l'ancienne image de Notre- 
^ame de Boulogne lui firent exécuter plusieurs 
mouvements. On s'aperçut presqu'aussitôt de ce stra- 



â9ê h^AxnxtM BouiAiarAUB 

tagème, et ce qui dans d'autres temps eut pu causer de 
répouvante, n'influa en rien sur le recueillement et le 
respect que commandait la sainteté du lieu. 

L*éle6tiont des curée avait été précédée de celle de 
Tévêque Porion, le ^S ihars 1791 : laproclamatkm en 
fut faite le 30 par le célèbre Carnot, alors administrateur 
du Pas-de-Calais et président de rassemblée électorale. 
Carnot espérait que Tunion allait se faife errfrt le 
Sacerdoce et TEmpire: c'était une belle illusion (i). 



(1) Comme le discours prononcé alors par l'illastre dirigeur de nos afm/éâs 
vers la victoire n'a pas été recueilli, nous croyons curieux de le reproduire 
ici: 

€ La solennité qui vous rassemble est une dos plus imposantes dont les 
fastes du monde fassent mention. L'accord et l'intelligence du Sacerdoce et 
de l'Empire ont été de tous tems regardés comme la sauvegarde du bonheur, 
de U liberté et die la prospérité 4es peuples. ÏjM religion aaibt laipette nooift 
avoits le bonhniT de \ivï« est de toutes los religions la plus favorable à pro- 
curer ces avantages. Son divin auteur nous a annoacè avct mq royaume 




méprisé que nous a donné le souverain léjd.slateur : Rendez à César ce qui 
est h César et à Dieu ce qui est à Dieu. Si vous rapprocrhez, citoyens, ees 
deux passages intéressant, vous verrez que tout ce qui a rapport à ce monde 
appartient à César, c'est-à-dire à l'autorité civile et légitime. Toute usurpa- 
tion de la puissance eoclésiastique sur celle-ci est une monstruosité, plus 
niÛBible encore à la religion et à sa propagation qu'à la liberté et au bonheur 
du peuple 

^ 4 II était réservé h une nation qui a fixé invariabletnent les ffroits de 
l'homme en société, qui a recouvTé sa liberté au moment ou elle était me- 
nacée de voir augmenter son esclavage, d» rappeler le» ministres du Seigneur 
à leurs saintes et augustes institutions, telles qu'eIliM< ont été tracées par des 
mains divimes dans le ooie immortel do notre sainte religion, l'Evangile, 
de les rappeler à l'austérité dos mœurs des premiers temps et de faire enfin 
triompher la religion, en relevant au-dessus do toutes les grandeurs de ce 
mondes 

< Ce n'est point dans un superbe palais que le Sauveur du monde est 
venu nous l'enseigner, et certes, nos (fesoendans auront de la pehie à croire 
que ce soit a« mîueu des rafinemens du Inxo et de la volante que les succes- 
scurts 




titution civile du clergé tendent au oontnure à lui donner de nouvelles forces 
en la rétablissant dans toute sa pureté. Kn plaçant les frais du celte su rang 
des premières dépenses de Vhjtaltj rAsBombléo Nationale n'a voté (te fonds 
publics pour ceux d'aucune religion. Elle a proportionné avec sag'^sse les 
revenus de chiique indiNidu à la grandeur de son travail. Elle a proportionné 
l'étenduo da territoire de chacun, de manière qu'il pût être surveillé avec un 

soin r~' ' ^"' ' '" ' '" j-^i* ~s — a^: — . — m .....<* — -J.. 

d0f>HI 

do leurs 
vraie pierre 

gion, puisqu'en mutant serment d'être soumis aux loîx de l'Etat c'est accom- 
plir ce grand précepte de l'Evangile : Rendez à César ce qui ost à César i 
Espérons donr, mes chers concitoyens, que les pasteurs que vous avez tou- 
jours aimés, que vous avez toujours estimé», qui ont mérité à j^iste titre votre 
vénération, secoueront bientôt un {déjugé que le despotisme avait enraciné et 
comme identifié à leur être; qu'ils reconnaîtront enfin avec tous les Français 
que le véritable esprit de la religion que bobs professons tous, aons eom- 




Ii6 MAI 1791 m 



Le calme espéré a peu duré. La ooinstîtution civUe du 
clergé fut la pierre d^achoppement de la Rérolutson 
fran^se. L*évêque de Boulogne donna le signai de la 
tempête. 

Eut-il été aussi inflexible, se demanda-4-on, alors, 
si son évéché avait été maintenu > Il n'éleva la voix que 
lorsque le décret annexé à la Constitution civile sup^ 
{MÎma le siège de Boulogne. Il fulmina alors une 
instruction pastorale où son érudition chercha à con^- 
fondre la science des novateurs. 

Ce mandement séditieux avait été Tobjet d un blâme 
énergique, le i6 décembre 1790, par le conseil général 
de la commune et le directoire du district, ce qui n*en 
arrêta point ia publication. Bien plus, un grand nombre 
de curés du diocèse en donneront lecture au prône et 
causèrent ainsi la plus vive émotion dans <le pays. 

Les consciences s'alarmaient : pout tes tranquilliser, 
M. Daunou, prêtre de TOratoûre, membre du dub des 
Amis de la Constitution, soumit, à cette société, le 
31 décembre, un écrit où il établissait laccord de la foi 
catholique avec les décrets de rassemblée nationale. 
Dans cet opuscule, il examinait si la Constitution civile 
était bonne en elle-^même et si elle était établie par une 
autorité compétente. Il la trouva en conformité avec les 
principes d'une politique éclairée, avec les maximes de 
l'Ecriture, avec les usages des plus beaux siècles de 
TEglisc. L*utilité de remédier à la disproportion régnante 
entre les diocèses de douze cents cures et ceux de vingt ; 
l'avantage des élections auxquelles l'Eglise avait dû 
autrefois les saint Athanase, les saint Cyprien, les saint 
Ambroise et tant d'autres, élections qui durèrent jus- 
qu'au concordat de François I*' et de Léon X, lui 
parurent un témoignage que les décrets de l'assemblée 
étaient bons et salutaires, dignes de la reconnaissance 
de Tégiise et de la patrie. 

mande la charité, la paix, la modération ; que le bonheur des peuples con- 
siste dans la soumission aux loix. 

L'évéque que vous avez choisi en donne aujourd'hui l'exemple, et bientôt, 
j*ose vous Tannoncer, le prestige de la séduction on de TeiTenr se dissipera 
et tous les ministres des autels s'empresseront de le suivre. Hof^ardons aonc 
ce jour mémorable comme celui qui doit mettre le sceau à notre bonheur, en 
réanissaDt d'opinions et de inincipes le Saoardœe et TEmpire. 

€ Citoyens, 
€ En vertu des décrets de l'Assemblée Nationale sanctionnés par le roi, les 
électeurs de ee département ont choisi pour évéqve, M. Inerre^oseph 
Poôioa; «a eoaséqvtno^, il est {ooekun^ çooforménMiit À k loi, évé^is 4» 
département dn Pas-de-Calais. . . . > 



238 l'annâk boulonnaise 

Mais ils émanent d'une autorité incompétente, répon- 
daient les adversaires > 

C'est, concluait Daunou, qu on veut confondre Tauto- 
rité spirituelle et temporelle. Si Jésus-Christ donne 
Tépiscopat et la prêtrise, il ne confère pas Tévêché de 
Boulogne-sur-mer, ni telle cure en particulier. Le 
territoire à choisir dépend de la puissance civile qui 
en a toujours décidé. Changer la géographie deTEglise 
ce n'est pas renverser la religion. Le temps donna 
raison à Daunou. C'est l'autorité civile qui confère encore 
l'évêché, puisque c'est le chef de l'Etat qui nomme : la 
sanction du pape ne fait que confirmer une décision civile. 

C'est ainsi, du reste, que toutes les réformes de la 
Révolution ont été tour à tour sanctionnées, par des 
adversaires d'abord irréconciliables et forcés peu à 
peu de se rendre à la haute raison de la nécessité. 

Mais que de luttes au début I 

Il y eut bientôt à Boulogne, comme dans toute la 
France, une sorte de schisme parmi les prêtres de la 
même croyance, quoiqu'il n'y eut pas de dogmes diffé- 
rents. Il suflSsait d'avoir prêté le serment civil (contre 
lequel le clergé ne se révolta plus lorsque ce fut 
Bonaparte qui l'exigea) pour être réprouvé par ceux qui 
refusaient de s'y conformer. Cette division fut une des 
principales plaies de la Révolution, car elle fit deux 
camps bien distincts du peuple français, et on sait les 
maux causés pas les dissidences en matière de religion. 
On peut, sans crainte, affirmer que tous les malheurs, 
toutes les exagérations qui suivirent, ont pris leur 
source dans cette première dissidence. 



16 mai 1650. — Lettre à M. le maître des Eaux 
et Forêts au sujet de rhommage que Sa Majesté 
rend à Notre-Dame de Boulogne. 

« On sait, dit Michelet, que Notre-Dame de Boulogne 
était un lieu de pèlerinage comblé d'offrandes, de 
drapeaux et d'arines consacrées, ciexvoio mémorables, 
qu'on pendait aux murs, aux autels. Le roi (Louis XI 
après s'être emparé de la ville et avoir fait l'échange du 
comté de Boulogne contre celui de Lauraguais), ima- 



16 MAI ia07 239 

gina de faire une ofifirande de la ville elle-même, de la 
mettre aiix mains delà Vierge. Il déclara que Boulogne 
n'appartiendrait jamais qu'à Notre-Dame de Boulogne. 
Il Ten nomma comtesse, puis la reçut d'elle comme 
son homme-lige. » {Hist. de France^ t. VIII, p. 305.) 

c Le dit Roi ... en fist hommage descemment et à 
genoux à la glorieuse Vierge Marie. Et pour droict et 
devoir donna et fist mettre devant ladite image ung 
cœur d*or fin pesant 2000 escus d'or' et ordonna que 
dès lors en avant, lui et ses successeurs rois tiendroient 
ladite comté de la Vierge Marie, et à chacune mutation 
de vassal paieroient ung cœur d'or fin dudit poix 
(Nie. Gilles, Ann, et chr.) 

€ C'estoit faire connoistre à tous ceux qui aborde- 
roient désormais en cette place, qui est une des portes 
de France, que ce royaume est acquis à Marie d'une 
façon toute particulière, et qu'elle possède les cœurs 
de tous les sujets dans celuy du prince qui en est le 
centre. > (Ant. Le Roy. Hist. de Notre-Dame^ édit. 
de 1682, p. loi.) 

Ce fut une véritable investiture féodale. Notre-Dame, 
nommée suzeraine et comtesse, avait droit à l'hommage 
du roi de France, son vassal, et, comme dame de la 
comté, devait en la personne de l'abbé de Sainte-Marie, 
son représentant, percevoir toutes les amendes, confis- 
cations et exploits de justice. Les lettres-patentes de 
Louis XI le promettaient. La donation était trop magni- 
fique pour durer, du moins quant aux amendes et droits 
de justice qui pouvaient atteindre dix mille livres par 
an. Mais l'hommage du cœur d'or ou de sa valeur se 
maintint jusqu'à Louis XV. 

J'ai entendu dire dans ma jeunesse que Louis XVI 
n'avait été si malheureux que parce qu'il avait négligé 
de rendre cet hommage. Sa suzeraine l'abandonna. 



16 mai 1807. — Par décision du ministre de la 
guerre, Téglise succursale de Saint-Joseph est 
rendue au culte. 

Le maire de Boulogne en donna avis aux membres 
du clergé le 22 mai suivant. 



âHO L'AKlOta BOUbONVAISB 



17 mal 1793. — L'administration municipale est 
chargée de faire arrêter et conduire à Arras 
€ la nommée Mailly, ci devant comtesse de 
Baulin, )) demeurant à Boulogne et le « nommé 
Rony, » demeurant à Billeauville et de faire 
mettre les scellés sur leurs papiers, après in- 
ventaire fait, et avoir retiré et envoyé à Tadmi- 
nistration les papiers suspects. 

• 

Ce ne fut pas le seul membre de cette famille qui ait 
eu à souffrir à cette époque : le 3 thermidor an II, 
l'agent national du district requérait « qu'il fut pris des 
mesures pour arretter Delgorgue fils, prévenu d'émi- 
gi-ation. » 



18 mai 1263. — GuiUaume, officiai de CUermont, 
déclare que Guy, prévôt de Lille, a renoncé 
en faveur de son frère Robert, comte d'Au- 
vergne, à ses droits et prétentions sur les 
comtés d'Auvergne et de Boulogne et les autres 
parties du patrimoine de leurs parents. (Baluze, 
J^reuv. d'Auvergne^ 763.) 



C'est l'un des actes de la transmission du comté de 
Boulogne à la Maison d'Auvergne. Avec cette mutation 
tomba la haute importance que la Maison de Boulogne 
avait donnée à son comté. Les comtes de Boulogne et 
d'Auvergne devinrent les sujets et les courtisans des 
rois de France. Les Eustache et leurs descendants 
directs s'institulaient fièrement: Coftites de Boulogne 
par la grâce de Dieu. On comptait avec eux et leur 
vassalité pesait peu sur leur autorité réelle. 



20 MAI 1659 241 



19 mai 1724. — Antiquités trouvées dans les 
bâtiments des Ursulines. 



t Au mois de Qiai 1724, les dames Ursulines de 
Boulogne, en f^s^nt desmolir deux vieilles petites 
maisons à elles appartenantes sur les derrières du 
rempart ducosté de St-Martin, presque vis-à-vis de la 
grande porte de leur couvent, et en y faisant creuser, 
6n y descouvrit deux caves fort anciennes à l'une des- 
quçUes il y paraissoit quelques peintures et dedens les 
ruines Ton y trouva la fig^ure d'un Hercules de bronze 
et la figure d'un petit boucq aussy de bronze avec 
plusieurs médailles de l'empereur Trajan et d'autres 
empereurs, tant d'argent que de bronze, le tout estant 
restée ez mains du sieur Travaillon, curé et directeur 
de cette communauté. 

« De ces deux petites maisons desmolies, lesdites 
dames religieuses en ont faict construire deux maisons 
neuves, dont l'une est pour leur directeur et curé et 
l'autre pour louer : dedans lesdites démolitions, on y a 
trouvé quantité de pierres de tailles d'une grosseur 
prodigieuse : le petit boucq de bronze a esté envoyé à 
Paris au père Le Quien, dominicain de la rue de 
Sain t-[ Honoré], pour y faire ses observations et en 
faire mention dans le traicté qu'il faict des Antiquitez 
du Boulognois. » (Scolté,- iMss en copie, (^ 949-) 



20 mai 1659. — Bénédiction de l'image de Notrei- 
Dame, posée nouvellement sur la porte des 
Dunes. 



Le mardy 20 mai, messieurs les chanoines, capitu- 
lairement assemblés, ont arresté que l'image de Notre- 
Dame, posée nouvellement dans la porte des Dunes de 
cette ville, sera bénite par M. le doyen, « au retour de la 
procession qu'on fera ce mesme jourd'hui à la Mag^ç- 



242 l'aKNÉB BOXTLOirNUSE 

leine, àcausedes Rogations, et qu'immédiatement aprez 
cette bénédiction, il y sera chanté par la mesme proces- 
sion trois fois : Patrona nostra singularisa ora pro 
nobis ! » 

Le plumitif des délibérations portait aussi que le 
mercredi on ferait une nouvelle station au retour de la 
procession à Saint-Nicolas, qu'on y chanterait encore 
trois fois la même invocation, puis le Regina cœli 
lœtare en musique ; mais Tacte est biflfé. On est donc 
revenu sur cette décision. (Arch. comm., G. n** 42.) 

La statue de la Porte-des-Dunes fut retirée lors de la 
Révolution, en même temps que celle qui existait à la 
Porte de Calais. 

Il y a aux archives un dossier relatif au rétablis- 
sement de la statue de la Sainte Vierge sur la Porte de 
Calais. Le projet remontait à 18 18 et la dépense était 
estimée à 550 francs pour la statue et ses accessoires; 
les frais furent payés au moyen d'une souscription dont 
Ten tête porte ces mots : 

« Beaucoup de personnes recommandables de cette 
ville, animées parles vrais sentimens de la religion, dési- 
raient avec ardeur voir rétablir l'image sacrée de cette 
illustre patronne placée depuis des siècles au-dessus de 
la Porte de Calais avec cette inscription : Orbis et Vrbis 
honos € l'honneur du monde et de la ville, > et détruite 
par le vandalisme. 

« . . . . Le sieur Harrewyn, sculpteur en bois (i) et 
marbrier, avantageusement connu par plusieurs mor- 
ceaux de sculpture, et qui vient d'exécuter l'écusson des 
Armes de France placé au haut de la même Porte de 
Calais, encouragé par les suffrages et autorisation de 
monsieur le maire et des autorités constituées de cette 
ville .... donnera tous ses soins à sa parfaite exécu- 
tion (7 août 18 18). 

Encore retirées après la révolution de 1830, les statues 
furent réintégrées à la suite d'une pétition reçue à la 
mairie le 24 octobre 1849, écrite et peut-être conçue 
par Louis- Auguste d'Hauttefeuille. 

On lit dans V Impartial du 13 juin 1850: <r Deux statues 
de Notre-Dame viennent d'être placées, l'une au-dessus 
de la Porte-des-Dunes, l'autre au-dessus de celle de 

fl) M. Harrewyn venait de terminer le groupe qui formait Tanoien Cal- 
Tain des marins. 



21 MAI 1755 248 

Calais. Ces statues, sculptées en bois, sont celles qui 
occupaient les mêmes emplacements il y a un certain 
nombre d'années. Il est heureux que la distance d'où 
elles peuvent être vues ne permette pas entièrement, 
à qui les regarde, d'être frappé de l'art grossier avec 
lequel elles ont été façonnées. Pour rendre à la patronne 
de notre ville son ancienne place, ce que nous approu- 
vons du reste pleinement, au moins devait-on s'attacher 
à ne pas la représenter sous une forme dont tout ce 
qu'on peut citer de mauvais en sculpture ne saurait 
approcher. » 



20 mai 1805 (30 floréal an XIII). — MiM. Lecomte 
et J.-F. Henry sont invités par la Société 
d'Agriculture à recueillir tous les matériaux 
nécessaires à la rédaction de Texpédilion de 
l'armée des côtes de la Manche, actuellement 
rassemblée dans le port et le voisinage de 
Boulogne. 



21 mai 1755. — Naissance de Jacques-François 
Henry, historien. 



Le 15 juillet 1884, la Société Académique a inauguré 
le monument restauré que la Société d'Agriculture avait 
élevé, le 25 avril 1822, à la mémoire de l'historien boulon- 
nais ; elle a, sous le titre : Jacques-François HENRY, 
sa vie et ses travaux, par Ernest Deseille, archiviste, 
secrétaire de la Société ^ notice précédée du discours pro- 
noncé lors de V inauguration du monument de l'historien 
boulonnais par M. F. Farjon, son président, publié en 
un volume in-8** de 64 pages, avec portrait, la biogra- 
phie et la bibliographie de ce persévérant travailleur. 
Nous nous bornerons aujourd'hui à donner le résumé 
des actes d'état-civil de la famille Henry. 

Le 16 juillet 1754, mariage entre Jacques-Nicolas 



r 



l 



244 L'AlOnftB BOtTLOimAISB 

Henry, garçon boucher, natif de Montfeuil, et Marfe- 
Anne-Françoise Peincedé; père et mère de : 

I® Jacques-François Henry, né le 2i mai 1755, '^®,P" 
tisé le 22 ; fondateur de la Société d'Agriculture avec 
M. Pichon; auteur de YEs^ai historique et éotogra- 
phique sur Farrondissement de Boulogne ; conducteur 
cies ponts et chaussées, contrôleur préop^raphe des 
routes, adjudant du génie; marié à Jeanfie-Hélène- 
Robertine Pasqyes; d'où, le 15 m^rs 1790 : Jacqncs- 
Louis-Marie-Robert, professeur de dessin, -épemx'k 
6 septembre 1826 de demoiselle Floréale Pauéier, fa»- 
titutrice, ayant eu pour enfants le commandant Robert 
Henry, mesdames Duckett et Roubaud ; 

2° Jean-François-Esprit , commis de l'octroi pro- 
vincial, puis sous-aecrétaire de la m^ivie; naarié à 
Mariç - Louise^- Gabnellç - Fi^cité ^.Qyrfiet ; c} ovj , le 
8 jyjn 1792, M^rtial-Placi4e, oflScier de la jyai*de ro^rale, 
chevalier delà Légion d^honneur, époux le 3 mai 1820 
de Marie-Lquise-Augustine Cléton, père do M. Jean- 
Baptiste-Désiré Henry, avoo^tt anniieii ic^ir^ (^p l^pu- 
lognç, chev^ier de la L^ion d'hoQnpur. 

Par sa mère, M. Désiré Henry, petit-neveu <Jc l'his- 
rien J.-F. Henry, était petit-fils de Michel Dubuisson, 
auteur des Antiquités du Boulonnais ou Mémoires pour 
servir à l'histoire de la ville et du comté de Boulogne, 
manuscrit inscrit sous le n"" 169 B dans les collections 
(^p 1^ bibliothèque dç la v^le. 



22 mai 1716i, -rr M. Coironac» ooneédQ de l'eau 
à rhôpital général. 



Les sœurs de l'hôpital avaient plusieurs fois représenté 
la nécessité d'avoir de Teau propre pour la boisson, car 
celle que Ton tirait du puits, dans la cour, était boui^ 
beuse et de mauvaise qualité. L'admims;tration pria 
M. Correnson de céder un filet d*eau de sa fontaine 
nommée des brasseurs^ dans les Tintelleries, ce qui fut 
accordé. 

En tous les temps, la qtsestion des eaux a éténsajôure 
et l'objet de la plus vive soUieitude de nos nHigistrats 



23 MAI. 1795 24d 

Il y eut de grande travaux entrepris en 163^ et 16^4 
pour la canalisation des sources. Li péhurie au 
liquide détermina alors lechevinage à décider c qu*â 
l'avenir il ne sera concédé, aucun fil d eau, même à 
ceDx di» Corps de viUe^ à peine de nullité ». 

En 1689^ le propriétaire de la ferme de Beaurepaire^ 
à ta demande de Tévêque de Boulogne, consentit à 
dônnct à la ville de Boulogne la propriété d*iinô source 
qtll se trOuVatt dâtts la cour de sa forme. 

En 177a, on annexa aux anciennes sources celles de 
la fontaine dite de Saint-Pierre et l'abondance revint : 
on crut bien faire alors en employant des troncs d'arbres 
éridés au lieu de tuyaux de plombs : C'est une canali- 
sation à éignaler. On y employait le frêne. 

De 1689, 1724 et 1772, etc., datent les principales 
concessions consenties pour Tévêché, les couvents et 
Quelques maisons de particuliers. Ces concessions, loin 
d'être faites à titre gratuit (car Téchevinage n'aurait pu 
légalement faire abandon d'une propriété communale 
sans compensation) coûtaient cher. Outre une part con- 
tributive dans les gages du fontainier, les bénéficiaires 
payaient une redevance annuelle. Seuls, les ayants cause 
de la faMiHè de Bonninguee^ donatrice de la source de 
Bèatltépàirt, étaient eonces^îonnaireâ de ï>lein droit et 
sâriâ clik!*ges. M. Cbffenson et seè successeurs, proprié- 
taireâ de sources , échappèrent également à toute rente 
annuelle^ ainsi que tes religieux Minimes, en vertu de 
droits constatés» 



23 mai 1T95 (4 prairial an III). — Mesures 
prises tjohtre les terroHstes. 

Comme les injures et les accusations que s'adressent 
les partis politiques sont l'expression de passions en 
ébulliiion et ne peuvent entacher l'honneur des per- 
sonnes qui les subissent ni celui de leurs familles, nous 
rt'hésitons pas à donnel-, coitime une page de l'histoire 
qui se recommence toujours lorsqu Un parti met le 
pied sur ses adversaires, la délibération ^rise à Bou^ 



246 l'annéb boulonnaise 

logne le 4 prairial an III contre ceux qu'on appelait les 
terroristes : 



Le maire annonce qu'il a fait convoquer une séance extraor- 
dinaire pour instruire le conseil de Fhorrible scëne qui vient 
de se passer à Paris, d'après le rapport des papiers publics et 
de ce qui est inséré au bulletin du jour : il donne lecture 
desdits papiers. Les attentats les plus affreux y sont rap- 
portés. La Convention nationale a été outragée. Le saiig d'un 
de ses membres a coulé ; la tête a été portée au haut d'une 
pique au milieu de la Convention même. Une faible minorité 
de la Convention, soéante du côté de la Montagne, s'est érigée 
exclusivement en législature et a porté des décrets attenta- 
toires à la Représen1»tion nationale. Une infinité d'attentats, 
les uns plus outrageants que les autres, ont été commis par 
des agitateurs jacobins et buveurs de sang, sous la fausse 
dénomination d insurrection populaire. 

D'après ces rapports affligeants des dangers qu'ont encourus 
et la Convention nationale et la Liberté du peuple, un membre 
a pris la parole et a dit qu'il étoit urgent de surveiller les 
terroristes qui a voient agité cette c<»mmune, de s'assurer de 
leurs chefs, dans la crainte que les scènes, qui viennent de se 
passer à Paris, ne se renouvellent dans les communes de la 
République. Il demande en conséquence l'arrestation de Belle, 
Hamy et Hache, comme faisant partie des chefs des terro- 
ristes qui ne sont point encore détenus et que l'on révise la 
liste des citoyens soumis à la loi du 5 ventôse et qu'on dispense 
de se présenter à la commune les primidi et quintidi. . . . 

Sur quoy, délibérant, le Conseil considérant que les auteurs 
des scènes susdites sont des terroristes qui peuvent avoir des 
affidés dans les communes ; 

Que, d'après un rapport, Cattaërt avoit dit aux gendarmes 
qui le transféroient à Montreuil : c Sous peu de tems, il 
c arriveroit des événements à Paris, que sous quinze jours 
c les mêmes événements auroient lieu à Boulogne, et que par 
€ suit te la municipalité seroit destituée 1 ; que conséquem- 
mentils étoient luy, Cattaërt, et Belle son beau-père, instruits 
des malheurs qui dévoient frapper la Convention ; 

Arrête, après avoir ouï l'agent municipal, que Belle comme 
principal moteur des troubles qui ont agité depuis trois ans 
cette commune et particulièrement en correspondance avec le 
mandataire infidèle du peuple, Albite, en révolte contre la 
Convention ; 

Hamy, l'un des premiers chefs des terroristes, chaigé per- 
sonnellement par Peyssard, en révolte pareillement contre la 
Convention, de l'établissement et du choix do Comité central ; 
arrêté par André Dumont, pour avoir insulté à la Convention 
ot mis en liberté par Lebon ; frappé d'un nouveau mandat 



2ô M 1 ]7v)5 2i7 

d'arrêt par lu rcprJseataat du pMipliî Dclamanv, on mission 
dans ce département, et d>nt l'o?iooutit)ii :i'a dlo rcLardJo 
qu*;i cause do la maladie de son dponso ; 

Hache, cy devant administrateur du District partisan outré 
desdits Bidlo et Haniy, des Quignon, cy ilevant agent national 
du District, Quignon cy devant membre du comité révolu- 
tionnaire avant le 9 thermidor ; Guche, cy devant président de 
la commission établie à Arras par ordre du sanguinaire Lebon, 
tons déjà détenus par ordre du représentant du peuple 
Delamarro ; ledit Hache s'étant intéressé iv\ comité de 
sûreté générale pour tous ces individus, lors do leur arres- 
tation k Paris par ordre de Berlier, en mission dans ce 
département ; 

Seront provisoirement, par mesure de sûreté, mis sur le 
champ en arrestation, les scellés apposés sur leurs papiers. • . . 

Arrête en outrt) que les citoyens Oazîn, vétérinaire, Pecquet, 
Bouchard fils, Martin, VVattel, La Forest-Crouy, Ledru, jar- 
dinier, tous fonctionnaires destitués» depuis le 9 thermidor et 
s«)umiB il la loi du 5 ventôse, seront tenus de se présenter à la 
mairie commune les primidi et quintidi de chaque décade. 

Arrête enfin que les citoyens Tessier, perruquier, Fiérard, 
Halgoult et Bouchard pcre, violemment soupçonnés de par- 
tager les principes des terroristes, seront provisoirement sous 
la surveillance de la municipalité et tenus de se présenter 
pareillement les primidi et quintidi 

Un membre ajoute que, depuis le 9 thermidor, les égorgeurs 
éguisent partout leurs poignards et que si nous ne nous mettons 
en garde contre eux, notre commune, qui a le malheur d'avoir 
plusieurs de ces monstres dans son sein, regrettera peut-être 
de n'avoir pas pris démesures prudentes : il propose le prompt 
armement des bons citoyens. Le général Leclercq sera invité 
à donner des armes. . . . 



De tous ces « terroristes » celui contre 'lequel la 
colère municipale était le plus acharnée c'était Cattaërt ; 
on en peut juger par les documents qui suivent : 

Extrait de la délibération du 19 ventôse an III. 

Cattaërt ne s'étant pas conformé au décret qui ezigeoit sa 
comparution tous les huit jours devant la municipalité a été 
mandé à la séance. 

« La discussion alloit continuer sur la question de savoir si 
Cattaërt avoit enfreint la loi du 5 ventôse ; mais ce particulier 
s'étant livré à des pei:9onnalité8 et à des imprécations vis-à-vis 
le conseil général, il est devenu impossible de prolonger la 
discussion. Un membre fait observer que le citoyen Cattaërt, 



248 l'aNK^B BOULONNiaSE 

rendu à la séance, s'ëtoit permis de dire € qu'il s'attendoit 
c bien, en arrivant à cette commune, à des persëcntions, mais 
c que ces persécutions ne dureroient pas lon^sfiemps, > et, sur 
l'observation que luy fit un membre que le rëgne du terro- 
risme ëtoit anéanti, lui, Cattaërt, auroit eu la hardiesse de ré- 
pondre en s'adressant au conseil général : « C'est vous qui 
« êtes des terroristes qui persécutez les vrais patriotes et votre 
« rbgne ne durera pas longtemps, et que l'on aiguisoit les poi- 
( gnafds contre luy .... » 

Un autre membre observe que Cattaërt, ainsi que son 
épouse, aussi présente à la séance, provoquant par des propos 
et des défis ranimosité publique, il seroit convenable de le 
faire arrêter.... 

Séance cln 2l ventôseé — La citoyenne femme Cattaërt se 
présente à la séance. Elle demande ()ue son mari soit transféré 
de là maison de justice à la maison d'arrêt, à cause de l'air 
infect qui y rëgne. 

Dans sa demande, dans les motifs qu'elle a allégués pour 
l^appuyer, laditte citoyenne Cattaërt s'est portée à des propos 
injurieux au conseil, en alléguant, entre autres faits que son 
marv a ét^ cit^ à la séance du 19 par le conseil général, 
quoique inutilement et sans qu'il eut le droit de l'y citer, oti 
a voit apposté des gens pour l'insulter et Tégorger. cUn membre 
demande qu'il soit fait mention dans la rédaction du procès- 
verbal de ce propos incendiaire, tendant U avilir les authorités 
constituées. ...» 

ïiC 22 ventôse, le conseil, considérant que quoique par le 
procès- verbal des officiers de santé, il est prouvé que l'air de 
la maison de justice ti'est qu'épais, y circulant difficilement, 
sans néanmoins qu'il y ait aucun danger à encourir pour ceux 
qui y sont détenus même depuis longtemps, arrête que, 
comme les principes d'humanité seront toujours son guide, le 
nommé Cattaërt sera transféré sur le champ de la maison de 
justice à la maison des Annonciades, pour y rester jusqu'à ce 
qu'il éU soit autïrement ordonné. 

22 ventôse an ÏIL - A Florent Guyot. Nous vous trans- 
mettons les pièces à la charge du nommé Cattaërt, un de ces 
hommes qui ont terrifié si longtemps notre malheureuse com- 
mune Vous y remarquerez que cet individu n'a pas perdu 
l'espoir de feoouvrer son ancienne autorité. Sa conduite nous 
a paru si révoltante et si repréhensible que nous avons jugé in- 
dispensable, Sous plu» d'un rapport, de faire arrêter ledit Cat- 
taërt. . . • Nous ftttéfndons «vec empressement votre arrivée en 
cette commune. Votre présence y est nécessaire. Comptez sur 
nos efforts pour le maintien du bon ordre. Nous avons ta satis- 
faction de vous dire qu'il n'a point encore été troublé. Tous 
les habitants sont animés du même esprit ; haine prononcée 
pour les terrorbtes^ confiance sans bornes dans la Convention 
notiotiale. Voilà leur vœu sinoète et frano^ 



23 MAI 1795 ^ 

Extrait de la délihéraUon, d» 9 fldrial (m IIL 

On donne lecture d'une pétition du sieur Cattaërt, présenta 
au représentant du peuple Delamarre et renvoyée au conseil 
général pour y donner son avis. 

Lecture faitte de la ditte pétition, le conseil général, l'agent 
national entendu, arrête l'attache cy-aprës : 

Il faut réunir toute l'audace du cHme nour oser tenir le 
langage conçu dans la pétition du nommé Cattaërt.- Tu nous 
demandes notre avis sur cet individu, nous le signalons comme 
le chef des terroristes de ce pays ; nous le désignons comme 
celuy qui a porté dans cette vUle le trouble et la désolation. 
En pro^e Hb Voïgueil et à PambitioU, éii£témi juifé du MiMlt, 
déclamat^u^ éternel, fabriei^iit de e6mpk>tà et d6 prélèttdtiêtf 
cct^Bpiratiôns, d'une hotùétir ifoit^ et ilrbitraire^ il s'ansod» 
atiedoutainé d'invidus, aussi méchants que tuy^ qui p«rta|fë|fni 
seé atrocités. Ils couvrirent pendant trois ans cette ville d^un 
crêpe lugubre. Plus de deux cents citoyens furent à cli^rentes 
époques arrâtés à ]eur sollicitation et traînés tôin de leurs do- 
miciles dans des prisons malsaines. Amis intimés du féroéô 
Lebon, ils éioieht chargés de pôurvoii^ lAI gtiillbiitie. Âfisiri. 
cent trente pères de famille maâieuteuXi n^ayant pMt tAtàié 
qtlc leur innocence et leur ÉiéHtè, f uretit-ilë ë^taMâl fi Àifi^ 
pour alimenter le caunibaL Ptim de vingt sont ^érô, les un 
sur l'échafaud, d'autres de miëëre t touts étoient destinés k li 
mort si le 9 thermidor n'eut uiis un terme k ees honftitmk I^t 
c'est le chef de leurs assassins qui cherche à émouvoir ta pitié. 
11 t'objecte que lui et ses digneë complices ont été mis eii 
lioerté par le comité de sûreté géh^nJé : mais les iiiétnbïtes du 
comité révôlutionàail^ de Nantes ont été lièqtlittéi^ et letifs 
cHmes ëti ëi!éient>ils lûoins f 

Il se plaiht d'âtré en arrestation ? Leë motifs t^td l^ofit Ai- 
éeifHité âont èbntefaus dttns ûos proCës-verbadXi Nohs lert stems 
tet passer au comité de sûreté générale^ à qui noué en k^oaà 
référé. Florent Guyot, à qui il a porté les mêmes réolamatioD% 
à approuvé nos mesures. Déjà le pétitionnaire a fait passer un 
mémoire au comité de sûreté générale, qui nous a été ren- 
voyé par un. des membres pour avoir nos obsèrviàtioûs que 
nous avons donné. Il fioUs traité de boni^eituiL ; <^e«t un tim 
qu'il donne à touts ceux (jui l'ont aéinàsqué, â hbus le fait 
partliger aveé Florent Guyot et Dumont (cet enûemi pniésfttlt 
dont il parle). Nous t'invitons à t'adresser à oeé deuac re^^ré- 
séntants et à Berlier pour avoir encore des renseignements f(ur 
l'itidividu. Nous rcffrêttons aussi que sa pétition n'ayt pas été 
hier connue du pubUo, tu aurois jugé de laconâance et de l'es- 
time dont jouit le pétitionnaire, qui, loin de s'être prononcé 
contre la journée du Si may, dénonça et fit incarcérer le ci- 
toyen Berquier parce qu'il avoit, dîsoit-il, voté pour la nomi- 
nation de Daunou à la Convention nationale. Pour noiuf, nous 



250 l'année boulonnatsk 

estimons qno la trniiquillité, le calme et le boulieur public 
exûent qu'il reste pn 
qu'il soit traduit par 



exi^nt qu'il reste provisoirement où il so trouve, et par suite, 
qu'il soit traduit par devant un tribunal criminel. 



24 rnai 1104. — Baudouin, roi de Jérusalem, 
s'empare de Torlose. 



Baudouin de Boulogne, premier roi de Jérusalem 
puisque, son frère Godefroi n'a pas accepté ce titre, 
est un héros très attrayant à étudier de près. Son frère 
c'est la sainteté armée pour Dieu ; lui, c'est Thumanité 
virile, hardie, courageuse, sauf seulement contre la 
chair. On est presque tenté de dire que Godefroi est 
trop parfait, tel qu'on nous le montre dans l'histoire ; 
mais Baudoin c'est autre chose. C'est le soldat dans ses 
grandeurs et dans ses faiblesses. 

Il était de haute taille « si que Ton pouvait dire de lui 
ce que l'on trouve en la Bible du roi Saûl, que quand 
il était emmi son peuple, il le surpassait tout de la 
tête. » Cheveux bruns, barbe brune, chair blanche, 
grand nez un peu courbe, lèvre supérieure avançant un 
peu ce qui lui messéiait point, il se mettait richement, 
avait belle démarche, manteau attaché gracieusement 
par une fibule sur le haut du bras et ne couvrant que 
l'autre épaule. C'était un bel homme, « mais bien se 
sentait de la nature et de la chair des hommes, qui 
fut blessée et corrompue par le péché d'Adam ; car il 
était accoutumé de cheoir souvent en péché ; mais si 
en était honteux et le cachait le plus qu'il pouvait». Ni 
trop gras, ni trop maigre, bon cavplier, splendide en 
ses accoutrements guerriers, il n'avait pas de paresse en 
rien, allant toujours où il était besoin de lui. Il avait la 
hardiesse, le sens des armes, avec beaucoup de cour- 
toisie et de largesse. 

Ses exploits ont excité la verve des trouvères. Mais 
l'histoire, plus grave, a surtout fait ressortir sa querelle 
avec Tancrède, sa séparation de l'armée des Croisés, la 
prise d'Edesse ; et lorsqu'il fut roi, la grande défaite des 
Turcs en 1104. 11 mourut à RiiiaoscorUra (E, Arisch.) 
en 1 1 18. 



2^ MAX 1147 251 



24 mai 1660. — Le chapitre ordonne de payer 
à Jacques Sauty, sonneur, 6 livres 10 sous, 
pour aller à la forest et en faire apporter des 
mays pour servir à la décoration de l'église les 
jour et octave du Saint-Sacrement. 

On trouve encore dans les registres capitulaires au 
18-21 mai 1665 : Permission de couper dans la forêt la 
ramée nécessaire pour la fête du Saint-Sacrement. 

Il y avait lieu d'enregistrer cet antique usage de 
décorer l'église Notre-Dame d'arbustes, dont le nom de 
mays doit se rattacher aux origines lointaines d'une fête 
populaire célébrée le i" mai. On trouve encore à la cam- 
pagne traces de l'usage de décorer les églises d'arbustes. 



25 mai 1147. —Départ des Boulonnais pour la 
croisade de Lisbonne. 



Cent soixante-quatre vaisseaux avaient été rassem- 
blés à Dartmouth. Christian de Ghistelles commandait 
les Flamands et les Boulonnais que les chroniqueurs 
mettent toujours ensemble dans les expéditions de 
cette époque, quand ils ne les confondent pas sous la • 
première appellation. Les croisés prirent la mer le 
2ç mai. Lorsque la flotte passa devant Oporto, le roi 
Alphonse pria les croisés de lui venir en aide pour re- 
prendre Lisbonne sur les Maures. Les Boulonnais et les 
Flamands acquiescèrent à ce désir avec la majorité des 
guerriers. Les armées reprirent la ville le 22 octobre et y 
accomplirent des prodiges de valeur. (Richard, Itine- 
rarium de expugnatione Lynbonnia.) 

Il est à remarquer que cette expédition semble avoir 
créé les relations de nos contrées avec le Portugal. 
Au commencement du xiii* siècle, Ferrand de Portugal 
est comte de Filandre, puis vers 1240, Alphonse de 
Portugal, épouse Mahaut de Boulogne, veuve de Phi- 
lippe le Ilurepel. 



liM VàxntÉM BaraoMAisB 



26 Mali 1549. — LéS An^ïais qtiî odetipent 
6ôuiogu6 i^nt in<}tri€f(s à Tsoihijhcé d'Mie at- 



Cette inquiétude remontait au 6 mars. Le docteur 
Wotton informait alors sir Will. Petre que le roi de 

Lé 3 Yhàli Bit tteifry PaltMr trànsmctlaît ou btfti 
Protdctêlit'd» rs^poit d'ds^fif digsmqueiesYaèsseaiix 
ilMu-éhaflâs ftM^àts étaient àfméd en âvLûrrt par ordre 
âil fy4, c{tté cilTqistâh^ mille hmhme^ ètaieilt prêts; que 
tèf fidtM éomi^éiMit twh cents vaisfietox et qurd lors- 
qtf ëHé atifâil éôâduit de^ ti'oupeâ eil Ecasdà^ eUe vien^' 
dtftit blôtqtiéf BotHôgtie. 

Mais un autre espion — le 14 mai — avait entendu un 
Français dire à un capitaine : Que diable iront-ils faire 
en Ecosse > Il n'y a rien à espérer que la perte des gens 
éa fdiv L^eapiUîne répondit que leur destination n'était 
pas l'Ecosse, mais Calais, où. ils devaient descendre au 
nombre de trente mille pour détruire la contrée. 

Le 15 mai, le Conseil de Boulogne confirmait au lord 
PWrtetteur réîiténstod deâ pféjparaltfs de g^trtt des 
f^fâknçâié. On prévoyait, pàt te tifèmWre de^ trèui^t^ râs- 
$ehibiées ptk^ de là ville, ^n'ifé vouldieiit dùtmtt assaut 
à qudqtià^ fijTrts. Le fOi étatt attendu èâperdonàe dans 
te Btt^lbntlàis. 

Oh disait ^a^ét que M. de Vendôme devait y v^dnur. 

Lé 26, tfti àtOûfttt qtîe « BoUlôgiWberg • (Mont^ 
Làmbeit) ii*étàtt pkt téAable éoAtire renMflii, s'il stti 
dbprroehàit Avkût f in^ jtrùtB, Le ^ YôUH Mon % ficf pe^t 
être ÀTihé, là plàte^ôtlhe ii*étant pks encidre hkxt. Le 
i 0/ef mtin I ^ettt l'être, (^tîôidtiê ses èouttines et bou- 
levards aient été ruinés par F hiver. 

Les lansquenets fcôrit dârtS teurs quartiers de Desvres 
et de Samer. Châtllloti tt dé Ri^h à6n! rdi^en^s. Une 
secrète entreprise est résolue, tdàii on f^Mre Quelle «lld 
est. {CaiaisPapert, 1548.) 



« MMlff» MH 



27 mai 4550. (VeîBe de rAscension.) — Jean 
Papin, très savant médeoin, pai4e des pro- 
priétés d'une pierre précieuse apportée au roi, 
à BûulogB^. 



Le roi Henri II était à Boulogne depuis le 15 mai. 
Durant 3on séfeqr < itn hooaane inconnu «t selon Tap- 
p^eQç^ de iQceurs asaçz revête » lui vint présenter 
une pierre précieuse qu'il avait apporté des Indes /pt fort 
extrajc^dxn^e qn son çap^ et çn $a firare^ < J^ç avoit 
un esdat et un brillant qui surpr^oit la VQHÇi doAOMt 
une lumière comme de feu, et jettant des rayons à 
ceux de la chambre quy la regardoient, si lumineuse 
que la veue ne les pouvûtt souffijr. Elk avait (nàh». de 
particulier que si on k isûiiveûit dû terre, «Ue en acirtoit 
et aauioit en ïaàr. EUe ne pouvoit sauAnîr d^e^e Qn- 
ien»ée en Aucun lieuASlroit, qu*eile n^içsiat faict VM>* 
lencç poonen sortir, malgoé tonterinduatâe d« rbommfi, 
désirant -oitiB Ubrç ^ en-Ucoi apecttui : rdk oatoit très 
notte«( aans tâche. OnJïù^wuAt dit^ dû i|udk loorme 
eik cstaià, chaocpsantà bautimosian^iet paraissant la»* 
toat une fgure et taatost uaa axKlve. £lfe «e se feiaûit 
paa toucher : ceu^L meame qnî luy «ûoleient faii^ vic^ 
ienoe.^^ai s'fittaidvâent à la vouloir prendre en vcot-^ 
voient deariofpnig^geB. 8i à fi^rcei de la vcoboneber on la 
retMioil jet qu'on en priât quelqyfti pan:eUes> Mr«Ue 
n*es«o»t pas diare, eUe revenoit et daaa^Marfii tousioura 
«n 8€ui «mier et ne diminBoit en rien de sa aaoosseuc, 
EHe avoit, au dire da maistie à qui elkt appartenait, 
quant^éez de rares vertms, particuUèremeat pour ks 
r«m, sans qu'il en «ust voulu dire 1$ aecretjet le dft&teil, 
quon ne luy)«uat donné aupa0aarant.de^andes aonun^s 
de deniers. Cette histoire oat isp|K>rt4e par M. JaequiM 
de Thou, à la fin de la première partie de son histoire, 
qui dict ravoir tirée d'unei lettre escrite de Boulogne la 
veille de l'Ascension, par Jean Papin, très sçavant mé- 
decin du seigneur de Mompiiorcncy, à Antoine Mizand, 
médecin célèbre, et diot avoir eaté tesmoing oculaire de 
ce qu'il escrit. . .» (^otté, JU^ori^M j^- aoo.) 



1 



264 L'ANKéK B0UL0NKAI8B 



(1) Jacques Gavillier note lo fait: € Le 19 janvier, Doininique-Lonis- 
Marie Parcnty, d'Audîngben, a assassiné M. Martin, notaire h Marquise, h 
dix heures et demie du ni-itin : il lui a donné deux coups do pointe de >abre 
dans le corps. Il est revenu de Paris le 23 may d«, la sentence de Bonlojrne 
conflnnée, condamné à être roué vif, ce qui a été exécuté par le bourreau 
d'Arras le 27 may d«. Il s'etst confessé sur la roue au curé de A'uiinil, 
M. Cautssart, au moment où il alloit étro exécuté. > 



27 mai 1786. — Exécution de Louis -Marie- 
Dominique Parenty. 



Le fait est raconté en ces termes par le père François- 
Xavier Bertrand : 



Samedy, 27 mai 1786. — Parenti, qui a asaassiué M. Martin, 
de Marquise, a été exécuté et rompu vif sur la plaoe de la 
haute ville, à trois heures après midi, après s'être confessé sur 
Péchaffaud. 

M. le curé do Wimille, qui a succédé à M. Dubuisson, l'a 
déterminé à la confession. 



Voici sur le crime de Parenty une note qui m'a été 
communiquée per M. Jules Lecat (i). 

Louis-Marie-Dominique Parenty, d'Audinghen, cara- ^ 

binier du régiment de monsieur de Béthune, tua de 
deux coups de sabre le sieur Martin, notaire royal à 
Marquise (demeurant dans la rue Royale actuelle), dans 
rétude de celui-ci, à huit heures du matin, le jour du 
marché. On dit que le sabre traversa la chaise sur 
laquelle le notaire étoit assis ; mais d'autres prétendent 
que celui-ci cherchoit à parer les coups avec sa chaise. 
On ajoute que Parenty s étoit engagé préméditant ce 
crime et se croyant lésé par Martin, espérant obtenir j 

rimpunité en se rendant directement à son régiment. , 

Mais au lieu d'agir ainsi, il prit la fuite, se cacha un j 

jour entier dans une grange où la maréchaussée le 
découvrit en piquant lit par lit le foin et bientôt l'homme, 
de la pointe de son arme. Condamné à mort et exhorté 
jusque sur la roue par le curé de Wimille, il fut rompu 
vif sur la place de la haute ville de Boulogne, en 1706, 
par les exécuteurs d'Arras et de Calais. 



28 icAi 1697 255 



28 mai 1697. — La confrérie de Saint-Pierre 
de Licques vint à Notre-Dame de Boulogne en 
procession, avec croix et bannières et grande 
aflluence de peuple, (it chanter une messe 
solennelle, alla à Saint-Nicolas, puis se rendit 
à Baincthun, pour implorer saint Adrien. 



Dans la même année, la confrérie de Saint-Pierre de 
Marck, celle de Saint-Pierre-lès-Calais, celles de Saint- 
Pierre et de Saint-Roch de Calais, les confréries du 
Saint-Rosaire et de Saint-Pierre de Samer, celle de 
Saint-Pierre de Wissant, celle de Saint-Pierre de la 
basse Boulogne, celle de Saint-Pierre d'Oye firent 
le même pèlerinage. Bien d'autres devaient suivre 
l'exemple, car ainsi que le dit Scotté : < la valeur du 
Boulognois n'a pas seulement parût en tous les temps 
en portants les armes pour la deffence de Testât contre 
les irruptions de ses ennemis qu'ils l'ont voulus atta- 
quer. Leurs piété et le culte qu'ils doivent au Dieu des 
arméez a parust avec l'admiration de plusieurs nations. 
Ils ne se contentent pas de luy rendre leurs adorations 
dans ses [temples] qui luy sont dédiez dans Boulogne, 
mais dans tous les temps leurs ferveurs les a portéez à 
faire des processions de six à sept lieues loing pour luy 
rendre leurs hommages et à la glorieuse Vierge reyne 
des anges. > 

Ce qui précède en porte témoignage et prouve aussi 
l'antiquité des pèlerinages annuels des diverses pa- 
roisses de la province à l'église mère du pays et à la 
vénérée patronne du diocèse. 

Ces pèlerinages se sont continués. J. Cavillier a noté 
celui du 7 juillet 1789 ou « il y avoit au moins quatre 
à cinq cents personnes à la suitte » venant de Samer. 
Nous avons donné dans l'appendice de la Notice sur 
J.'F. Henry, une satire composée sur l'inhospitalité 
des Boulonnais en 1765. 



8fi6 L'ANNlte |K)^M>VirAI8B 



29 m?/ 1825. — Inauguration de TÉtablissement 
des B^in$ le dimanche 29 mai, jour du sacre 
de* Sa Majesté. Les autorités de Boulogne se 
sont réunis dans les salons des Bains où un très 
bestu banquet avait été préparé. 

Le lendemain, une soirée fut donnée dans le grand 
salon par les soins du propriétaire, M. Versial : plus 
d<< <3lU{^^P^ cents personnes y assistèrent. Le bal eut lieu 
d^s i^ç s^iIqu. « L an^euj^lement, Fécl^t (des lumières, 
Iç gp^t !?t Ja fraîcheur 4es parures prêtaient à cette 
fête un charme impossiblç à décrire. Nous ne devons 
pas pyfcjiçr de rappeler que par une recherche aussi 
délicate qp'ingéniey^e, les baigneuses attachées à Féta- 
bUçfie^nent, parées de leurs plys beaux atours, avaient 
été pj^çéeç Ofins le vestibule qui précède le grand salon 
et offraient des bouquets à toutes les dames >. — Ces 
Ugnçç extrsutes de V Annotateur, semblent écrites d*hier, 
tant il y $t de ressemblance entre toutes les inaugu- 
rations II). 

Cequuy ^ lieu 4c remarq;uer, c'est l'initiative de 
M, Yer§i^: son projet fut l'une de ces idées fructueuses 
dont dépend bien souvent Tavenir d^n pays. Çoulogne 
avait be^u se présenter avec tous les avantages dont la 
nature Ta douée, Boulpgne sans établissement de bains 
fut restée stationnaire d^ns sa médiocrité. Les Bou- 
lonnais doivent conserver un bon souvenir à M. Versial, 
d'autant plus qu'il paya de sa fortune l'innovation 
qui a fait en partie la prospérité de Boulogne. 

Le 30 avril 1770 avait eu lieu à Grenoble le baptême 
d'Antoine-Auguste, né la veille, fils de Louis Versiat 
(et non Versial) et de Magdeleine Mathieu. Son père 
prppriétaire rentier, demeurait à Grenoble, et par son 
testan:xent dp 2 juin 18 18, il instituait son fils unique 
héritier de droit de ses biens, léguant 3000 francs à 
une demoiselle Zoé, qui, le 21 mai 1830, fut adoptée par 
M. Antoine Versial et dame Poussielgue son épouse. 



(1) Voir notre brochure : YAndm StaHimnuM det Baint de Boutogne-tur- 
-. - 1824-186S, Boulogne, in-8*, 1866. 



â9 MAf 1825 fl67 

M. Antoine Versial s'étant retiré à Boulogne conçut 
le projet de donner un centre de réunion aux nobles 
familles de touristes qui fréquentaient alors notre 
station balnéaire. 

Les premières années semblèrent réaliser les espé- 
rances qu'il était en droit de concevoir ; mais lorsque la 
concurrence put établir des baraquements sur la plage 
et donner des bains à des prix moins élevés, l'entreprise 
périclita. M. Versial projeta d'annexer un hôtel à 
l'Etablissement des Bains, en surélevant le bâtiment d'un 
étage ; mais il fallut faire appel à ses créanciers. Les 
menaces de guerre de 1830 et 183 1 et le choléra de 1832 
lui enlevèrent ses dermèries chances et il dut faire 
devant le tribunal de Boulogne la cession de biens 
autorisée par la loi (i). 

(1) Le bilAZL déposé est uno paoo de notre histoire ; le yokti: 
Le 23 novembre 1832, M. Versial dépose nnaotepour être admJi au bénéfice 
de cession de biens : 

Menbles . .' 65.845 fr. 40 

Créances actives : bonnes. . . 2.942fr. 17o. 1 c loe 10 

— douteuses . . 2.243 35 j ^•**** *^ 

— mauvaises. . 54.816 11 mmrmémoirt. 
Un établissement de bains §3. 357 fr. 14e 

Total 164. 887fr. 96c. 

Passif : 

Dette privilégiée à M. Doseille, commis. . • . 300 fr. » 

Dettes hypothécaires 50.000 > 

-— coirographaires 141.038 80 

Total 191.338 fr.8ÔcI 

Le compte de l'Établissement se résumait ainsi : 

ANNÈRâ RBCRTTES DÉPENSES DKNéFICBS PERTES 

1825 51.900er. 09o. 45.865fr. > 6. 034 fr. 36c. » fr. » 

1826 40.006 > 31.207 27 8.798 73 > i 

1827 32.228 04 33.030 57 > » 802 53 

1828 29.612 40 29.993 77 > » 375 37 

1829 30.853 30 25.592 50 5. £60 71 > » 

1830 33.299 » 28.166 48 5.294 27 > » 

1831 22.814 > 19.791 61 3.023 10 > » 

Balance en bénéfice : 27.233 fr. 27 o. 

Je no me charge pas d'expliquer comment ce compte se résumant par une 
balance en bénénce, l'entreprise était toutefois en perte. Cela doit provenir 
des intérêts accumulés pour les frais de construction : le bénéfice était insuf- 
fisant à les payer, sans doute. 

Le 11 avril 1833, M. Manccl, Fran^ois-Louis-Marie, achetait : 

le La concession d'un terrain accordée à M. Versial par décisions ministé- 
rielles des 24 décembre 1823 et 21 juin 1826, pour cinquante ans, redevance 
de 80 francs par an ; ' 

2* Les bâtiments construits ; 

3* Le mobilier ; 

Moyennant 55,000 francs et à la charge d'acquitter la redevance annuelle 
an Domaine. Cotte somme était loin des 159.208 fr. 54 c. du prix d'estimation. 

17 



268 L'AVKiB BOULONKAISIS 

Des registres de Tétat-civil de Grenoble il appert 
que M. Antoine- Auguste Versial, ancien officier prin- 
cipal d'administration des hôpitaux militaires, officier 
de la Légion d'honneur, âgé de soixante-dix-neuf ans, 
veuf de dame Hélène Poussielgue, est décédé à Gre- 
noble, rue Saint-Laurent, n** loi, le lo mai 1856. 

Son infortune à Boulogne n'avait pu entacher son 
honorabilité et la rosette de la Légion d'honneur en est 
le grand témoignage. 



30 mai 1729. — Nul bourgeois ne sera reçu 
maîeur s'il n'a été administrateur de l'hôpital. 



Lecture fut faite en séance des c pères des pauvres » 
de l'arrêt du Conseil d'Etat du 6 juillet 1728, portant 
qu'à l'avenir la recette et la dépense des revenus de 
l'hôpital général seraient faites gratuitement par l'un des 
administrateurs-directeurs nommé à la pluralité des 
voix par ses collègues^ dans le nombre c de ceux qui 
sont de la bourgeoisie » lequel serait tenu d'en tenir la 
charge pendant deux années et d'en rendre compte à 
la fin de son exercice. 

L'arrêt portait encore que « dorénavant, nul bourgeois 
de ladite ville ne pourra estre nommé mayeur ou 
eschevin qu'il n'ait été administrateur dudit hôpital et 
n'en ait fait la recette gratuitement pendant le temps 
de deux années, excepté pour la prochaine élection. > 

J'admire cette mesure, qui obligeait le premier 
magistrat de la ville à se dévouer au service des pauvres 
avant de mériter l'honneur de la diriger. 

Le receveur jouissait, durant sa gestion, du privilège 
d'être exempt de tutelle, curatelle, garde des portes 
et autres charges publiques, conformément aux lettres- 

Eatentes de l'établissement de l'hôpital général Saint- 
.ouis, en date de décembre 1692. 



31 MAI 1566 259 



31 mai 1566. — Marché conclu pour la couverture 
de Féchevinage. 

Antoine Scotté va nous dire ce qu'était notre primitif 
échevinage ou hôtel de ville : 

« L'hostel de ville de la ville de Boulongne est 
joignante le beffroi ; elle est composé d'une grande salle 
où le maïeur et les eschevins tiennent leurs audiences 
pour les causes sommaires et de police qui regardent 
les bourgeois de la haute et basse ville et banlieue de 
Boulogne; ce qui se tient tous les vendrcdys de la quin- 
zaine. Et quand les audiences du seneschal arrivent par 
le vendredy que le mayeur doibt tenir ses audiences, son 
audience est remise par privilège que le mayeur a. Il y 
a aussy joignant à cette salle de ville une chappelle où 
un prestre va dire la messe tous les dimanches et festes 
pour les prisonniers qui sont dans les prisons joi- 
gnante que le roy paye. Les mayeur et eschevins de 
Boulongne ont le privilège d'informer dans la ville et 
banlieue dans les affaires criminels entre bourgeois. 

« Le corps des mayeur et eschevins de Boulongne 
est composé d'un mayeur qui est ad vitam^ de quatre 
échevins, d'un avocat de ville, d'un argentier. Le 
mayeur a une marque de distinction d'une chaisne 
d'or attachée à la manche gauche de sa robe avec les 
armes esmaillé à la teste de cette chaisne qui sont d'or 
à trois boules ou trois tourteaux de gueules, deux et un, 
qui sont les armes du comté de Boulogne ; le second 
eschevins ou vice maïeur a aussy une chaisne posé de 
la mesme manière qui n'est que d'argent doré, avec une 
oye au bout qui sont les armes de la ville. Ce corps de 
ville a un commis ou esgard qui a veue sur la police. 
Il y a aussi quatre valets de ville qui servent par 
semestre : ils ont des robbes party de brun et de 
tanné, avec leurs verges qui les autorisent. > 

Le maire n'a pas toujours été ad vitam et Scotté ne 
parle que pour son époque. Ce n'est pas une oie, mais le 
cygne d'argent qui forme les armes de la ville. L'oie 
n'est pas un animal héraldique. Les armes de Bou- 
logne ont été régulièrement fixées par Charles X, le 
5 février 1830. 



260 



l'année boulonnaise 



Voici le texte des lettres patentes données à ce sujet : 

mX'»I^T^9f par la grâce de '3»m^ 

ROI Dfe FRANCE ET DE NAVARRE 

Jfi tous présene et à venir, $dlui 

Lb Roi, notre auçuttefrère et prédécesseur, Foulant donner aux 
fidèles sujets des VUXes et Communes de son Èoyaume un témoi- 
gnage de son affection et perpétuer le souvenir des services gfiie 
l&urs ancêtre^ ont rendits aux Bois nos prédécesseurs, services con- 
sacrés par des armoiries qui fwrent cmciennement accordées aux- 
dites villes et cotMnuneSy et dont eUes sont VemUèmCf a par son 
ordonnance du 26 septembre 1814, a%Uorisé les villes, communes 
et corporations du Éoyaume, à reprendre leurs andemus armoi- 
ries, à la charge de se pourvoir à cet effet par devant ta commis- 
sion du sceau; se réservant d^en accorder à celles des viUes, 
communes et corporations gui nUn auraient pas obtenu des rois 
nos prédé/iessewrs ; et par autre ordonnance du 26 décembre sui- 
vant, les dites villes, corMnun^ et corporations ont été dvoisées en 
trois classes. En conflëquence, le Maire de la ville de Boulogne- 
&nB-HB&, département du Pas-de-Calais, En vertu des délibéra- 
rations du Conseil municipal des 81 octobre 1814 et 3 s^- 
tembre 1828, s^est retiré par devant notre Garde des Sceaux, 
ministre et secrétaire ^Etat au Département de la Justice, lequel 
a fait vérifier, en sa présence, par notre Commission du Sceau, 
que le ConseÛ municipal de la dite ville de Boulognb-sub-mbr 
a émis le vceu d* obtenir de notre grâce des Lettres patentes por- 
tant ooNGBssiON des armoiries suivantes : d'oI^ a trois toub- 

TKAUX DB GUEULLB ; ET KÈ ABTMB, tTN ÉCU8S0N DU MÂUB, 

CHABGÉ d'un ctgnb d'abgbkt ; Et sur la présetUation qui nous 
a été faite de Vavis de notre Commission du sceau, et des conclu- 
sions préalables du eonseiUer d?Etat commissaire par nous au 
sceau de France, nous avons autorisé et, par ces prhentes signées 
de notre main, N'ous autorisons la ville de Boulogne-sur-mbr, 
à porter les armoiries ci dessus éiwncées, telles qu^ elles sont figu- 
rées et coloriées omx présentes. 

Mandons à iws amis et féaux conseiUérs en notre cour royale 
séante à Douai de publier et registrer les présentes, oab Tbl bst 
NOTRE bon plaîsir ; et afin que ce soit chose ferme et stable à 
toujours, notre Garde des Sceaux y a fait apposer, pot* nos ordres 
notre sceau, en présence de notre com/mism^in du sceau. 

Donné à Faris, le cinquième jour de février de Van de grâce 
mil huit cent trente et de notre Règne le sixième. 

Va: 
U Comeiller cCStat, 
Ommiêtaire du Mai ou ueau de Frante 

Comto de Pastorkt. 

Vu AU Sceau ; 
Le (farde de» Sceaux de Prance^ 
Minietre et SeerélaiTe aSiai au 
JDépartement de la Juttiee 

COURVOISIKH. 



C-Aarleà» 



Paii lk Roi : 

Le Cfdrde de» Sceaux de Prtxiux, 

Ministre et Seeritaire <tÉtat nu 

Département de la Justice 

CounvoisiRR. 



JXJIIV 



l^juin 1757. — Messieurs du chapitre décident 
que les 50 écus pour le repas du Saint-Sacrement 
seront donnés aux pauvres. 



Dans les années calamiteuses, ou lorsque leur sa- 
cristie avait besoin de quelque ornement coûteux, les 
chanoines de Notre-Dame se privaient généreusement 
du banquet annuel et traditionnel qu*ils se rendaient 
mutuellement, à tour de rôle. 

Messieurs y assistaient en corps avec leurs officiers 
et y conviaient les gens du roy {Délib, du 12 juin i6o6)\ 
toutefois, le 20 juin 1664, < pour plusieurs raisons coa- 
sidérables » il fut décidé qu'on ne convierait plus de 
séculiers aux festins, excepté le père et les frères de 
l'amphitryon. Le banquet était plus ou moins luxueux, 
selon la générosité ou la fortune de celui-ci ; lorsqu'il 
n'en voulait pas prendre l'enibarras, il versait cent livres : 
C'était le taux en 1675 • ^1 ^^^i^^ de i jo livres au siècle 
dernier. En ce cas, la comp.agnie chargeait un cuisinier 
de préparer le repas. 

Lçs irais du festin payés le 2 juin i6ôo montaient 



262 l'année B0UL0KNAI8B 

seulement à 88 livres i6 sous (i) dont 66 livres au cui- 
sinier et i6 sous pour le vin. Le chanoine Toupelin, à 
la date du 4 juin 1734, avait opté de donner le repas 
chez lui, au lieu de payer c les 50 escus d'usage >. 
Voulait-Û faire économie ou largesse > 

Selon la coutume, les chantres et les vicaires « ve- 
noient saluer et entretenir rassemblée de quelques 
motets et chansons de musique, lesquels, après avoir 
fini, reçoivent la courtoisie ordinaire de quelques plats 
de viande et le vin. > (i 1 juin 1605.) 

Ensuite on c bailloit un chapelet » à celui qui devait 
payer le repas Tannée suivante. Ce chapelet était 
comme le chanteauy qu'il est encore d'usage de remettre 
à la personne qui doit rendre le pain bénit aux messes 
paroissiales. 



2 juin 1804 (13 prairial an XII}. — Le conseil 
municipal dresse le programme de la fête pro- 
jetée pour célébrer l'arrivée de l'empereur des 
Français dans la ville de Boulogne. 

Le programme portait qu'à l'entrée de la basse-ville, 
du côté de Paris, seront établies trois arches décorées 
d'attributs de guerre, représentant le pont de Lodi ; au 
haut de la principale arche seront placés des musiciens 
qui sonneront des fanfares, et des jeunes demoiselles 
qui jetteront des fleurs au moment du passage de 
1 Empereur. 



(1) La dé^nse varia, on le comprend, selon le prix des choses. Le 
11 juin 1605, ]e trouve comme dépense mise à la charge du chanoine Monet : 

1* Pour la Fabrique xl sons. 

Pour le salut de la veille du Saint-Sarrement. %'iii sous iiii deniers. 
Pour le may, rameaux et esparsures . . . xxx sous. 

Somme Ixx^iii sous iiii deniers. 

4* Pour le festin : au cuisinier . . . xxvlii livres 

Pour le i>ain. . . xxxiii sons. 

Pour le vin ... ix livres viii sous. 

Pour la bière . . xxiii sous. 

Somme xl livres v sous. 

Somme totale xlv livres iii sous iiii deniers. 

Je ne me charge pas de justifier les additions. 



2 JUIN 1804 26S 

Des allées d'arbres ornés de guirlandes et de trophées, 
marqueront l'avenue, depuis la barrière de Paris jus- 
qu'au pont. 

Douze arcades seront posées à trente toises de dis- 
tance les unes des autres, dans toute l'étendue de la 
rue ci-devant Beaurepatre^ qui, dès ce jour, prendra le 
nom de rue Impériale (actuellement rue Nationale). 

Ces douze arcades représenteront les hauts faits de 
gloire du héros qui a sauvé la France, en commençant 
par la journée de Montenotte, jusques y compris la 
bataille de Marengo. 

Chaque victoire sera rappelée aux yeux du peuple, 
par une inscription simple au milieu d*un médaillon, 
dans l'ordre qui suit ; savoir : 

Montenotte (précédant le pont de Lodi). 
Rivoli. Alexandrie. 

Arcole. Pyramides. 

TaGLI AMENTO . S YRIE . 

Malthe. Marengo. 

A l'entrée de la rue de VÉcu, qui, dès ce jour, prendra 
le nom de Napoléon, il sera établi un portique majes- 
tueux, orné d'attributs représentant l'entrée d'un temple 
dédié A l'Immortalité. 

Dans toute l'étendue de cette rue, jusqu'au port, des 
arcades garnies de verdure porteront diverses inscrip- 
tions, en témoignage d'amour et de reconnaissance. 

A l'entrée du port, il sera placé une colonne d'un 
grand style, surmontée d'une couronne Impériale, 
avec des faisceaux d'armes et des groupes de drapeaux. 
Aux quatre faces du piédestal seront établies les quatre 
inscriptions suivantes : 

Au sud-est, faisant face à la ville : 

NAPOLÉON, PREMIER EMPEREUR DES FRANÇAIS. 

Au nord-est, faisant face aux maisons du quai : 

LES DEUX MONDES TE DEMANDENT LA LIBERTÉ DES MERS. 

Au nord-ouest, faisant face à l'Angleterre : 

ALBION PUNIE. 

Au sud-ouest, faisant face au bassin du port: 

DU RUISSEAU DE LA LIANE PARTIRONT TES FOUDRES 

VENGERESSES. 



264 l'annéb boulonnaiss 

A rentrée de la nuit, toutes ces décorations, la fac- 
çade de THôtel-de-Ville et le monument figuré et modelé 
de LA Porte Impériale, seront illuminées. Les habi- 
tans de la ville seront invités à décorer leurs maisons 
de tentures, de drapeaux, et à manifester par leur em- 
pressement, la joie qu'ils éprouveront en revoyant au 
milieu d'eux le chef auguste de Tempire français. 

En transmettant au maréchal Soult, le 6 messidor 
suivant, les délibérations prises les lo et 13 prairial 
an XII, à l'occasion de l'érection d'une nouvelle porte qui, 
en perpétuant le souvenir de l'avènement de Napoléon 
Bonaparte à l'empire français, devait procurer entre la 
haute et la basse ville une communication plus sûre et 
plus facile, le maire disait : c L'espoir que nous avons 
de posséder notre souverain dans nos murs fait naître 
l'idée d'élever le monument projeté en boiserie peinte 
dans ses vraies proportions et dans l'endroit même où 
il doit être érigé. » 

Deux jours après, le maire écrivait à M. Henry, 
adjoint du génie militaire que le maréchal Soult ayant 
goûté l'idée du monument, personne mieux que l'auteur 
du projet ne pouvait exécuter cette décoration. On 
perdrait tout le fruit de l'entreprise si le monument 
n'était achevé avant l'arrivée prochaine de l'empereur ; 
on le priait en conséquence de se hâter. 

Mais cette arrivée ne fut pas prochaine et on eut le 
temps de faire l'arc triomphal, dont le dessin existe. 

Le projet d'une porte impériale pouvait être bien 
beau, mais combien il y aurait lieu de regretter la des- 
truction de l'antique porte des Dunes, sans doute 
ouverte depuis la période gallo-romaine et qui donne 
à nos remparts une sévère simplicité que rien ne sau- 
rait remplacer sans en détruire l'harmonie. 

Maçons, n'y touchez pas I 



3 juin 1302. — Le comte de Boulogne est nommé 
justicier et gardien du comte de Flandre, par le 
roi Pliilippe le Bel> alors à (ihoisy, avec pouvoir 
de faire et ordonner tout ce qui appartient et 
qu'il jugera à propos de statuer sans déroger 
aux pouvoirs conférés à Robert d'Artoib. 



3 JUIN 1705 265 



3 juin 1705. — Scandale causé à la cathédrale par 
M. de Rony, lieutenant général de la séné- 
chaussée. 



« M. maistre Jacques-François de Legorgue Desrony, 
conseiller magistrat au présiciial d'Abbeville > qui, par 
son mariage célébré le 26 septembre 1702 avec dame 
Nicolle-Antoinette Le Roy, damoiselle de Surques, 
avait obtenu la charge de lieutenant général de la séné- 
chaussée, était intraitable dans les questions de pré- 
séance. En voici un exemple que nous laisserons 
raconter par le secrétaire du chapitre de Notre-Dame : 



Le jour de la Pentecôte, Monseigneur l'Ëvôque, en habita 
pontificaux, officiant aux vêpres, est venu M. le Seneschal 
pour prendre sa place ordinaire du côté gauche du chœur, 
entre messieurs le chantre en dignité et le pénitencier, dans 
laquelle luy, ses përes et prédécesseurs seneschaux, se sont 
toujours mis comme chefs de justice ; et, où venants et y 
trouvants les présidents et lieutenants généraux, ceux-ci se sont 
toujours retiré dans celle immédiatement aprës monsieur le 
pénitencier ; laquelle place il auroit trouvé occupée par 
monsieur de Rony, lieutenant général, auquel il auroit dit 
honnestement et par plusieurs fois de luy donner sa place ; 
ce que ledit sieur de Rony ayant refusé de faire, mondit 
sieur Seneschal s'en seroit plain à haute voix, se tournant vers 
monsieur le doyen et messieurs les chanoines auxquels U dit : 
Messieurs, messieurs, montrant monsieur de Rony : pour 
lors, monsieur Abot, chanoine trésorier, qui est à droite de 
monsieur de Oolembert, commandant de la place, lequel est 
entre lesdits sieurs doyen et trésorier auroit dit, s adressant à 
monsieur le doyen : Monsieur, monsieur : et monsieur de 
Colembert se seroit pareillement adressé à mondit sieur le 
doyen, lequel auroit répondu qu'il ne jugeoit point à propos 
de se mesler de cela, et auroit ajousté ces termes : agant 
PAETE8 : et mondit sieur de Colembert fesant instance à 
mondit sieur le doyen, mondit sieur le doyen auroit répondu : 
Si j 'a vois à m'en mesler, ce seroit à vous, monsieur, à qui je 
demanderois main forte ; lequel sieur de Colembert voyant le 
tumulte coutinaer, l'office interrompu par le chant cessé et 
l'opiniâtreté de monsieur do Rony à ne se point retirer, U luy 
auroit dit par plusieurs fois à haute voix que c'estoit la place 



266 l'année BOUL0NNAI8E 

de monsieur le Seneschal, luy montrant de prendre la sienne 
qui eatoit plus bas et estoit vuide ; ce que refusant de faire 
ledit sieur de Bony, disant que le Roy luy donnoit cette place 
et qu'il en avoit un arrêt, et mondit sieur le commandant le 
voyant, il auroit ordonné à monsieur le major de faire sortir 
ledit sieur de Rony de la place de monsieur le Seneschal 
qu'il oocupoit ; ce qui auroit été exécute sur le champ, après 
que ledit major eût demande par plusieurs fois à mondit 
sieur de Colombert s'il lui commandoit, et qu'il eût répondu 
qu'ouy, ajoutant : il n'est pas nécessaire qu'il sorte du chœur, 
qu'il prenne une autre place : ensuitte de quoy, on continua 
roffice(l). 

Obligé de céder au sénéchal, M. de Rony souleva 
une autre difficulté que le registre capitulaire fait con- 
naître sous la date du 17 juillet 1705. 

M. de Rony prétendait « que lorsqu'il est dans son 
stale au chœur » M. le pénitencier ne devait point 
passer devant lut pour se rendre à sa place. Décidément 
il était grincheux. 



(1^ Une affaire identiqtio se passa en assemblée des administrateurs de l'hô- 
pital lo 29 mai 1711. «Cijourd'huy.... étant assemblés en la Chambre de 
l'hôiùUil — monseigneur l'Evéque présidant — chacun ayant pris place au 
bureau, M. de Rony, lieutenant général de la sénéc:haussée, avoit d'abord 
pris le siège le plus proclie du fauteuil de mondit seigneur du côté gauche, 
où \f . le marquis de Colombert, lieutenant du Roy, l'un des administrateurs, 
lors absent, a coutume de se placer ; qu'aussitôt*^ après, M. de Lozenibrune, 
président en ladite sénéchaussée, étant entré dans ladite Cliambre et s'étant 
présenté pour prendre la place la plus proche de mondit seigneur, mi'il trouva 
occupée pju* ledit sieur lieutenant généra 1 qui ne le voulut pas souffrir tenant 
toujours son siège serré contre le tauteuil. Ce que voyant ledit sieur de Lo- 
zenibrune, président, dit au sieur lieutensint général de, lui céder la place qui 
lui appartenoit comme président. A quoy ledit lient<înant général répondit 
qu'il n'avoit point de place dans cette assemblée comme président ; que s'il en* 
prét«ndoit avoir, ce n'étoit qu'après lui, que s;a présidence n'étoit que dans la 




pati'iites sur le bureau qui furent lues par mondit seigneur. Et en effet le 

t résident est nommé entre les administrateurs avant le lieutenant général, 
.equel sieur lieutenant général lui demanda s'il n'avoit que cela à dire, et 
sil avoit vu les règlements pour l'hôpital postérieurement aux lettres patentes 
que sil no les sa voit pas, qu'il les apprist, qu'il ét4)it trop jeune pour tout sca- 
voir, et qu'il le lui npprendroil, et, comme la contestation commença à s'é- 
chaufer, ledit sieur lieutenant général lui demandoit s'il vouloit lui faire 
\iolence pour l'ôtcr de sa place. À quoi ledit sieur ]^résident lui réiwndit que 
les violences étoient bonnes pour lui, mais que lui président il n'en sa voit 
pas faire, qu'il se retiroit sans bruit, par respect pour mondit seigneur, pour 
ne rienfidre contre son caractère ; avec protestation de se pourvoir contre son 
entreprise et sa violence, dont il a demandé îicte ce qui fut octroie. » 

M. Eugène de Rosny m'a fait connaître que le lieut<mant général, son tri- 
saïeul, avait on à subir ])lnsieun; contestations de préséance, entre autres 
une à la cathédrale, à la suite de laquelle il donna un soufflet à son compé- 
titeur. L'affiire fit grand bruit. 11 dut se démettre, prit chagrin et en 
mourut, en 1713, je crois. 



4 jcm 1861 267 



4 juin 1861. — Mort de Louis-Auguste d'Haut- 
telVeuille, l'un des auteurs de rHiSTOiRE de 
Boulogne-sur-mer (1). 



Il était né à Boulogne le 21 juillet 1829. Dix jours 
après sa naissance, il perdit sa mère. Il n'avait pas 
deux ans quand son père le laissa orphelin, sans 
fortune, à la charge de deux tantes, vaillants cœurs qui 
ne faillirent point à leur tâche. L'instruction sommaire 
qu'il reçut à Fécole des Frères, fut un peu fortifiée en 
quinze mois passés dans l'institution secondaire de 
M. Hafifreingue ; mais (2), à Tâge de treize ans et demi 
il dut songer à se choisir un état : c Je veux être impri- 
meur», dit-il aussitôt à ses tantes et le 14 juin 1842, il 
commença son apprentissage chez M. Birlé. 

— c Obligé de vivre chez des étrangers, je n'avais 
pas les joies de la famille, je ne connus pas les ten- 
dresses d'une mère qui consolent de loin comme de 
près, ces affections filiales qui remplissent votre cœur 
et lui procurent les plus douces jouissances 1 Eh bien ! 
j'ai pris courage, j'ai lutté et j'ai surmonté bien des 
genres d'ennuis et de souffrances (3). Aujourd'hui, j'ai 
trouvé le port, j 

Anxieux de parvenir, admirant les ^effets de l'instruc- 
tion ohez les autres, dévoré d'une soif ardente de savoir 
et de produire, que de fois le découragement fut près 
de s'emparer de lui au milieu de ses efforts isolés pour 
acquérir l'instruction qu'il sut se donner lui-même, dans 
son cabinet solitaire, après ses journées passées à 
l'atelier. Son travail persévérant fut poussé jusqu'à la 
fatigue de la santé physique. Aussi, sa jeunesse labo- 
rieuse est-elle un exemple, un fortifiant exemple à 



(i) Bittcire dâ Bouloçne'-iur-^ner, par Louis-Auguste d'HauttefeuilIe et Louis 
Bénard, 2 voL in-12. — 1860-1861, Boulogne-sur-mer, imprimerio Charles 
Aigre, imprimeur. Cette histoire a de très excellentes parties, surtout dans 
la période de 1500 à nos jours. Pour la premiôre fois, on y fait usa^ de 
docaraentH d'archives de la sénéchaussée et de la mairie, avec une judicieuse 
sagacité et une exactitude méticuleuse. 

(2> Il en sortit par une disgnâcc, pour s'être, lui la douceur même, rebiffé 
contre son professeur. 

(3) Voir cette lettre dans la naUee publiée dans la Saiêon, année 1882, n* 20. 



968 L*ANN^ BOXJI^OirNAISB 

donner à tous les enfants doués de facultés supérieures 
à leur position sociale et désireux de s'élever avec 
elles. 

Ses luttes, ses efforts, il les a racontés lui-même au 
jour le jour, dans une correspondance compiencée en 
1 846 — il avait dix-sept ans — eç continuée dix années 
avec un ami, un camarade d'atelier, mieux que cela, 
« un frère d'affiches » comme il Tappelle (i). 

On ! les affiches ! Son cauchçmar, soi) supplice (2), 
commç il en voudrait sortir» dit-il le ;?§ ^eptçipbre 1846, 
alors que commence la correspondancç qup npus allons 
feuilleter. «Espérons qu'un jotir nous tr/ayaillerons 
comme nous le désirons î » Pour échapper ayix giffiches, 
il voudrait voyager, aller jusqu'à ce qu'il trouvât un 
autre labçur. Mais il y était voué, U les faisait trop 
bien sans doute. Un jour, l'atelief se reîiQuvçtte, il es- 
pèrç succéder à un camarade armé du çQmppstpur de? 
bilboquets ; c Tu as encorç bespiri 4ç faire des 
affiches ! > lui disait M. Birlé. 

Pauvre Bénitier! (c'était son nom d'atelier), M. Birlé 
crut adoucir son arrêt, en lui annonçant une augmen- 
tation de salaire; cela ne suffit pas à çajmer son chagrin : 
et nou§ assistons, au début dP sa correspondance, à 
toute sa rançunç contre les placards de la publicité. 

Qui sait si les affiches n'eurent pas cela de bon de le 
faire travailler avec plus d'ardeur à l'anglais I « C'est 
toujours sur la langue anglaise que se portent mes 
études, » Il y était encouragé aussi par « ses idées voya- 
geantes V. 



feuille 

nous 

M. ^ 

cran, U rêvait Va]»oa$oUnt de rinsuuctioi^ publique — le mot apostolat est 46 
d*Hautefeuille, qui rcncouraf;e.'ùt. — Pour y parvenir, sa journée de labeur 
finie, il aUait s'asseoir /sur les bOACS des écoles du soir, et troqivait encore le 
temps de /cuIUver son talent de musicien sur la flûte et le violon € do^t f 1 
jouait a}<réablement. > Mais il se marie, les enfants arrivent c comme une 
bénédiction abondante > et son rôve dut replier ses ailes. 11 resta imprimeur. 
A Arras, il gagnait 2 fr. 50 par jour : ouand il revint à Boulogne, en 1»5G, il ne 
nir que 2 fr. 25 : « C'était le oàton de msirécUal de;* typographes Iwn- 





pajr les lettres ae a uauiiereuuie, nous est rcveie ujuis sa venw. iiy 
peu de survivants : Planchon, Verne, Delpierre, Trousscd, tous très esti- 
mables et très estimés. 

(2) Cela allait jusqu'au désespoir par instants. Un jour, son camarade V^^e 
le trouve tout en pleurs : € Qu'as-tu ? — Te ne puis pas venir à bout de 
serrer cett.e affiche ! ;^ ^éj(K)X^dit-il, et U se (i^lait de plus belle. 



4 JVTÀ leei 269 

Ehfirt, au <i juillet 1847, il est âorti de tatte beàogfhe: 
c je suie beaucoup mieusc depuis quelque temps : je fais 
des hioutttqueu qui me plaisent on ne peut plus, des 
tabteàux et autres hMoques^ uti petit labeiir de temps 
en temps. Samedi dernier^ j'ai subi une augmentation 
sur ma solde, je gagne maintenant i fr. 50 par jour : 
ce n'est pas trop^ mais on ne peut pas demander 
ni(^ust après cinq ans d'apprentissage dans }a même 
maicroA.:» 

Plus joyeux, il raconte se^ plaisirs ^u dimanche. 
Il va en promenade avec M« et Madame Flahaut. 
< Nous mangeons ui\ baquet de coyaux ou lait caillé 
eti famille. i> Mais son bon Joseph, son ami, lui 
manque. C'était si bon de causer ensemble, < de nous 
promener et de nou^ communiquer nos pensées, nos 
idées; car« vois-tu, depuis q^stc tu es parti, je n'ai 
pas trouvé un camarade comme toi, du même esprit 
que toi. Boyer est mon ami, mais il va faire sa 
partie de billard tou^ les dimanches, et ce n'est pas 
cô qu'il me fout. * . • Je me trouve isolé. J'appréhende 
le dimanche» Quciquemis, je lis depuis le matin jusqu'au 
soir ; d'autrefois, je joue aux galets avec les camarades 
de Guche pour me distraire. L'été passé, j'ai été 
deux ou trois fois à Audisques avec leë ouvriers de 
l'imprimerie; mais on revient tard, on est entraîné 
à des dépenses qu'on voudmit éviter : tiens*, tout cela 
ensemble ne vaut pas nos excursions sur les falaises 
et nos pensées plus philosophiques : aussi, pour aller 
flâner seul dans les champs ou, ce que j'abhorre le 
phis, aUei' faire mon faquin dans la Grande-Rue et 
la rue de 1 Ecu, j'aime mieux rester au Dernier Sou 
à m'ennuyer. * 

Oui, il préférait rester à travailler dans sa chambre : 
il lisait déjà couramment les journaux anglais, ce qui 
aida beaucoup à son avancement dans l'atelier, car 
bientôt ce fut à lui qu'on confia toutes les compositions 
en cette langue. 

Le 2 février 1848, il a été bien près de la tombe, t J'ai 
subi une fluxion de poitrine et une inflammation du 
bas-ventre, choses qui m'ont fait soufirir. On m'a dît 
mort du jour où l'on m'avait administré les derniers 

sacrements » Grave souci. « Imagine-toi, mon cher 

Joseph, que mes tantes se sont mis dans k tête que 
c'est parce que j'allais à la bibliothèque et que j'écrivais 



270 l'aNNÉB BOULONNAI8E 

un peu le soir (i) que j'ai été malade, de sorte qu*il m'a 
été défendu et il a fallu que je promette de ne plus aller 

à la bibliothèque Si j'avais mon ami Joseph pour 

aller faire des excursions champêtres, je ne sentirais pas 
ce vide que j'éprouve toutes les fois que je me promène 
seul. » 

Le changement de patron — M. Birlé ayant cédé son 
imprimerie à M. Aigre — amena son changement 
d'atelier. En juillet 1848, il fait connaître qu'il est chez 
M. Le Roy-Mabille, où il gagne 2 francs par jour. Il 
compte donc parmi les ouvriers habiles. Avec ses gages, 
son esprit semble s'élever aussi. C'est avec une haute 
philosophie qu'il parle de la révolution de 1848 et 
surtout des journées de juin : € La République, comme 
quelques-uns la veulent, est peut-être une bonne chose, 
mais combien y en a-t-il qui la comprennent unique- 
ment pour s'en servir aux dépens d'autres .... Ce qu'il 
y a de plus malheureux, c'est que le bouleversement 
s'est étendu jusqu'à nous et qu'il force des jeunes gens 
à s'éloigner de leurs foyers pour gagner leur vie en 
pays étranger. . . . Car 1 ouvrage va peu, le commerce 
est mort. » 

Il encourage AUain à étudier : « Ton idée de re^ 
tourner à l'école cet hiver me parait excellente. Je plains 
les jeunes gens qui, au lieu de travailler chez eux ou 
ailleurs, n'en font rien sous prétexte qu'ils en savent 
assez pour leur état. Au contraire, tant plus on étudie, 
tant plus on en sent le besoin 1 :» 

Mais en même temps que son esprit se hausse, il 
sent davantage l'infimité de sa position : il est, un mo- 
ment, prêt à dire de lui ce qu'il dit de son camarade 
Sailly, enlevé, jeune encore, à son amitié : « Il avait de 
trop grandes qualités pour rester sur cette terre de 
misère où sa naissance lui avait donné un bien triste 
rôle pour une âme aussi élevée, car c'est de lui que 
Ton peut dire : c Sa naissance a causé sa mort I » 

Il faut se résigner, ajoute-t-il bientôt, attendre tout 
de Celui que nos parents nous ont appris à adorer sous 
le voile du mystère : « Il est impossible qu'après avoir 
été malheureux tout le temps qu'on a passé dans ce 



(1^ II devait dire beaucoup d'après l'un des aveux de sa lettre du 25 sep- 
tembre 1846, ttnissant ainsi : Adieu ! il est onze heures du soir et les jour- 
naux vont me tenir jusqu'à trois ou quatre heures du matin. 



4 JUIN 1861 271 

monde» il n*y ait pas un autre monde dans lequel le 
malheur ne pourra pas nous suivre. » Cette résigna- 
tion est bien difficile parfois. Un an après, lors de la 
mort d'Ernest Flahaut, enlevé en seize heures à l'amour 
des siens, mort suivie de la maladie des parents, il jette 
un cri de désespoir : « Il y a vraiment des familles mal- 
heureuses dans ce monde. A voir des gens aussi bons, 
aussi probes, traités comme ils le sont par le sort, on 
se sent porté à douter de la justice d'En-Haut 1 » 

Le sort semble lui sourire un instant, « Je ne sais si 
tu as appris que j'avais fondé une quatrième imprimerie 
à Boulogne, en association avec M. Bousquet, aujour- 
d'hui rédacteur au Pays (i). Cet établissement n'a pas 



(1) Oui, il Favait raconté et son ami qui Tavail félicité, était ensuite efFa- 
rouché. Modeste, il n*0Rmt plus traiter de pair à compagnon avec un c maître 
imprimeur. > C'est d'Hauttefeuille qui le relan<;a et lui fit reproche de 
Toublier. Un an sons lettres, c'est mal. Et il disait à son ami : f Les 
affaires vont comme nous le déj-irons, c'est-à-dire progressjmt lentement. 
Nous ne sommes )>as envieux, nous voulons seulement trouver notre place 
au soleil, ce qui fait que peu de succès nous satisfait. . . . Je demeure tout a 
fait chez M. Housquei, nous vivons en famille, dans une intimité qui, comme 
l'enfance do Jésus, Hefaii que eroitre €t embellir. J'ai trouvé en in on associé 
toute 1 1 tendi'esse d'un frère unie à l'expârïenoe d'un père. J'ai trouvé dans 
8afamil]<'to ' ' ' ' -^ ' ^ " ^' '^ '- ' 

Erévenauce 
,e premier , , , , , _ 

journal surtout € pour moi qui ne suis pas fort sur l'article >. Sa bonté natu- 
relle était un inconvénient dans sa position. Allain le uréche là-dessus. «J'ai 
bien réfléchi à ce que tu m'as dit sur la bonne tenue d'un atelier, lui répond 





$e route. Le patron, me suis-je enfin dit, doit ôtre le maître chez lui, 
iTatelier: au dehors, bon camarade... » Cela se dit en vain quand le 
ctère s'y refuse. D HauttefeuiUe est bientôt obligé d'en faire l'aveu : 



fausse 

dans 

caractère s'y refuse. D' HauttefeuiUe est bientôt obligé 

< Eh ! mon Dieu, la position ou l'habit no fait pas le moine. Je serai toujours 

un triste sire, n'ayant pas plus de tète qu'une linotte ; mais ay.int une àmo 

sensible surtout à l'amitié. ... Le reste chez moi, c'est-à-dire ce qui constitue 




épaules de vingt ans et c'était lourd. Peut^-étre cependant, sans le coup 
dT^tat du 2 décembre 1851, eussent-ils sauvé la situation! Le 13 avril 185^, 
d'iîauttefeuille disait à Ailain : < Los annonc(>s des journaux ont dû t'ap- 

{ rendre que notre imprimerie était à vendre pour le 26 avril prochain, 
lélas ! OUI, mon cher Joseph, la loi sur la presse et une foule d'autres in- 
convénients ont ruiné, pour une fois encore, les espérances peut-être trop 
ambitieuses de ton ami qui va revenir Gros Jean comme devant. » 

Sa passion pour les voyages le reprend alors, « celte fois pour tout de bon, » 
dit-lL Que faire ? Il y a des milliers de compositeurs sur le pavé, et « dans 
la presse, il y a des rédacteurs bien autrement capables ^ue ton ami qui vé- 
gètent dans les bas-fonds du journalisme. Or, je ne vois rien de plus saçe 
que de m'en aller dans la Grande-Bretagne, le composteur à la main et de 
tacher de m'y caser. » Il était écrit qu'il ne voyagerait pas. On avait eu le 
temps d'estimer son talent naissant d!^écrlvain. M. Aigre lui offrit de devenir 
< un être mixte, composé d'un rédacteur et d'un compositeur. Je fais im peu 
de tout et le mieux qu'il m'est possible de le faire. M. Aigre me donne 



272 l'année bouloknaise 

vécu plus de deux années et M. Aigre Ta acquis au prix 
de sa valeur matérielle et intrinsèque. J'y ai perdu 
4,000 francs d'argent à moi, avancés par mon pauvre 
oncle, plus, deux années pendant lesquelles je n'ai rien 
gagné. A la suite de cette malheureuse tentative, j'en- 
trai chez M. Aigre, en qualité d'attaché à la rédaction 
de V Impartial et à l'imprimerie. Aujourd'hui, je suis le 
rédacteur principal et unique de ce journal, auquel je 
travaille de mon mieux et le plus consciencieusement 
possible, ce qui n'empêche pas que je ne m'y fasse des 
ennemis acharnés et des amis équivoques. Mais, c'est 
le lot du journaliste : il rend des services et fait des 
ingrats. Heureux malgré cela quand il peut faire un 
peu de bien. Outre cette place, je suis attaché au secré- 
tariat de la Chambre de commerce, dont M, Gérard 
(encore une vieille connaissance) est le secrétaire en 
titre. J'y ai du mal, peu de profits, mais j'y puise de 
bonnes notions et d'utiles secours pour le journal. 
Avec ces deux emplois, je me fais environ 2,000 francs 
par an, et maintenant que je suis parvenu à remplir 
les engagements d'argent que m'avait laissés mon titre 
passager de maître imprimeur, je vis aisément avec ma 
femme. Car, mon bon Joseph, je suis marié, marié depuis 
le 3 janvier dernier (1855) à une bonne petite femme que 
j'aime .... comme on aime après deux mois de mariage, 
c'est-à-dire de toutes mes forces. Seul au monde, désor- 
mais définitivement fixé à Boulogne, il fallait bien 
songer à asseoir ma vie, à me créer une famille, un chez 
mo , et le cœur s'en mêlant, c'a été tout seul. . . (i). 



100 francs par mois et me traite avec on ne peut plus d'égards et de bienveil- 
lance : en un mot, je suis content de mon nouveau sort. > {Lettres du 
18 mort 1850 — 14 avnl 1852—1 «r mars 1853.) Celle du 19 mars 1855, cilôe 
ci-dessus résume tout cela. 

(1) Son ami s'était marié vers 1849 et il lui avait dit : € Tu fais bien, car 
vois-tu, dans mes rôves, dans mes châteaux, qui ne sont pas toujours en 
Kspap:ne, le seul bonlieur que j'entrevoie dans la suit«, c'est cclm de me 
trouver uni à une femme pour qui j'aie de l'amour, de cet amour pur et 
chaste qui fait la vraie félicité de ce monde. » Il l'obtint ce bonheur qui ne 
devait durer que six ans. La mort guettait ce ménage d'heureux. D'Haut- 
tefcuille avait mis en pratique les conseils qu'il donnait jadis à Allain : 
< N'oublie pas que tu entres dans une ^ie d'abnégation de toi-même, que tu 
dois faire le bonheur de ceux qui t'entourent, avant de penser à toi. » 
Madame d'IIauttefcuille, Suzanne Klahaut de son nom, avait été prise en 
grande affection par madame de Clochoville mère. Toute petite, elle seule 
avait une haute influence sur un frère de M. le comte Julien, qui était fou. Un 
jour, dans un moment d'égarement, il avait levé la main sur sa mère. Suzctte 
s'était jetée à temps dans ses bras et il n'avait pas frappé. La reconnaissance 
de madame de Clochoville fut si p'ande, qu'elle voulut s'attacher cette 
jeune personne jusqu'à la fin de ses jours. 



■» . 



&4UIK1740 273 

Le voilà casé ! Changc-t-il avec la fortune? Non. « Tu 
ne me trouveras pas extrêmement changé, dit-il, le 
21 mai 18^5, à son ami Allain, en Tinvitant à être 
le témoin cle son bonheur : Va, c'est toujours le petit 
blond que tu connais depuis treize ans, un peu grandi, 
propriétaire d'une moustache blonde très légère, d'une 
barbiche blonde, aussi peu fournie, et de favoris à 
l'état d'espérances. Pas plus de changement que cela 
au physique. Au moral, toujours aussi faible de carac- 
tère, aussi jeune à ses moments de folie, travailleur et 
casanier, et n'ayant d'énergie que dans les facultés 
aimantes. Voilà mon portrait : tu vois qu'il te sera facile 
de me reconnaître. » 

Oui, Allain put le reconnaître à son cceur, comme à 
sa figure lorsqu'il revint à son appel, en 1856, pour 
entrer chez M. Aigre et y retremper sa vieille amitié. Il 
put assister à son ascension rapide dans l'estime du 
monde, conquise par un labeur persévérant. L'ancien 
ouvrier imprimeur devenu rédacteur de talent, auteur 
d'études très fines et bien écrites, allait attacher son 
nom avec celui de M. Louis Bénard — un ami de cœur 
aussi — à r Histoire oe Boulognb-sur-meic, dont il 
corrigeait les dernières épreuves sur son lit de morL 

Voilà ce que fut celui dont M. Gérard disait te 
7 juin 1861 : « La ville le pleure comme une mère 
frappée dans le mieux aimé de ses enfants. » Mainte- 
nant qu'on le connaît plus intimement par ses lettres à 
un ami, on voit combien il méritait d'être aimé et 
pleuré (i). 



5 juin 1766. — Conflit entre l'échevinage et le 
chapitre de Notre-Dame au sujet du dais de la 
procession. 

L'un des privilèges des officiers de la ville était de 
porter le dais et des cierges à la procession de la Fête- 
Dieu et d'y prendre la gauche des officiers de la séné- 



(1) Par arrêté mmiicipal da 12 juillet 1882, Tancieime rue Eurvin a été 
dénommâe rue A^a^uié^BmOittMUi, 

18 



! 



274 L^AXSàE BOT7LOKNAI8E 

chaussée. Ces derniers s'étaient maintes fois refusés à 
marcher parallèlement avec les maïeur et échevins. 
D'autres officiers imitaient leur mauvais vouloir sur ce 
point. En 1736, M. d'Herquelingue, capitaine des gre- 
nadiere boulonnais, trouva bon d'occuper la place du 
maïeur derrière le dais, à la procession du Saint- 
Sacrement, et, entouré de ses soldats, c il refoula ce 
magistrat, i On lui envoya, en vain, le valet de ville 
pour réclamer et lui faire entendre les droits du maire 
sur ce sujet : « Non, non ! cela n est pas, allons, grena- 
diers, barrez ! Ce qui a été exécuté si ponctuellement 
que les soldats qui formoient le demy cercle derrière 
le dais, nous repoussoient en arrière et nous jettoient 
par là dans la foule du peuple qui suivoit la proces- 
sion. » (Procès-verbal contre M. d Herquelingue. Regist, 
aux délit, ^ n® 1018J. C'en était trop. Le maire exigea 
et obtint des excuses le lendemain ; elles sont con- 
signées, ainsi que l'injure, dans le registre aux déli- 
bérations. 

Il y avait donc une conspiration générale contre 
les droits ou prétentions de l'échevinage, et le dernier 
coup — coup habile — fut porté par messieurs du 
chapitre en 1 766. 

Le chapitre que l'on disait, en 1746, composé 
< d'étrangers factieux, remuans, chicaneurs, durs et 
phanatiques, à l'exception de quelques patriotes » firent 
faire un dais très lourd de façon à décourager les 
officiers qui le voulaient porter. Il y eut plainte à ce 
sujet et vive discussion. Elle était arrivée à l'état aigu 
le 5 juin 1766, lorsqu'à huit heures et demie du matin, 
messieurs de la viUe reçurent du préchantre Wateblé 
une lettre dans laquelle il était dit : « Que le nouveau 
dais, quoi que moins léger que l'ancien » a déjà été 
porté par des juristes et praticiens en robe, que, par con- 
séquent il peut être porté par des magistrats et que, 
pour le prouver de nouveau, messieurs du chapitre 
sont déterminés à le porter eux-mêmes aujourd'hui, si 
messieurs les officiers de la sénéchaussée et de la ville 
ne se présentent point pour le porter. 

Après examen de cette lettre, il est décidé que 
les officiers se présenteront à la procession : si les 
chanoines ont fait retirer les cordons du dais. Messieurs 
s'éloigneront, quitte à protester contre l'insulte qui sera 
faite ainsi aux corps constitués. Mais ils renonçaient à 



■ 

I 



6 JUIN 1800 275 

faire office de porte-faix, en traînant un dais d*un grand 
poids. C*est sans doute ce que messieurs du chapitre 
désiraient. 

6 juin 1800 (17 prairial an VIII). — Arrêté des 
Consuls qui nomme le citoyen Lambert com- 
missaire de police de Boulogne. 

Le citoyen Lambert avait été et redevint Tabbé 
Lambert : sa biographie a été écrite par M. Taillandier, 
député, en janvier 1848. 

Né à Selles (Pas-de-Calais), Ferdinand - Amable 
Lambert, après avoir fait ses études au collège de Saint- 
Omer, entra au séminaire de Saint-Nicolas du Char- 
donneret, à Paris, jusqu'à son ordination. 

Il était vicaire de Saint-Germain-le-Vieux, dans la 
Cité, lorsque la Révolution éclata. • Comme presque 
tous les ecclésiastiques de second ordre, Tabbé Lam- 
bert en embrassa les principes avec chaleur. Son 
patriotisme, et peut-être aussi sa figure noble, sa 
stature plutôt militaire que sacerdotale, ainsi que l'a 
dit avec vérité M. de Lamartine, le firent nommer 
en 1789, aumônier de la garde nationale. En cette 
qualité, il assista M. Talleyrand, évêque d'AutUn, lors 
de la messe solennelle qui fut célébrée au Champ-de- 
Mars, le jour de la Fédération. Il prononça aussi un 
discours à Notre-Dame, à l'occasion de cette fête 
civique. * 

Ayant accepté la Constitution civile du clergé, il devînt 
l'un des vicaires épiscopaux de Gobel, le nouvel évêque 
de Paris ; et comme il était logé auprès de la Concier- 
gerie, il s'empressa d'offrir les secours de la religion 
aux victimes du tribunal révolutionnaire (i). L'abbé 



{l) L*abl>é Lambert s'était présenté avec deux confrères pour assister 




par Torage des temps, se tint respectueusement à distance. ... Il contempla 
en silence cette décnirante expiation de la royauté par une femme et sortit 
étonné des larmes qui inondaient ses yeux. (Lamartine, But, des CKrondiiH^ 
édit des œuvres complètes, t. XIII, p. 211.) 



27^ l'aNN^V BOULONlfAISS 

Lambert a raconté à Lamartine, qui les a redites, les 
circonstances qui précédèrent la mort des Girondins (i). 
Il parlait en témoin ; il s'était rendu à la Conciergerie 
après la condamnation des vingt-deux députés proscrits. 
« On était au milieu de la nuit. Des sons viennent 
frapper Toreille du prêtre : ce sont les Girondins qui 
rentrent dans leurs cachots, chantant en chœur cette 
strophe de l'hymne de la liberté, dont ils se font une 
triste application : 

Allons, enfants de la patrie, 
Le jour de gloire est arrivé ! > 

L'abbé Lambert trouva dix-huit d'entre eux enfermés 
dans un seul cachot : Brissot, Gensonné et Lasource 
étaient à part dans une pièce basse et humide. 

Le prêtre s'adressa d'abord à Brissot. Il le connais- 
sait — nous apprend M. Taillandier, qui l'avait entendu 
plusieurs fois raconter par Tabbé Lambert. — « Il lui 
offrit les secours de la religion. — Je vous remercie, 
répond Brissot, mais je veux mourir en philosophe. 

a Lasource, qui était ministre protestant et qui avait 
entendu cette réponse, dit à Brissot : c Crois-tu à 
l'immortalité de Tàme > — Oui, répond celui-ci. — Eh 
bien ! reprend Lasource, tu as tort de repousser les 
secours qui te sont offerts. Quant à moi, jamais les 
ministres de la religion catholique ne me paraissent 
aussi grands que quand ils viennent offrir aux mou- 
rants les dernières consolations qui les attendent sur 
cette terre. » 

Gensonné se confessa humblement et chargea l'abbé 
Lambert de remettre à sa femme la seule chose dont il 
put disposer, ses cheveux. 

Après la suppression de l'exercice public du culte 
catholique à Paris, l'abbé devint inspecteur des subsis- 
tances ; puis on l'envoya dans la Vendée, pour y 
remplir un emploi civil. Sous le Directoire, il fut 
attaché à la radiation de la liste des émigrés ; puis, sous 
le Consulat, lors de la réorganisation des services admi- 
nistratifs, il devint commissaire de police à Boulogne- 
sur-mer. 



(1) Voir SitMn de» Oirmutifu, t. XIII des œuvres complètes, p. 256. et 
U XV. p. 94-97. 



6 JUIN 3800 Î77 

Le dernier Registre aux Causes des Archives com- 
munales contient le discours qu'il prononça lors de sa 
prestation de serment, le 24 messidor an VIII : 

< Je me pr^nte devant vous pour prêter, en qualité de 
cottimiBsaire de police, le serment prescrit par la loi. Je ne 
vous dissimulerû pas que j'ai d'abord accepté cette magis • 
trature en tremblant. J'avais appris à connaître dans la cite 
de Paris, notamment dans les bureaux du miiiistëre de la 
police générale, l'importance et l'étendue des obligations que 
je contractais par mon acceptation. .. Mes craintes se sont 
dissipées en entrant dans vos murs, dans mon pays natal, 
en m'approchant surtout de vous, maire et adjoints, qui avez 
été pour moi, pour ainsi dire, les compagnons de mon enfance 
et de mes études. J'ai compté sur vos lumières et vos vertus, 
sur la reconnaissance et la soumission des BoulonnaLs envers 
un compatriote qui leur est toujours resté singuliërement 
attaché et qui se dévoue à leur procurer la tranouiUité, lA 
salubrité, la propreté, l'abondance et la sûreté. J'ai pensé, 
en un mot^ qu'il s'établira entre les citoyens et le magistrat 
de police de Boulogne, un échange de services et de senti- 
ments dont le résultat produira le bonheur général de la ville. 
Encouragé par toutes ces espérances flatteuses, je vais pro- 
noncer de grand cœur le serment prescrit par la loi. » 



L'abbé-commissaire avait pris sa mission au sérieux. 
Son dévouement était si bien apprécié que lorsque le 
6 fructidor an VIII, M. Caron quitta les fonctions 
municipales, il écrivit au citoyen Lambert : « Il me 
reste le regret de ne pouvoir plus seconder un fonc- 
tionnaire dont le zèle promet à cette ville l'exacte 
exécution des lois de police trop longtemps négligées. » 
La tâche était rude et le devint de plus en plus lorsque 
les camps furent établis. Le commissaire de police eut 
alors un supérieur immédiat dans un commissaire^ 
général qui faisait lourdement peser son autorité 
étendue sur tout son entourage. La dignité personnelle 
et la sage circonspection de Tabbé Lambert gênaient 
l'autocrate, qui s'en débarrassa en obtenant son envoi à 
Aire (i). 



(1) On le reftrotla. Le maire lui disait le 19 novembre 1808, en Itii trans- 
niellant l'ampUalion du décret du 27 octobre qui le nommait commissaire de 
police à Aire, par mutation avec M. Lnpart, t qu'il emportait l'estime elles 
regrets des habitants.» « Ceux d'Aire apprécieront votre mérite et votre pro- 
bité. » (Reg. Q de la corresp. zûnidcipale.) 



378 l'ann^ boulonkaisb 

Au retour des Bourbons, rabbé-commissaire reprit 
le ministère ecclésiastique et M. Charrier, évêque de 
Versailles, lui confia la cure de Bessencourt, village 
situé à Textrêmité de la vallée de Montmorency (arron- 
dissement de Pontoise), où pendant plus de trente ans, 
chéri et vénéré de ses paroissiens dont il ne voulut jamais 
se séparer, il se renferma dans ses modestes fonctions. 

M. I. Brunet a raconté que lorsque le gouvernement 
offrit au cardinal de la Tour-d'Auvergne l'archevêché 
de Paris en 1840, des démarches furent faites auprès 
de Tabbé Lambert pour mettre à sa disposition le siège 
épiscopal d'Arras ; mais il eut le bon esprit de refuser 
cette dignité dans un diocèse où quelques souvenirs 
mondains qu'il avait laissés n'étaient pas encore effacés. 

En ces années-là, M. Lecesne, un joyeux chanteur de 
la Société de l'Union, aimait à égayer les réunions de 
ses collègues par une chanson dont l'abbé Lambert 
était le héros et qui remontait au Consulat. 

Il mourut saintement le 29 décembre 1847, à Bessen- 
court, dans sa quatre-vingt-septième année. 

« Sa mémoire y sera longtemps respectée et il lègue 
une tâche difficile à son successeur » a écrit alors 
M. Taillandier : c'est un bel éloge. 



7 juin 1546. — Traité de Campagne, pour fixer 
les bases de révacuation du Boulonnais par 
les troupes anglaises. 

Par ce traité, le roi de France s'engageait à payer au 
roi d'Angleterre 95,000 écus d'or de pension annuelle, 
sa vie durante ; de fournir après sa mort à ses succes- 
seurs 15,000 écus de sel par an ; et, en outre, le jour 
de Saint-Michel 1554, de lui remettre deux millions 
cent mille écus pour les frais faits à fortifier Boulogne 
et à la garder depuis sa prise. Moyennant ces condi- 
tions, Henry VIII promettait de remettre Boulogne et 
tous les forts, tant vieux que nouveaux, avec l'artillerie 
et les munitions qui s'y trouveraient. 

Du Tillet rapporte ce traité un peu différemment de 
Mezeray. 

La mort des deux rois en arrêta l'exécution. 



8 JUIN 1794 279 



8 juin 1794 (20 prairial an II). — Fête de l'Être 
Suprême. 



Le 20 prairial, au premier rayon du soleil c une salve 
d artillerie tirée de cette montagne (Mont-Lambert, sans 
doute) qui domine la terre, la mer, les côtes de Fin- 
fàme Albion ... répétée par les canons des Remparts, 
au son des cloches de tout le district » annonçait aux 
patriotes la fête de la Nature et de TEtre Suprême. 
Robespierre avait daigné reconnaître l'Etre Suprême et 
lui assurer une existence légale en France, ce qui a dû 
causer une grande joie au Ciel. 

Tous les Boulonnais se levèrent en hâte, décorèrent 
leurs maisons de fleurs et de couleurs nationales. Un 
cortège nombreux, où brillait la Nature « distinguée 
seulement par une couronne de verdure » et par la 
beauté de sa représentante, une jeune citoyenne dans 
la fleur de l'âge ; la Patrie, revêtue des couleurs natio- 
nales; puis des groupes de mères, de vieillards, de 
jeunes gens, de soldats, de jeunes filles, d'élèves, 
d'agriculteurs, de marins, d'artisans, etc., se réunit à 
huit heures précises dans la rue de la Constitution 
(rue Victor-Hugo) où des commissaires les divisèrent 
en deux colonnes fermées par la statue de la Liberté 
portée par quatre citoyens et accompagnée de la Raison 
et de l'Egalité, représentées par de jeunes personnes... 

Le cortège se mit en marche à neuf heures, au son 
des instruments et des chants patriotiques et se rendit 
sur la place de la Fédération, où il chanta un hymne 
en l'honneur de l'arbre de la Liberté. Il descendit en- 
suite les Tintelleries, suivit la route indiquée par des 
guirlandes et des rubans. Un temple de verdure, dédié 
à l'Etre Suprême, y était élevé, orné des emblèmes de 
l'Astronomie et de la Justice. A droite du temple était 
une grotte dédiée à la Nature et plus loin, sur la même 
ligne, en prolongeant vers le Jeu de Paume, des por- 
tiques de verdure se dressaient avec les noms de toutes 
les vertus républicaines. 

La Nature et la Patrie, avec leur cortège, se rendirent 
près des autels qu'on leur avait préparés ; l'Egalité et 



280 l'aNKÉIS BOÛLOimAIBB 

te 

la Raison déposèrent la statue de la Liberté au milieu 
de Tenceinte du temple et se joignant à la Nature et à 
la Patrie, invitèrent les Vertus, les Arts et les Sciences 
à les suivre et à entonner avec elles une hymne en 
l'honneur de TEtre Suprême. Après cette station, le 
cortège se remit en marche par la Porte Française 
(Gayole), prit la route de la Montagne (Saint-Martin), 
et, arrivé près de Tarbre de la Liberté de cette com- 
mune, y fit une pause « pour saluer cet arbre sacré t ; 
puis continua sa route vers la montagne où flottait le 
Pavillon national. Là était érigé un simple autel de 
gazon : la Nature y déposa les prémices des fruits de la 
terre ; la Patrie la décora de ses trois couleurs ; la 
Victoire y planta sa pique ; les Arts et les Vertus y pla- 
cèrent leurs bannières et leurs attributs. 

Au bruit de quatre pièces d'artillerie transportées à 
cet endroit par les patriotes, on chanta les bienfaits de 
l'Etre Suprême et de la Nature, on jura l'union entre 
les frères, c la haine du fédéralisme écrasé dans les 
glorieuses journées des 31 mai et 2 juin 1793; ^^ 
acclama les victoires de nos frères d'armes et les vertus 
de nos représentants ; on jura la destruction des tyrans,» 
le tout aux cris de Vive la République < qui portaient 
du haut des airs la terreur et la rage dans le cœur des 
aristocrates et des despotes. > 

Ensuite le cortège se réunit « à la foule des citoyens, 
au son des instruments, et au milieu des danses, des 
évohitions militaires, au sein de la nature, sous les yeux 
de l'Etre Suprême, tous les citoyens prirent le repas 
frugal » que chacun avait préparé et apporté de chez 
soi .. 

Tout vu et examiné, ia fètc dut être charmante. 



9 juin 1790. — Adresse de la commune de Bou- 
logne à nos seigneurs de TAssemblée Nationale 
pour le maintien de Tévêché. 

c Nos SlIOKBITR», 

C Panni oette foule de biens que vos heureux travaux 
nous ont procuréi, nous disiinfçuons celui d'avoir à la tête du 
DomfaiMQs olefgtf de ce diooëse, un évoque digne de notre 



9 tcflit Ilr90 281 

Àmonr et de neutre vénération. Notis venions de peMl^ M. de 
Pi^sy, 6ou plrëdéceBâeur; à peine penftiolià-noilâ qu'il put ètàta 
remplace et peut-être nos craintes eussent été réalistes, si )^É!é 
le bon ordre des choses que nous vous devons, le mérite sub- 
stitué à la faveur n'avoit pu prétendre à l'épiscopat. M. Asse- 
line fut nommé évêque de Boulogne, et ce premier choix de 
la Constitution de cet empire en a justiffié les principes. O'est, 
en effet, avoir placé stLi le siëge ^iscopal de Ëoulogne toutes 
les qualités, tons les talents et toutes les vertus. 

« Ce choix heureux, en nous consolant de la perte de 
M. de Pressy, mettoit le comble à tous nos vœux lorsque 
nous avons vu que l'Assemblée nationale paroit ne vouloir 
conserver qu'un seul évoque dans chaque département. 

c Ce plan, d'ailleurs digne de votre sagesse, ne nous inspi- 
reroit aucune inquiétude sur le sort de notre évêque, quoiqu'il 
s'en trouve encore deux autres dans notre département, si 
des arrangements locaux que l'on propose ne sembloient con- 
trarier nos vœux. 

« On prétend, en effet, que l'évêché doit être placé au centré 
dn nouveau diocëse. 

« Si ce projet étoit adopté, uon-seulemement Boulogne 
perdroit son évêohé, mais Arras, mais Saint-Omer ne pour- 
roient avoir plus de prétentions à cet égard, puisque n'y l'une 
n'y l'autre de ces villes ne sont guerres plus que Boulogne, 
au centre de cet arrondissement. 

« Pour l'exécution de ce plan, aprës avoir fixé géométrique- 
ment un endroit, il faudroit donc construire à grands frais, 
tous les bàtimens nécessaires au logement de l'évêque et de 
ses vicaires, et tous ceux convenables au séminaire qu'on se 
propose d'attacher à l'évêché? 

« Mais pourquoy ce plan géométrique ? Est-il donc plus 
nécessaire de placer l' évêque au centre du département^ que 
son chef- lieu et que sa juridiction 1 

« Il paroit cependant que pour ces deux établissements, on 
ne jette les yeux que sur Arras ou Saint-Omer, qui sont tous 
deux bien éloignés de se trouver au centre. 

€ Boulogne, à bien des égards recommandables, pourroit 
sans doute former les mêmes prétentions, mais si cette ville 
n'a encore montré aucuns désirs sur ces objets, que du moins 
on lui conserve, non pas seidement l'évêcné, mais encore le 
vertueux prélat qui le possède. De ce point du département 
il peut étendre ses soins sur toutes les parties avec autant de 
facilité que l'on pourroit avoir de Saint-Omer ou bien d' Arras. 

c Au reste, une circonstance particulière milite en sa faveur. 
Le diocëse de Boulogne, dans sa composition actuelle, embrasse 
la majeure partie de ce département : il comprend tout le 
Boulonnois, le district de Calais et celui de Saint-Pol. Il 
s'étend jusqu'au t portes d'Hesdin et de Béthune et comprend 
une grande partie de l'Artois. 



282 L'AKZréS BOni«ONNAI8E 

« Celui de Saint-Omer est eu effet trës reserrë. A la vërit^ 
Pëvêque d'Arras a sous lui une très grande ouantîtë de cures, 
mais elles sont presque touttes, ainsi que celles qui dépendent 
de Pév^ôché (le Saint- Orner, scituées hors de ce dëpartemeut. 

« On voit que IMvêque de Boulogne Feroit comme naturel- 
lement l'ëvôque de tout le département. 

< Mais quelques décisives que soient ces ciroonstanc?s, 
elles parlent bien moins en sa faveur que ses (qualités privées. 

< Nous sommes bien éloignés de méconnoitre les mérites 
(les deux évoques d'Arras et de Saint-Omer, nous rendons 
volontiers justice à tout ce qui les distingue, mais nous 
croyons pouvoir dire avec confiance qu'ils ne peuvent pas pré- 
senter plus de talents apostoliques que celui de Boulogne, 
dont l'érudition et les vertus ne peuvent être surpassées que 
par sa simplicité, sa modestie et sa douce aménité. 

c Vous, përes de la Patrie, courageux bienfaiteurs de vos 
oon(ntoyens, daignez écouter nos vœux. La nçmination de 
M. Asseline est votre ouvrage, il est pour ainsi dire l'enfant 
de la Constitution, vous nous avez fait jouir du spectacle de 
ses vertus, conservez-le à nos désirs, et jouissez vous-même de 
nob*e reoonnoissance. 

Fait et arrêté en l'hôtel commun le 9 juin 1790. 

Signé: D'herlen, Falempin, Bgtor, médecin, Bugaille, 
Charles Butor, Antoine Vasseur, Gallbt, Ddcarnoy, 
Dupont, Delaore, Le Riche, notaire, Dupont, 
Boulanger, Lkdez, Bouohakt, Daunou, Fontaine 
DE Mazinqhen, Sannirk, Delahaye, Cavilier, 
Destrée, Patin, Godin cadet. Dupuis, Routier, 
avocat du Roy, Bonnet, chirurgien, et Grandsirb, 
maire. 



Nos ancêtres ne réussirent pas ; et, comme on le 
disait alors, la Cabale d'Arras, soutenue à Paris par 
Robespierre, l'emporta. Depuis, en 1814 et en 1866, on 
demanda le rétablissement de Tévêché de Boulogne 
sans pouvoir l'obtenir. 



10 juin 1800 (21 prairial an VIII). — La Société 
d'AgricuUure agite le projet d'une Histoire litté- 
raire, militaire et ecclésiastique du Boulonnais. 
M. Dolct est invité à en rassembler les maté- 
riaux et à les mettre en œuvre. 



11 JUIN 1681 283 



11 juin 1681. — Réception d'un clerc tenant les 
écoles du bourg de Marquise. 



Le récipiendaire se nommait Pierre Roche. Après 
informations sur ses vie et mœurs, capacités et mérite, 
on l'avait admis comme clerc, lui promettant une rétri- 
bution annuelle de 25 livres, payable par moitié, chaque 
semestre, somme à répartir, en surplus des gages du 
vicaire, dans le rôle des impositions annuelles. 

Généralement il y avait aussi un garde dans la pa- 
roisse : il était choisi et payé par tous comme le clerc 
et le vicaire. 

C'était en corps que les habitants faisaient choix du 
vicaire et prêtre chapelain (acte du 25 juillet 168 1). Les 
gages du vicaire, du clerc et des autres salariés étaient 
répartis proportionnellement sur toutes les maisons. 

Le registre qui nous renseigne sur ce sujet et dont 
nous devons la communication à M. Jules llecat, ser- 
vait aux délibérations des habitants de Marquise : il 
fait suite à un registre de catholicité. On peut, en le 
consultant, apprécier ce qu'était l'administration de 
nos anciens villages. Jusqu'en 1681, on ne voit pas 
apparaître de syndic. Les assemblées se composaient 
du curé, du bailli, du receveur, des marguilliers et des 
notables manants : ils se réunissaient pour régler en 
commun les affaires de la localité et s'imposer les 
dépenses utiles à tous. La majorité faisait autorité. 
Au 2 mai 1649, cette majorité avait pu décider la vente 
d'une partie de la seigneurie du bourg jugée inutile. 

L'établissement des syndics n'a modifié ce régime 
de parfait communisme qu'en un point unique : Le 
syndic, choisi par le subdélégué de l'intendance, sur 
une liste de candidats élus par les habitants, devint 
un fonctionnaire responsable devant l'autorité, qui 
s'adressa à lui et lui transmit ses ordres, chargé de 
concentrer les divers impôts dûs au roi. A le considérer 
de près, on retrouve dans le syndic l'ancien curiale des 
municipes romains. 

Les assemblées de paroisse, annoncées huit jours à 
l'avance aux prônes des messes paroissiales, se tenaient 



â84 jJAjsmfÛÈ Béài^ômAJBE 

souvent après vêpres : le son de la cloche indiquait 
leur ouverture. La principale assemblée avait lieu en 
octobre ou novembre : on y nommait les assesseurs et 
le collecteur. Les assesseurs préparaient les rôles, le 
collecteur en faisait la i-ctette qu'il remettait au syndic. 



11 Juin 1784. — L'Administration de la Province 
alloue 600 livres à Bertrand-Louis Le Camus 
d'Houlouve, pour Tindemniser en partie des 
frais d'impression de son ouvrage sur la Cou- 
tume du Boulonnois. (Mandai iV" 8iy Registre 
de 1784,) 

M. Bertrand-Louis Le Camus d'Houlouve était origi" 
naire du Boulonnais, où plusieurs de ses ancêtres e^ 
de ses alliés avaient occupé des places dans la 
magistrature (i). 

Son affection pour sa famille ainsi que la régie d'une 

Êartie de son patrimoine l'attiraient fréquemment à 
oulogne : il fit une étude particulière de la coutume 
de notre province, tant pour ses propres intérêts que 
pour la défense de ceux qu'on lui confiait. La cou- 
tume du Boulonnais avait déjà été commentée deux 
fois, dit-il. (Il ne paraît pas avoir connu le commentaire 
partiel de M. Cazin.) t Le premier commentaire est de 
M. Regnard, qui a fait très longtemps la profession 
d'avocat à Boulogne (environ de 1630 à 1660J. Cet 
ouvrage est resté en manuscrit; il renferme d'excellentes 
dispositions de cette coutume : la sénéchaussée de 
cette province en fait souvent la règle de sa jurispru- 
dence ; mais il est trop court sur plusieurs questions 
importantes qui exigeoient plus d'étendue, et il est trop 

(1) Aa xviiie siècle, la famille Le Camus se divisait en plnsiears branches : 
Le Camas do Gniermont, de Wames, d'Albinthou, duLouet, du Lucquet, 
»lo l;i Neuville, de Moff-t, eto. Bortrand-Louis Le Camus d*Houlouvo 
était fils de Rftrtrand-Vulmer, devenu posmcsseur du fief d'Houlouve, 
vers 1700. Il é;ait avocat au Parlement et avocat diistin^ué. Son Commentaire 
de* Oautunui du Boulonnois ]iTO\i\'ei SA rtS'lle eapiicité. Il avait publié préié- 
demmenl un Traité dee intérêts du créances suivant Us lois et usages observés tanl 
en pays eoutumier qv! en pays de droit écrite cliez Ambroi^e Didot l'ainé, in-4o, 
à Pari$, 1774. Il monrttt en cette \'ine à la An du sîôcle dernier. 



ancien pour être imprimé aujourd'hui tel qu'il est. Le 
second commentaire est de M. Le Roy de Lozembrune, 
qui a été président et lieutenant-général de la même 
sénéchaussée ; il a été imprimé et se trouve au second 
volume du Coutumier de Picardie, M. Babel, avocat 
au Parlement, qui paroît en avoir été l'éditeur, y a 
ajouté des notes ; mais ce dernier commentaire n'est 
pas aussi estimé que le précédent. > {AvertissemeM des 
Coutumes^ 

M. Le Camus ajoute que M. Dauphin d'Halinghen, 
qui l'honorait de son amitié, lui avait souvent parlé de 
la nécessité d'un nouveau commentaire : c'est pour 
répondre à ses tf intentions patriotiques » qu'il rédigea 
les c Coutumes du Boulonnais conférées avec les Cou- 
tûmes de Paris, d'Artois, de Ponthieu, d'Amiens et de 
Montreuil ; le droit commun de la France et la juris- 
prudence, ouvrage publié en 2 vol. in-4®, à Paris, chez 
Fr.-Amb. Didot, l'aîné, libraire-imprimeur, 1777. 

Au lieu de s'astreindre, comme ses prédécesseurs, à 
suivre la Coutume article par article, l'auteur crut 
qu'il serait plus utile de faire autant de traités diffé- 
rents qu'elle renfermait de principales matières. Il 
divisa son commentaire sous vingt titres : de Vétat 
des personnes — des juridictions et justices — des biens 
— des fiefs et censives — du droit de terrage ou de 
champart — des rentes — des servitudes — des succes- 
sions — du douaire — du bail ou de la garde des 
mineurs — du retrait lignager — de la communauté des 
biens entre conjoints — de la prescription — du droit 
réel — des donations — de la vente des immeubles — du 
louage — des actions et des arrêts et exécutions — em- 
brassant ainsi tous les actes de la vie civile. 

Son ouvrage était terminé en 1770; la révolution 
parlementaire qui éclata sous le chancelier Maupeou 
en arrêta la publication. 

Quoiqu'il eût pour objet l'utilité de la province 
boulonnaise et de ses habitants ; quoiqu'il voulût 
épargner des recherches aux magistrats et aux juriscon- 
sultes, aider ceux qui se destinaient au barreau et à la 
pratique, il ne se berçait d'aucune illusion sur le 
succès de son œuvre. « Les libraires de Paris sont peu 
curieux de se charger de l'impression d'un commen- 
taire de Coutumes, surtout quand la province pour 
laquelle il a été fait, n'est pas d'une grande étendue. 



286 l'ankiSb boulokkaibb 

J'ai donc été obligé de faire imprimer le présen 
commentaire à mes frais. Pour diminuer la dépense, 
je n'en ai fait tirer que cinq cents exemplaires. Ce sera 
beaucoup trop s'il n'a pas de succès; mais s'il est 
agréé du public, il y en aura assez pour Boulogne et 
les villes voisines, ainsi que pour les magistrats et 
jurisconsultes qui font des collections de Coutumes. 
En tout événement, j'aurai toujours prouvé mon zèle 
et mon dévouement pour une province qui m'est 
chère et à laquelle je suis sincèrement attaché. » 

Le succès fut relatif : on le devine par le vote de 
l'administration provinciale, sept années après, allouant 
à l'auteur 600 livres € pour l'indemniser en parité des 
frais d'impression de son ouvrage. * 



12 juin 1690. — Bénédiction de la mer. Suivant 
l'invitation du chapitre de Notre-Dame, le clergé 
de Saint-Nicolas se réunit à la procession. 



On voit par cette mention l'antiquité de cette céré- 
monie annueUe qui probablement remonte aux temps 
les plus reculés. 

Les chanoines de NotrQ-Dame cachaient sous le mot 
d'invitation l'ordre formel qu'ils donnaient au clergé 
des paroisses et aux religieux des divers couvents de 
suivre leur cortège. Eux seuls avaient le droit de faire 
des processions générales et particulières. Ces proces- 
étaicnt assez nombreuses : il y en avait au 2ç mars, 
jour de la fête de saint Marc, aux Rogations, à la Fête- 
Dieu, à l'Assomption (i) ; je crois même en avoir ren- 
contré à la Pentecôte. 

En outre de ces solennités d'usage annuel, il y avait 
les processions d'ouverture de jubilé, des prières des 
Quarante heures ; celles pour conjurer la peste ou 
remercier Dieu d'une faveur. 



(1) Arrcste ane Ton ne portera pas lo Saint-Sacrement, mais TimaxTO delà 
Vierge lors de la procession do l'Assomption. (Acte capitulaire du \2aoàt 1639.) 



14 JUIN 1763 287 



13 juin 1746. — Question de préséance. 

Depuis 1733 ^^ procès était soutenu par la Ville 
contre Messieurs du chapitre et de la sénéchaussée, au 
sujet des places au chœur les jours de cérémonie. La 
difficulté venait de ce point : le chœur de la cathédrale 
n'était pas grand ; il n'y avait que vingt-trois stalles 
hautes de chaque côté : la première à droite pour le 
doyen, la deuxième pour le gouverneur, la troisième 
pour le trésorier de la cathédrale, et la quatrième pour 
le lieutenant du Roi ; les chanoines en partie remplis- 
saient les stalles suivantes ; celles qui restaient, sauf 
la dernière qui était la place d'un archidiacre, apparte- 
naient au premier occupant entre les chapelains et 
quelques laïques. 

La première stalle de gauche revenait au chantre en 
dignité, la seconde au sénéchal, la troisième au péniten- 
cier, la quatrième au deuxième officier de la séné- 
chaussée; ensuite les chanoines, puis les autres officiers 
de la sénéchaussée, le maïeur et le vice-maïeur à la 
queue, quand il y avait place. L'archidiacre du côté 
gauche occupait la dernière stalle. Comme le côté 
gauche était seul assigné aux officiers des deux corps 
et n'était pas suffisant pour les placer tous, il surgissait 
continuellement des querelles. Enfin, après de longues 
procédures, les difficultés avec le chapitre et la séné- 
chaussée furent réglées par un arrangement en vertu 
duquel messieurs les chanoines consentirent de donner 
aux maire et échevins six places dans le haut du chœur, 
du côté de l'évêque. 



14 juin 1763. — M. Pigault, de Calais, entre dans 
la pension des Pères de TOratoire de Bou- 
logne. 

Le livre des comptes courants des élèves des Pères 
de rOratoire est véritablement curieux à consulter et 



3^ L'AlTinfp BO^f.pi^|fAISB 

permet de se faire une idée de ce qu'était cette institu- 
tion. 

M. Julbin, d'Amérique, en y entrant le 26 sep- 
tembre 1 766, remettait 400 Ib pour une année de pension 
et les avances à faire. D'après son compte, en quinze 
mois, la dépense fut de 540Ïb 3 sous 6 deniers, dans 
laquelle somme la pension proprement dite figurait 

Eour 390 îb, soit 26 Ib par mois ou 312 ft pour un an. 
-'accessoire est relativement élevé, puisqu'il monte 
mensuellement à 10 Ib; mais l'élève prenait sans doute 
des leçons de violon cotées 3 ïb par mois ou des leçons 
de danse au même taux. Le maître d'armes et de fleuret 
prenait 6 ft. Chaque élève donnait au perruquier 4 Ib 
10 sous par semestre, non compris le coût de la poudre à 
cheveux et des rubans et 30 sous à laravaudeuse. Quand 
les parents y consentaient, l'élève touchait 6 sous par 
semaine, avec augmentation quand il obtenait une bonne 
place. On payait le lait à part, 1 5 sous par mois. Les 
délicats se faisaient servir chaque matin et à midi une 
roquille de vin, dix roquilles faisant la bouteille. Plu- 
sieurs d'entre eux usaient dix bouteilles par mois, 
cent bouteilles pour l'année, à 1 2 sous chacune. 

Un exprès reconduisait l'enfant chez lui lors des va- 
cances, aux despens des parents; le voyage de Bou- 
logne à Calais coûtait 9 îb, celui de Dunkerque 1 5 ib. 

Il y avait en oiitre les petits frais : fournitures de 
classe , papier de musique , écritoire , portefeuille ; 
15 sous ; compas, porte-crayon, carton et transparant, 
pupitre il tt> 10 sous; bâton de cire 10 sous; sans 
compter les livres dont nous parlerons ci-après. 

Les exercices de rhétorique soutenus en grande so- 
lennité entraînaient à des frais extraordinaires. Exercice 
de sixième 8 ib, de quatrième 1 2 ib, de rhétorique 1 5 tt>. 
On payait 1 5 fl> pour jouer un rôle dans la pièce et je 
trouve, en outre, au compte de deux frères jouant chacun 
un rôle, pour l'aîné 12 ïb, pour le junior 6 ib, à la femme 
qui les a habillés i S> 4 sous, paillettes et pompons 
I ^ 8: sous, houlettes i n> 4 sous, ce qui nous ramène 
en pleine bergerie. 

L^nstitution fournissait les vêtements et le raccommo- 
dage et voici quelques prix : un chapeau avec une 
ganse et un bouton d'argent 5 ib 9 sous ; un autre, 
avec une ganse, un bouton et une bourdaloue d'argent 
I i ib 7 sous ; une pçûre d'escarpins 2 ib ; une paire de 



15 JUIN 1785 2d0 

souliers 3 !*> 5 sous; une paire de gants 15 sous; un 
cierge de première communion i Ib 4 sous ; puis les 
habits, les cols, les jarretières ; les boucles d'argent 9 ft 
10 sous ; les bas marqués, les sacs pour le linge et les 
couteaux 6 sous ; les cuillères, fourchettes ; le gobelet 
d*étain 12 sous. Il y a aussi les vitres cassées, au compte 
des élèves, et les soins pour la santé. 

On pourrait presque dresser la nomenclature des 
livres en usage par le relevé de ceux qui ont été fournis 
aux pensionnaires de 1765 à 1788 (i). 



15 juin 1785. — Chute et mort de Pilatre, dit du 
Rosier, et de Pierre-Ange Romain. 

J*ai sous les yeux les divers récits contemporains de 
la catastrophe dont plusieurs sont l'œuvre cic témoins 
et ils ne sont pas d'accord de tous points. 

Voici un récit ipédit jusqu'à ce jour du père Xavier 
Bertrand, prêtre de l'Oratoire, qui donne bien l'idée 
de l'impression causée dans la ville par la mort des 
infortunés aéronautes : 



(1) Les voici un pea au hasard : 

D'abord les livres fondanientaux : lo Catéchisme de Boii1o;mo, 6 Foas ; le 




Chaque élôve payait 3 livres poar les livres en commun. 

Je trouve : un Syllabaire, livre d'Exercices pour la pcnsioH ; Abrégé de céo- 
cnipliie, Civilité; Histoire^ 14 sous ; Prosodie française, 1 livre 10 sous \ Boi- 
leau ; Dictionnaire français, 3 livres 5 sous ; Abrégé de la erammaire de 
de Waillv, 1 livre 5 sous; un Candidat, 16 sous; Grammaire de de Wailly, 
2 livres 10 sous ; Œuvres choisies de J.-B. Rousseau, 2 livres ; Livre de ma- 
thématiques ; Fables de La Fontaine. 

Pour U laHn : Un rudiment, 1 livre ; Principes de la langue latine, 2 liv. ; 
Dictionnaire, 5 livres; Cornélius Nepos, 16 sous : Sélects e profanis, 1 livre 
13 sous ; SelecUs et novo testamento, 1 Uvre ; Epitrcs familières de Clcéron, 
6 sous ; Erasme, 14 sous ; Selectas et vetere testamento ; Salluste, 1 livre 
10 sous ; Colloques d'Erasme ; Cicéro : de officiis et amicitiœ ; un Virgile ; 
Commentaires de Jules César ; fables de Phèdre ; fables de La Fontaine^ en 
latin 1 Juvénal, 2 livres 10 sous; Cicero : Pro Milone ; Tite-Live : première 
décaae, 1 livre 5 sous ; Quinte Curce ; Cicero : Pro lege Manilia ; Horace ; 




quantité; une nouvelle méthode; son abrégé, 14 sous; Méthode du Port- 
Royal, 2 livres. 

N'oublions pas le jardin des JUteina çreeqmet, qu'on f:iisnit cultiver aux 
élèves au prix d'une livre douze sous lo volume. 

19 



290 l'année boulonnàise 

Cl Le mercredy 15 juin 1785, entre sept et huit heures 
du matin, M. Pilatre du Rosier, grand phisicien et 
M. Romain, environ une demie heure après le départ 
du ballon, sont péris malheureusement par le feu qui a 
pris au haut du ballon, ce qui les a forcé à couper les 
cordes de la montgolfière qui tenoit au susdit ballon. 
Ils étoient très élevés lorsqu'on a apperçu le danger. 
Ils sont tombés dans une pâture aux environs de Wime- 
reux, tous deux fracassés. On a trouvé M. du Rosier 
mort et Ton a dit que M. Romain respiroit encore, 
ce qn^on n*a pas confirmé. Les officiers municipaux 
leur ont fait chanter dans Téglise-cathédrale de cette 
ville, à la paroisse de la haute-ville, un service solennel 
pour le repos de leurs âmes, le lundy 20 dudit mois 
de juin (i) ^^ ^^^^ ^^^ honnêtes gens et principalement 
les premiers de la ville et la noblesse ont été invités d'y 
assister sans cependant inviter les corps comme il se 
pratique d'habitude quand il meurt un prince ou un 
gouverneur. Ils ont été enterrés le susdit jour mercredy 
1 5 juin dans le cimetière de Wimille, dans l'étendue 
de laquelle paroisse ils sont tombés. Toute la ville de 
Boulogne s'est trouvée dans la dernière consternation 
à la vue du danger qui étoit inévitable et la mort des 
deux aéronautcs a arraché des larmes aux plus insen- 
sibles. On raconte si différemment la cause de cet 
accident que je n'ay voulu entrer dans aucun détail qui 
ne pourroit être que conjectural. On craint que la 
soupape n'ait été embarassée par oubli et qu'ils n'aycnt 
pu la faire jouer pour descendre quand ils ont \^ que 
les vents ne les portoient point en Angleterre, et que 
vraysemblablement la chaleur de la mongolficre jointe 
à celle du soleil qui étoit ardente avoit donné à la 



(1) Frait du ttrvietfunïbrt. — 20 jain 1785. — Livré pttr DcfossOi par ordro 
de Messieurs les magistrats pour lo service en 1 1 nnroisso Saint-Joseph, à la 
Hautc-Villo, pour feus Messieurs Pillatc du Rosier et Romain, 17 livres et 
demi de cire blanche, 48 livres 3 sous. 

L'argentier payera au receveur do la fabrique de Saint-Joseph 42 li\Tes, 
pour les ornements et rargentcrie fournies aux services que La ville a fait 
( ôiébrer pour lo repos des âmes de feu madame do Hame, de messieurs 
l'ilatre de Rozicfs et Romain. . . . Mandat du 5 aoiist. 
.Je reconnois avoir reçu de M. Gaston Le Porcq, arprentier, la somme de 
80 livres, pour les honoraires des deux services que messieurs les ofHcicrs 
municipaux ont fait chanter à la paroisse, dont l'un pour messieurs Duro^'ier 
ot Romain Signé : Parent, cnré. — (20 aoust.) 

Pour les services de MM. Du Rozier et Romain, ce 20 juin 1785, pour la 
sonnerie et les droits des deux représontilions fait la Foniroe de cinq livres 
dix sols. (Hi':nu.\UT, «on}in<r.) 



15 Jt7iN 1785 291 

matière inflammable renfermée dans le ballon une 
commotion si forte que le ballon s'est ouvert par le 
haut vers la dite soupape : mais personne ne peut 
donner avec certitude aucune raison d'un accident sans 
exemple, car on peut dire que, M. Pilatre du Rosier, 
d'un caractère doux et aimable, et M. Romain ont été 
les premiers, depuis que le monde existe, quy soient 
tombés de sy haut ; ainsy leur^^mort sera certainement 
fameuse dans l'histoire, i» 
Voici un autre récit inédit de Michel Dubuisson : 
c Boulogne : cette ville est remarquable par la fu- 
neste catastrophe qui arriva à deux téméraires qui n'y 
ont paru que pour retracer à la postérité, non en figure 
mais en réalité, l'histoire que la fable nous rapporte de 
la cheule d'Ycare et de celle de Phaëton. L'histoire 
n'oubliera jamais l'invention pernicieuse des sieurs 
Montgolfier, nouveaux phisiciens, qu'on a traité de 
sublime découverte, ni cette machine aérostatique au 
moyen de laquelle des hommes insensés étoient parve- 
nus à s'élever à des hauteurs considérables et à voïager 
dans les airs. Cette machine qu'on a nommé balon 
étoit en eflet un globe plus ou moins considérable fait 
de toile, de soye et rempli d'un air rendu inflammable 
par rhuille de vitriole et la rouille de fer, au dessous 
duquel était une gallerie ou panier d'ozier dans lequel 
se mettoicnt ces curieux téméraires, avec des matières 
combustibles pour augmenter ou perpétuer au besoin 
l'air inflammable par une sous-pape qui étoit dans le 
globe. Plusieurs volages s'étoient faits dans les airs, à 
Lyon, à Paris, en Angleterre, etc., en 1784 et 1785, 
mais non sans divers accidents qui auroient dues 
rendre sage et convaincre au moins ces philosophes de 
l'inutilité de l'invention, puisqu'on ne pouvoit aller ni 
arrester où l'on vouloit et qu'on étoit exposé à la force 
et à la direction des vents. 

€ Le nommé Duriez, apoticaire à Boulogne, en avoit 
lancé un à Boulogne en 1784, qui en peu de minutes 
étoit allé tomber près de Bourbourg en Flandre, mais 
il ne s'y étoit point exposé. Le sieur Blanchard passa 
dans un autre, avec un Anglois, le 7 janvier 178J, de 
Douvres dans le bois de Fiennes en Boulonnois. Tout 
le monde vouloit être baloniste. On eut dit que c'éloit 
un jeu d'enfans qui lancent des bouUes de savon dans 
l'air. Les femmes ne craignoient point de se confier à 



I 






292 l'annéb boulonkàisb 

ces voitures. Le sieur Pilatre Durozier, . homme de 
fortune, et deux frères nommés Romain, se rendirent 
à Boulogne au mois de décembre 1784, et en firent 
un pour passer en Angleterre. Après une dépense 
immense, Durozier crut avoir enfin trouvé le vent favo- 
rable qu'il attendoit depuis six mois. Son balon étant 
enfin plein d'air inflammable, pour la dernière fois il se 
mit avec un des Romain dedans la gallerie et partit de 
l'Esplanade le 15 juin, à sept heures du matin, après 
avoir annoncé son départ par trois coups de canon. Ils 
s'élevèrent dans l'air à la hauteur d'environ quatre 
mille huit cents toises. Le vent de la terre étoit d'amont, 
mais ils ne le trouvèrent pas longtemps dans cette 
direction en l'air. A peine furent-ils au-dessus de la 
mer qu'ils furent repoussés sur la terre de France, le 
voile ou globe se partagea en trois parties, l'air s'en- 
flamma à l'air de la chaleur du soleil qui étoit ardent 
ce jour-là et avant qu'il fût sept heures et demie, le 
tout tomba repoussé par le vent dans la garenne de 
Wimille, près de la rivière de Wimereux, où une 
multitude de peuple étant couru de la ville, trouvèrent 
les débris de la machine avec du Rosier mort, alant les 
cuisses et jambes rompues, peu éloigné de Romain 
encore vivant, mais qui expira aussi dans le moment 
aïant les jambes fracasôées. Son frère étoit embarqué 
deux jours avant pour la Hollande, avec un autre balon 
de nouvelle invention qu'il avoit éprouvé à voïager 
ainsi dans les airs en le remplissant de fumée de 
paille. » {Pépinière universelle^ Mss de la bibl. publ.) 



15 juin 1885. — Inauguration de la plaque com- 
mémorative placée sur la tour d'angle du 
rempart à Toccasion de la chute mortelle de 
Pilatre de Rosier et de P.-A. Romain. 

La Société Académique de l'arrondissement a pris 
l'initiative de cet hommage rendu à la mémoire des 
deux victimes de l'aérostation (i). 

(1) Voir la brochure contciuint lo |>rocès- verbal de la cérémonie publiée 
par la Société Académique avec plusieurs docuTcnts relatifs à la catastrophe 
de 1785. 



17 JUIN 1661 293 

La pierre commémorative en marbre noir, scellée dans 
le mur de la tour à l'angle du rempart (haut de la rue 
des Pipots), porte une inscription ainsi conçue ; 

AU PIED DE CE REMPART 
ÉTAIT INSTALLÉ 

LE BALLON 
DE PILATRE DE ROSIER et de ROMAIN 



C EST DE L ESPLANADE 

EN FACE 

QUE SE SONT ÉLEVÉS LES AÉRONAUTES 

LE 15 JUIN 1785 

A 7 H. 5 M. DU MATIN 



LA SOCIETE ACADEMIQUE DE BOULOGNE 
EN SOUVENIR DU CENTENAIRE 



16 juin 1793. — On arborcle bonnet de la liberté 
sur le mont Blanc-Nez. 



17 juin 1561. — Jehan Cochet fonde une lampe 
du chœur à brûler à perpétuité devant le Saint- 
Sacrement et donne cent sous avec relief sur 
le tènement de « la lampe », séant au bourg*. 



C'est du tènement de la « lampe » que la rue de 
ce nom a reçu son appellation. Le registre des rentes 
et revenus appartenant à l'église Dieu et Sainct-Nicolas, 
au bourg de Boulongne, ajoute : « Ceulx qui feront 
l'achapt ou eschange dudit lieu seront tenus faire faire 
une lampe d'argent de 56 onches.... » 



~^ 



294 L'AN5iE BOULOKNAISE 



17 juin 1809. — Renseignements donnés sur la 
mère de Jules Lecomte (1). 



Le maire de Boulogne écrivait ce jour à l'autorité 
militaire : « La demoiselle Betzy Ducamp que M. Le 
Comte, officier du 42' bataillon de flottille, désire épou- 
ser, appartient à des parents honnêtes et qui sont très 
aisés. Une de ses sœurs est mariée à M. Bérard, 
capitaine des grenadiers au 42* bataillon, et elle jouit 
d'ailleurs d'une bonne réputation. » 



18 juin 1625. — Pierre Chivot, tailleur d'habits, 
est mort de la contagion (la peste) et a esté 
enterré dans le vieil cimetière. Ce mesme jour, 
la reine d'Angleterre, fille de France, arriva à 
Boullongne. (Reg. de la paroisse Saini-Joscphy 
Arch. comm,, n^ 1788.) 



La peste sévissait depuis le mois d'avril. Dieu n'avait 
pas exaucé les prières ordonnées par le chapitre le 18 
de ce mois. La maladie dura plus d'un an. C'est le 
8 mai 1626 que des actions de grâces sont dites pour 
la cessation du fléau. Il avait enlevé M. F'ontaine, 
principal du collège, le 3 novembre 1625. On dut 
établir des tentes hors de la ville pour recevoir les 
infectés. 

Les faiseurs d'horoscopes, si nombreux alors, ont-ils 
signalé comme un augure néfaste cette rencontre de la 
mort sur la route de la fille de France, mariée depuis 
peu à Charles I", roi d'Angleterre. Elle devait revenir 



(1) Sur Jules Loronito, voir notre Noicc, in-8« de 18 papop, puhlîée on 
18K2; publiAoauKKi d.ins la Saiton do 1882, u" 23 à 27. — Voir surtout les 
Petite Mcmoirei littiraira âo. C.hmlcK Monitolet. 1 vol. Paris, G. Char- 
pcniier, lb8j. Le musée de la ville possède le portrait de Ju}es Lecomto. 



10 JUIN 936 295 

en son pays, veuve d'un mari décapité par jugement de 
son peuple. 

Peu soucieuse des présages, accompagnée de son 
frère le duc d'Anjou, des ducs de Luxembourg, de 
Chevreuse, de Bellegarde, des maréchaux de La Force 
et de Bassompierre et du célèbre favori le duc de 
Buckingham, elle s*embarqua sur le vaisseau-amiral 
envoyé par son époux : on nota que sa traversée de 
Boulogne à Douvres eut lieu en sept heures, par une 
mer calme et un temps magnifique. {Mém. de Bassom~ 
pierre, cités par M. Hector de Rosny. Hist. du Boulon. ^ 

t. m, p. 589. 



19 juin 936. — Sacre do Louis d'Outremer en 
la ville de Laon. 

Les princes gaulois, dit Richer, avaient envoyé cher- 
cher ce prince en Angleterre où il s'était réfugié : 
leurs ambassadeurs s'embarquèrent au port de Bou- 
logne, où le duc Hugues et les siens vinrent attendre 
le futur roi. 

Ils se réunirent sur le bord de la mer et mirent le 
feu à des cabanes pour annoncer leur présence à ceux 
qui étaient sur le rivage opposé. Le roi Adelstan s'y 
trouvait avec sa cavalerie royale, disposé à envoyer 
son neveu aux Gaulois, qui l'attendaient; quelques 
maisons incendiées par son ordre montrèrent aux 
nôtres qu'il était arrivé. 

Adelstan envoia l'évêque Odon demander le serment 
du duc Hugues et des autres. 

Adelstan rassuré fit embarquer, avec un grand 
déploiement de pompe son neveu Louis, accompagné 
des hommes les plus puissants du pays. Ils se mirent 
en mer par un vent propice qui enfla les voiles, et les 
rames écumeuses les conduisirent paisiblement à terre. 
Ses vaisseaux étant bien attachés au rivage, Louis 
en sortit, et, faisant accueil au duc et aux autres per- 
sonnes venues au devant de lui, il se les attacha par 
les liens du serment. Le duc s'empressa de lui amener 
un cheval couvert des insignes royaux ; mais lorsqu'il 
voulut le disposer à se laisser mon'.er, le cheval 



296 L'ANNiB BOULOmrAISB 

impatient commença à se jeter de côté et d'autre ; 
alors Louis s'élance avec agilité, et, sans employer 
rétrier, se place d'un seul bond sur le coursier hennis- 
sant, ce qui lui valut des applaudissements et des 
éloges de la part de tous. Le duc, prenant alors les 
armes du roi, lui servit d'écuyer jusqu'au moment où 
il reçut l'ordre de transmettre ces mêmes armes aux 
grands des Gaules. C'est ainsi que Louis fut conduit 
à Laon, entouré de guerriers se disputant l'honneur 
de le servir. Là, quinze seigneurs l'investirent de 
l'autorité royale ; et, à la satisfaction générale, il fut 
créé roi (i). 



20 juin 1840. — Décès de Pierre-Claude-François 
Daunou. 

Voici l'inscription gravée sur une. planche de cuivre 
déposée dans le cercueil de Daunou : 

Pierre-Claude-François, 
DAUNOU, 

NÉ A BoULOGNE-SUR-MER (PaS-DE-CaLAIS) 

LE l8 AOUT I761 

Membre et PrêsiderU de la CotiventUnh Nationale^ 
Membre et Prêndent du Conseil des Cinq-Cents^ 
Membre et FrésidetU de la Commission intermédiaire de la 

Constitiition, 
Membre et Président du Tributuit, 
Membre de la Chambre des Députés, Pair de FrancCy 
Conservateur de la Bibliothèque Sainte-Oeneviève, 
Garde général des Archives de VEmpire, puis du Boyattme^ 
Professeur au Collège Royal de France^ 
Membre ei Secrétaire perpétuel de V Académie des Inscriptions 

et BeUes-Lettres, 

(1) Louis fut Kaorô à Laon le 19 juin 936, à Tàgc de seize fln> , piar Guillaume, 
archevêque clo Sens, puis une seconde fois à Reims jp.ir i'arclicvcque 
Artaud. On remarquera Vincendie de* caUxwes comme signal. 



20 JUIN 1840 



207 



Membre de V Académie des Sciences Morales et Poliiiqykcs^ 

Éditeur et Bédacteur du Journal des Savants, 

Mernbre de la Commission de V École des Ch%rtes, 

Président du Comité des Chartes et des Mamucrits au Ministère 

de V Instruction publique, 
Commandeur de V Ordre Boyal de la Légion d^honneur. 
Chevalier de l^ Ordre Jloyal de Léopold de Belgique, 

DÉCÈDE A Paris, le 20 juin 1840. 



A. Taillakdieb, 

Memhre de la Chambre des Dépu- 
tés, Conseiller à la Cour Royale 
do Paris, Exôcuteur testament' 
taire de M. Daunou, 



N. DB Wailly, 

Chef da bureau de la Section ad- 
ministrative dos Archives dn 
Royaume, faisant les fonctions 
do Garde général par intérim. 



On peut résumer toute l'histoire de Daunou en 
dressant la liste de ses divers domiciles : 

Daunou, Pierrc-CIaude-François, né à Boulogne- 
sur-mer, le 18 août 1761, dans une maison sur la place 
Saint-Nicolas (aujourd'hui place Dalton), qui n'existe 
plus, en face de l'église paroissiale ; 

Apprit les premiers éléments des langues françaises 
et latine dans une classe dite du c Petit Latin » dirigée 
par les Pères Cordeliers, rue de la Neuve-Chaussée ou 
des Minimes; 

A l'âge de sept ans, fut envoyé au collège des Pères 
de l'Oratoire, rue à présent de l'Oratoire, en la haute- 
ville de Boulogne. Il y fit ses humanités. 

Admis confrère de l'Oratoire le 17 novembre 1777, 
il fut envoyé à la maison d'études de Montmorency, 
pour y suivre les cours de théologie : il y résida 
jusqu'en 1780. 

De 1780 à 1783, professeur de sixième, puis de 
cinquième et enfin de quatrième au collège des Orato- 
rîens de Troyes ; 

En 1 783-1 784, enseigne la logique à Soissons ; 

En 178^1785, professe la philosophie au collège de 
Boulogne. 

A la rentrée *des classes 1785, il fut appelé à la 
maison d'études de Montmorency où il enseigna la 
philosophie, puis plus tard la théologie. 

Y fut ordonné prêtre en 1787. 



293 L-AUSéE BOUL02iIÏAI8E 

Le 4 septembre 1789 il était à Paris et y prononçait 
un discours sur le patriotisme pendant un service célébré 
dans l'église des Oratoriens, en commémoration des 
victimes du 14 juillet. 

Vient à Paris en 1789 et y demeure rue Sain t'- 
Honore, hôtel de la Virginie. 

En 1 790-1 791, il séjourne à diverses reprises à Bou- 
logne et y fait imprimer plusieurs opuscules (i). 

Il fut arrêté à Paris, dans V hôtel garni de la rue Saint- 
Honoré, le j octobre 1793, fut d'abord conduit à la Force, 
où il resta jusqu'au 14 juillet 1794, transféré aux Made- 
lonnettes, puis aux Bénédictins Anglais, à l'Hôtel des 
Fermes et enfin à Port-Libre (Port-Royal). Il ne sortit 
de prison que le 24 octobre 1794 (3 brumaire an III). 

Le 17 floréal an V (6 mai 1797), il fut nommé admi- 
nistrateur en chef de la Bibliothèque du Panthéon. 

Le 12 pluviôse an VI (31 janvier 1 798), envoyé à 
Rome, pour y organiser la République avec une com- 
mission nommée par le Directoire ; 

Ne resta que quelques mois à Rome et profita de 
son voyage pour visiter Naples. La dernière lettre 
datée de Rome est du 19 juin 1798 et il y en a une 
datée de Paris le 23 octobre 1798. 

II assistait à Saint-Cloud à la fameuse séance du 
19 brumaire. 

Le 15 décembre 1804, fut nommé archiviste à la place 
de Camus. Les archives étaient alors établies au palais 
du Corps législatif. Ce n'est qu'en 1809 qu'elles furent 
transférées à l'hôtel Soubise, alors rue du Chaume, 

Destitué sous la Restauration^ il alla rue du Ménil- 
montant, 22, et ne retourna à l'hôtel Soubise, oit il est 
mort y qu'après la Révolution de 1830. 

A propos de la destitution de 181 ç, voici une lettre 
trop peu connue qui est le plus bel éloge de Daunou : 

c A Monsieur Boux Laborib, députa. 

c Mon cher collègue, Tan passe, M. Daunou m'a fourni 
une honorable occasion de parler de lui au Roi, et S<i MajesU 
ne l'a certainement pas oublié, car il n'y a que le mal qui sort 
de sa m(fmoire. J'ai des raisons de croire S. M. assez bien 
disposée pour que le péril cesse en sa présence ; toute fois 
j'écrirai à M. de Vaublanc et je répéterai en tout lieu et 

(1) J'iii sous Ipsyeux le plus rare, le moins connu, Ift Conirai social da Fran- 
ais ptir un eeçUficutitiue boulonnais. C'est un ouvrage vraiment remarquable. 



20 JUIN 1840 2îM) 

^isqtie in cxcelsisy ce qu'dtait M. Daunou en 1704, c% qu'il n*a 
pas voulu être en 1799, les colères de 1801, et la vie labo- 
rieuse, solitaire, utile et très-utile de 1801 à 1815. Oter 
M. Daunou des archives ce serait descendre Apollon du 
Belvédère, de la barbarie toute pure. 

c Ainsi, toute colère ajournée, je propose une trêve pour 
que nous lui tendions les bras des deux côtés, car il y va de 
nos deux honneurs de ne pas le laisser tomber à terre, 
c Ce 4 janvier 1816. 

^ C Signé : Dbcâzbs (1). » 

.(Archives nationales, série F.) 

Ce grand citoyen a aimé sa patrie avec un dévouement 
désintéressé dont on trouve trop peu d'exemples. C'est 
une grande figure tombée un peu dans l'oubli, et qui 
gagne à être vue de très près ; car, de quelque côté 
qu'on l'envisage, on la voit toujours noble, digne et 
en pleine lumière dans le droit chemin du devoir et du 
patriotisme. 

Il fut l'homme qui sût allier au vir bonus dicendi 
feritus de Quintilien, le justum et tenacem propositi 
d'Horace : il était l'honncte homme, versé dans l'art de 
bien dire, l'homme juste et inébranlable de principes, 
d'une science austère et d'une conscience inflexible. 

Nous compléterons ces indications sommaires par la 
liste des notices biographiques qui ont été consacrées 
à la mémoire de cet homme honnête et illustre. 

Billet, avocat, Etude et résumé sur la vie et les écrits 
de Daunou : Acad. d'Arras, 1852. 

Cauvin {Henri), avocat à Paris. — Eloge de Daunou, 
— Cet ouvrage a reçu une mention honorable au 
concours ouvert par l'Académie d'Arras pour l'éloge 
de Daunou (Indication de Taillandier. Doc. biog, sur 
Daunou, avertis., pag. 10). 

GuÉRARD. ^^ Notice sur M. Daunou (Bibl. de l'Ecole 
des Chartes, 1842, t. III, p. 209-257. Paris, Didot, 
1842, in-8*'). 

Le Clerc {Victor). — Notice sur M. Daunou {Hist. 
littéraire de la France, t. XX, p. 30-39. Paris, Didot, 
1842, in-4°). 

MiGNET. — Notice historique sur la vie et les travaux 
de M. Dannoii, lue à la séance publique de l'Acad. des 

(1) Je dois la coninmnication de cctt? 1. ttrc à M. Edmonl Dupont, 
élove de M. Davnou. 



^1^ 



300 lUnnés bouIiOnkaise 

Sciences Morales, le 27 avril 1843. Paris, F. Didot, 
1843, in-4^. 

Ôainte Beuve. — M. Daunou (Porhaits contcmpo^ 
vains, t. III, p. 3, 70). 

Taillandier (A. //.), conseiller à la cour royale de 
Paris. — Documents biographiques sur P.-C, Daunou^ 
3' édit., Paris, Firmin Diaot, 1847, in-8**, portrait de 
Daunou. 

Wailly {Natalis de). — Notice^sur M. Daunou {Jour- 
nal des Savants, juillet 1840). Cette notice a été 
reproduite en tête du catalogue des livres de la 
bibliothèque de M. Daunou, in-8°. 

Walkenaer (baron). — Notice historique sur la 
vie et les ouvrages de Daunou, lue à la séance publique 
de l'Acad. des inscrip., le 31 juillet 1841. Paris, F. 
Didot, in-4°. 

La ville de Boulogne a rendu hommage à la mémoire 
de Daunou en donnant son nom à une grande voie 
publique. Son buste en bronze est à la place d'hon- 
neur dans la salle Daunou de la bibliothèque. A quand 
la statue ? 



21 juin 1549. — Jacques Coucy do Vervins, an- 
cien gouverneur de Boulogne, condamné pour 
crime de trahison, est exécuté aux Halles de 
Paris. 

Il avait été condamné à avoir la tête tranchée pour 
cause de la c rendition par luy proditoirement faicte 
de la haulte et basse-ville et chastel de Boulongne-sur- 
la-mer au roy d'Angleterre. » Sa tête, conformément 
à l'arrêt, fut portée « au fort de Picardie » sur les 
ramparts d'icelluy, et près la ville de Boulongne-sur-la- 
mer, et illec fichiée sur ung poteau aiant le visaige vers 
Boulongne, son corps mis en quatre quartiers, aflîgez 
aulx portes des quatre maîtresses villes de Picardie ; 
c'est asçavoir ung à Ardres, l'aultre à Corbie, le tiers à 
Dourlan et le quart à Monstrœul-sur-la-mcr » (i). 

(1) Voir son procès dans les Curiontis <te Vhiitoire du Payt boidonvaU, 
v€r'}0 Pivcèê. Voir Jius«.i, pour le sortdescsconiplitjc», VHiHoirt iie ffoiUoffne do 
MM. d'ilaullc cuillc et Louis Bônard, l. I, p. 203-272, 



22 JUIN 1647 • 301 



21 juin 1738. — Sur les quatre heures trois quarts 
après-midi est tombée une grêle, pendant deux 
à trois minutes, d'une abondance si furieuse 
qu'elle a ruiné tous les grains, depuis le moulin 
de Leubringhen jusqu'à Calais, et a compris 
environ demi lieue de travers, depuis le bois 
d'Inglevert jusqu'au delà du hameau de Ram- 
saut, paroisse d'Hervelinghen, venant d'ouest. 
(Reg. deparoisse^ communiqué par M. Jules Lecat.) 



22 juin 1547. — Le maréchal du Biez commande 
le camp devant Boulogne. 

L'année précédente, au 7 juin, un traité de paix avait 
été conclu entre les rois de France et d'Angleterre ; ce 
fut leur dernière œuvre : la mort les guettait Tun et 
l'autre. Henri II, en succédant à François I", eut à 
cœur la reprise de Boulogne. Il avait envoyé à Londres 
le maréchal de la Vielleville chargé de renouveler, s'il 
était besoin, le traité de paix; mais voilà que cet ambas- 
sadeur apprend, à Londres même, qu'il existait un article 
secret du pacte conclu, concédant au roi de France le 
droit de se remettre en possession de Boulogne par la 
force, dans le délai des huit années portées en l'acte 
pour la reddition par les Anglais. Il faut lire les Mé- 
moires de la Vielleville (liv. II, ch. i"") sur cette étrange 
clause. 

C'en était assez pour fournir à Henri II l'occasion 
qu'il cherchait de se réhabiliter lui-même; car en 1544, 
n'étant que dauphin, il avait abandonné notre ville 
assiégée et demandant du secours. 

Les papiers d'Etat anglais montrent combien la pos- 
session de Boulogne était onéreuse et de plus en plus 
difficultueuse pour l'Angleterre. Dès le 4 février 1547, 
lord Grcy, gouverneur, réclamait des victuailles : Boit- 
logneberg était sans munitions ainsi que le Old Man, 



302 L*ANNéE BOULONKAISE 

Les Anglais ont si peu de travailleurs qu'ils craignent 
le mauvais temps qui mettrait les travaux imparfaits en 
péril. Le Young Man reste dans son vieil état. Nevohaven 
et Blackiiess ne font pas meilleure figure. A Newhaven, 
il y a encore pour un mois de vivres, mais en cas de 
guerre, il faudrait renforcer la garnison. Pour Blackness, 
on demande cinq cents soldats et quatre cents ouvriers. 
Les hommes ne sont pas payés et lord Stourton a dû 
s'engager personnellement à leur ^fournir des subsis- 
tances. A HambeltuCy la misère est grande ; les pauvres 
soldats sont sans provisions. Sur ce cri d'alarme, le 
gouvernement anglais, le 7 février, donna ordre de 
payer les garnisons pour quatre mois, et accorda une 
libre importation de vivres pour Calais, Boulogne et 
Newhaven. L'approvisionnement arrive et semble sufli- 
sant jusqu'à fin juin. L'église Notre-Dame sert de ma- 
gasin. Voici que tout à coup les Anglais apprennent 
que des commissaires du roi de France se sont rendus 
à Rouen demandant cent mille couronnes de subside 
pour la reddition de Boulogne. Paris en a donné deux 
cent mille. Le conseil de Rouen, n'ayant pas consenti, 
a été emprisonné jusqu'au vote de 500,000 francs. 

Au 21 mars 1547, mauvaise note pour Jacques de 
La Motte, abbé d'Andres. Les Slate-papers disent qu'il 
avait servi d'espion à lord Lisle, capitaine de Guînes. 

Les Anglais apprennent par lui le bruit de la mort 
de François I". 

Le 2 avril, le capitaine de Blackness envoie à lord 
Stourton un Jean Le Roy, relieur, porteur sans mandat 
de lettres adressées à du Biez par l'ambassadeur fran- 
çais à Londres. Comme il n'avait ni passeport, ni 
licence, le porteur a été saisi et le paquet ouvert. Une 
lettre en chiffres parle de la mort d'un personnage, sans 
le désigner. 

Le 4 avril, lord Grey transmet au lord Protecteur 
des déclarations d'espions portant que Henri VIII avait 
été empoisonné avec un poison de telle nature qu'il ne 
devait produire effet que six semaines après son injec- 
tion. Un gascon emprisonné avec lord Warwich lui 
avait dit, en parlant de Boulogne : « Aucune monnaie ne 
sera payée pour celle ville. Votre roi a pris une sauce 
avec sa viande : il est empoisonné ou le sera bien- 
tôt, etc. » {Calais Papers, n° 99,) 

Le 8 avril, on écrit que le nouveau roi de France a le 



22 JUIN 1547 303 

bon vouloir de ses marchands. Jamais la France n'a 
possédé autant d'artillerie. Si son offre pour Boulogne 
est rejetée, Henri II se propose d'agir. 

Lord Grey dit, le 14, qu u surveille les agissements du 
roi français et de l'empereur. De grandes provisions 
arrivent à Etaples, tandis que les pauvres soldats anglais 
sont dans la pénurie. Le lieutenant de M. de Rieulx, 
(commandant du fort de Villeneuve-Outreau), étant 
venu se plaindre à lord Grey le 18 avril, des travaux 
qui s'activaient dans le port, le gouverneur anglais lui 
répondit qu'il s'agissait non d'un fort, mais d'une jetée, 
faite pour la convenance des Anglais comme des Fran- 
çais. 

Le 5 mai, M. Gaspard de Coligny et M. d'Estrces 
arrivèrent et furent reçus triomphalement dans leur 
fort. M. de Châtillon demanda immédiatement une 
entrevue à lord Grey. Il s'agissait d'une conférence au 
sujet des travaux du port : lord Grey soutenait qu'ils se 
bornaient à une jetée ; mais M. de Châtillon répondit 
qu'en cas de guerre on pouvait en user comme d'un 
fort. L'idée de guerre étant éloignée, Châtillon proposa 
d'autres objections. 

Au 30 mai, il est annoncé qu'un ordre a été donné 
par le roi de France de rassembler un grand nombre 
de chariots au bois de Tingry, pour en rapporter des 
fagots, afin d'en faire des remparts contre l'artillerie. 
On doit élever un fort sur la côte opposée à celle de 
YOld Man. La guerre sera déclarée à l'Angleterre à la 
première occasion. 

Le lendemain, on mande que : un fort est commencé 
sur le mont Bernard, en face de la Tour d'Ordre. Tous 
les chariots possibles sont envoyés dans la forêt d'Har- 
delot. Le capitaine d'IIardelot assure qu'on frappera 
un grand coup avant la saint Jean. Il faut donc être 
vigilant. Le roi de France est déterminé à provoquer 
les Anglais afin qu'ils commencent la guerre. 

M. de Châtillon dit qu'il y a mieux à faire que des 
forts. Il est |*ésolu t to eut the dunette to make a harbour, 
and bring the sea by Cappecure. » Si une telle chose se 
faisait, ce serait au détriment du port anglais, car avec 
un vent ouest-sud-ouest, il serait abîmé « by the sand 
qf dunette. ^ 

Les lansquenets sont campés au Portel. 

Contre les dangers qui semblaient les menacer, les 



304 L'ANNiB BOULOKKÀISE 

Anglais ne prenaient encore d'autres mesures défen- 
sives que la propagation d'homélies en l'honneur de 
Dieu pour l'extinction de toutes les superstitions et 
de la papauté, et les répandaient avec profusion dans 
la haute-ville de Boulogne. 

Enfin le 22 juin, le maréchal du Biez commande 
le camp devant Boulogne et on s'attend à quelque 
chose 

Ce qui arriva, ce fut la disgrâce de du Biez, ennemi 
personnel du connétable, qui le perdit. On lui reprocha 
ses procédés étranges lors de l'établissement du fort 
d'Outreau ; on lui fit un crime d'avoir transporté alors 
son camp à Mont-Lambert ; on l'accusa de complicité 
dans la reddition de Boulogne par son gendre Coucy 
de Vervins, en 1J44. Ce grand guerrier a joué à 
cette époque un rôle qui n'est pas suffisamment éclairci 
et qui fut bien fatal à notre ville. 



22 juin 1773 — Travaux à Téglise de Maninghen- 
Wimille. 



Il est dit dans le registre de paroisse que ce jour, le 
« campanal de l'église » a été achevé ; qu'il avait été 
reconstruit sur l'ancienne muraille du clocher où il y 
avait deux campanaux avec une seule cloche (i) ; 

Que, le lendemain, Pierre Lonquéty, entrepreneur, 
de Boulogne, remonta avec ses ouvriers dans le nou- 
veau campanal, « refait 4 pies plus haut que le faîte 
du toit. » Cet entrepreneur reçut, conformément aux 
conventions, 27 pistoles, payées moitié par MM. du 
chapitre et M. d'Avault, pour lors curé, l'autre moitié, 
par les propriétaires de la paroisse, « tant pour la des- 
truction de cette partie du clocher que des toits, du 
chœur et de la nef, causée par la démolition du vieux, 
qui menaçoit prochainement ruine aussi forte que le 
pignon du bas de la nef qui a été aussi démoli et 



(1) Cette cloche, refondue en 1633, nommée louiêe par Louise du Blaisel, 
épouse de J.-J. Acary, seigneur de Maninghen et François de Chinot, sei- 
gneur d'Hesdre et de Coppedoy, parrain, avait coûté 25 livres pour la fonte. 
Jean Chabl>é était alors curé. 



^ 



24 JUIN 1834 305 

reconstruit, la même ann^e, par Louis-Marie de Gar- 
dins, paroissien de Pittefaux, lequel a eu 26 pistolcs, 
ayant reposé le pavé et mis les fonts où il faut. » 

Cette même année, cinq bancs de sapin rouge furent 
livrés par Leducq, de Marquise, au prix de 12 Ib dont 
deux à gauche, payés par M. du Flégard, et Tautre 
par la fabrique ; le troisième, près l'autel de la Vierge, 
payé par M. Laquenoy ; le quatrième, par M. Duflos, 
et le cinquième, par M. de la Hodde : Tannée sui- 
vante, Dutertre, de Wierre-EfTroy, en a fait un au prix 
de 14 Ib. 



23-24 juin 1834. — Une aventure de Paganini à 
Boulogne. 



Paganini, « ce diable et cet ange du violon qu'on 
accusait d'avoir enfermé l'âme d'une maîtresse dans le 
cercueil sonore de son instrument » l'inimitable et fan- 
tastique virtuose qui fut pour Berlioz plus généreux 
qu'un roi, lui l'avare renforcé, l'Harpagon légendaire; 
Paganini l'unique a eu à Boulogne une aventure peu 
connue. 

En 1834, il avait fait «une saison» fructueuse à 
Londres, avec un entrepreneur qui s'y ruina et qui, 
chose plus funeste, faillit y perdre sa fille. 

Le génie a des séductions irrésistibles. 

Miss Watson s'était enf«ie de la maison paternelle 
lorsque Paganini la quitta : elle vint le retrouver à Bou- 
logne. Le père, averti à temps, accourut en notre ville, 
instruisit les autorités françaises et le représentant de 
sa nation du malheur dont il était victime et de l'abus 
de confiance dont son hôte s'était rendu coupable. 

L'affaire fit grand bruit : un journal de la localité 
l'ayant racontée tout au long, le grand artiste répondit : 



• . . Accuse d'être le ravisscar d'une jeune personne de 
seize ans, mon honneur noirci m'impose une tAche pénible, 
mais nëcessairo de ramener les faits à la vëritë. • . . J'arrive 
à l'accusation d'enlëvement, par lacjuelle on vent faire croire 
qn'une amourette est la raison qui a décide miss Watson à 
venir me joindre à'Boulogno. . . . 

20 



306 l'ann^b boulonKaisb 

Paganini établit d abord que si miss Watson a quitté 
son père, qui l'accablait des traitements les plus inhu- 
mains ; si elle est venue de son propre mouvement 
demander protection à celui dont les conseils et la 
bienveillance lui faisaient espérer un meilleur avenir, 
c'est qu'elle voulait apprendre avec lui la musique, pour 
laquelle elle avait de grandes dispositions. (Voilà une 
raison à recommander aux ravisseurs.) 



Je proclame, conclut Paganini, que ma conduite a été sans 
reproche, mes viies honnêtes et désintéressées, et conformes 
aux idées de morale et de religion qui prescrivent secours ci 
protection à l'opprimé, etc. 



Peu s'en faut qu'il ne demande à être canonisé pour 
avoir enlevé une fille aimable à un père indigne. 

L* Annotateur Boulonnais, sans se laisser séduire par 
la renommée du séducteur et sans ajouter plus de 
croyance qu'il ne fallait à ses protestations, appuya sur 
le lait notoire dont il était difiicile de pallier l'immo- 
ralité. Paganini se fâcha : 



Je m'étonne, dit-il, que la presse dont la mission est d'é- 
clairer et non de diffamer, se fasse le champion d'un homme 
contre nn autre, quand les tribunaux, sont ouverts h tons 
deux. Voici maintenant que les journaux de Londres et do 
Paris jasant également sur cette affaire, parlent également du 
repentir de miss Watson, pour son étonrderie et sa démarche 
imprudente ; ajoutant qu'elle venait me trouver, parce que je 
devais l'épousera Paris et lui donner riche dot et joyaux. Son 
action était donc non-seulement volontaire mais intéressés. 
Ceci est complaisamment raconté par mes adversaires. C'est 
au public à conclure. Quant à moi, Monsieur, j'ai dH mon 
dernier mot sur toutes ces tracasseries. ... Le dédain est une 
bonne arme, ot plus d'un honnête homme s'en ect servi .... 



Nous n'avons pas à nous faire juge en cette affaire. 
Paganini était assez en dehors du moule ordinaire 
de l'humanité pour qu'on soit perplexe dans l'appré- 
ciation de sa conduite. Peut-être n'eut-il vraiment 
qu'une bonne intention alors qu'on lui prêta une si 
légère I En tous cas l'aventure est curfeuse. 



24 JUIN 1520 307 



24 juin 1520. — Un moine do Montreuil écrit la 
Folalion de son voyage dans le Boulonnais* 



Le i8 juin, ce moine avait entrepris, pour se dis- 
traire, un voyage de quelques jours. Il partit à cheval, 
escorté d'un serviteur et d'un guide, et se dirigea vers 
Ardres et Guînes (i). 

Dans cette première journée, qui dut sembler longue 
à ses deux compagnons cheminant à pied, notre moine 
s'ai-rêta peu : dans la soirée il arrivait à Calais. Le 
lendemain il se fît montrer la ville, la parcourut en 
visiteur consciencieux. Après souper, un incident le 
mit de mauvaise humeur : l'hôte voulait être immé- 
diatement payé et demandait vingt sous. Or, en l'an 
1520, un repas à ce prix était fort cher; mais l'hôte 
était un Anglais, comme tous les Calaisiens d'alors, et 
il traitait le moine en étranger. Celui-ci dut donc 
payer, mais à contre-cœur, et il inscrivit sur ses tablettes 
que toute la population de Calais était mauvaise, 
rapace, qu'elle dépouillait sans pudeur les voyageurs 
français. 

Non content des vingt sous exigés, l'hôte réclama 
encore le lendemain le prix de la couchée et celui de la 
nourriture du cheval. Celte fois le moine se fâcha et 
menaça l'hôte de l'intervention d'un capitaine. 

De Calais il revint à Guînes, puis à Ardres, alors 
remplie par la cour de François I*^ Notre voyageur 
dut coucher sous une sorte de berceau de feuillage. 
Quoi qu'aient dit les chroniqueurs sur la façon dont 
étaient accueillis tous ceux qui se présentaient, le 
moine, qui fut peu fêté sans doute, n'en paraît pas 
enchanté. Un orage ayant renversé le somptueux 
pavillon que le roi avait fait dresser, il ne put le visiter; 
il dut donc résci*ver toute son admiration pour le 
célèbre palais de verre du roi anglais, à Guînes, émer- 
veillé qu'il semble être de tout ce qu'il voit, de la 



(1) Onze jours plus tôt avait lieu entre ces deux vilksrla premi^Tc cntre^UG 
de François l" et de Henri VI II. Le roi de France se trouvait encore à 
ArJrcs, le roi d'Angleterre à Gulncs. 



d08 l'aNN^IS BOtLONNAlSB 

chapelle, de la vaisselle d'or, des cuisines, de la cave, 
ravi de Taccueil qu'on lui fait et du vin qu'il boit. Il 
s'est trouvé sur le passage du roi et fier de cette vision 
il exalte l'Angleterre, oubliant jusqu'à ses déboires de 
Calais. 

Le 21 Juin, il quitta la ville d'Ardres et se rendit à 
Boulogne, afin de terminer son voyage de plaisir par 
un pieux pèlerinage. 11 eut la bonne pensée de copier 
une inscription dans l'église de Notre-Dame, qui, 
grâces à lui, nous a été conservée : elle relate l'antique 
tradition populaire sur l'arrivée de l'Image de la Vierge. 

Enfin le 22 juin, après avoir dit la messe, et fort mal 
déjeuné dans notre ville, le moine rentra dans son 
aboaye de Sainte-Sauve, à Montreuil, s'y reposa deux 
jours et le dimanche 24, écrivit la lettre qu'on vient 
d'analyser. 



24 juin 1759. — Une escadre anglaise se lient 
entre Wissant et Boulogne : on envoie sur nos 
côtes (les dragons et des chasseurs dans la 
crainte d'une descente des ennemis. 



Ces alertes se renouvelaient à chaque guerre entre la 
France et l'Angleterre. Les guetteurs du beffroi avaient 
la mission de surveiller la mer pour signaler tout 
mouvement inquiétant des vaisseaux ennemis. Les 
troupes boulonnaises s'organisaient en garde-côtes au 
moindre bruit d'une descente possible. Il fallait toujours 
ctre sur le qui-vive. 



25 juin 1793. — Le Conseil général du District 
réglemente la distribution des grains aux habi- 
tants. 

Les marchés se tiendront aux jours accoutumés dans 
Téglise de l'Oratoire où les cultivateurs devront déposer 



25 êviif 1793 309 

tous les blés et seigles qu'ils apporteront et que la 
municipalité leur paiera aussitôt. 

Tous les citoyens qui voudront en acquérir devront 
se faire inscrire la veille du marché : ils recevront une 
carte qu'ils remettront le jour du marché, avec le prix 
du .grain et un sac portant le nom et la qualité du blé 
à acquérir. Tous les sacs seront ensuite portés au 
dépôt pour y être remplis, en présence d'un membre du 
conseil de la commune, et délivrés à la porte de ladite 
église sur l'appel qui sera fait du nom du propriétaire. 

D'autres prescriptions suivent pour régler la quantité 
de grains allouée par tête (un demi-boisseau pour 
sept jours), etc., et toutes témoignent de la pénurie 
dont la Ville souffrait. Le 20 juin, le conseil général 
de la commune avait fait afficher la proclamation 
suivante : 

« Le premier devoir des Magistrats est de veiller à 
l'approvisionnement et à la subsistance de leurs conci- 
toyens. 

« C'est ce soin important qui occupe aujourd'hui toute 
notre attention, et qui les fait recourir à- tous les 
moyens qui peuvent assurer une subsistance dans le 
fournissement des marchés. Un de ceux qu'ils ont cru 
devofr le plus contribuer à ce succès, est l'uniformité 
dans la fabrique du pain. Ils ont pensé, avec raison, 
qu'une seule espèce de ce comestible étoit non-seulement 
beaucoup plus économique, mais encore beaucoup plus 
avantageuse, sur-tout à la classe indigente, en ce que 
la qualité plus substantielle du pain blanc n'existant 
qu'aux dépens des deux autres sortes de pains, et 
surtout du pain bis, cette dernière qualité renfermeroit 
plus de parties nutritives, et donneroit par conséquent 
aux pauvres une nourriture plus saine, plus abondante 
et plus corroborative. 

«t Cette intéressante obser\'ation n'a pas échappé à 
l'attention du Conseil général du District; en consé- 
quence il a requis la municipalité de donner les ordres 
nécessaires, pour qu'il ne fut fabriqué dans cette ville 
que du pain bis. 

t Voilà, Citoyens, les motifs qui ont déterminé ce 
procédé de nos administrateurs ; ils espèrent que cette 
mesure, jointe à toutes celles qu'ils prennent, écarte- 
ront bientôt les apparences de disette qui se fait sentir, 
sur-tout si ces mesures sont secondées par l'esprit 



310 L^ÀNNÉE COULONNAISE 

d'ordre, de justice et de tranquillité qu'ils attendent de 
la part de leurs concitoyens, i 



26 juin de l'an 700 de Rome. — J%îes César ar- 
rive à Icius et y demeure vingt-cinq jours. 



La date a été rîgoureusemeut fixée par les calculs 
astronomiques de M. Leverrier, faits pour l'auteur de la 
vie de Jules César. Essayons de déterminer avec la même 
précision remplacement exact d'Icius. M. Tabbé Hai- 
gneré et M. Ernest Desjardins ont donné d'irréfutables 
raisons pour assurer à notre port la gloire d'avoir été 
choisi par Jules César comme point de départ de son 
expédition britannique. Ces érudits diffèrent sur l'as- 
siette de la' localité, ou des localités avoisinant le port. 

Icius était-il le nom primitif de la ville appelée ensuite 
Gesoriacum puis Bononia? Poser ainsi la question 
c'est la résoudre, car sauf les cas où la servilité a voulu 
flatter l'orgueil des maîtres en substituant leur nom à 
une appellation antérieure, tout changement dans la 
dénomination d'une localité répond à un déplacement 
de centre : c'est un point de l'onomastique qui semble 
à présent hors de doute. Cherchons donc à placer Icius 
en dehors de Gesoriac. 

Le nom d'Icius n'a été donné que par César : Strabon 
l'a répété d'après lui ; mais Ptolémée a parlé d'un pro- 
montoire d'Icius ; il l'a placé au sud-ouest de Gesoriac 
et à une latitude qui permet de l'identifier avec le cap 
d'Alpreck (i). 

Le cap d'Alpreck, d'après des documents très précis 
recueillis par J.-F. Henry, en son Essai historique , 
avait perdu environ trois cents mètres de sa longueur 
entre 1550 et 1810 : depuis 18 10, de nouveaux terrains 
ont été emportés, puisqu'en 1865 M. le docteur Ernest 
Hamy avait peine à retrouver l'emplacement du che- 
min construit sous le premier Empire pour le service 
des camps. En calculant ce que l'érosion a pu enlever 

(1) M. Ern. Dcsjj r-'ns. Gaule Xom<itine, II, p. 371, etc., le prouve sans con- 
t«s*a!ions pcssiblo:<. 



12G JUlK AN 700 DE BOME 3t] 

en dix-huit siècles, on arrive à se représenter le vaste 
prolongement de ce promontoire assez important 
pour avoir mérité d'être signalé par le géographe grec. 
D'une altitude élevée, probablement isolé et formant- 
comme un ilôt, en raison des prairies longtemps inon- 
dées de Capécur*^ c'était un camp retranché naturel et 
de longtemps habité, comme toutes les hauteurs de la 
rive gauche et de la Liane, les plus anciens séjours des 
hommes de cette région, comme le pense M. l'abbé 
llaigneré en parlant de la péninsule d'Outreau (i). 

M. Bouchard-Chantereau a trouvé des silex taillés 
sur la plage de Châtillon. L'une des tribus, dont on a 
reconnu la trace en explorant la tombe Fourdaine à 
Equihen, y avait établi l'atelier de fabrication d'Alpreck, 
et on peut d'ailleurs juger de la possibilité d'un habitat 
par le séjour de la population à laquelle appartint le 
cimetière de Châtillon découvert en 1824 et 1839. Ces 
sépultures disent hautement : ici il y a eu un peuple ! 

Le général romain en s'y établissant mettait entre 
ses légions et les Morini d'outre Liane toute la largeur 
défensive de l'estuaire et profitait — ce qu'il cherchait 
— des facilités d'embarquement que lui procurait le 
port. Ce . qui le prouve, c'est son silence sur Geso- 
riacum, qui existait incontestablement, et le nom qu'il 
donne au port, celui du promontoire étendu dont il a fait 
son camp. 11 n'y a donc pas à chercher Icius ailleurs 
qu'à l'endroit dénommé par Ptolémée, promontoire 
Icius, car Icius est surtout un mot de géographie phy^ 
siqiie. César ignorait ou n'a pas eu besoin de désigner 
le nom de géographie politique de la contrée, Pagus 
GcsorîacHS, du littoral, littoris gesoriaci, de la ville ou 
bourgade, Gesoriacum. 

Comme Jules César se trouvait en pays ennemi il 
dut chasser les habitants du promontoire : la colonie 
romaine qui s'y maintint jusqu'à la fondation du cas- 
trum de Bononia, a probablement laissé les tombeaux 
du Châtillon qu'on fait remonter au m® siècle. L'occu- 
pation militaire a donc fait disparaître toutes les traces 
de la tribu primitive; le temps et la mer ont à leur tour 
fait disparaître les traces du camp et du nom. 



(I) César pnrlc frô'jiicmment des 1î-<>ts occupé* i^ar les JUorini. Le souvenir 
tra«litionii<?l d'uno lie oultrc l'e:iu qu'on confon lait encore en 1505 avec le 
nom d'0iitre:\u, |K>urr.iit bion -ivoir poiir origine l'Ilot dYctia. 



312 l'ai^néa boulonnaise 

Les successeurs de Jules César en organisant sa con- 
quête, en créant un arsenal, placé sur la rive droite pour 
profiter du voisinage de la forêt, ont mieux connu Geso- 
riacum et le pagus *dc ce nom. Leurs historiens pré- 
fèrent dirent port du pays de Gesoriac, porius Gescriacus, 
plutôt que port du promontoire, pcftus Ictus que lui 
avait donné Jules César : cela se comprend. 

Donc Ictus reste le nom du promontoire habité ; 
Gesortac, le nom de la localité qui a dénommé le pays 
dont elle était la capitale, et Bononïa, le castrum fortifié, 
élevé par les Romains lorsqu'ils établirent leur flotte 
britannique (classis britannica) dont le séjour en notre 
contrée n'a plus besoin d'être prouvé. 



27 juin 865 au 27 juin 86G. — Rouclwald ollre 
son fils Megenfroid ou Meginfrid à Tabbo do 
Saint-Berlin pour être revêtu de Thabit mo- 
nastique; il donne une partie de son héritage 
situé à Diorwaldinghetun dans le pays boulon- 
nais^ consistant en douze bonniers de terre et 
quatre maisons, dont il se réserve l'usufruit à 
condition d*en payer deux sous d'argent le pre- 
mier jour de novembre. Cette donation est 
faite à la condition que son fils sera pendant 
toute sa vie nourri et vêtu dans le monastère. 



On demande actuellement aux chartes non plus seu- 
lement la confirmation d'un événement , mais une 
substance plus essentielle encore. Chaque mot des 
documents authentiques de l'époque carlovingienne 
est à scruter. La charte dont la notice précède peut 
servir à étudier le quantum de la dot monastique, l'usage 
d'un donateur se réservant l'usufruit du bien concédé, 
l'intérêt ou revenu de douze bonniers de terre et de 
quatre maisons, etc., etc. C'est ainsi que peu à peu on 
crrive à reconstituer la véritable physionomie des 
époques disparues. 

La donation de Roudwald fournit un précieux ren- 



27 JUIN 865 AU 27 juin 866 313 

scigaemcnt topographique avec le nom de Diorwal- 
dinghelun, Diorwaldingatun ou Dirlinguetun près de 
lioucres. Le cartulaire de Saint-Berlin signale encore 
Totingetun près de Guînes en 807, Bagingalun ou 
Baincthun en 865. Le suffixe en ttin manque à la topo- 
graphie tudesque, mais il émaille le sol d'Angleterre. 
L'Angleterre, comme la Germanie, le Boulonnais et 
les Flandres donnent en grand nombre les finales en 
hem ou hen (i). 

L'abbé D. Ilaigneré s'est demandé : Quelle est la 
peuplade qui a introduit dans le Boulonnais les noms 
en tun ? Etait-ce une branche des Angles ou bien des 
Saxons? Venait-elle d'Angleterre ou bien se diri- 
geait-elle vers ce p3Lys> Dans Words and places, un 
crudit anglais, M. Taylor, semble répondre à cette 
question lorsqu'il rappelle que l'Angleterre n'est pas la 
seule contrée qui ait été conquise et colonisée par la 
race des Anglo-Saxons et* que dans les vieilles pro- 
vinces françaises de Picardie et Artois, il y a un dis- 
trict bien délimité, en regard de Middlesex, situé entre 
Calais, Boulogne et Saint-Omer et faisant face à la 
côle anglaise, dans laquelle le nom de plusieurs villages 
et hameaux est purement anglo-saxon. « De ces noms, 
beaucoup sont identiquement les mêmes que ceux des 
villages anglais. Cette correspondance prouve que les 
mêmes familles qui ont donné leurs noms aux villages 
anglais ont également fait une station sur la partie de 
la côte française en regard de la côte britannique. 11 
reste à savoir si le^ Saxons après avoir côtoyé les 
rives du Weser et du Rhin firent à Boulogne une sorte 
de halte dans leur route vers TAngletcrre ou si la sta- 
tion française fut fondée par les cadets de famille qui 
étaient déjà établis dans l'île) En faveur de celte der- 
nière présomption, il y a llabsence entière de noms 
saxons sur la partie de la côte qui longe le nord-est du 
cap Grinez. Et si l'on suit les noms sur la carte, on arrive 
à celte conclusion que les colons ne sont pas arrivés 
de l'est, mais de l'ouest et l'on peut attacher quelque 
créance à la théorie de M. Kcmblc, lorsqu'il dit : Les 
villages saxons de France sont des stations Jïlialcs. » 



(!) 11 fiiui les (li>liii.i:iUT rnroro par uno nu uue eoninii» le font nos p i>s'ui.s 
ijui pronom enl an los \U aU^s vn kcui (»i in co\l s i|ui >ont on hcn : il Coil y 
.noir uno rti«on d'orii-'inc sous ( oHc différ «n .0 de pionon ii'tion. 



du L*ANNéE BOULOKNÀISE 

Nous pourrions objecter à M. Taylor que le littoral 
saxonique dont parle la Notice impériale et qui existait 
vers le m* siècle était de fondation antérieure à la colo- 
nisation saxonne de la Bretagne. 

Nous irons beaucoup plus loin, et, tout en concédant 
l'origine saxonne probable des vocables en tiin (town, 
ville), nous donnerons aux autres en Aem, Aew, acre^ 
berg une origine plus lointaine, c Qui sait, dit Tabbé 
Ilaigneré, s'ils ne sont pas anlcrieurs à la rupture de 
l'isthme par lequel l'Angleterre se trouvait autrefois 
réunie au continent européen ? Le Boulonnais n*a-t-il 
pas toujours été le grand chemin des invasions, avant 
comme après l'ère chrétienne > » Ce pays que la géo- 
logie nous montre émergeant l'un des premiers des 
soulèvements volcaniques (i), a été habité aussitôt que 
l'homme est apparu sur la terre. On a retrouvé les 
traces de cet ancêtre. Le pays est assez ancien pour 
qu'on ne craigne pas d'affirmer que ses habitats ont eu 
des noms aussitôt qu'on a dénommé les localités. Or 
rien ne se conserve mieux que les noms de localités. 
Aux gens qui ne craignent pas d'être hardis à conclure. 



27 juin 1810. — Dépenses faites à roccasion du 
passage de Napoléon I«r et de rimpératricc 
Marie-Louise. 



D'après le registre aux délibérations elles se résument 
ainsi : 

Arc de triomphe 14 559 fr. 04 c. 

Palais impérial 6 639 14 

Illumination 3 907 60 

Réverbères : fournitures extraor- 
dinaires 429 38 

Pavés (réparation) 902 08 

Hôtel de Ville : embellissement. 949 80 



(1) Lors <lu dé, 6t de la irai»* 1p plateau contml de la France ÔUût d<^jî 
déiinitiw'nicnt réuni d'une wart h 1 1 Brot i;»no, de Pauire aux Vosges et aux 
Anionnr»« : lo Boulonnais sVlovait on Ilot au milieu du basî^in de la mer 
>oi»tonlrion.»l»\ (K. HciIun, frajiçc, p. 16.; 



28 JUiiiG 1556 315 

Sous-Préfecture 220 fr. 35 c. 

Logements 27 » 

Garde d'honneur à pied. . . . 2.591 80 
D'* à cheval. . . 11.737 06 

(dont il faut déduire 3.283 fr. 
produit de la revente des che- 
vaux). 

Voitures pour les dames. . . 105 > 

Bal î • • '3-9^5 4^ 

Transport des sables 343 75 

Frais divers, — Corbeille, etc. • 502 40 

Effets perdus ou détériorés. . • 439 50 

L'état général est arrêté à 54 512 fr. 36 c. On faisait 
bien les choses. 

L'empereur était arrivé en notre ville le 25 mai et en 
partit le lendemain. 

MM. L.-A. d'Hauttefeuille et Louis Bénard {Histoire 
de Boulogne, t. II, p. 209-214), ont parlé des splen- 
deurs de la réception et donné le texte d'un décret 
rendu le 29 mai suivant, par lequel S. M. concédait à 
l'arrondissement le local de la sous-préfecture, mettait 
l'octroi en ferme et décidait qu'un établissement de 
bains serait fait aux eaux minérales de Boulogne, etc. 

28 juin^ 1556. — Fondation de quatre obits pour 
les bienfaiteurs inconnus de réglise Saint* 
Nicolas. 



L'occupation de Boulogne par les Anglais de 1544 à 
1550 avait été fatale à toutes les institutions, La des- 
truction des archives fut à ce point complète que la 
fabrique de l'église Saint-Nicolas ordonnait, pour re- 
médier aux oublis, « que seront célébrés quatre obitz 
€ solennelz aux Quatre-Temps, pour les bienfaiteurs 
« dont on n'a plus connoissance des fondations » (i). 



(I) Los niarguillicrs décidèrent égnlcmont que pareil serviee sen»it fait 
ajTes le trépas < des m irgli/itTs, rccepvcur, procureur et cou&lr^ d'icella 
église. » (Heg. de la paroisse Saint-Nicolas.) 



"^ 



316 L^AKNéB BOULOtiKÀISE 



• 



29 juin 1559. — Clôture de la parlition du dio- 
cèse de Thérouane, 

Voici les notes d'une minute consacrée aux archives 
communales qui rçsu^ne les principaux points de la 
partition (i). 

Mercredi y r may '$59- —Nicollas Prévost, et Jacques 
Verjus, conseillers au Parlement de Paris, commissaires 
nommés par le roi IJei\ri II, arrivent à Aire. 

\" juin, huit heures. — Ils se rendent à l'hôtel de ville 
d'Aire, où ils rencontrent Maximilian Morillon, prévôt 
de la collégiale dudit lieu, et Philippes Raullin, conseiller 
en la Chambre d'Arthois, tous deux commissaires du 
roi Charles-Quint, et se communiquant leurs pouvoirs. 

Surviennent Nicolle Griveaux, représentant de l'ar- 
chevêque de Reims, et Baudoin de Calonne, prieur de 
Notre-Dame. On les accueille sous toutes réserves. 

Premier jour ^ huit heures du matin. — Les commis- 
saires se réunissent en Thôtel de ville d'Aire ; ils se 
communiquent leurs pouvoirs. Paroit Baudran de 
Calonne, prieur de l'abbaye de Notre-Dame de Bou- 
logne, qui ayant entendu dire qu'on devoit unir l'ab- 
baye de Notre-Dame à l'évesché qui devoit estre érigé 
à Boulogne, demande que l'on sécularise les religieux. 

PremUer jour^ deux heures de relevée. — Paroissent à 
celte vacation : i** Jacques Dominus, chanoine de Thé- 
rouanne, vicaire et sccHeur du feu évéque, Nicolas Fro- 
mentel, receveur de l'évêché; 2° Pierre Bouienger, 
chantre, Philipe F^œulet, Guillaume Saultin, Jean de 
Haudricourt, chanoines résidens à Boulogne, fondés 
de pouvoir des autres ; 3° Philipes Lé Noir, archidiacre 
d'Artois, chancellier de la Toison, Louis Chevalier, 
trésorier, Jean Chappron, Guillaume de Croix, cha- 
noines résidens à Saint-Omer, procureur des autres. 

Ils commencent de s'entre communiquer les 
comptes, etc., pour faire un partage égal. 

Mercredi j juin, sept heures du matin. — Paroissent 
les dignilaircs du chapitre, sçavoir : Pierre Darques, 
doyen, Guillaume Siullin, archidiacre de Flandres, 

(I) Voir \f t^\t« in cjcUmo puMi'î [ru M. ÎJi siu, t> ne VI« Je» Métmira de 
la Soc'.Ué Atadimique. 



29 JUIN 1569 317 

Pierre Boulenger, chantre, résidant à Boulogne ; Phî- 
lipes Le Noir, archidiacre d'Artois, Jean Cappron, 
chantre, Charles Flasnon, escolatre, Guillaume de 
Croix, pénitencier, (résidens) à Saint-Omcr. 

Ces dignitaires avec les autres chanoines présens 
commencent la division dont on lit le projet. 

Même jour à Thôtel Saint-Chris tophle. — Les Com- 
missaires font prêter serment à Jacques Dominus et 
NicoUas Fromentel de ne rien déguiser sur les revenus 
de Tévesché. 

Jeudis une heure matin — Discours du sieur Griveau 
sur la nécessité de garder l'égalité. 

Vendredi g juin, — Débats sur la manière de parta- 
ger ; demande du doyen et résident de rou!ogne pour 
avoir le revenu de la moitié de la trente-cinquième 
prébende supprimée. 

Lea 12 et II, — Continuation des débats. 

Le /^. — • Continuation de ses ddbats : proposition 
pour le faire cesser, /°. lo. 

Le 2y, —^ Après d autres débats les députés signent 
un écrit sur le partage. 

20 (Juin). — Discours de Griveau. Réquisition des 
chanpines de Boulogne pour avoir partage des reli- 
quaires et ornements étans en la possession des cha- 
noines de Saint-Omer, plus pour avoir communication 
des baux faits par ces derniers et être payés de ce qui 
leur étoit dû pour leurs prébendes durant l'ouverture 
dés guerres en 155 1 et 1556. 

Renvoyé à se pourvoir par devant les deux rois. (Par" 
titionf" 16.) 

{Partition f" 2().) — Convenu que le revenu du 
doyenné sera partagé par moitié; qu'il y aura deux 
archidiacres de chaque côté et que ceux de France 
payeront 20 florins par an à celuy d'Artois. Au chantre 
de France appartiendront les dîmes d'Hardinghen et 
Hermelinghen en payant à l'autre 13 ïb 10 s. t. 

Partition f* yo. — Les deux trésoriers de France et 
de Flandres jouiront i^ndivisement des rentes et remizes 
féodales jusqu'au parta^ qu'ils feront ensemble et 
chaque chapitre payera à son trésorier 7 ft> i o sols en 
acquittant par luy les charges dont il est tenu par l'an- 
cienne composition. 

Les deux escolatres partageront onze mesures de 
terres affectés à leurs dignités. 



31â l'akn^e boûloitnaise 

Les deux pénitenciers jouiront indivisément de la 
cure de Bierne en Flandres. 

Trente-cinq chanoines et prébendes — dix-sept de 
chaque côté. La trente-cinquième qu'avait feu M. Marc 
des Piacquetz partagée par moitié. 

Les dix-sept chanoines de France : i* Monet au lieu 
d'Antoine Godefroy; 2" Pierre Boulenger (chantre); 
y* Philipe de Senlis ; 4" Philipes Fœullet ; 5* Pierre 
Fourcroy; 6** Guillaume Saultin ; 7** Jean de Haudri- 
court ; 8» Jacques Dominus ; 9* Jehan Domin ; i o® Charles 
Pecquet; 11® Robert Barbier; 12° Jean Gauchie; 
13' François de Hodicq ; 14' Louis Ficquet ; 15'* P. 
Galland; 16° Philipes d'Ochy; 17** Oudart Dubiez. 

/7o yy. -^ Chapelles au nombre de sept en la totale 
disposition de l'évêque : la portion dextre du clocher ; 
d** de Saint-Mathieu ; d° du petit Crucifix ; d** de la 
Magdalaine; Saint-Etienne; Saint-Maur; la senestre 
de la Trinité. • 

Cinq chapelles pour la provision des vicaires : la 
dextre du Lucquet ; d" de Saint-Andrieu ; d® de la 
Blanche Mère de Dieu ; la senestre de Saint-Denis ; 
Saint-Antoine. 

La senestre portion de Saint-Eloi ; Saint-Nicolas et 
Saint-Pierre. 



30 juin 1792. — Les officiers municipaux de Bou- 
logne se justifient auprès de la municipalité de 
Paris d'avoir laissé embarquer le 8 mai, l'ancien 
ministre P. de Montmorin sans avoir vérifié 
son passeport. 

On délivrait beaucoup de passeports alors et nos ar- 
chives conservent près de quarante registres â souches 
de ceux qui ont été signés durant la période révolu- 
tionnaire. Dans le nombre des souches, les yeux exercés 
peuvent reconnaître, sous leurs noms d'emprunt, les 
principaux personnages de Tépoque qui fuyaient par 
notre port les dangers d'arrestation et de mort. Une 
conspiration de la pitié existait certainement en notre 
ville, à l'insu de nos magistrats. Les fugitifs trouvaient 
des témoins de bonne volonté qui attestaient tout ce 



» JUIN 17Ô1 3lÔ 

qu*on exigeait. Les Mémoires de M. Bertrand de Mot- 
teville en font foi. 

Lorsque la suspicion plana sur notre ville, dénoncée 
à maintes reprises comme facilitant Témigration et, 
pour ce fait, frappée des foudres de la Convention, 
(voir Yéphéméride du 28 mars), on organisa un vrai 
service de sauvetage, La tradition désigne encore une 
ferme d*Echinghen appartenant à M. Pocholle, dit de 
MenneviUe, comme le refuge de tous les émigrants 
attendant le moment favorable de prendre la mer. On 
les conduisait la nuit par les riez et les sentiers les plus 
détournes jusqu'à la côte ou des bateaux pêcheurs les 
prenaient. L'emplacement de l'ancien Calvaire du mont 
Saint- Adrien était le rendez-vous ordinaire d'attente 
jusqu'au moment de l'embarquement. 



)) Juin 1781. — « Madame de Bazinghen fut reçue 
franche-maçonne avec les dames d'Oppenoy, 
commissaire* des guerres. » 

On apprend ce détail dans le « Journal du Boulon- 
noîs » tenu de 1779 à 1798, par M. Gabriel-Charles- 
André Abot de Bazinghen, maire de Saint-Martin, de- 
puis juge de paix. Il avait eu soin de noter au mois 
d'avril précédent : « J'eus la faveur et le bonheur d'être 
initié apprenlif et compagnon franc-maçon de la R. loge 
de Saint-Jean de la parfaitte Union (i) du régiment de 
La Mark, infanterie allemande, par V. F.*. Schutler, 
capitaine audit régiment, grand maître et S. A. de la 
loge. Quelques jours après nous reçûmes MM. Belle et 
Loison et enfin mesdames Belle et Loison furent reçues 
dans la loge d'adoption par le G. M. et Milady Col- 
lebrooke grande maîtresse de ladite loge : il y eut un 
superbe banquet. Misse Collebrooke l'ainée et première 
directrice prononça un discours charmant : on se 
retira à deux heures du matin. (Mss de la biblioth. 
de M. Arthur de Rosny.) 

On voit par là que la Iranche-maçonnerie des femmes 
de qualité n'est pas un mythe. 



(h La logo royale do Saint- Jean était famcnsc dans TEuropô. Elle tenait 
ses lettres patentes du roi de Prusse qui en faisait partie avec sa cour, ain&i 
que l'empereur et le roi de Suèdç. 



320 L^ ANNÉE BOULONNAISË 



Errata et Addenda. — Supplément au premier 
semestre de TAnnée Doulonnaïse; 



P. 37. — Verrerie d'Hardinghen. Ajoutez : 

f La verrerie d'Uordinghen, établie par les sieurs de Lan- 
gloia et Desandrouîns, gentilshommes d'Artois, frères, est 
magnifique et produit plus de 50,000 livres de bénéfice par 
an. On en a établi une autre en 1762 sur Béty et éteint celle- 
là en 1783. i (Michel Dubuisson^ Pépinière Universelle, n" 217). 

P. 41. — 24 janvier. Clôture du chœur de la cathédrale. 
Ajoutez : 

c Dans son c Journal du Boulonnoîs >, M. de Bazinghen note 
que la clôture du chœur s'efifectua le lundi 2d janvier, Paprës 
midi, très tranquillement.,, a de sorte qu'aujourd'hui 25, 
mardi, peut-être pour la première fois depuis deux ou trois 
cents ans, les matines ni les autres ofiices n'ont point été 
chantés dans le chœur de la cathédrale. Il faut avouer que 
ces usages n'avaient (abstraction faite du culte et de son 
objet), d'imposant et de respectable que leur antiquité et leur 
fondation et destination premières : effectivement, l'intention 
de la Providence n'est assurément pas qu'un grand nombre 
d'individus se consacrent à la vie contemplative, puisqu'elle 
a donné à tous des bras et des jambes pour en faire usage. » 
(Mss do la Bibliothèque de M. Arthur de Rosny). 

P. 42 et 43. — Au lieu de M. Gonbard, lisez M. Oonhard, 
et ajoutez : 

« Gouburd Pierre, qui fut chapelain de Saint- Jean du li. 
octobre 171 L à 1752, était originaire du diocèse de Tours et 
avait été nommé chapelain de Saint-Eloi le 18 mai 1711, posi- 
tion qu'il n'occupa point. » (Note communiquée par M. Vabbé 
D, Haigneré). 

P. 43. — A propos de l'école d'hydrographie, ajoutez : 

c M. de Chanlaire, commissaire de la marinne h Boulogne, 
eut ordre (octobre 1779) de M. de Sartines, ministre de la 
marinne, de former et établir à Boulogne une école do mate- 
lots toujours en exercice, sur un bâtiment à co destiné, 
recrutés dans le pays ou aux environs et nourris par le Roy ik 
raison de 14 sous par jour. Cette école n'eut point lieu. » 
(Journal de M, A, de Bazinghen, Bibl. de M Arthur de 
JRosny). 

P. 51. — ce Au siècle dernier, on ne sait à quelle date, deux 
calvaires furent placés en vue de la mer.... > 

J'ai retrouvé depuis dans le? pièces dos comptes communaux 
pour 1754-1757, que le calvaire du Mont-Saint- Adrien a été 
édifié en 1750. 



' 



1K8ATA ST ADinUTDA 321 

P« 61. -- 10 I^Trier 179& c Le gfioéttl Bonaparte viatte le 
port de Boulogne. » Ajoute» : 

< On anore -^ dit M. de Basinghen ^ qne le général 
Bonaparte est paasë à Boulogne dans la revue an'il fait de 
tous les ports de la Manche et autres favorables à l'embarque- 
ment pour l'Angleterre, que tout présage jusqu'ici devoir 
s'exécuter. Il y a apparence que, dans cette inspection, le 
général a reconnu que le port de Boulogne, tel qu'il est 
anjourd'liui, n'est pas susceptible d'être d'aucun secours pour 
ce projet, par la difficulté de son entrée et de son abord. Un 
mémoire fait par Coillot fils, oà la possibilité de remédier à 
cette difficulté étoit trës bien développé a, sans doute, beau- 
coup contribué à décider les travaux que ce général a ordon* 
nés. Ils ont été aussitôt entrepris et consistent pour le moment 
à creuser à la Lianne son cours le long des quais en la 
détournant de la partie d'Outreau, à faire de nouvelles por- 
tions de quai à l'appui des anciens, relever ceux-ci et faire de 
nouveaux fascinages où il en sera besoin, affin d'approfondir 
le canal et forcer, par l'eau et la main d'œuvre, le banc de sable 
qui bouche le port entre les deux jetées à s'ouvrir et même à 
disparaître. On attend en ce moment beaucoup d'outils, 
d'hommes et de bois commandés pour exécuter ce projet qui 
doit se réaliser en moins de deux mois de temps. Alors le port 
de Boulogne recevra les constructions du Havre, Dieppe, 
Dunkerque, etc., etc., ordonnées pour l'embarquement et 
même de petites frégattes. Ainsi ce que jamais les commer- 
çants, la Ville ni le Département n'auroient exécuté se trouvera 
fait en peu de temps. Puisse le tout réussir et la Paix rendre 
bien précieux à ce pays ce qui ne s'exécute en ce moment que 
pour térasser notre ennemi !!! » c Journal du Boulonnois, t 
(Mss de la BibL de M. Arthur de Rosny). 

Il y avait lieu de s'arrêter sur cette transformation du port 
de laquelle date l'ëre de prospérité commerciale de Boulogne. 
Sur son état défectueux, voir dans les CuriosiUs de l'histoire 
du Pays Boulonnais, p. 155, le mémoire de M. Vergues, ingé- 
nieur, présenté au conseil de la ville le 2 mars 1792. C'est le 
meilleur document qui existe sur la question. 

P. 91 . — c C'est le fameux baron Bucaille qui ne s'appelait 
point Bucaille et ne fut jamais baron. > Ajoviez : 

Mais il était, je l'ai dit» chevalier de VEmpire par lettres 
patentes vérifias à la cour de Douai : C'était le titre que le 
populaire a transformé en baronnie. Les ehevaliera faisaient 
partie des dignitaires que Napoléon créa pour se former 
une cour à Tinstar des souverains de l'Ancien régime. 

P. 96. r* < La situation... sous le rapport des cultes... est 
trës satisfaisante... -» Ajoutez : 

Il n'en était pas de même peu de temps auparavant et M. de 
Bazinghen notait qu'en 1796 les émigrés rentraient un peu 
partout ainsi qne les prêtres, c Partout on redit des messes. 

21 



I 



i 



322 L'aNN^B BOULOMKAI8X 

Oértes ce ne aeroit pas nn mal si elles ne provoq^uoieni pas à 
des rassemblements nocturnes qne la loi prohibe et si les 
auteurs et provocateurs de ces réunions ne prôchoient pas en 
mâme temps la vengeance et la contre-révolution:.. > 

En 1797, le culte catholique s'exerçait de côte et d'autre par 
des prêtres c victimes de la loi injuste de la déportation.... » 

En décembre 1797 : — c Boulogne qui ne s'étoit ressenti des 
suites de la journée du 18 fructidor que par la destitution de 
M. Grandsire du Conseil des Anciens, étOit en ce moment 
inquiété par les assignations données aux personnes qui 
avoient fait dire la messe chez elles, abusées par le rappel 
momentané des prêtres insermentés. Il est à craindre qu'elles 
ne soient condamnées à l'amende de mille francs et peut-être à 
plus forte peine si les principes de justice ne prévaloient point. 
Dans le vrai ou a abusé, on s'est trop pressé, on a manqué de 
prudence, de prévoyance, de charité et surtout de tolérance... 
Le fanatisme ne calcule pas et ne doute de rien, c Journal 
du Boulonnois, » (Mes de la Bibl. de M. Arthur de Kosny). 

P. 99. — > Kétablissement du syndicat du pays. » Ajoutez : 

€ Le Boulonois... bien différent des Pays d'Etats, n'est 
qu'un pays de franchises. Il n'y a point de réglemente pour 
les assemblées. Elles ne se font qu'à l'extraordinaire, dans les 
cas de nécessité oil les intérêts du Pays ou bien la conser- 
vation de ses franchises l'exigent et elles ne peuvent se 
convoquer qu'aprës en avoir pris la permission du gouverneur 
suivant une ordonnance du Roy, du 3 mars 1626... mais ces 
assemblées n'ont d'autres règles que celles que l'usage on les 
convenances y ont pu introduire sans avoir rien de lize.... ne 
sont proprement que des conférences entre des associez que 
des intérêts communs réunissent, lesquelles ne peuvent don- 
ner lieu à aucun acte de jnrisdictiou ni être assujeties par 
aucun règlement à des formes judiciaires qui rendent l'inter- 
vention des officiers de la sénéchaussée nécessaire pour en 
légitimer les délibérations. . . Les officiers de la sénéchaussée 
n'ont jamais fait assez d'attention à la différence essentielle 
qui se trouve entre les assemblées générales (pour pourvoir au 
fait de la police des villes) et les assemblées générales des 

Ordres du Pays pour les intérêts communs Leur 

prétention de présider aux assemblées générales du Pays, 
manifestée des 1661, a été abandonnée dans les assemblées 
subséquentes... Les officiers de justice ne sçauroient prétendre 
ce droit (de les présider et diriger) par une attribution tacite, 
étant considérez comme faisant une classe et un corps à part 
qui n'a rien de commun avec les trois ordres, n'étant spéciale- 
ment attachez à aucun d'eux et pouvant être également de 
l'un des trois.... Depuis la réunion des officiers municipaux 
au corps de la ville, il ne peut plus rester aux offices de la 
sénéchaussée aucun prétexte pour prétendre à la prérogative 
do présider aux assemblées extraordinaires du Tiers-Etat... 



EARATA ET ADDENDA 323 

c Dans plus de quarante actes d'assemblées qui sont inscrits 
dans les registres de la sén^haussëe et de la ville, il ne s'en 
trouve pas trois qui se concordent en même temps pour le 
lieu où elles ont été tenues et pour la maniëre dont elles ont 
ëté convoquées, composées et dirigées et par conséquent pour 
la formule des actes.... 

< Ce qui résulte de plus constant de tous les actes, c'est 
que ces différontes assemblées ont éfcé toutes tenues dans 
1 hôtel commun qui est proprement Locus majorum. La tenta- 
tive faite dans rassemblée du 31 novembre 1710 pour ériger 
les officiers de la seneschaussée en présidons des trois ordres, 
en les incorporant avec M, le seneschal, a produit la séparation 
des trois ordres qui s'étoient jusques là réunis dans leurs 
délibérations .... Le corps de la noblesse depuis ce' temps a 
tenu ses assemblées en différens lieux. M5f . les officiers de la 
seneschaussée se sont donc rostraints à faire valoir leurs pré- 
tensions pour la présidence aux assemblées du Tiers-Etat. Ces 
assemblées continuèrent d'abord d'être tenues comme elles 
Tavoient toujours été, en l'hôtel commun, et les officiers de la 
seneschaussée n'y sont repris en tête que comme assistans 
ainsy que les maire et esche vins et les autres membres sans 
qu'il soit fait aucune mention de présidence. 

c Les mayeur et eschevins aïans cessez de vouloir recon- 
noitre le droit de présider aux assemblées du Tiers-Etat, 
prétendu (en 1721, 1723 et 1724) par les officiers de la senes- 
chaussée, ces officiers ont aussy cessez d'y comparoitre comme 
ils faîsoient cy devant et toutes les assemblées postérieures 
ont été convoquées par les mayeur et eachevins et tenues 
dans l'hôtel commun.... 

c Le mayeur... ne peut apporter dans les assemblées de 
toutes les communautez du pays des prérogatives (pour prési- 
der) qui ne luy sont déférées que pour les assemblées de 
ville... On peut établir pour principe que l'assemblée du Tiers- 
Etat est essentiellement composée de toutes' les communautez 
du pays sur lesquelles on ne peut contester la primoté à 
la ville capitale, et que ces assemblées se réduisent à de 
simples conférences oh. il ne faut qu'un simple bureau où tous 
les membres peuvent concourir pour en régler les résultats et 
exigent d'autant moins de siège de président que personne 
ne peut se présenter avec un titre pour le remplir. 

c Quant à la convocation, les mayeur et eschevins paroissent 
naturellement devoir être les promoteurs de ces assemblées... 
Cependant lorsqu'il y a un syndicat subsistant,, il semble que 
la convocation conviendroit mieux aux syndics qui sont 
encore plus spécialement et plus authentiquement chargez 
d'agir pour le maintien des fonctions du pays, tenant leurs 
pouvoirs du Tiers-Etat en général.... 

(Lettre de M. * à MM, ♦** sur les assemblées du Tiers-Etat 
daihs le Bouiotwis, A&ch. comm., n** 962.] et sxtppl, C, n^ 331. 



324 L^ANNlàB BOULONVAISE 

P. 106. — Voir premier errata. 

P. 130. — c La maison forte fut réparée en 1766.» Ajoutez : 

< La maison de force, prison ou espëoe de dépôt où l'indi- 
gence et le crime sont également, punis, fut supprimée en 
aoust 1785 et les prisonniers transférés à Amiens. » (Michel 
Dubuîsson, F^inièi-e unhet^selley n^ 104.) 

P. 142. — Efcole centrale. Ajoutez : 

t Enfin nous aurons les écoles centrales du département ïk 
Boulojrne. Elles s*y organisent en ce moment. On répare le 
grand Séminaire pour les y installer. Le jury qui doit nommer 
les professeurs (neuf et un bibliothécaire) est désigné par le 
Département. Ce sont les citoyens Vaillant, ex-législateur 
demeurant à Ârras, RoseàSaint-Omer, Saint- Amour d'Ardres, 
Mutinot d'Hostove à Boulogne et Gros, përe. Lescommence- 
mens seront peu brillans ; mais a?ec le temps et la paix cette 
institution prospérera. » « Journal du Boulonnois, » (Mss de 
la Bibl. de M. Arthur de Rosny ». 

P. 145. — « Puis ce fut le Martyrologe des fondations de 
Véglise cathédrale. » 

On m'a signalé qu'Antoine Le Boy n'a pas rédigé le marty- 
rologe imprimé chez P. Battut en 1694 et que, dans l'appro- 
bation épiscopale, la rédaction en est exclusivement attribuée 
à André Scotté. 

Mon erreur provient de ce que je m'en suis rapporté à l'acte 
capitulaire du 24 juillet 1671 où il est dit : < M. le doyen et 
M. Morel sont priés de travailler avec M. Le Boy à faire un 
tnartirologe des obitset messes de fondations, » Antoine Scotté 
m'a également trompé : il dit : c Anthoine Le Boy. . • a ausay 
composé en latin et [faict] imprimer sur parchemin le marti' 
rologe de la cathédralle ou tous les fondateurs et fondations 
sont en ordre et en leurs rangs; c'est ce qui se voit en la 
sacristie des chanoines ...» 

P. 150. — • f Le vendredy xxiii» mars. M-V-0 lix. . . . » 

Dans l'original, lés lettres M. V. 0. forment un sigle que les 
caractères d'imprimerie ne peuvent reproduire et qu'il aurait 
fallu traduire XVI. 

P. 154. — Inscription Monument de douleur, etc. 

Le marbre subsiste. Il est encastré dans l'escalier du Musée. 

P. 158, 13* WgïïQ, — » Apres M. de Blaconrt, effacez pas- 
teur et ajoutez à la fin de Valinéa : Les terres pour lesquelles 
la fabrique de Leubringhen recevait des rentes paraissent être 
les mêmes que celles données à Tabbaye de Licques. 

P. 159. — > Il remplaçait M. Joseph Guenolet, etc. », recti- 
fiez Guenolê, 

P. 161. 2« alinéa. — A M. d^Aligre et non d'Alëgre. 

P. 165. — Lisez Claude Dormy et non Darmy. Dulaure, in- 
voqué, même page, est une pauvre autorité et j'aurai du 
renvoyer à Lestoile en son Jounml de règne de Henri IV 
(juin 1604, t. m, p. 226). C'est l'auteur du racontar. 



B&EAXi. ST ADDENDA 325 

P. 169. <— L'ëvêque Porion ne m'a pas porte bonheur. Les 
errears abondent dans la note. D'abord fausse date d'appel : 
M Porion ne fut sacré à Paris que le 10 avril 1791. Il entra 
à Arras le 13 et il fut installé à Saint-Omer le 16. Dès le 
10 avrilj jour où Talleyrand le sacrait à Paris, il ne pouvait 
donc faire son entrée à Boulogne oh il arriva seulement le 
6 MAI. (Voir Dict hist. du Pas-^e-CalaU, art. Bouloonb, par 
l'abbé D. Haigneré, t. I^ p. 350, que j'ai consulté trop tardi- 
vement) 

Même page. — Note : au lieu de Mgr René- Joseph, lisez 
Jean-Benê, 

P. 195. -^ « L'acte ci-dessous dit tout ce qu'il y a dire > ; 
ajoutez : ee gu^il yaik dire. 

P. 199. — 26 avril 1799 2 floréal an VII. corrigez 1 floréal. 

P. 201. — Au lieu de : le prédécesseur de ce pi^t, corrigez 
It WLceesstur, 

P. 208. — c Création de billets de confiance, i 

Au mois de septembre 1791, cette création avait été re- 
poussée. Le 30 septembre, nous apprend M. de Bazinghen, 
c les tonneliers encore animés des vapeurs de la veille, leur 
fête, se rendirent en foule à la Société {des Amis de la Consti- 
tution) dont les séances étoient publiques depuis trois mois. 
L'ordre du jour étoit l'établissement de hilUts de confiance 
pour l'échange des assignats, tels qu'il en existoit dans toutes 
les villes voisinnes. Les tonneliers monifestoient depuis long- 
temps leur aversion pour ces sortes de billets et des qu'ils 
ouïrent qu'il alloit en être question, ils firent les huées et les 
clameurs les plus indécentes. En vain, le président leur 
protcsta-t-il qu'il n'en seroit plus parlé ; en vain, M. de La 
Jonkaire (le roux), celui qui les avoit proposés, demanda>t-il 
que tout ce qui en existoit fut brûlé ; ils contin aèrent, excités 
par le vin et la faiblesse du maintien de la société, à se 
répandre en hurlemens et imprécations. Enfin on leva la 
séance et nous nous en allâmes chacun chez nous, bien résolu, 
quant à moi toujours, de no pins remettre les pieds dans un 
lieu où l'on avoit si insolemment blasphémé contre les inten- 
tions les plus pures... > c Journal du J^oulonnois », (Mss de la 
Bibl. de M. Arthur de Rosny.) 

P. 208. — Voir le second en^ata, 

P. 219. — Walter et Gérard de Sottogliem, lisez de SottE' 
ghem. ^- Thierri de Beveren (Beveri ?) Effacez Beveri. 

Tliierri de Beveren, ch&telain de Dixmude, est témoin dans 
des chartes en 1210, 1224, 1226, 1234. Il fut, en 1234, Tun 
dos chefs de l'armée envoyée par Jeanne, comtesse de Flandre, 
contre les hérétiques stadingeois. {Généal. des chdteîain% de la 
famille de Dixmude, Mss inédit, Bibl. de M. Arthur de Rosny). 
P. 220 et 225. — Les indications Arch, comm, H et G sont 
fautives en oe sens que les fonds que ces lettres représentent 
appartiennent aux archives départementales. La çot<^ soiQ- 



326 l'ann^b boulonkaisb 

maire doit donc être rectifiée. Liasse n**... du fonds départe- 
meniÂl conservé aux archives communales. Même observation 
si l'erreur se renouvelait 

P. 222. — c Aléame Morin. » 

J'ai trouvé, depuis l'impression de la page, c feu Antoine 
Morin en son vivant époux de Jeanne Pérard, » cité, le 
19 janvier 1551, dans le Registre de Saint-Nicolas, La, tradition 
désigne l'auteur de la chroniqtie rimée da siège comme étant 
un prêtre : ce n'est donc pas notre feu Antoine Morin : mais 
comme elle a maintenu aussi le prénom Antoine et non 
Aléamc, on reste perplexe pour la véritable attribution. Michel 
Dubuisson, dans sa Pépinière UniverseUe , assure qu'on a 
gâté le stvlo du rimeur en patoisant ce qu'il a dû écrire en bon 
français du temps : ce prêtre, dit-il, avait certainement de la 
littérature comme on le remarque par le tour de ses phrases 
simples et naturelles. > 

P. 228. note 1, 3« ligne. — F. de Meluu, comte d'Epinay^ 
corrigez d'EpiNOY. 

P. 231. — Couvent des Annonciades. 

Les anachronismes de Scotté n'ont pas été suffisamment 
rectifiés dans les notes. Voir le Dict. hist. du Pas-de-Calais, 
arrondissement de Boulogne, par l'abbé D. Haigneré, t. I, 
p. 286 et suiv. où la transformation des Franciscaines en 
Annonciades est attribuée à Victor Bouthillier, et non h 
Perrochel qui ne fut évêque que dix ans après Vtdi, 

P. 232. — Fontaines de la ville, ajotitez : 

M. de Bazinghen admirait moins que Dabuîs3on Tescalier 
du rempart au bout de la rue du Puits-d' Amour, c Ou répon- 
doit aux différents critiques, dit-il, que l'intention avoit été 
de former un bloc ou massif. En ce cas, on a réussi ; mais la 
partie extérieure du côté du rempart n'offre rien de satisfaisant 
à la vue, et la soliditi seuUe et commodité de la chose semblent 
dédoraager de l'agrément; mais il paroit qu'on pou voit l'y 
réunir. » 

En juin 1782 « la fontaine rue delà Porte-Neuve (rue de 
Lille) et le cliâteau d*eau y attenant fut achevé : le projet était 
d*en construire un pareil, pour fournir de l'eau à la basse-ville, 
à l'hôtel do ville : il fut aussi commencé. > 

C'est seulement en 1787, d'après le journal de M. de Bazin- 
ghen qu'on se préoccupa de procurer de l'eau à la Beurriëre. 
c On a pratiqué un chemin prennant au-dessus de la rue du 
Calvaire et à pousser jusqu'à Hoddes (Odre), dans lequel on 
a pratiqué des réservoirs. » (Mss de la bibl. de M. de Kosny.) 

P. 236. — « L'élection djs curés avait été précédée de celle 
de l'évêque Porion le 28 mars 1791. » Corrigez : 29 mars, 

La proclamation en fut faite le 30 par le célèbre Carnot. 
Corrigez : par le frère du célèbre Carnot . 

P. 2>0. — Avant- dernière ligne {E, AriacJi), corrigez • (Et 

AfllSCH). 



BRRATA BT ADDKNOA 327 

P. 195. — Sur la reprise de poiseflsion de Boulogne, 
ajoutez : 

Henry VIII n'y aurait pas volontiers consenti et voici à cet 
ëgard le fragment d'une lettre du 8 avril 1545 assez curieuse 
et que nous donnons dans son texte même : 

And touching BuUoyn, His Majesté, being now, by tbe 
goodnes of God, to his great charges, the Lord of it, myndeth 
noty nor (haviug doon as ail the world knoweth He faath doon 
there) may not with his honour leave the same. And to 
thintent ye shall not thinke the keping of Bulloyn so straunge 
a thing, it is not the first hold that the King our master hath 
won and holden from Fraunce : ye may remeraber him, that 
in the first warres, which the King our master made with 
them, He did take bothe Tumey and Turwyn ; thone His 
Majesté did kepe, thother He did utterly destroy and niynate, 
of which nother was dely vered agayn by pact at the conclusion 
of making of the peax betwene them. Wherfore they nede 
not to stick so moche for the redely very of this, for ye mnst 
consider that our master hath more cause to deteyn this then 
any of the rest. And, sens His Highnes did not depaite at 
that tyme with any of them then, He thinketh this shuld 
moche lesse be demaunded now. The Kinges Majesté our 
master may moche better chalenge thole Crown of Fraunce, 
besides suudry other matters of titles, of pensions, and such 
other thinges depending betwene them ; wherupon yf His 
Majesté shuld stand so percysely as they hâve and do stick 
to the request of Bulloyn, how long shuld it be, or thies 
2 Princes might be brought to a peifect amitié and aasured 
frendship ? And yet, as His Majesté is in the possession of 
Bulloyn by just tille of conques t, so was his progenitours, not 
by conquest, but by a colorable pretence only, defeated of 
their right inheritaunce by a bare pragmatike made amonges 
themseSes there. Yf they will comme on frankly and roundly, 
ail thies thinges may be so considered, as they shall not only 
gîve a good cause of satisfaction presently, but aiso take away 
ail occasions of nue quarelles, and restore agayn thold amitié, 
and encrease and strength the same, in suche sort as, by the 
grâce of Qod, it may endure for ever, to the great benefite of 
bothe the Ilealmes. To the furtheraunce wherof wo, the said 
Chauncellour and Great Master, will put unto our handes, 
to the best of our powers. The way to joyne thies 2 Princes 
wer, in our opinion, to seeke wayes to clere the titles, and 
parte of the pensions, to devise for honorable recompense for 
the same, tliarrerages to be payed out of hand as they wer 
offred at Bulloyn, to take away also ail other bogges, that in 
any wise might be occasion of rupture of thamitie betwene 
them herafter, and to make thamitie after suche sorte as, ail 
occasions being taken away, it may be perdiuable betwixt 
Them and their Reaimes for ever. Mary we do consider that s 



328 VXWÛK BOULONirAnB 

the irorld hath now of late yeres byn f ail of praciises, and 
thinges siimtyme hâve byn proponed to get intelliffence, and 
to sttcke oui knowlege of matcnra, rather to make the private 
bargnyn of the practiser elleswhere, then for the conduding 
bona fide that way, where the fi rat overture hath byn made. 
Ând therfore, lyke as of thone side ther neither wanteth in 
lis, nor shall want, any good will to helpe towardes the renew- 
ing of this amitié ; so, yf it shall lyke them to move the 
King their master to entre communication and treatie upon 
the prémisses (leaving BuUoyn aperte) as is aforsaid, and for 
that purpose to send one or more Gommissioners snffidently 
instructed hither (yf ye can possibly so persuade), or ehi 
thither to BuUoyn, we will in that case move the Kinges 
Majesté to appoinct one or more others without delay to mete 
and treàte with him or them so instructed ; as, yf ther shall 
not be to moche nnreasonablenes of their side, we doubt not 
suche a perfect f rendâhip shall indelayedly ensue, as shàlbe 
to thonour of God, and the great benefite of bothe the 
Realmes for ever. Thés may be good meanes to oompound 
ail thinges, and bring every mater to an honorable and quiet 
stay agayn, yf the thing be ment bona fide, and an eamest 
frendly désire from the heart to knit the knot of perfit love 
betwene our masters ones agayn ; which we know was so 
printed in the hart of our master, as is not yet nor can be 
forgotten, and had in no poinct ben touched by His Majesté, 
had not thoccasions to the contrary ben to great. 



>k ^ 



■ 



jptJfiLiiiiiÉsTr 



1"^ juillet 1725. — Jeûne et procession générale 
dans tout le diocèse pour appaiser Tiré dû Sef* 
gneuri M. Henriâu (évêque) porte le Sâiht- 
Sacrèment, pieds nus, autour de la cathédrale, 
n^ayant pu faire le tour de la ville à' cause dé la 
pluye. Il y eut trois jours de prières à cause 
des intempéries. (Mss. de Scotté^ p. 373.) 



I'' juillet 1822. — Rapport est présenté au cori- 
seil municipal de la^commune'd'OùtreaU pai" la 
commission^ nommée par lui dans sa séance du 
24 juin; sur la demande d'annexion de Capé-> 
cure, faite par la commune de Boulogne; 

La- première demande déjà ville de Boulogne po.ur 

la réunion du hameau de Capécure,^ à son territoire, 

date duo floréal an XH (29 avril 1804) et elle n*aabOud 

qu'en 1035. 

22 






330 l'ankée boulonkaise 

Cette annexion rencontra une opposition passionnée 
dont on ne peut se faire une idée actuellement. 

M. de Chanlaire, un Paul-Louis Courier de second 
ordre, publia sur ce sujet divers pamphlets plus piquants 
d'expressions que sérieux de pensée. Ainsi, il tentait de 
prouvier que la réunion ne serait pas à 1 avantagre de 
Capécure, ni à Tavantage de Boulogne. 

Il disait: c Qu'était Capécure à l'époque de 1815? 
Un terrein inculte sur lequel on voyait quelques ma- 
sures éparses de loin en loin. La position de ce hameau, 
dans le voisinage d une ville florissante, devait naturel- 
rellement changer du moment où une paix durable 
permettrait de se livrer à des constructions devenues 
nécessaires par la présence des étrangers : c'est ce qui 
arriva effectivement. 

« La modicité du prix des terreins propres à la cons- 
truction, la proximité du port et de la ville, la franchise 
des droits d'entrée ont attiré l'attention des personnes 
qui avaient des fonds disponibles, et, en très peu de 
tems, on vit s'élever une foule de bâtimens de toutes 
dimensions, des établissemens de commerce, des mai- 
sons élégantes et des habitations destinées tant à la 
moyenne qu'à la basse classe de la société. Dans l'es- 
pace de quelques années, le terrein inculte de Capécure 
fut métamorphosé en un village qui doit d'autant plus 
s'agrandir encore qu'il reste des intervalles immenses 
entre les massifs d'habitations qui se sont élevés. Cet 
accroissement considérable, on le doit aux prérogatives 
dont jouissait et dont jouit encore Capécure, et loin de 
songer à le réunir à Boulogne, on devrait au contraire 
penser à en faire une commune séparée et distincte. 
Ce serait peut-être le seul moyen de renouveler l'élan 
qui lui a été si favorable. » 

M. de Chanlaire ajoutait que la limite naturelle 
de Boulogne était la Liane ; qu'il serait ridicule de 
vouloir dépasser une ligne de démarcation tout à 
l'avantage de cette ville et favorable pour empêcher la 
fraude : Comment l'empêcher lorsque ce côté de la ville 
serait ouvert de toutes parts ? 11 s'apitoyait sur les 
embarras financiers que Boulogne allait se créer' pour 
fournir les fontaines, le pavage des rues, l'éclairage 
public et autres dépenses premières, indispensables 
dans un nouveau quartier annexé. 

Il n'était pas le seul de son opinion. Les principaux 



1er juiLLBT 1822 331 

propriétaires de Capécure, MM. Moleux, Muguet, 
Dobocy Lecerf, repoussaient . l'annexion au nom des 
intérêts du commerce et de Tagriculture. 

L'opposition de la commune d'Outreau était plus 
vive encore. Les esprits s'y étaient assez envenimés 
pour porter la municipalité, en 1824, à l'un de ces 
actes presque brutaux d'autorité, qu'aucune excuse ne 
saurait justifier. Ainsi, le' 25 septembre 1824, le maire 
d'Outreau prit un arrêté portant que les marchandises 
et les bois, déposés sur les quais de l'ouest, de- 
vraient disparaître dans les trois jours de sa publi- 
cation. Approuvé par le préfet le 13 octobre suivant, 
cet arrêté reçut un commencement d'exécution, inter- 
rompue par les vives réclamations de tout le commerce 
et par l'intervention du sous-préfet qui prit sur lui d'en 
suspendre l'effet. 

Les deux communes se trouvaient à cette époque 
dans un état flagrant d'hostilité. 

Vers 1833, les idées des habitants de Capécure se 
modifièrent lorsqu'ils s'aperçurent qu'ils Itaient les 
dupes d'Outreau, qui n'employait les revenus tirés de 
son hameau qu'à l'amélioration de ses propres établis- 
sements, église, presbytère, école, trop éloignés pour 
être utiles à la population de Capécure; et à l'entretien 
de ses chemins, sans égard pour l'état de délabrement 
de ceux de la rive gauche de la Liane. 

Dès lors, leur parti fut bientôt pris. En gens sensés, 
dit V Annotateur du 25 juillet 1833 que nous suivons ici, 
ils comprirent que 1 expérience était bonne à quelque 
chose, qu'il n'y avait jamais ni sottise, ni honte à 
profiter de ses leçons; et, revenant de la manière la 
plus complète sur leur opinion, ils formulèrent des 
vœux favorables à la réunion, avec quelques restrictions 
sur l'élévation des droits d'octroi et sur l'affectation 
exclusive, pendant un certain nombre d'années, des 
revenus de Capécure aux améliorations dont ce hameau 
était susceptible. 

Le Porte], qui songeait déjà à se séparer d'Outreau, 
se prononça presque en entier pour la réunion de 
Capécure à Boulogne. 

Le conseil d'arrondissement émit un avis favorable (i) 



(1) Voici le vœa du conseil d'arrondissement : 

f Le conseil, considérant que la ville de Boulogne possède déjà» en vertu 



332 L'ANXia. VNOftoiauttB 

et. Tautûrité &upérieur£ ne tarda, pas à. se prononcer 
dans le même. sens. En 1835, la l'^union fut décidée et 
Capécure ni Boulogne n ont eu à s'en plaindre^ 



2 juillet f 835. — eç Je parUrai très prochainement 
pQor Boulogn^^suir^mer, »: (Correspoiidance dé 
Henri Heine.) 



En tête de l'édition française des œuvres de. Henri 
Heine est un portrait d'un charme étrangement doulou^- 
reux ott se retrouve dans toute sa finesse, orientale Je 
type de la race juive dont est sorti TAristophane allo^ 
mand, le poète satirique et lyrique par excellence, non-* 
semblable à aucun des écrivains modernes* 

J*ai, àmaiptes reprises /parlé de ce prussien libéré (i), 
comme Henri Heine s appelait : c'est qu'il est parmi les 



du déçc^t dtt 81 décembre 1809, la rive oacst de la Liane qui oomprand Ica 
abords de Capécarç, que les Sntôr^ts cotmuerciaux et particuuers des 
habitans de Capécure tont les mêmes que ceux des babitans de BoUlog&e et 
qu'ils n'ont aucune connexité avec ceux: d'Outieau, Capécure étant entière- 
ment industriel et commerçant comme Boulogne, et Outreau étant en- 
tièrement afn^cole ; que les nrincipaux habitans do Capécure eux-mêmes 
ré(^>lament la réunion et qu'elle est aussi sollicitée par un grand nombre 
d'babitans du Portel, autre hameau de la commune d*Ou(^eau qui forme à . 
lui seul près des deux tiers de cette commune ; qu'ainsi (ouâ les intérêts se 
réunissent en faveur du projet; 

c Adoptant du reste les considérations développées dans les délibérations 
du conseil municipal de Boulogne, mais ayant énird aux restrictions , com- 
prises dans les dires des principaux habitans de Capéouré lors de llnlorma- 
tion (l^Jt) émet, à VunanimiU, le vœu que le hameau de Capécure. commune 
d'Outreau, soit réuni à la ville de Boulogne, on suivant les limites tracéèis 
dans le plan annexé au plan de ladite ville ; 

€ Que cette réunion n'ait lieu qu*à la condition que l'octroi, aujourd'hui 
établi à Capécure, ne puisse, pendant dix ans, â datar du Jour de laréunion,. 
être augmenté sur la seule demande du conseil .municipal de Boulogne, et 
que le produit dé cet octroi soit appliqué exclusivement* aux besoins de 
i^Mcate^iSeêtioAdtJvUktl^Si.) 

ces conditions ont été remplies. Les budgets communaux durant dix 
années eurent un chapitre spécial pour Capécure. Une commission iormé« 
des principaux habitants, et dont M* Huguet père fut l'organe, dirigea 
l'emploi des dépenses réservées. 

(1) tleiiri Heiïke, prussien de naissance, se glorifiait de s'être libèri duprut- . 
aianitme. C'est lui qui a dit : t les Prussiens sont toujours le même4>eup]è 
do pédants; c'est toujours le m^e angle droit k cbaque mouvement,. et, 
sur le visage, la même suffisance f^éér %t stéréotypée, lis se promènent 
toujours aussi raides, aussi iniindés, aussi étriqués qu'autrefois, et droits 
comme un I : on dirait qu'ils ont avalé le bâton de caporal dont on les 
rossait jadis. » C'est à la suite- de oo Jugement qu'il reçnt U lettre anonyme 
dont il est question plus loin. 



fi JUiiLBT 1835 383 

auteurs préférés, parmi ceux qu'on peut relire sans 
cesse sans se lasser. 

Il aima Boulogne et y séjourna durant plusreurs sai- 
sons. La Gà^eÙe de Leipzig, du 12 novembre 1833, 
contient le récit d*unie m^nstincatibn dont il fut Tobiet. 
Une lettre anonyme lui avait été adressée en notre ville, 
annonçant que plusieurs officiers prussiens s'étaient 
mis en route pour lui brûler la (Cervelle. VoXilait-on in- 
timider sa veWc? Il prit îpfcur, il invoqua, dit-on, la 
protection de M. Gisquet, préfet de police, et du chargé 
d'affaires de Prusse. 

En 1835, il faisait adresser ses lettres : « AM. Henri 
Heine, aux soins de M. Mangin, à Boulogne-sur-mer. * 
Dès le 2 juillet, il avait annoncé son séjour en notre ville 
dans une lettre à M. J. Campe, son éditeur, tje par- 
tirai très prochainement pour Boulogne-sur-mer : vous 
savez que cette charmante petite ville est ma meilleure 
CHAMBRE DE TRAVAIL. Il faut que fv écrive quelque chose 
(f exquis et de bien venu au monde (i). » 

€ Pendant mon séjour, ajoutait-il, je compte écrire 
une vingtaine de fôiîUés dont vous me donnerez mille 
marcs.... » 

II fit à Boulogne son École romantique dont la préface 
souleva un orage en Allemagne. 

« Aujourd'hui (27 septembre) je suis triste et amer, 
je vis au bord de l'Océan, et mes pensées en portent 
toujours la couleur ; aujourd'hui la mer est d'un jaune 
sombre, rayé de noir. » 

Le séjour se prolongea jusqu'en décembre et le 4 de 
ce mois il mandait à son éditeur : < j'ai fait ici de très 
mauvaises affaires, surtout en fait de pêche. Nous 
n'avons pris que peu de poissons cette année dans la 
mer du Nord. » 

Pour tout gibier, il ne pouvait offrir que des cancres, 
mais malgré cela et un rnume € j'écris deux livres à la 
fois. » Il exerçait la littérature en partie double. Bou- 
logne Tinspirait et il y revint en 1836. c Je languis plus 
que jamais après la mer, disait-il le 28 juillet, je vous 
écrirai de Boulogne, où je compte encore me rendre 
cette année. » 



(1) Plusieurs grands écrivains ont également choisi eeiU chambre de brmiail 
et nous entrons dans les mois où noos rencontrerons leur souvenir locaL 



334 L* ANNÉE BOULONVAISB 



3 juillet 1627. — Lettre du roi Louis XIII, pour 
faire registrer un règlement. 



De par le Roy,^ 

Chers et bien amez, nous vous envolons le règlement 
du xxj* du passé que nous avons jugé à propos de faire 
sur les difficultez contenues en icelluy, afin que notre 
volonté sur ce subject ne puisse estre mise en doubte 
à Tadvenir, Et vous mandons et ordonnons très expres- 
sément que vo.us aiez à le faire registrer au greffe de 
vostre hostel de ville et tenir la main qu'il soit exécuté 
punctuellement en ce qu'il dependera de vous, à quoy 
vous ne ferez faulte car tel est nostre plaisir. 

Donné à Paris, le troiziesme jour de juillet 1627, 
signé Louis et plus bas Potier. En la subscription est 
escript : A nos chers et bien amez les maieur et esche- 
vitans de nre ville de Boull., aveca ung cachet de cire 
rouge où sont empraintes les armes du Roy. 

REGLEMENT entre M. le gouverneur d'une part et 
les officiers de justice, habitans de la ville et du 
pays Boullennois. 

Le Roy, ayant cy devant par son règlement du 
iij demarz 1626 (i), déclairé ce quy cstoit de sa volonté 



(i) Voici ce règlement pour lo Boulonnai?, donné par l<>ttro du Roi en date 
du 3 mars 1626. 

Cliers et hien amez, vous verrez par le mémoire cy joinot la résolution que 
nous avonf; prise sur le» plainctcs quy nous ont esté faictos par quelques parii- 
culiers de BouUenois et comme nous voulions que ce que nous avons ordonné 
soit suiuy à ladvenir en nre nlle de Uoullongne et pays de Boullonoif:. c'est 
pourc|uoy nous nauons aultre commandement à vous C:iire par reste lectre 
sinon que vous conformant à nre vollonté, portée par l*^d. mémoire, vous 
apportiez ce quy sera nécessaire de vontre part pour le fiiire observer ainsy 
que nous nous àsseurons que le a' Daumont fera de la sienne ; à quoy vous ne 
fer'.»z faulte, cjir t»*l ost nre l'I.iisir. 

Ûdnné à Paris le iii* jour de mars xvi* vins:t~siv. 
Sifrni: LOUYS, 

Stpluibat: POTTIER. 

Le Roy vouUant pourvoir sur la plaincte faicte à Sa Mat< par quelques 
particuliers du pays BouUenois, après anoir ou y sur les reqtes par eux 
pntéés par le s' Daumont, f^ouverneur de Boull. et lesd. particuliers. Sa 
Slitjesté a ordonné ce quy ensniot : 

Que le sr Daumont jouira du chaufF.iAe que le roy a accordé tou&jours aux 



3 JUILLET 1627 335 

sur plusieurs difficultez quy se presentoient lors entre 
le sieur Daumont, capitaine et gouverneur de ses ville 
et chasteau de BouU. et pais ^ de Bou^l. et aucuns offi- 
ciers de la justice et habitans de lad. ville et dud. païs, 
afin de maintenir la paix et bonne intelligence qui doib- 
vent estre entre eulx pour le bien de son service et repos 
de ses subjectz; et, voulant encor faire le semblable sur 
de nouvelles difficultez qui se présentent maintenant, 
tant en explication dud. règlement que pour plu- 
sieurs aultres choses quy regardent le repos de la dicte 
ville et du païs, pour ne les laisser en doubte de ce quilz 
auront à faire à ladvenîr ; 



gouverneurs ; que la delUvrance luy en sera faicte par les officiers des Kaues 
et forestz comme il est accoustumé, et les paroisses dud. gouvernement 
oblicées de le charier en la ville de BouU. au logis dud. gouverneur présent 
ou ansent ; et, sy ledict gouverneur veult vendre Icsd. bois de chauflogc auant 
le transport, en ce cas lesd. paroisses seront deschargées de la voiture et des 
fraiz et ne pourront y estre contrainctz pour quelque aultre occasion que oe 
soit. 

Seront aussy tenues lesd. paroisses voisines de la ville de BouU. de charier 
et voiinrer annuellement le Ibing que led. s' gouverneur rooeulle pour sa 

Srovision;et, en ce cas qull se vende sur lo pré, ilz seront pareillement 
eschargoz desd. voitures. 

Le sr Daumont pourra prendre les pailles quy luy seront données de gié 
à gré et non aultrement. 

Le sr Daumont ayant déclaré nauoir Jamais levé aucun droict d'avoyne et 
qu'il ne le veult ny prétend aucunement lever. Sa Maté faictdeffenses à touttes 

Krsonne?, de quelque qualité et conditions quils soient, de prendre ny lever 
). droict dans les tendue du gouvernemenr, 90ubz quelque prétexte que oe 
soit. 

Les courvées des villages et çaroisses sont deubes pour les réparations des 
murailles et rampartz oe la ville et citadelle de BoulL, quant la nécessité 
le requiert, et, néantmoing?, les gouverneurs nen abuseront pas et, en cas de 
bcsoinp, avant s*en servir en donneront advis au Roy, sy ce nestoit que la 
nécessité fut 57 urgente que, pour éviter ung péril éminent, ils fussent obligez 
d'en user promptement 

Scr.i faict règlement par le gouverneur en la maison de ville* les officiers 
du Roy appelles, pour le rang des batteaux de passage ; et y sera arresté le 
prix dud. passage, sans que aucun s'en puisse prévalloir ny on tirer profflct 
au préjudice de la liberté commune et du commerce, sauf au M< de la poste 
à pourvoir au passage des couriers et pacquetz du Roy seulleteent, attendu 
qu'il en est responsable. 

Dcffciises sont faictes, aux soldats do la garnison et à touttes personnes, 
exiger des marchands on m«* de navires aucuns droictz pour lentrée ou sortye 
des vaisseaux, à peine do punition exemplaire. 

Dcffenses à touttes personnes^ de quelque quallité et condition quilz soient, 
de faire aucune assemblée publicqne dans la ville on châteaux dud. gouver- 
nement, sans le commanacmont du Roy ou permission du gouverneur, à 
peine destro déclarez perturbateurs du repos publicq, sauf aux particuliers, 
en cas d'oppression, de faire leurs plaintes au gouverneur et, en cas de deny de 
justice, aux officiers aux choses quy regar<lent la fonction de leurs charges, 
et an Roy sy la justice ne leur est promptement rendue. 

En joignons aux gouverneurs de nos prouinccs ou villes de faire deflenses 
aux soldatz de leurs garnisons de procedder par exécution allencontre des 
paisans et aultres pour raison des cnoses cy dessus, voulant aue lesd. exécn* 
tions se facent par les onionnances des juges ordiAJiresotiM** des Eaues et 
forestz. 



336 L^AKNiB BOULONNÀISE 

Sa Majesté a déclairé et déclaire les habitans du plat 
pais 4le BouUeooîs ^ubjeçtz au jg^uet et garde 4e lad. 
ville éit BouU.f Gouttes fols et gantes quils seront 
mandez par fleur gouverneur ; x:e que néanfnpings il ne 
pour^&ire sanslordre exprés de Sad. Ma^, sinon en 
cas dé'^écessUé urgente, iaqudie M luy fera entendre, et, 
en atteridànt ses conmiandemants, 4ie 4airra de pourvoir 
à lad. %ixàt. tX le £era .sauoir aux officiers du Roy audit 
pals. 

Les dcfaEaps à lad. garde seront condamnez de tenir 

rison vingt-quatre heures d.ui^ant et paier pour garde 
ceulx quy l'auront faicte en leur lieu, i raison de douze 
solz pour homme par chacun )Our. 

Sa Majesté a faict inhibitions et deiïenses à touttes 
personnes, de quelque qualité et conditions qu'elles 
soient, de jever à ladvenir, pour ce regard, de ses sub- 
jectz habitans d]ud. pais, aqltre paine que celle cy dessus 
déclairée, et, en tant que touche ceulx qui, pour raison 
de lad. garde, ont estez emprisonnez et depuis eslargys 
à leur caution juratoire, Sa Majesté les a deschargez et 
descharge purement et simplement, sans qu'on leur 
puisse demander aucuns droicts de geolaige ou aultres 
irais, en conséquence de leur emprisonnement, voulant 
que foi^s les mœubles qui auront psté pris et exécutez 
desd. habitans, pour raison de lad. garde, €X se trouvent 
encore en nature, leur seront renduz et restituez sans 
qu*ilz puissent prétendre aulcune restitution des de- 
niers sur eulx pris et )evez à faulte 4'estre venuz faire 
ladicte garde'. 

Leb maîeur et eschevins rend^ront compte de leurs 
deniers d'octroiz par devant les officiers commis et 
députez par leç lectres d'octroiz. 

Et, sur la plaincte iaicte par lesd. habitans du plat 
pals, du changement apporté aux routes ordonnées par 
le^Roy pour le passage des ge|is de guerrp, Sa Majesté 
faict très expresses inhibitions et deiTenses à touttes 
personnes de changer lesd. routtes et départemens par 
Elle ordonnez et quElle ordonnera cy après, à paine de 
privation des charges et aultre plus grande s'il y eschet, 
contre ceulx quy contreviendront à l'ordre de Sa 
Majesté. 

Et afin qu'aucun ne puisse prétendre cause digno- 
raiicc de la vojonté de Sa Majesté, Elle veult et entend 
quçlçprésçftt rçglpment elçelluy dud. ^^ nciars 1^26, 



4 JUILLET 1416 3a7 

sy U ne Ta esté, soient registres es registres de touttos 
les juridictions roialiesde Boullenois et publyées à son 
de trpmpt et cry publicq, tant en lad. ville de Boul- 
loMgne qu*en celle d^Estapes, Desurene et auUres lieux 
dii païs que besoing sera. 

Faict à Paris le xxi jour de juing 1627. 

Signé : LOUIS. 

Et plus bas : Potier. 

Je ne sais si je m'abuse, mais je crois que ces docu- 
ments renseignent suffisamment sur Fétat des Boulon- 
nais au commencement du xvn« siècle, et qu'il n'y a 
(>as besoin de conunentaire. 



4 juillet 1416. — Les Anglais menacent d'assiéger 
la ville. 



Après le désastre d'Azincourt, la ville de Boulogne 
fut particulièrement menacée par les vainqueurs. Le 
compte des recettes et dépenses pour 1415-1416 (i), 
porte que, dès la seconde semaine de janvier de cette 
dernière année, on avait réparé les murs des remparts 
« p^r le doubte des Englez qui ne venissent au décou- 
vert de la plache Saint-NicoUay. > On démolit alors une 
masure « séant emprez le chimetière de Saint-Maftin > 
reconnue préjudiciable à la ville et au château, c pour 
le doubte du siège. » Le roi avait envoyé des canons 
et les villes voisines, des aides. Il était temps. Le 
4 juillet 14 16, les Anglais étaient devant la vUle qui 
n'évita les malheurs d'un siège que par sa bonne 
contenance. 

Il sufiit de citer les mentions du compte de l'époque 
pour en juger : c Courtoisie est donnée aux guettes 
et brefmans qui ont sonné la bancloque d'alarme ; 
d**, aux mineurs et fossilleurs lorsqu'ils eurent levé 
les ventalles et vidé les deux fossés entre la porte des 
Dunes et Gaîettc ; d*, à ceux qui gardèrent la porte de 
la Gaiolle ; d* aux canonniers après qu'ils eurent placé 



(1) Publié par M. Edmond Dupont pour la Société Académique dans U 
tome Vil* de ses Mémoire». 



338 l'anméb boulonkaise 

les canons autour de la ville et à ceux qui les assirent 
et les remirent aux hommes qui les devaient gouverner. 
Notre étude sur jBow/o^ne en /^fy-/^/6 (i) rappelle 
ce fait ainsi que l'alarme du 14 août 14 16, lorsque les 
Anglais brûlèrent Hardcnthun. 



4 juillet 1785. — Naissance à Audinghen, dans la 
petite ferme de la Loge, au hameau de Harin- 
guezelle, de Benoit-Agathon Haffreingue, chef 
d'institution, prélat romain, protonotaire apos- 
tolique, réédificateur de la cathédrale Notre- 



Dame de Boulogne. 



Volonté, conviction ! choses de plus en plus rares : 
voilà ce qui dominait en cet homme selon Dieu. 11 a 
montré de nos jours ce que furent dans le haut moyen- 
âge les créateurs d'églises, dont la foi fut la puis- 
sance. Il les a surpassés. Ceux-là donnaient l'élan à 
l'œuvre qui s'achevait plusieurs siècles après eux, avec 
le concours de tout un peuple. Lui, il sut imprimer à 
sa conception un tel souffle de vitalité et d'activité qu'il 
put voir s'élancer vers le ciel, comme une prière, le haut 
dôme qui couronne la cathédrale. Il a dressé le plan, 
il a été l'architecte et l'ouvrier de ce monument hardi 
qui défie les règles de l'art, qui étonne les gens du 
métier, qui s'élève d'un seul jet, sans qu'on puisse 
définir comment se soutiennent à pareille altitude des 
assises superposées aussi témérairement. 

On n'appréciait pas de premier abord toute la valeur 
réelle de Mgr Haffreingue. Sa parole était brusque, 
peu facile, entrecoupée comme par un ébrouement fré- 
quent, sorte de hoquet indéfinissable. S'il n'était pas 
l'homme de l'expansion éloquente, s'il n'était pas le 
prêtre à la bouche d'or, c'était l'homme de l'action, 
jamais lassé, type attardé qui, aux siècles primitifs, 
eut, comme Saint-Wulmer, créé la contrée en la défri- 
chant, travaillant et priant. 

(I) Tome IX dcB Mémouxs, 



5 JUILLKT 372 339 

IL fallait ie voir sur l'échafaudage des maçons, alerte 
jusque dans sa verte vieillesse, activant ses aides, 
contre-maître idéal, dirigeant habilement parce qu'il 
semblait deviner tous les détails des métiers qu'il 
n'avait pas appris. Sa mère lui disait : t Tu mour- 
ras... dans le mortier. > Ces mots si vrais sont à 
retenir, car ils peignent la passion d'activité et de cœur 
à Touvrage qui distingua Mgr Haffreingue : ce fut un 
bâtisseur avant tout ; mais il a pu dire lorsque le repos 
est venu dans la mort : mon œuvre est bon ! 

Il faut lire sa vie, si bien remplie par tous les devoirs 
du prêtre, de l'instituteur et du créateur de la cathédrale, 
dans la notice que lui a consacrée un disciple qui 
Ta beaucoup aimé, M. l'abbé D. Haigneré. Tout est dit 
dans ce livre. Notre tâche se borne à donner ici un 
respectueux souvenir à la mémoire de Mgr Haffreingue. 



5 juillet 372, — Edit des empereurs Valentlnien, 
Valens et Gratien, accordant les honneurs pro- 
consulaires aux comtes militaires. 



Le quatrième siècle de l'ère chrétienne est l'époque 
de la splendeur gallo-romaine dans nos contrées. 

Bononia, dont le nom a prévalu, est citée par plu- 
sieurs historiens à propos des événements dont elle 
devient le théâtre. Elle sortait d'une épreuve assez 
rude. 

A la fin du siècle précédent, un marin habile et 
d'une humble origine avait réussi à se tailler un man- 
teau de César dans la pourpre romaine. Il régnait sur 
la Grande-Bretagne et conservait Boulogne comme un 
fort qui gardait le détroit. Il fut assassiné en 295 par 
son lieutenant. Rome qui avait supporté Carausius , 
s'irrita contre le nouvel usurpateur : Allectus fut assiégé 
dans notre ville alors fermée de murailles solides et 
dont l'assiette sur une colline escarpée faisait la grande 
force. La flotte britannique approvisionnait les assiégés 
et leur amenait des secours ; mais Constance-Chlore, 
devançant l'idée de Richelieu, bloqua le port au moyen 
dune immense estacade de pieux, qui s'étendait de 



340 L'AimâB «OVIiOlIVAISS 

ChfttiUon à la Tour-d*0<bt, ist força ses entitJmis à une 
prompte capitnlaiton . 

Le danger lotii avait menacé Roftie et qui n aUait pas 
à moins qn a rai enlever sa puissante colonie d'outre- 
mer, mppela aux Césars ^ue Boulogne était alors la 
clef dki détroiL Us y réorganisèrent le vaste service 
nuttitilne connu sous le noni de Ctas$k Britannica dont 
il reste tant de monuments indiscutables en notre ville. 
Bononia devient le fréquent séjour des empereurs. 
D*après les auteurs, Constance-Chlore y fixa sa rési- 
dence lorsque les affaires ne rappelaient pas à Trêves. 
Constantin, après avoir vaincu lesFraneSt se retira à 
Boulogne, où il tint sa cour, et établit la plus paissante 
station navale des côtes océaniques. Sa flotte ne por- 
tait pas moins de dix mille combattants. 

L*empereur Constant, qu'un médaillon précieux re- 
présente en habit militaire dans une galère ancrée, non 
loin d'un phare placé sur une éminence, avec ces mots 
sur les revers BONONIA OCEANEN, était à Bou- 
logne le 2$ janvier 341 (VIII des Kalendes de jfévrier), 
date de la loi qu'il y donna et qu'il adressa à Italicus 
(Cod. Tkéodos, t. IIl, p. 117). 

En 368, sous Valentinien I*% on voit k Boul<^e le 
comte militaire ThéodoSe, dont le fils allait bientôt 
régner. C'est le premier auquel notre histoire locale 
assigne le pouvoir d'un com/e; On attribue àValentinien 
l'établissement de ces officiers qui avaient l'autorité civile 
et militaire dans une cité, sous la suprématie d'un ofiicier 
supérieur qualifié du titre de dux ou gouverneur d'une 
province. 

Le titre existait antérieurement ; mais Toffice semble 
dater du règne de Valentinien : on voit du moins par 
le document cité ci-dessus, que ce César organisa ce 
qu'on pourrait appeler les droits honorifiques et de 
préséance des comtes militaires. 



6 juillet 1744. — Voyage de Louis XV à Bou- 
logne. 

Le roi était à Lille à la fin du mois de juin. Après 
avoir mis sous son obéissance les villes de Menin et 



9 jvman 1741 Sir 

d'Ipres, il avait dit à M. îe duc d^Aumont, premier 
gentilhomme^ d^ la Chambre, maréchal de camp, qu*il 
lui demandait à souper, à Boulogne, pour le lundi 
6 juillet; 

M. le duc d* Aumont s'y- rendit dès le 2 du mois ; il y 
fut reçu a.u titre dé gouverneur fotur par tous le» corps 
constitués^ on lui présenta les- vins d'htDmteur : on 
Tinyita à diner le dimanche suivant à Thôtel dé ville 
où il fut splendidement régalé* 

Le roi. vint à cheval de Calais à Boulogne, le long 
de la* côte ; il entra dans^ la ville sur les deux heures de 
raprès-*midi, au bruit du canon- et aux acclamations du 
peuple, traversa la rue de TEcu, la Grande-Rue (i> et 
trouva à la hauteur du Séminaire, M. le sénéchal et 
tous les officiers de la sénéchaussée, qui, par un excès 
de zèle (relation officielle), étaient allés au devant de 
Sa Majesté. 

Les clefs- de^ la ville furent présentées au roi, à la- 
porte des Dunesj par-M. Mutinot, mateur, qui prononça^ 
une haran^e à la tête du corps de-villci le genou* en 
terre. 

Sa Majesté descendit au- grand portail de la cathé^ 
drale. 

Tout le chapitre en chapes et l'évéquei revêtu des ha- 
bits pontificaux, vinrent processionneUement-au devant 
du roi^et le reçurent sous les orgues •: le préhtt lui pré- 
senta Teau bénite e|, un peu plus loin^ la croix- précieuse 
que Sa Mtijesté baisa^ à genouxrsur un-prie Dieu. 

Après un discours de Tévêque, la proeession marcha 
vers le chœur, aux sons de toutes les cloches et de 
l'orgue. Le roi y fit sa prière pendant laquelle le choeur 
chanta le psaume Exaudiat, le verset Fiat et l^èvéque, 
Toraison Quœsumus, tout le chapitre étant derrière 
Sa Majesté, in modum coronœ. 

Puis le roi désira faire ses dévotions dans la chapelle 
de Notre-Dame, et y fut conduit et reconduit par le 
clergé, avec le même cérémonial, jusqu'à la porte de 
réglise. 

Ensuite le roi descendit au palais épiscepal, où il- 
devait loger et où M., le duc d^Aumont lui donna à 
souper, ainsi qu'à toute sa cour. 



(OLe&neatrayeriéesMrS. M. itaient tapiiiéei^ bordées des luibitanti 
en armes et des troupes Doulonnaises de la garnison. 



34^ l'année boulonnaise 

II y avait huit tables, indépendamment de celle du 
c roi, toutes senties avec délicatesse et profusion. » 

Le soir il y eut un feu de joie sur la place. L'hôtel 
de ville était illuminé ainsi que la haute et basse-ville ; 
mais le mauvais temps ne servit pas cette décoration. 

Le lendemain matin, sur les onze heures, le roi se 
rendit à Téglise parla porte ouverte du côté de Tévêché; 
il fut reçu , au son de toutes les cloches, par le 
clergé en habit de chœur qui le conduisit en la chapelle 
de la Vierge, où Tévêque, en manteau long, l'attendait. 

Sa Majesté y entendit la messe célébrée par M. Cha- 
ruel, archidiacre, pendant laquelle la maîtrise chanta 
un motet. 

Le roi dina au palais épiscopal et quitta la ville à 
quatre heures de l'aprés-midi, au bruit des salves 
d'artillerie. 

Les vins d'honneur furent portés par le magistrat à 
M. le duc de Chartres, au prince Charles, à M. d'Ar- 
genson, à M. de Maurepas qui venait de Toulon et fut 
très bien accueilli par le roi. 

M. le duc d'Aumont resta à Boulogne jusqu'au 
9 juillet et partit ce jour-là pour aller rejoindre Sa 
Majesté à Dunkerque, après avoir donné à toute la ville, 
dit la relation ofBcielle, c et on peut dire à chaque 
«c habitant en particulier, des marques de politesse, 
c de générosité et des témoignages de son amour pour 
c ceux du gouvernement. » 

Restait à régler la dépense : elle fut moins impor- 
tante qu'on ne le croirait (i). 

(1) Visite du Roi. — Mémoire da menuisier pour les tables. 139 1. » 

Réparation, eto 92 > 

Du 6 juillet 1744. Arrivée du Roi & Boulogne annoncée par la lettre de 
momieixneur le duc d'Humières, du 30 juin. 

Premièrement, pour nous disposer à recevoir S. M. il nous a fallu disposer 
les appartements ue l'evesché qui nestoit point habité, pourquov nous avons 
eu recours aux meubles les plus honestes des personnes les mieux meublés 
de la ville. Le transport desdits, compris ce qui a été égaré ou perdu, se 
monte à ' 200 1. > 

Pour étayer les appartements du Roy, faire des volets aux 
croisées, des fourneaux dans les cuisines et remises des ca- 
resses, des cuisines çarticuliéres le long de l'église cathédrale, 
fournir de la batterie de cuisine, tables, U^aitieaux et autres 
choi^es nécessaires pour les officiers de service à la guarde du 
Rbv. 450 > 

A M- Bcausoleil chargé de faire Tomblesme aux portes de la 
ville et du château, aians rapport aux conc^uesles de S. M . • 300 » 

Au sieur Caboche chargé du feu de réjouissance fait en char- 

A rtporUr. •*••••••• 950 1. > 



7 JUiLLKT 1524 343 



7 juillet 1524. --' Courses des ennemis dans le 
Boulonnais. 



< On a fait deux courses dans le Boulonnais, man- 
dait Fitz William, capitaine de Guînes, au cardinal 
Wolsey. Dans la première, on fut découvert avant 
d'avoir atteint le but ; mais la seconde, avec des aven- 
turiers envoyés dans une place entre Samer et Bou- 
logne, a été fructueuse : les aventuriers ont rapporté 
de quoi se suffire pendant un mois. 

Le 17 juillet, il écrit que le comte Dommartyn est 
venu à Boulogne avec quatre cents chevaux et cinq cents 
fantassins dans l'intention de faire une € course » . 

Le 4 août, les Français ont tenté trois embuscades 
et ont été repoussés. Le 28, les Anglais font six pri- 
sonnieï's au château de Belle. Le lendemain, ritz 
William annonce son projet d'une entreprise sur la 
basse-Boulogne . 

D'après la correspondance anglaise, les coups de 
main sont incessants cette année-là : le 1 1 décembre, 
les Anglais ont trouvé c petit » dans une chevauchée; 
mais, à la date du 22, un parti venant de Guînes, sous 
la conduite de Palmer, avec cent quarante chevaux et 
trois cent quatre-vingt-dix hommes de pied, s'étant 



Seport 950 1. > 

pente, feu d'arliAce et embleRme faisant allusions aux mesmes 
conquestes avecleit illuminations tant dans la place de levesquo 
que celle de llrattel de ville 357 > 

A MM. GnillaiD, Bonhomme, qui ont /ourni le repas que la 
ville a donné â Mgr le duc d'Aumont, plusieurs officiers géné- 
raux, les députés du clergé, de la judicalore, de lestât major, de 
la noblesse, la somme de 845 I. 14 s. 

Aux boueurs pour curement extra et pour tentures aux 

K»rte8 des pauvres qui se sont trc^ivés sur la route que le 
oy a tenu depuis Textrémité du port jusqu'à la cathédrale. . 1 10 > 

2,212 1. 11 s. 
Vins d'honneur à Mgr le duc de Chartres, 
A Mgr le prince Charles, 
A Mgr le duc d'Auniont, 
A Mgr le comte d'Argenson, 
A Mgr le comte de Maurepas, 
Chacun 12 pots fait 60 pots à 3 liv • 180 » 

2AS2 1. 14 s. 



344 L'aKKÉS BOX7I05VAIBE 

abattus sur le Wast, rennemî a fait trente prisonniers 
français et, dans le pillage, a emporté du drap et des 
souliers «fort utiles pour cet hiver. > Dans une autre 
course ils se sont approvisionnés pour « Christ mass. > 
{State papers. Règne de Henri VlII, passim). 



7 juillet 1808. — Naissance de M. François Mo- 
rand. 



A ceux qui nieraient Tinfluence des milieux et le bien- 
fait de la transplantation dans un terrain propice, on 
pourrait opposer cet écrivain que Paris eut mis en lu- 
mière et célébrité. 

Je me figure Sainte-Beuve resté à l'ombre du clocher 
natal, bornant sa critique aux points obscurs des an- 
nales de la contrée, aimant à faire sortir de lombre 
quelques noms oubliés, recomposant avec patience le 
trésor historique de sa cité et, par son travail et son 
talent, méritant l'approbation d'un cercle restreint d'éru- 
dits : tel apparaîtrait Téminent lundistc, tel fut M. Fran- 
çois Morand I 

Ilnaqiiitle 7 juillet 1808 dans la plus austère des 
rues tristes de la haute ville. Il grandit, il vécut dans un 
quartier solitaire, qui semble figé dans un ennui so- 
lennel, et il en garda le pli. 

L'homme d'esprit et de. vive intdligence emprisonné 
dans un cloître en subit quand même la marque, le 
froid, la sécherese : il ne sera pas poète, car les grands 
souf&es, les grands courants auront manqué à ses 
ailes. 

Si l'horizon lui fut restreint, M. Morand s'appiiqua à 
l'explorer avec sagacité ; il prit la loupe, voulant bien 
voir et à fond, et se trouva bientôt armé en critique 
presque impeccable dans le cercle historique où il éten- 
dit sa clairvoyance. 

Il ne fut pas historien dans le vrai sens du mot; 
aucune œuvre de longue haleine ne reste dans celles 
qu'il a laissées.: toutes, néanmoins, ont une réelle 
valeur-; car elles sont définitives, achevées, fortes de 
choses, ciselées dans un style solide et résistant. 



r^ 



7 JUILLBT IB08 345 

Une émulation, qu*il a avouée dans sa notice sur les 
Jeunes années d^ Sainte-Beuve, détermina ses goûts 
littéraires (i) ; et quoique, par les circonstances, il sem- 
blât voué au chiffres de la banque (2), le courant de la 
vocation fut le plus fort. Le journalisme Tentraîna (3). 

Après une campagne très active dans le Franc 
Parleur, petit journal acerbe, M. Morand disparut un 
moment de la scène. 11 était à Paris avec M. Gérard. 
Celui-ci après quelques années perdues dans la phar- 
macie, comme son ami les avait perdues dans la banque^ 
cherchait également sa voie. M. Morand habitait chez 
son grand oncle, dom Bétencourt, où, pour la première 
fois, il jeta les yeux sur les vénérables monuments du 
passé et apprit leur utilité historique. L'influence n'en 
fut pas immédiate. À son retour à Boulogne, c'est 
encore la littérature courante qui garde toutes ses pré- 
férences : il donne à nos journaux ses impressions pre- 
mières, ses jugements littéraires et artistiques. 

Musicien habile, homme de goût sévère, M. Morand 
fut un excellent critique théâtral : ses arrêts détermi- 



tretenait 

distribution „ r — , . 

Attiré dans rattraotion, il gravita autoar de l'astre. Un moment môme, ce fat 
comme mie obsession, une possession : M. Morand chercha à imiter ce 
maître et il y a des ressemblances lointaines entre leurs styles. 

(2) Son oncle Félix Morand^ banquier, Tavait af>pelé dans son comptoir 
avant la fin de ses études qu'il dut reprendre ensuite et qu'il termina avec 
M. J.-B. Hermand. 

(S) f J 'ai été mêlé bien jeune aux journaux de la localité et de ce que j'y ai 





luttes de 1836 ou 1827, en pleine avant-garde de ceux qui marchaient à Tas- 



sant de la Restauration. Chaçiue époque a son parti libéral, destiné, par le 
retardement des pas fatigués, a se voir devancer par un autre qui traite Vatné 
de rétrograde : ceux qui se convertissent aux moments propices n'éprouvent 

Sas de tels mécomptes. En l%26 et 1827, nos aînés allaient à la conquête de la 
berté de la presse et de la liberté de conscience, de grand cœur et de vive 
ardeur. Quand ils eurent leur premier triomphe, ils se retranchèrent dans la 
position acquise et les libéraux de 1827 furent les satisfaits do 1830, devenus 
plus tard les mécontents de l'Empire et dont les survivants se reconnaissent 
a la haine qu'ils ont vouée à la République. G 1830 ! que ne duriez-vous 
toujours pour. . . eux I Au fond, M. t. Morand fut l'un dos plus résolus ad- 
versaires de l'ancien régime, f Je suis un bon bourgeois, ri^n do pluf;, > 
aimait-il à redire. Je l'ai connu d'assez près pour savoir ou'il eut fourni 
volontiers des armes contre le régime du bon plaisir, comme il le lit, une fois, 
lorsqu'il signala au procureur-général Dupin, les articles ChalUr et Btauvtau 
desNoMS FÂODAUX de son ^and oncle dom Bétencourt, fort significatifs 
sur les droits immoraux du seigneur de jadis. 

28 



346 l'annéb boulonnàise 

nèrent plus d'une fois la condamnation ou la réhabili- 
tation des artistes de la salle Monsigtiy. 

Des lectures solides et continuées aidaient sa plume 
acérée et déjà habile. Quand on l'attaquait, son style 
se resserrait, se contractait, devenait aigu comme une 
pointe d'épée : il piquait au vif. 

Il eut les bonnes qualités d'un journaliste : de l'esprit, 
du trait, l'épigramme facile, et, en plus, un souci de la 
Jorme qu'ont, à un moindre degré peut-être, ses 
successeurs. 

En écrivant un peu sur toutes choses, il prit goût à 
relever quelques erreurs commises par les historiens. 
Le penchant déjà se faisait jour. L'occasion aidant, il 
eut l'accès des archives de la mairie et, comme Achille 
à Scyros lorsqu'il vit des armes pour la première fois, 
il sentit à l'ardeur de son désir qu'il avait enfin trouvé 
ce qui lui fallait. Il demanda, il obtient de veiller sur 
ces archives, d'en débrouiller le chaos horriblement 
confus (i), et bientôt il devint celui qui, après l'historien 
Henry, et avec un sentiment de l'exactitude plus déve- 
loppé, a aiguillé les études historiques vers la voie la 
plus sûre. 



(1) Nous avons dit, dans Vlntroduciion à Vinventaire iùmmaîre des anhxvet 
eomtnunaUa, la sollicitude des diverses administrations, sans cesse contrariée 

far les circonstances ou par l'incurie. Un dernier bouleversement sous la 
lévolution avait entassé les dossiers sans ordre dans le grenier de l'Iidtel de 
ville, à la merci des rats et de la i)lul.>. Eparpillés sur le plancher, les do- 
cuments subirent toutes les injures du temps et les caprices de l'cnfiince de 
l'illustre Mariette et d'un cam irado de jeux. Il m'a été raconté que le |i;renier 




placée sous une fissure de toit fut m bien mise en bouillie qu'on ne trouva 
rien de mieux à f:iire que d'en débarrasser le plancher en les jettant par la 
fenêtre. On Ht tout tomber h coups de pieds. Cela: se pa.ssait vers ls33 ou 
1831. Il était f^rand temps qu'il amvât un ami de ces épaves du passé pour 
les sauver d'une enlirîre destruction. 

M. Morand eut d'abord une rude besoprne, peu attrayante, et qu'on 
peut détinir : un premier secouage de la poussière séculaire. 

Or, il ôtnit soigneux de sa personne comme il l'a été de son stylo et 
de SCS œu\ res. Tout se tient chez lui. On me le dépeint alors comme tiré 
à quatre épingles, coquet, correct en toilette, homme du monde. Il lui 
fallut un bien vif désir de fouiller le trésor inexploré pour le décider à y 
pénétrer à travers les amoncellements de toiles d'araignées, de gravois et de 
poudre noirâtre qui formaient plusieurs couches sur l'ensemble. 

Il eut un costume spécLil dont on a ri longtemps dans les bureaux de la 
mairie, habillement vert-jaune, d'une originalité [tiquante par la forme et la 
couleur. 

Alors dans toute sa sëve il s'épanouissait en pleine gaité. Il y avait des 
réunions d'onze heures, à l'hétel de ville, le dimanche, où il faisait joyeuse- 
ment la réplique au plus gai des bons vivante, M. Mariette père, secrétaire 
de la mairie. 



7 JOiLLET ld08 . 347 

M. François Morand s'y trouvait dans son élément : 
il a depuis, peu à peu, agrandi le cercle de ses investi- 
gations, tout en leur donnant, comme centre, l'histoire 
du pays Boulonnais et des provinces limitrophes. Dans 
une notice consacrée à M. Morand, au lendemain de sa 
mort, M. Tabbé Haigneré a rappelé les œuvres qui ont 
établi la réputation de notre compatriote. 

Chacun de ces écrits mériterait une étude spéciale. 
Dans tous, M. Morand se montre savant comme un 
bénédictin : il a Tintelligente patience, le sens histo- 
rique, rhorreur de Ta peu prés.- Il est curieux toutefois 
de le voir rebelle aux révélations de l'archéologie. Il 
resta en cela de Técole de Daunou qu'il admirait tant (i). 
Il n'avait confiance que dans les textes clairs, n'ayant 
pas besoin d'interprétation, t Croyez-moi, écrivait-il à 
un disciple, il n'y a que les faits. > Doué de la clair- 
voyance la plus vive, sans aucune imagination, ce 
qui l'a servi si bien, il ne s'égara jamais, il n'eut pas 
les chutes d'Icare. Il montrait ses préférences à cet 
égard lorsqu'il écrivait, à propos de Sainte-Beuve, dans 
une lettre intime : < Il savait le métier, lui, se tenant 
toujours en garde ; et très certainement, sous le rapport 



C'était, me dit-on, un pou le bureau de la médisance e' des cancans locaux. 
On j faisait la gazette looalo la plus vive, avec portraits ressemblants et des 
propos à toutes ooudées franches, ties racontars avaient cela de bon, pour l*ar- 
obivlste, de rinilier à toutes les traditions comme à toutes les vicissitudes des 
familles de la ville et à lui ouvrir des jours sur des points cachés, lou- 
chant parfois à Thistoire. 

Néanmoins il est curieux d'apprendre que, sous la sympathie réelle qui 
unissait MM. Mariette et Morand, il y avait, de la part nu premier, une 
certaine inquiétude de sentir, dans le sanctuaire, un jeune ei intelligent esprit 
qui s'initiait à toutes les affaires de l'administration. 

n faut expliquer cela. 

M. Mariette appartenait à une vieille école bureaucratique qui se créait 
une force de stabilité par le soin perpétuel de n'admettre aucune capacité 
dans Tentonrage. On se rend^iit nécessaire en se réservant la cl^ — c'est le 
vrai mot — des affaires. Autour de soi desmacliines obéissantes, des plumes, 
dont on n'aurait pu dire qu'elles étaient intelligentes comme les baïonnettes de 
l'époque, voilà cet entourage : à la tête brillait sans peine le très remarquable 
M. Mariette. 

Or, c'était avoc un réel souci qu'il avait vu arriver M. Morand : ce pouvait 
être un rival et un rival dangereux. — Il me connaissait peu, m'a dit plus 
tard M. Morand, en voyant en moi un candidat possible au secrétariat de la 
mairie. 

(1) Il l'aimait, il le révérait. Dans une lettre du 39 décembre 1880, il 
disait : < Je le contemple, je l'écoute, je le respire ; mais y toucher, il xims 
semble que je le profanerais. Il a eu des bontés pour moi, il m'eut aidé de ses 
conseils et se fût mtéressé à mes travaux dont le but lui plnisait : je crois bien 
qu'il n'eût pas été fâché de former en moi un sérieux histoiien de la ville do 
Boulogne, n'ayant point le temps ni le loisir de l'être lui-même. > Dans une 
précédente lettre il me donnait la sensation du respect qu'inspirait Daunou 
à ceux qui l'approchaient. 



f 

I 

l 

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I 



de toute exactitude, en fait, on ne trouverait pas facile- 
ment à le reprendre. C'est qu'il s'observait et s assurait ; 
c'est qu*il vérifiait et contrôlait, c'est qu'il n'entreprenait 
paç de tout, et au hasard ; c'est enfin qu'il se mesurait 
dans un champ d'études et de travail circonscrit, 
quoi que des plus étendus qui se pût. Et voilà ce qu'il 
faut être, ce qu'il faut faire pour devenir un écrivain 
solide et d'un savoir soutenu (i). i 

Il voulait la plus scrupuleuse exactitude en tout. 
Toute négligence dépare et discrédite une œuvre, 
disait"?il avec raison, t Les hommes compétents pe 
sont pas disposés à rendre justice aux vraies qualités 
d'un ouvrage, quand ils commencent par être frappés 
de ces négligences. > Mais laissons-le expliquer lui-- 
même sa manière de comprendre le travail historique : 
« Vous autres, écrivait-il à un correspondant le 9 fé« 
vrier 1881, qui faites des pas d'une toi^e, avec votre 
abondance et votre imagination, vous ririez de moi si 
vous me voyiez à l'œuvre, marcher à petits pas et la ba- 
lance de mots en main, selon ma méthode depuis que 
j'écris. Enfin, chacun a sa manière. > c Ecrire comme 
l'on pense, en commençant par penser d'abord, voilà 
ce qui donne le style. Il ne faut point d'autre maître. » 
{Lettre du 9 janvier 1682). 



de le 



Daanoo, Sainte-Beave, furent ses dieox littéraires et il est curieux 
te voir si épris de deux écrivains si dissemblables. Voici ce qu'il 
confiait le S octobre 1871 à un compatriote : c Vous Youles bien rappeler, 
dansla&tifon» ce que j*ai écrit autrefoi», de temps à autre, sur nos trois 
Boulonnais, Daunou, Sainte-Beuve et Leuliette, pour exciter à s'en 
fflorifler la ville un peu froide où ils sont nés, et vous les honorez, à votre 
tour, en rafraîchissant ces souvenirs. Je me range tout à fait à votre désir de 
voir donner à la rue dans laquelle Sslnte-Beuve est venu au monde le nom 
do cet illustre enfant de Boulogne : illustre malerô des fautes graves, telles 
que le mauvais exemple de sa nn. Et, puisque c est une occasion d'en parler, 
je dirai que dans ma conviction oette fin eut été toute autre, si Sainte-Beuve 
avait eu la liberté de revenir à lut Je l'ai trop aimé, trop estimé, et peut- 
être assez bien connu pour pouvoir me persuacier qu'il n'est pas mort comme 
il aurait voulu mourir. Malheureusement, il avait.laissé se tonner autour de 
lui dans ses dernières années, en religion, comme en littérature, (oui, en lit- 
térature aussi,) un cercle d'esprits foris différents du sien, et, pour le plus 
grand nombre, très inférieurs, qu'il crut devoir ménager par des transactions, 
et qui le payèrent de ses concessions en le retenant comme otage. Je la 
voyais le lendemain de son lundi du 24 avril 1865 sur Monselet (*) : — « Sur 
Quels autels sacriûez-vous. lui dis-je ?» 11 me répondit : — t Sacrificateur, 
pour n*étre point sacrifié. Vous ne savez pas : C'est un flot qui monte ; et û 
nous n'entrons pas un peu dans leurs eaux, ils nous submergeront > 
« lient cette faiblesse ; il en montra d'autres encore. Mais il a produit et il 
ous laisse des œuvres qui les effacent et pour lesquelles il doit lui être 
eancoup pardonné. > 
n 

^ (•; CsMUtBtloiuitl et MMTtftiz Ludis» X, »-M. 



8 JUUiLKT 1358 349 

« St quelque chose, a dit M< Gérard, conquiert à 
M. Morand à la fois haute estime et critique, c est la 
sobriété excessive dont il fait profession, cette exactitude 
de mathématicien qui, dans les choses du domaine de 
rbistoire, ne hasarde rien, n*écrit pas un mot sans 
Tappuyer de sa preuve et se garde de tout entraînement 
comme d*un itiensonge. M. Morand est ainsi V homme 
du point (ïintetrogation, » 

Cette expression est fort heureuse et définit singu* 
liérement Thomme qui à tout propos s'arrête et doute^ 
auquel il faut la certitude la plus absolue avant qu^il se 
décide à faire un pas en avant : € On lui voudrait plus 
de hardiesse et de décision ; mais, en revanche, quelle 
confiance il inspire aux érudits I Comme profondément 
il creuse le sujet auquel il s'attache 1 De quel bonheur 
de découverte il semble gratifié, quelle ardente patience 
il sait mettre au service du vrai ! » {Impartial du 
8 novembre 1849.) (i). 



S juillet 1358. — Le duc de Normandie et 869 
gens parlementent un traité de paix avec le roi 
de Navarre en présence de Jeanne de Boulogne, 
reine de France. 



L*histoire a presque oublié cette reine dont un roman 
avait célébré la jeunesse. Jeanne était fille de (juil-* 
laume XII, comte d'Auvergne et de Boulogne, et de 
Marguerite d'Evreux : elle naquit le 8 mai 1326, épousa 
en premières noces, en 1338, Philippe a Auvergne, 
comte d'Artois qui mourut des suites d'une chute de 



m* ■ 
caractère 

snb isolé èaiu ma proprô ville, ponr laquelle je ne me suis cepêiidant pas 
épirgné en services gratuits de bien des içenres, on me traite mieux ailleurs 
et dans de meiltears lieux. Je ne mourrû pas toni-à-fait inconnu. Je Ton- 
drais vous donner là-dessus un peu de ma philosophie et de ma pratique 

Vous n'avez pas encore passé par tontes les épreuves ; et si vous ne cherches 
pas votre première satisfaction en vous-même, le sol ou vous fleurissez ne 
vous les ménagera pas. . . » 
Ses œuvres perpétueront sa mémoice* 




350 l'akkée BOULomrAisB 

cheval au siège d'Aiguillon en 1347, et, en secondes 
noces, en 1 350, le roi Jean, qui n'était encore que duc de 
Normandie mais qui fut appelé au trône six mois 
après. 

Pendant les onze années de son règne, Jeanne de 
Boulogne assista aux plus graves événements de nos 
annales ; la défaite de Poitiers, la révolution communale. 
Alors Etienne Marcel se dresse au nom de la bourgeoisie 
contre Tautorité royale qui a été impuissante à conjurer 
les malheurs de la France. Le roi est prisonnier, le 
dauphin est jeune encore. C'est à la rMne que le prévôt 
des marchands demande une entrevue le 22 février 1358, 
après avoir fait massacrer Robert de Clermont et Jean 
de Conflans. Les Grandes chroniques le disent : « Et 
celui jour jeudi, bien tart fut leait prévost des mar- 
chans en l'ostel de la royne Jehanne, et là parla à lui 
(à la reine) moult longuement. Et disoit l'en que entre 
les autres choses que il luy dist, il luy rcquist que elle 
feist venir le roi de Navarre à Paris. » 

D'après les termes employés par le chroniqueur, 
— Pierre d'Orgemont, le chancelier, autorité incontes- 
table, — Jeanne de Boulogne eut une influence décisive 
sur le retour du roi de Navarre qui arriva à Paris 
quatre jours après cette entrevue. 

Dans la suite, surtout au mois de juin 1358, les 
Grandes chroniques la montre se peinant fort t de traic- 
ticr entre le régent (le dauphin son beau-fils) et ceulx 
de Paris. Au 8 juillet, c'est avec le roi de Navarre qu'elle 
voudrait réconcilier le dauphin, et, quand après, le roi de 
Navarre accusa le régent d'avoir enfreint le traité, c'est 
la reine Jeanne qui s'entremet encore pour arrêter les 
suites de leur discorde et les inciter à traiter de nou- 
veau. Elle mettait beaucoup d'ardeur dans ses négocia- 
tions, assure M. Doûet d'Arcq ; elle ne craignait pas au 
besoin d'affronter des dangers réels, même lorsque 
estoient les batailles sur les champs ; elle réussit à amener 
la pacification qui sauva peut-être la France. 

On voit donc que la reine Jeanne de Boulogne a eu 
un rôle historique qu'il était à propos défaire ressortir. 
C'est une figure de second plan, mais intéressante 
encore et qui appelle je regard des chercheurs. 



JUILLET 1765 351 



8 juillet 1848. — Arrêté autorisant M. Emile Du- 
pont à établir un four à chaux permanent, 
n^" 8, rue de Constantinc. 

La date était à noter : c'est l'acte d'origine de la 
grande industrie des ciments dans le pays. 



9 juillet 1765. — Jean-Marie Lheureux est nommé 
secrétaire greffier de la mairie avec appointe- 
ments de trois cents livres par an, plus les émo- 
luments du greffe. 



Ce greffe était un office créé par édit de juillet 1690. 
Vers 1736 Jean Lheureux avait été reçu par le bailli, 
mais il fut réglé depuis, par autre édit, que les 
propriétaires de ces oHices prêteraient serment par 
devant le maire. Apres le décès de Jean Lheureux, 
mort le 21 mars 1761, son fils Jean-Marie Lheureux 
ayant, à tort, prêté serment devant la sénéchaussée, 
il reconnut son erreur le lendemain et dut se pourvoir 
à nouveau : ce n'est que le 9 juillet 1765 qu'il fut de 
plein droit pourvu de sa charge (i). Jean-Théodore- 
Maric Lheureux fut le troisième de la ciynastie : il per- 
pétua le nom, à la tête des bureaux de la mairie, jus- 
qu'en 1823. 

Avant les Lheureux, il y eut une dynastie Dau- 
vcrgne de 1575 à la fin du xvii*^ siècle. 



(1) Lo 13 juillet 17G4, lo grAfflcr Lheureux avait réclamé lo cheval blanc 
monié par lui lorsqu'il a publié 1 1 < Paix >. 

La demande est curieuse ot elle est motivée ainsi : t Co.nmo est d'usage 
d.'ms tonicft les villes aux publications de paix (|ue le cheval blanc monté 
pur celuy oui la publie luy appartienne. Messieurs les maire et échevins 
i>-vssoront ( lans l'éUit des dépenses), pour tenir lieu du cheval, ce qu'ils Juge- 
ront à propos. > 

Messieurs I«ni maire et échevins no furent pas de cet avis et écrivirent en 
marine de 1 i supplique : 

irSant, n'éiini {-as d'osa.ze de Liisser 1« cheval au greffier. 



352 l'ankés boulonkaxse 

Auparavant, le greffe était aux mains d*une |famille 
Le Sueur, dès avant le siège de la ville en 1 544. 

C'était l'époque où les dynasties avaient le temps de 
s'implanter et de se perpétuer. 

Profitons de l'occasion pour indiquer ce qu^était au- 
trefois le service des bureaux de la marie. 

Le 13 juillet 1792, le corps municipal régla de la 
manière suivante le service de ses agents et employés : 

Le secrétaire greffier de la municipalité et les autres 
personnes employées pour l'aider dans son travail se 
rendront au secrétariat le matin à huit heures pendant 
l'été, à huit heures et demie pendant l'hiver, et y reste- 
ront jusqu'à midi. Ils reviendront à deux heures pour 
repartir à six. Ils seront libres, à moins de travail 
urgent, les dimanches et jours de fêtes nationales. 
L'un des membres du bureau municipal sera constam- 
ment à la mairie aux heures et jours sus-indiqués. 

Il y aura tous les jours, à la maison commune et à 
poste fixe, un appariteur 'depuis huit heures du matin 
jusqu'à midi, et le soir, de deux à six heures. 

Les appariteurs et autres préposés de police feront 
chaque jour la visite du quartier qui leur sera assigné, 
dresseront procès-verbal des contraventions et le remet- 
tront sur le champ au procureur de la commune et, en 
son absence, à son substitut. 

Après avoir achevé leurs visites et lorsqu'ils ne se- 
ront pas employés pour le service de la municipalité, 
ils se tiendront à la maison commune. Ils iront tous les 
jours prendre les ordres des officiers municipaux de 
leur quartier et du procureur de la commune. 

L'appariteur chargé de porter les lettres chez M. le 
maire se rendra auparavant chez M. le procureur de la 
commune pour recevoir les différents objets qu'il pour- 
rait avoir à communiquer au chef de la municipalité. . . 

Le règlement de service dont j'extrais ces notes, com- 
prend vingt-six articles et s'occupe des attributions du 
bureau municipal. (C'était le pouvoir exécutif de la 
commune dont le conseil était le pouvoir législatif.) 
Le travail de ce bureau se divisait en sept parties : 
i® les subsistances; 2** la police et voirie; y les do- 
maines et finances ; 4** les établissements publics ; 5** les 
travaux publics; 6** les contributions ; 7** la correspon- 
dance. Les membres du bureau se distribuaient entre 
eux les différentes parties du travail ; mais ils ne pou- 



10 JUiLUBT 1790 3$3 

valent rien faire ni décider que de concert avec leurs 
collègues, à qui ils faisaient un rapport sur les objets 
spécialement confiés à leurs soins. Ce bureau présen- 
tait tous les trois mois au conseil Texposé sommaire 
de son administration, sans préjudice du compte annuel 
de gestion* 



10 juillet 1790. — Le conseil de la commune ar- 
rête le programme de la fédération du 14 juillet 
et Tordre qui doit régner lors de la prestation 
de serment. Il invite tous les corps religieux à 
la procession et à la cérémonie. Le serment 
sera prêté sur Tautel de la Patrie placé sur 
TEsplanade. 

Depuis juin on s*occupait de cette grande fête. Le 
27, on avait nommé la députation pour la fédération 
de Paris, Le 4 juillet, on eut la louable pensée d'asso- 
cier les pauvres à }a joie de tous ; on organisa une 
souscription qui fut ouverte avec entrain et produisit 
5,000 livres. 

M. Abot de Bazinghen a raconté dans son Journal 
du Boulonnois que le 14 juillet, c anniversaire de la 
conquête de notre liberté, > on éleva sur TEsplanade, 
au bas du Calvaire, Tautel de la Patrie, à côté duquel 
se voyait dans six ravallements les attributs de lagri- 
culture, du commerce, de la marine, etc., etc. Le 
chapitre sV rendit processionnellement à onze heures 
et demie, M. Tévêque portant le Saint-Sacrement, la 
place et les rues tendues comme à la Fête-Dieu. Après 
quelques antiennes, les officiers municipaux prêtèrent 
le serment civique et le firent prêter au clergé et aux 
troupes réglées et nationales (i). » 

<]) M. l'abbé BflUin, dans ses Jf émojret nutaiMcHte twr la BivolyAion, marque 
an contraire que l'évèque et le clergé esquivèrent adroitement la prestation 
de serment en entonnant le Tt Dtwn qni termina la cérémonie. 

D'après M. de Bazinghen, qnelqnes jours auparavant, les soldats du 
régiment de Condé, en garnison dans la ville, € excités par les nôtres, 
avoient coora les mes et s'étoient fait jour chez M. Févéque. Un nommé 
Coaehé eut la hardiesse, habillé en soldat, de lui proposer une rétractation 



354 L'AyNéS BOULONKAISE 



11 juillet 1646. — Décret de main assize au profit 
de Mathias Nfauguet sur une pièce de terre à 
usage de pré, située au lieu nommé Maretz de 
CapécurCy paroisse d'Outreau. 



J'ai sous les yeux de nombreux actes qui témoignent 
que ces marais étalent autrefois des prés salans. Le 
terrier de Turbinghen écrit à la fin du xv* siècle, parle 
d'une saunerie ou saunière < dessoubz le Verde-Voye. » 
Il y en avait aussi sur la paroisse de Saint-Léonard ; 
mais les principales salines s'étendaient sur Capécure. 
Les comptes du bailliage pour 15 13-15 14, en citent 
plusieurs, ainsi que le martreloge d'Outreau. 

Michel Dubuisson dit à ce propos (n® 115 de sa 
Pépinière Universelle) : Comme les habitants de ce port 
(Boulogne) étoient autant adonnés à la pêche qu'au 
commerce, l'industrie de quelques-uns d'eux leur avoit 
fait trouver le moyen d'avoir du sel en abondance et 
de le tirer de leur propre port en donnant dans leurs 
marais, sur l'une et l'autre rive de la Liane, une culture 
à cette denrée si nécessaire pour la consei-vation de 
leur poisson et la salaison des sanglers qu'ils tiroient 
de leurs forêts et qu'ils envoyoient à l'étranger en 
grande quantité : mais cette culture a cessé il y a long- 
temps. Quelques-uns pensent qu'elle y a subsisté 
jusqu'à la prise de Boulogne par les Anglois. Cette 
opinion n'est pas fondée. On n'en trouve aucune trace 
dans les actes judiciaires qui suivirent le retour de la 
ville à la France. Il est plus vraisemblable que l'usage 
de faire le sel dans nos marais a été interdit par la loi 
générale du royaume^ lorsque le roi établit la gabelle, 
que c'est à cette époque qu'il faut fixer l'exemption 
des droits de cette ferme, que ce prince ou son succes- 




lls se relir^^renl touché5, pt l»\s complices désavouèrent depuis lo siriir 
CouchA ; nîni«c r<Sv«^qu<» ^toit transi de frayeur lors de la cérémonie du H. > 
(Mu, dt la BM, (le 1/. Arthur de Rony), 



12 JUILLET 1798 Z65 

seur accorda comme^indemnité aux Boulonnais lorsqu'il 
les priva de cette branche de leur commerce. 

La gabelle, qui se percevait déjà dèsJexin* siècle, 
fut établie en 1 342 dans toutes les provinces qui dépen- 
daient du domaine de la couronne. Ce n'est qu'en 1544, 
qu'on retendit aux provinces jusque là exemptes de 
cet impôt. Il en résulta une révolte, calmée en 1549 par 
une transaction. Lorsque Boulogne fut rendue à la 
France, le droit était fixé à cet égard. L'exemption, 
dont le Pays Boulonnais a joui, fut motivée surtout par 
les privilèges du pays qui de tOut temps a été déclaré 
franc de toutes contributions, tailles, gabelles, taillon 
et aides. 

A raison de cette exemption, Ion attacha moins d'im- 
portance au maintien de l'industrie primitive, car on 
fa voit peu à peu disparaître dans le premier quart 
du XVI' siècle. Après 1525, s'il est question de saunière 
c'est pour constater que plusieurs c gresves > et 
« marais > sallans sur lesquels étaient assises des rede- 
vances de sel, ont été envahis et perdus par la mer. 



12 Juillet 1798 (24 messidor an VI). — L'adminis- 
nistration municipale du canton décide Tachât 
de pompes à incendie. 



Par ordonnance du 15 septembre 1776, l'échevinage 
de Boulogne avait créé le service des incendies et 
accordé aux pompiers l'exemption tant de la milice 
que du logement des gens de guerre. 

Auparavant, l'échevinage prescrivait des mesures 
de sûreté , faisait faire des crocs et des échelles dé- 
posés à l'hôtel commun c pour subvenir en cas de 
meschef. » (Délibération du 15 janvier 1551)* Six dou- 
zaines de seaux d'osier goudronnés avaient été achetées 
le 17 mai 1554 et, le 24 mai 1560, on acquérait des 
seaux de cuir bouilli. Il n'est question de pompes à 
incendie qu'au xv!!!"* siècle. En 1774, il est dit qu'on 
amena sur la place les deux pompes de la ville, par 
crainted'accidentsie jour de la fête à l'occasion du sacre 
du roi. En 1770, on avait payé 6 livres à Dufour, maître 



366 l'avkêi BOVLoinrAiBB 

sellier, pour avoir ôté, remis et huilé les boyaux des 
pompes de la ville. Je n ai pas trouvé à quelle date on 
8*était, pour la première fois, pourvu de ces instruments 
si propices. 

On croyait remédier à Timprudence en condamnant 
à une amende de 3 livres le propriétaire de la maison 
où se déclarait ifh feu de cheminée. On ordonnait du 
reste une visite périodique des cheminées. 

Tous les habitants étaient tenus d^avoir en leur logis 
c picq, hoiaulx, mandes, chivières et louchetz » et il 
leur était défendu c d'aller sans lanternes dans leurs 
greniers, la nuit. (Délibération du 24 septembre 1557.) 
D'après le compte de 1415-1416, lors des foires et 
fêtes, les sergents à verge allaient le soir s'assurer si 
le feu et la chandelle étaient éteints dans les auberges 
après l'heure du couvre-feu. La haute-ville était di- 
visée en cinq quartiers pour les secours à porter en 
cas d'incendie : les bourgeois devaient s'y rendre à 
l'appel de la cloche d'alarme. 

On prenait donc toutes les précautions utiles et elles 
furent efficaces sans doute, car les documents des 
archives qui nous renseignent sur un incendie du Portel 
en 1755 et sur un autre à Capécure en 1788, ne re- 
latent à Boulogne que quelques feux de cheminée. 

Lors de l'organisation d'un corps de pompiers en 
1776, Antoine Queneulle, poulicur, fût mis à la tête du 
service avec François Valois, Giraux-Sannler et autres. 



13 juillet 1864. — Première réunion de la Société 
Académique de Tarrondissement de Boulogne. 



14 juillet 755. — Décisions prises sons le règne 
du roi Pépin, au synode de « Vernus )). 

Elles concernaient rautorité des évéques , la 
tenue de deux synodes annuels, dans chaque 
diocèse, la discipline monastique, les baptistères 
des paroisses. (D* Bouquet, v, p« 638.) 




14 junux 17d2 8fi7 

Les baptistères, dans le principe, étaient les monu- 
ments placés à quelque distance du temple chrétien, 
où Ton conservait l'eau pour le baptême : il ne faut 
pas les confondre avec les fonU baptismaux qui sont 
des réservoirs pour Teau lustrale, et, par conséquent, 
une partie seulement du baptistère (i). 

A partir du vi^ siècle on les plaça dans le vestibule 
intérieur de l'église.' Or, tous ceux qu*on pourrait 
reconnaître comme ayant été indépendants de Téglise, 
deviendraient donc un témoignage de haute antiquité 
pour celle-ci. 

Examinons la situation de la chapelle Saint-Jean- 
Baptiste, rue Saint-Jean, que la tradition indique 
comme le baptistère primitif de Boulogne. La distance 
de la cathédrale est bien telle qu elle doit être pour 
remplir les conditions ordinaires, et, remarque plus 
essentielle, le château d*eau qui s'y trouve, fait songer 
aussitôt à la source ou à la conduite d'eau qu'il étai) 
indispensable d*y trouver pour établir un baptistère. 

Ce point fixé, on serait donc autorisé à affirmer 
qu'avant le vi* siècle il existait un temple chrétien sur 
1 emplacement occupé depuis p.ar les deux cathédrales 
de Boulogne. 



H juillet 1792. — Fête de la Fédération & Bou* 
logne. 

La Fédération du 14 Juillet 179a à Boulogne fut 
imposante. Je ne veux ni la raconter, ni la dépeindre : 
Je n'ai qu'à rassembler Qt copier, On ne refait pas ces 
tableaux-là (2). 



(1) Itans rorigine, dit M. A. Cbénéi 6n sqn IHetkmitôirt it» fmtUuHoms, 
abrMçé de Lacnme de Sainte-Palaye. les bapUatèrei étaient des monuments 
de forme ronde ou octogone séparés des i^asUiones et sitaés à quelque 
distance des murs extérieurs de ces monuments. (T. I, p. 65.) 

(2) Il suffit d'ailleurs de veproduiie le programme qui fut suItI de point 
en point. 

Ceiourdbul 11 juillet 1792, l*an IV de la liberté, en l'assemblée des 
membres composant le Directoire du District de Boulogne ; présents. M. Guer- 
lain, vice-président ; MM. Falempin, Dnpré et Caân flls» administrateurs ; 



et M. lUanqnart, prMureur syndic. 
Procédant d'aprè»1ear arrêté du 7 de ce mois qxà atetae 



qae, conforma 



358 Vâjxsûm BOULONKAïae 

« La marche étoit majestueuse : l*ordre et le silence 
règnoient partout ; toutes les âmes étoient pénétrées 
de la majesté de la cérémonie et de la sainteté du ser- 
ment qui alloit être renouvelé. L'émotion étoit dans 
tous les cœurs. 

c Au moment du serment, toutes les âmes s^électri- 
sèrent : Citoyens-soldats et soldats-citoyens, tous se 
confondirent, s'embrassèrent, se jurèrent amitié, frater- 
nité et vouèrent une haine éternelle aux tyrans et à 
leurs satellites. 

« Pendant que les gardes nationales et les troupes 
de ligne se précipitoient dans les bras les uns des 
autres et se livroient aux douces étreintes du sentiment, 
les cris de Vive la Nation! Vive la Liberté et Y Egalité! 
la Constitution ou la mort! frappoient les airs de toutes 
parts et étoient répétés avec transport par tous les 



ment à Tartide 20 de la loi du 14 octobre 1791, la fête de la Fédération aen 
ordonnée par le Directoire ; et considérant oa'il est indispensable pour donner 
à cette léte vraiment civique, toute la soiemnité dont elle est Rusceptibl(», 
d*arrôter avec exactitude et précision l'ordre qui doit régner dans son exé- 
cution, ont arrêté, oui le Procureur syndic, qu'elle sera réglée ainsi qu'il 
suit: 

Le vendredi 13, à sept heures du soir une salve de vingt-un coups de 
canon annoncera la soiemnité du lendemain. A la même heure, les doches 
des paroisses, communautés, et celles de la ville sonneront pendant yne 
demi-heure. 

Le samedi 14, à sept heures du matin, toutes les cloches sonneront pen- 
dant une demi-heure et une salve d'artillerie de vingt-un coups de canon 
annoncera l'ouverture de la fête. A la même heure la générale serrbAtMC. 

A neuf heures et demie, la garde nationale de la ville et les troupes de 
ligne se porteront au lieu au rassemblement général. Le point de réunion est 
fixé dans les rues de l'Hôpital, des Minimes, de l'Ecu et du Port. 

Des inscriptions marqueront la place o& la tête do chacun des corps doit 
se placer. 

A onze heures le premier signal de la marche sera donné par trois coups 
de canon ; et il sera tiré un coup de canon tons les cinq minutes jusqu'au 
moment de Tarrivée Aur la place de la Fédération. Elle se formera en bataillon 
carré sur ladite place. Les différents corps administratifs et judiciaires se- 
ront invités à se placer aux endroits qui leur seront réservés. 

Les bannières et drai>eaux entoureront l'autel de la Patrie. 

Le clergé de la paroisse Saint-Nicolas, y Joint celui do celle de Saint- 
Joseph, se rendra processionnellement avec le Saint-Sacrement à l'autel 
de la Patrie. 

La procession sortira à cet effet de l'église Saint-Nicolas, à onze heures 
et demie précises du matin, escortée par un détachement de grenadiers de 
garde nationale et troupe de ligne. 

A midi précis, on prêtera le serment. U sera précédé d'un discours pro- 
noncé par M. le procureur syndic. Au moment de la prestation de serment, 
il sera fait une salve de vingt-un coups de canon. 

M. le commandant gênerai fera annoncer le départ par trois coups de 
canon, et tandis que les sardes nationales et la troupe de ligne défileront 
autour de l'autel, il sera tiré un coup de canon toutes les cinq minutes. 

La troupe défilée, les corps administratifs accompagneront la procession 
jusqu'à l'élise Saintr-Nicola?, avec le même détachement qui lui aura servi 
d'escorte lors de sa venue. 



14 JUILLET 1792 369 

spectateurs : François, Anglois, Danois, Suédois, Amé- 
ricains, tous les étrangers que le commerce avoit 
amenés dans cette ville, réunis, confondus, sembloient 
n*avoir qu'un esprit, qu'une âme, qu'une volonté, et ne 
soupirer qu'après le triomphe de la liberté universelle. 

t L'air chéri des patriotes, qui fait pâlir les despotes 
jusques sur leurs trônes entourés de milliers de baïon- 
nettes, augmentoit encore l'attendrissement des cœurs 
et leur inspiroit un nouveau degré d'aversion pour 
l'esclavage et ses chaînes. 

€ Au milieu de ces transports, de ces élans civiques, 
un spectacle très consolant pour l'humanité vint donner 
une nouvelle diversion aux sentiments. M. le maire 
couronna les braves sauveteurs d'un navire en dé- 
tresse (i). A ce premier couronnement, succéda 

celui de trois autres marins : Jean-Marie Lebeau, 

A nenf henres du soir il sera fait une dernière salve de vingt-un coupa de 
canon, et les cloches sonneront. 

Les administrateurs du Directoire, intimement convaincn« que les citoyens 
se maintiendront dans le calme et la dignité qu'inspirent la célébration <rune 
fête si chère à tous les bons patriotes, croient devoir engager les citoyens qui 
avoient Tintentlon d'illuminer, d'employer plua utilement cette dépense, en 
la consacrant an secours de la classe indigente de leurs concitoyens. 

MM. les Maire et officiers municipaux sont priés et requis d'ordonner : 
1* aue, depuis neuf heures du matin )us<^u'à deux heures, la place de la Fédé- 
ration, la Grande-Hue, celles des Cuisiniers, de l'Eou, des Minimes, de 
riI6piral et du Port soient interdites pour les chevaux et voitures; 
8* <)u'il soit fait défense à tout citoyen qui ne seroit pas commandé par le 
maire, de parottre en armes dans les rues et endroits puolics après la Fédéra* 
tion ; 3* qu'il soit f;iit également défense de tirer aucun coup de fusil ni 
pfttarJ, soit dans les mes ou endroits publics ou dans les maisons particu- 
lières. 

Et lesdits s" officiers municipaux sont aussi invités à prendre toutes les 
mesures de police ou'ils jugeront convenables pour le maintien de l'ordre et 
la tranquillité publique. 

Enfin lesdits administrateurs ont arrêté que la présente délibération seroit 
adressée à MM. les maire et officiers municipaux, à M. le commandant m*« des 
ville et château de Boulogne, aux chefs des garde-nationale et troupe de 
ligne, en les engageant à la communiquer à leurs corps respectifs, persuadés 
que donner connaissance aux citoyens des dispositions arrêtées par le Direc- 
toire pour la célébration de la Féto de la Liberté, o*est en assurer irrévoca- 
blement l'exécution. 

Fait et arrêté en Directoire, à Boulogne, les jours et an susdits. 

Signé : Guerl:iin, Falempin, Dupré, Caân fils, Blanquart et Marmin, 
teeritairt, 

(A) Le 12 juillet, le Conseil général de la Commune décidait que : 

i* Le samcdy 14 juillet, immédiatement après le serment fédératif et 
avant que les gardes nationales du district, le clergé et les corps invités à la 
cérémonie se retirent et qaittcnt l'Esplanade, le corps municipal se trans- 
portera à l'autel de la Patrie, et là, en présence au public, délivrera au 
capitaine Thueux et à son équipage, les médailles envoyées par la munici- 
palité de Nieuport et posera sur la tête de chacun de ces marins, une cou- 
ronne civique de chêno, décorée d'une cocarde aux couleurs nationales ; 

2" M. le maire prononcera bn discours analogue à la cérémonie et dans 
lequel seront relatés les principaux traits du généreux dévouement du 
capitaine Thueux et de son équipage ; 



8d0 L*AKHiB BOULONVAIU 

Guillaume et Jean*Baptiste Papin, qui, au mois de 
novembre dernier, ayant, dans un gros temps, aperçu 
les vagues engloutir et submerger, à la vue du port, 
une chaloupe qui alloit porter secours à un brick 
anglois en détresse, se jetèrent dans une petite barque 
et, par une manœuvre habile, hardie, dirigée avec 
autant de prudence que d^intrépidité, eurent le bonheur 
de sauver deux de leurs camarades se débattant contre 
la mort et la fureur des flots, et vinrent ensuite, forcés 
par Timpétuosité, échouer sur la côte avec ces malheu- 
reux qu*ils rendirent à leurs familles éplorées. Ces 
généreux marins reçurent, comme le capitaine Thueux 
et son équipage, des témoignages vifs, multipliés et 
attendrissants de lestime et de la reconnaissance de 
leurs concitoyens. 

c II seroit impossible de peindre la situation des 
cœurs et des esprits dans ce moment d'émotion et 
d*épanchement civique. Rois malheureux I esclaves des 
préjugés et de l'ambition! Rois coalisés pour nous 
replonger dans les fers ! que n'avez-vous été témoins 
de nos transports, de notre union, de Tharmomc et de 
la touchante effusion de nos sentiments ! Le cœur 
ému par ce spectacle attendrissant, épris des attraits 
ravissants de la Liberté, laissant tomber vos armes 
sanguinaires, vous vous seriez mêlés, confondus parmi 
nous ; vous y auriez savouré un plaisir inconnu aux 
âmes flétries et glacées des despotes, les charmes 
délicieux de TEgalité, de la tendre Fraternité ; et, renon- 
çant à vos projets insensés, devenus les amis d*une 
nation que vous avez Tatrocité de vouloir égorger, 
parce qu'elle veut maintenir son indépendance et qu'elle 



S* Lfii oorps civils leromt invita à aasitter tu oonronnement de ces 
braves marins ; 

4* Le corps municipal reconduira les marins couronnés chex le capitaine 
Thueux; 

5* Il sera délivré à chacun d'eux copie du procès-verbal de la cér6^ 
monie. . . . 

Voici ce qui motivait cette délibération si honorable pour nos marins, 
d*ailleuis ooutumiers du fait dans le passé et dans le présent, 

Au mois de décembre précédent, pendant la plus afErense tempête, 
Téquipage commandé par le capitaine Thueux et composé de Pierre Jutolet, 
Jean Poure, Jean-CKiillaume Malfoy, François Hardouin, François Mascot, 
Antoine Delpierre, Pierre Delpierre, Baptiste Dolpierre, Pierre Bonna- 
vente, Louis Papin, François 1 nueuz, Jean-Guillaome Malfoy fils, Pierre 
et Nicolas Huret, brava lUmpétnosité des vajsnies et arracha à une mort 
certaine de malheureux marins de Nieuport, ballotés dans un navire faisant 
eau de toutes parts, et qui fut englouti quelques minutes après que les mate- 
lots à bord en furent retirés. 



15 JTnLLET 1324 361 

ne soupire qu'après la paix universelle, vous vous 
seriez écriés, dans un saint transport : Non ! il nest 
de bonheur^ il nest de vertus réelles, quau sein d'un 
peuple libre,,,, i 

On peut sourire de l'emphase des mots ; on peut 
sourire aussi de la naïveté de l'apostrophe aux rois 
coalisés ; mais cette emphase, mais cette naïveté par- 
taient d'une foi sincère dans le triomphe de la Liberté 
invoquée, et cette foi engendra les martyrs à qui 
nous devons la grande émancipation, obtenue au prix 
de leur sang(i). 



f 5 ju/7/et f 324. — Robert VII, comte de Boulogne 
et d'Auvergne, signe à Hardelot la charte de 
fondation de la Chartreuse de Notre-Dame- 
des-Prés, de Neuville. 



Un miracle a sanctifié les origines de cette ruche 
religieuse : c'est l'un des derniers ; car, même au 
XIV* siècle, le ciel ne daignait plus aussi souvent mani- 
fester sa volonté aux hommes. Donc, Robert Vil, comte 
de Boulogne et d'Auvergne, se trouvant un jour en 
contemplation devant un tableau de sainte Véronique, 
aperçut les yeux du Christ qui se détournaient de lui. 



(1) Le 17 jaiUet, en l'assemblée da Direotoire» M. Caân a dit : fVous avez 
bien vonla me charger de rexôcution de rarrèté concernant la Fédération . . . 
j*ai cra qu'un des moyens d'y parvenir (à l'économie et à la pompe) éioit 
de réclamer des citoyens de concourir volontairement aux apprêts. 

€ Vous avez pu. Messieurs, apprécier les travaux qu'avoient occasionnés 
la construction du temple et de l'autel ; et vous avez dû reconnoliro dans 
les ornements qui l'entouroient, l'ouvrage de citoyennes qui, ne pouvant 
offrir à la Patne des bras pour la déiendre, se plaisoient à déposer leur 
hommage sur Tautel de la Liberté. 

« Le développement du temple, la variété de sa décoration, Messieurs, 
vous annonçoient une dépense conséquente («ûr) ; et cependant celle que 
je viens vous soumettre pour Texécution de la fête de la Fédération, ne se 
monte qu'à S37 livres 8 sous 6 deniers, et dans cette somme encore se 
trouvent comprises, pour 79 Uxtcs 14 sou», les six bannières qui, réservées, 
doivent servir annuellement (Suivent des félicitations à la garde nationale 
et à la troupe de ligne, et à l'oxcellento tenue de la population). . . L'union, 
la fraternité, le patriotisme ont seuls présidé la Fôtc de la Liberté). . . > 

Les administrateurs, considérant ()ue la vigilance active et les peines 
infinies que s'est donné le commissaire du Directoire chargé de l'exécution 
de la Féie ont essentiellement influé à l'ordre qui y a régné et à la modi- 
cité de la dépense, remercient M. Cazin, 

24 



362 l'année fiOULONNAISE 

Pourquoi celte disgrrâce ? Il interroge et voici que tout 
à propos un chartreux l'exhorte à sonder sa conscience : 
« J 'ai ouï dire que vous avez fait vœu de fonder une 
maison de notre ordre, renouvelez ce vœu. » Le prince 
Técoute ; aussitôt les regards du Christ paraissent s'a- 
doucir. 

M. Tabbé Lefebvre, l'historien des Chartreux (i), n*ose 
se prononcer sur la valeur historique de cette version ; 
mais, dit-il, comme elle a été adoptée dans la Char- 
treuse même, elle mérite une certaine croyance. J'ose 
aller plus loin et affirmer que j'y crois comme à une 
pieuse fraude, nécessaire pour rafraîchir la mémoire 
d'un prince oublieux. 

L'histoire rappelle du reste comment cette promesse 
avait pu être faite. En 13 19, Robert gisait malade 
dans les murs de Sainte-Geneviève ; les médecins 
l'avaient abandonné. Il eut recours à Tintercession de 
la patronne de Paris. L'auteur des miracles de sainte 
Geneviève invoque, à l'appui du vœu qui amena la 
guérison, « une image de cire et une de fust qui encore 
est en l'église. » Dans sa reconnaissance le comte pro- 
mit sans doute aussi de fonder un couvent, car c'était 
alors le vœu ordinaire des puissants seigneurs, et 
Robert était au rang des plus puissants (2). 

(1) Après avoir donna les Huguenots et la Ligue à son début remarqué; puis, 
au bout de trente années de silence studieux, une Notice historique et 
archéologique sur Halinghm^ M. l'abbé Lefebvre a concentré ses efforts sur 
l'ordre des Chartreux, l'ordre reli;rieux par excellence, français et fleur 
de l'état monastique; Ù s'en est fait rhistorien. Il a pris possession de ce 
sujet sympathique piir l'histoire de saint Bruno et de ses llls. Nous lui 
devons le beau volume de la CfiaHreuse de Neuville qui est une page de nos 
annales, et encore celui sur la Chartreuse de Saint-Honoré à Thuison, ])rès 
Abbeville. Bientôt suivront d'autres monographies qui confirmeront le litre 
d'historien des Chartreux auquel il a déjà aes droits incontestabless et qui 
protégera son nom contre l'oubli. 

(<î) Il épousa en premières noces une petite fille de saint Louis et sa petite 
fille devoit monter sur le trône, aclietint cet honneur par l'infortune qui 
allait suivre son union royale; elle fut la femme de Jean II, le vaincu do 
Poitiers, séparé d'elle par une longue captivité en Angleterre. 

Jeanne de Boulogne mérita une autre célébrité : elle est l'héroïne do 
l'amour conjugal dans le Itrre du trht cftevaleureux d'Artois et de sa femme fille 
au comte de Boulogne, roman qui mérita sa très grande vogue par le talent de 
l'auteur et le charme du sujet. 

La maison d'Auvergne jetait son dernier éclat avant de finir dans sa 
brandie aînée avec un fou. 11 semble que ses alliinces successives avec le 
sang des rois la rendirent solidaire du malheur qui allait poursuivTe la race 
roy;ile, et M. l'abbé Lefobvre a pldlosophiquement remarqué le pressentiment 
oui poussa Robert VII à demander aux religieux, en érhange de ses dons, 
des prières pour ses successeurs et non, coiuinc c'était la coutume avant lui, 
pour le repos de l'âme de ses ancêtres. Son siècle, le xiv», devait voir, en 
effet. l'elTondrement en plein triomphe, en pleine prospérité apparente, d'une 
famille féodale qui tomba, comme le cèdre, tout d'une pièce. 



15 JUILLET 1324 363 

On ne sait pas ce que Guillaume XII, son fils, a 
donné pour sa part. Sous son règne, la construction 
du couvent fut fort avancée. Il dut y contribuer car le 
roi Philippe VI eut occasion de rappeler qu^en sa 
jovenneté et par défaut de conseil, il avait fait plusieurs 
dons au grand préjudice de sa femme. 

L'élan était donné. Le trésorier de nos comtes, Guil- 
laume de Mothier, avait joint ses bienfaits à ceux de ses 
maîtres. Arnould de Cayeux, seigneur de Longvillers ; 
Jean, seigneur de Hodicq ; Aléaume, seigneur de Bour- 
noville ; François de Créqui, seigneur de Dourier, gou- 
verneur et sénéchal du Boulonnais en 1494 ; Wallerand 
de Tilly, abbé de Notre-Dame et Antoine de Monchy, 
seigneur de Montcavrel, furent successivement au rang 
des principaux bienfaiteurs. En Tabsence des documents 
faisant connaître le détail de leurs bienfaits particuliers, 
je rapporterai ici une note qui donne une idée de l'im- 
portance totale. Le Livre verd de nos archives, sous la 
date du 1 5 janvier 1 564 signale un marché fait avec les 
religieux de Neuville et leurs tenants pour deux cents 
septiers de blé, à 60 sous le septier, destinés à l'appro- 
visionnement de la ville de Boulogne. Deux cents 
septiers, livrés en dehors de la consommation du 
couvent et de ses fermiers, témoignent de la possession 
d'une assez grande étendue de terres propices à la 
culture du froment (i). 



Les moines de Sanier, invoquant la justice distributive, auraient dit 
peut-être qu'elle fut frappée pour avoir touché à T Arche-Sainte. 

Robert vil avait voulu empiéter, eorome son père, sur les privilèges do 
l'abbaye de Saint-\Vlmer-au-Bois et le livre des OKw, comme les chartes, 
témoignent de la durée d'un procès et des vexulions qui en furent l'origine ou 
la conséquence. 

S'il en est ainsi, — car nous ne trouvons rien autre, — Robert VIT a pu 
du moin-s devant Dieu, mettre dans la balance la fondation de La Char- 
treuse do Neuville en 1324. 

(1) Voici du reste leurs diverses propriétés, d'après la déclaration des 
Chartreux eux-mêmes, laite le 13 décembre 17^ : 

Revenus affermés : 
Sept quarterons- de pré situés à Âttin, affermés. . . . 21Ib >s. >d. 

(En marge) Vu le bail. 

A Cormont, une petitte dixme inféodé louée 120 » > 

A Enocq, vingt mesures de terres louées vingt-huit septiers 

de bled et uix septiers de soucrion, peut valoir, année 

commune 208 » > 

Veu le bail et affirmaon faite. 
A Maresville, soixante mesures do terre à la soUe et quinze 

mesures do pâturages, louées 1.200 » » 

Vu le bail. 

A reporter, . . . 1.5521b > s. >d. 



364 l'ann£e boulonkaise 

D'histoire proprement dite, les Chartreux de Neuville 
n!en ont pas. Aucun événement marquant ne les signala 
à l'attention des annalistes. M. Tabbé Lefebvre a dû 
laborieusement chercher les notes qui lui ont permis 
d établir la succession, à peu près complète, des prieurs 



Report 1.5521b >s. >d. 

A Maries, nue petite maison louée •••...• t 90 > > 

Vu le bail. 
A Neu\illc, la ferme dn Verbois louée par an ..,. 2.600 » > 

Va le bail. 
A Neuville, quarante mesures de terres mauvaises et mal 

scitaécB, louées par an».... 150 t» 

Vu le bail. 
A Ncavillc, vue maison louée à différents particuliers. • 104 » » 

vu le bail. 
Aud. Neuville, huit à dix mesures de marais en non-valeur. 42 > > 

Vu le bail. 
 Bazinghen, une ferme à la Porte (de, pour Parthe) louée. 1.600 > > 

Vu le bail. 
A Recque sur les antheurs(nc), cinquante mesures de terres 

à labour affermées 350 > t 

A la Basse Recq, dix-huit mesures de rietz louées sept sep- 
tiers de bled pctittc mesure, estimés 80 » » 

Vu le bail et e&timaon faite. 
Nota. — Touttcs les maisons cy dessus sont amorties. 

Total des revenus affermés. . . . 6.518 Ifc »8. »d. 

lUvenusfum<^mnii: 

Soixante mesures do terres et ricts à la solle, estimées. • 6001b > s. »d. 

A Maries, un arpent et demy do prés estimés 20 > » 

Menues rentes, profit de la basse cour, calcul fait le tout. 934 > 6 

1.554 tt> Os. 6d. 

Total des revenus 8.0721b 5 s. 6 d. 

Charget : 

?uinze religieux de chœur, 
l'ois frères donnés (rie). 
Un novice et deux postulants pour estre frères. 

Douze domestiques dont les gages montent à. . . . . 3691b» s. » 
Médecin, chirurgiens, apotiquaire, y compris les remèdes. 260 » » 

Cordonnier, mareschal, charon, bourelier, etc 299 10 » 

Réparations de la maison et de touttes les fermes, répara- 
tions do l'église et entretien de la sacristie 2.000 » > 

Total des charges 2.9281b 10s. nd. 

nKGAPITULATION I 

Total des revenus 8.072 Ib >s. 6d. 

Total des charges 2.928 13 > 

Rkste NET 5.1531b 10 S. 6 d. 

pour entretenir quinze religieux de chœur, trois frères donnés, un novice, 

doux postulants et douze domestiques. 

Malgré l'affirmation que tout est compris dans celte déclaration, on cons- 
talo au moyen d'un cueilloir du xvme siècle, inédit aussi, que les religieux 
joui5.saient encore de revenus à Boulogne, h Marquise, etc., non portés sur 
cet état pour une cause difficile maintenant à apprécier. 

Ce cueilloir, assez curieux, retroux^pnrM. Jules Lecat, a été communiqué 
à M. l'abbé Lefebvre. 



15 JUILUBT 1324 365 

qui ont dirigé la maison de Neuville. Il quête, il voudrait 
d'autres éléments pour une nouvelle édition en prépa- 
ration. 

A défaut de matériaux importants, je lui apporte 
quelques pierres qu'il saura mettre en œuvre : 

Qui terre a guerre! dit la sagesse des nations. Il 
semble que la fatalité fasse de tout propriétaire un être 
processif. Comme propriétaires, les religieux étaient 
superlativement amis des procès ; ce qui, pour le dire 
en passant, a été favorable à leur histoire ; car c'est 
dans les sacs de procédures du Parlement et des autres 
juridictions qu'on rencontre les plus copieux éléments 
d'informations. Il y a donc lieu de noter, par extraordi- 
naire, le bon exemple d'amour de la paix donné, en 
i6j6, par les religieux de Neuville. 

A la date du 7 août 1656, Messieurs du chapitre appre- 
naient par leur fermier de Neuville que les révérends 
pères ou leurs tenants refusaient de payer quelques 
parties de dîmes dues aux chanoines, à savoir huit du 
cent sur certaines terres et cinq un tiers sur d'autres, à 
raison de quoi le fermier avait commencé à faire des 
poursuites. 

Messieurs reçurent en même temps une lettre du 
R. P. provincial, portant en substance que les Chartreux 
désiraient vivre en paix avec les chanoines et s'enga- 
geaient à exécuter les clauses de la transaction passée 
autrefois qui les rendaient redevables, etc. Cette bonne 
volonté assoupit l'affaire sur le champ ; mais c'est chose 
assez rare dans l'espèce pour la noter. 

Tout est utile en histoire. L'historien des Chartreux 
pourra encore ajouter, aux éléments de sa notice sur 
Notre-Dame des Prés, le texte d'un bail passé au siècle 
dernier pour la ferme de la Partke, premier bien national 
vendu dans le Boulonnais en 1790, dont nous lui 
avons donné connaissance et qu'il serait hors de propos 
de copier ici. A propos de cette ferme, il trouvera aussi 
deux inventaires de mobilier rural, rédigés en 16 13 et 
en 1754. Leur comparaison donnera lieu à quelques 
observations, ne fut-ce qu'au sujet d'un moule à fro^ 
maires, relevé dans le second de ces instruments 
judiciaires (i). 



(1) Ces acte» ont été communiqués à la Société Acadéniiqne dans los 
séances d'avril et d*aoùt 1885, au nom de M. Jules Lecat. 



366 l'année B0UL0KKÀI8E 

Enfin, en 1789, avant la main-mise de la Nation sur 
les biens des couvents, on peut constater, par une 
lettre écrite le 31 décembre 1789 (i), que les propriétés 
des Chartreux avoisinant Neuville étant menacées de 
destruction, la garde nationale de Montreuil, mue par 
un bon sentiment, s'offrit à les protéger au lieu et 
place de celle de Boulogne trop éloignée. 



15 juillet 1533. — Oudart de Biès^ gouverneur de 
Boulogne, remercie son bon ami le deputy de 
Calais d'un présent de quatre limiers (four lyme- 
hounds). 



Les relations entre eux, à en juger par leurs lettres, 
sont celles de bons voisins désireux de se complaire 
mutuellement. 

La bonne amitié s'était cimentée au mois d'octobre 
1532, lors de la réception que François I" fit à 
Henri VI H à Boulogne-sur-mer. A cette occasion, lord 
Lisie (le deputy de Calais), avait écrit au cardinal 
Wolsey que du Biès l'avait très bien accueilli. Cepen- 
dant, précédemment, ils mettaient déjà en pratique le 



(1) Voici celte lettre : 

c A Montreuil, ce 31 décembre 1789. 
€ Messieurs, 
f Nous avons l'honneur de vous prévenir qu'informés des Dégâts affreux 

3ui se commettent dans les Bois et propriétés des Chnrireux. nous avons 
onnô des ordres à la Garde-Nationnalle de veiller à leur conservation. 
€ Nous pensons, Messieurs, remplir par là les vues de l'Assemblée Nation- 
nalle et les obligations des bons Patriotes qui se doivent des secours mutuels. 

< S'il y avoit. Messieurs, des Délinquants arrêtés, nous vous en informe- 
rions sur le chamç, pour les remettre à leurs Juges naturels. 

< La Garde-Nalionnalle do Boulogne étant trop éloignée pour pouvoir faire 
ce service, celle do Montreuil suivit avec empressement cotte occ^u>ion de lui 
prouver son désir de partager avec elle la protection due aux Décrets do 
l'Assemblée Nationnalle. 

€ Nous» sommes, avec les sentiments léciproqucs entre frères et voisins, 
< Messieurs, 

€ Vos très humbles et très obéissants serviteurs. 
« r^cs ofTiciers municipaux et membres du Comité permanent réunis, 

< De Boisroboi't — Bâillon de Lcpines — Longvilliers — Du- 
qui'noy d'EscoouUe — Duval de Ilautmaretz — C. Ilacot 
^'uilIe*main — Poultier — Le baron do Torsy — Le marquis 
de Moleron — De Barde — De Force ville — Coupier — 
llacot DuvioUier — Le chevalier Dutertre, secrétaire du 
Comité. » (Arch. conim., n» 1675.) > 



r 



15 JUILLET 1533 367 

proverbe qui dit que les petits présents entretiennent 
l'amitié. Au ii juin 1532, Oudart du Biès remerciait 
lord Liste de son gracieux présent d'un cheval hongre : 
il souhaitait lui acheter une mule et promettait de lui 
envoyer l'argent aussitôt que possible. Jacques de 
Coucy était déjà à Boulogne auprès de son beau-père, 
comme on l'apprend par une lettre du 18 juin (i). 

Le 28 juin 1532, du Biès remercie à nouveau son 
ami et voisin pour une hacquenée et « Madame » pour 
le « cramp-rings i&. Il a reçu aussi de la venaison. Par 
réciprocité, il envoie des artichauts de son jardin à 
« Madame ». 

Mais, tout en étant fort aimable, du Biès savait faire 
le muet lorsque son devoir le réclamait : « Quant à ce 
qu'il vous a pieu me faire savoir que avés entendu que 
mons. le comte de Richemont est à présent allé de vye 
à très pas, » il n'en sait rien, dit-il le 16 juillet. A cette 
époque, une espionne avait transmis cette nouvelle : «Un 
jour de la précédente semaine, mons. de Lyskes, avec 
sa femme, est venu en pèlerinage à Boulogne. » L'es- 
pionne a su par le chapelain de mons. de Lyskes, 
« son kinsman » (son parent), que l'ambassadeur du 
Pape, de retour à Boulogne après un voyage en 
Angleterre, venait de déclarer excommuniés et le roi 
d'Angleterre et son conseil. 

Le 2 septembre 1532, du Biès envoie à lord Lisle la 
tête d'un sanglier qu'il avait tué la veille. Ce sanglier 
a blessé à mort ses deux meilleurs lévriers : « Si vous 
aimez la hure de sanglier, mandez-le moi, et je vous 
en enverrai encore. » Les lettres passaient par les 
mains de Colin Caron, le « french king's fost » à 
Boulogne. 

Au 9 octobre, Oudart de Biès reçoit à son tour un 
pâté de « groeme » (?) (2). 

Il fait connaître le 12 que dix mille lasts de harengs 
sont arrivés à Dieppe à 6 îb le last. Qu'est-ce que ce 
last vendu à si bas prix ? En raison de la quantité, ce 
ne peut être le last actuel. 

Le 27 octobre, il demande la bienveillance de lord ' 
Lisle pour une de ses « morte-payes » condamné à 



(1) En 1541, il n'était donc plus \x\ije\mt honnUt connue on Fa dit, afin de 
fairt) croire à son < inexpérience. > 

(2) Grousa, sans doute. 



368 L'ANNiB BOUIiONHÂISB 

six mois de prison à Calais et qui n a pas d^argent pour 
payer ses dépenses. 

Enfin le 13 juin 1534, lord Lisle mande au sénéchal 
du Boulonnais qu^il usera de tout son pouvoir à ce qui 
pourra maintenir la paix entre les deux rois et < vivre 
avec vous comme un bon voisin et ami. » Cest 
édifiant. • 



16 juillet 1660. — Obligation de sanctifier le jour 
d'une fêle patronale de métier. 



Pardevant maïeur et échevins, Nicolas Deseille, 
appelé, est condamné en vingt sols parisis d'amende 
pour avoir travaillé le jour de Saint-Joseph, patron des 
charpentiers. [Registre aux causes de la Mairie. Inv., 
n° 1024). 



17 juillet 1860. — Débuts à Boulogne du poète 
Albert Glatigny. 



On conserve aux archives communales le tableau de 
troupes d'opéras, drames y comédies et vaudevilles, du 
théâtre de Boulogne-sur-mer pour l'année 1 860-1861, 

Emplois :.... Souffleur, Albert Glatigny. 

Ac à Lillcbonne (Seine-In/érieure), 20 avril iSyg. 

Oui, le merveilleux poète, dont la maison Lemerre 
a enchâssé les œuvres dans une édition de luxe, est des- 
cendu jusqu'au trou du souffleur, en province : il y 
trouvait 80 francs de gages par mois..,, sauf amendes à 
déduire. 

Albert Glatigny souffleur! Au moins avait-il son pain 
sec assuré ; il ne l'eut pas toujours, depuis, dans ses 
courses vagabondes d'indiscipliné. 

Il fournissait alors de la copie aux journaux du cru. 
Que de jolies choses il dispersa ainsi un peu partout. 



17 JDiLLK ia60 360 

J'ai de lui use chronique datée du 17 juillet 1860, où il 
se montre, ce qu*il iiit toujours^ amant de rinconnu, 
dégoûté de toute banalité : 

Si je connaissais Boulogne seulement à moitié^ je me 
tairais immédiatement. Les choses m* apparaîtraient sous 
le point de vue auquel elles se montrent à tout le monde ; 
mes impressions seraient les mêmes que celles de mon 
voisin ; j* aurais les mêm^s idées que lui et nous ressent^ 
blerions à ces pièces des jeux de patience qui s emboîtent 
les unes dans les autres. 

Glatîgny voulait voir par ces propres yeux : 

Peut-être m' arriver a-t-il de voir juste. Les étrangers 
inspectent avec un grand soin les endroits dans lesquels 
ils passent y tandis que les habitants, fort souvent^ ne les 
connaissent pas. 

A la suite de ces explications, voici tout à coup une 
envolée en plein ciel : 

Et maintenant, Actualité, pimtante et leste aventurière, 
éphémère vagabonde que berce ta brise ou que fait tour- 
billonner l'essaim cruel des vents, fille incessamment 
fardée avec du plâtre neuf, sourire du jour, tristesse de la 
nuit, funambule toujours un pied en l'air sur la corde 
qui se courrouce ; Actualité au vol rapide, insaisissable 
et changeante, mélancolique ou folle d'une joie ardente, 
me viendras-tu visiter ? 

A quoi bon ! se répond-il. L'actualité, n'est-ce pas le 
mot qui court sur toutes les bouchés ? n'est-ce pas la 
chose banale que le portier aura frippé avant lui et qui 
portera encore les traces des grosses mains de cet hon- 
nête et insupportable fonctionnaire > Il ne la poursuivra 
donc pas. Il préfère aller attendre la venue du soleil 
c qui, en ce moment, s'amuse à jouer à cache-cache, 
« et tire l'été par les basques de son habit éblouissant 
« pour lui faire manquer son entrée. . . » 

L'étéy c est-à-dire la saison royale entre les saisons; 
fêté, la joie éclatante de l'année, oii tout est lumière, 
poésie robuste et saine, où les enfants peuvent laisser 
leurs petits membres à découvert, où, sous le regard de 
l'amour, les femmes sont plus belles . . . 

Mais puisque l'été est dans une de ses années de 



370 l'année boulonnàise 

paresse, il pourra, en l'aUendant, causer d'une pièce : 
Rembrandt et son maître (i), élégie lamentable, émue 
et passionnée, nouvellement publiée : 

Ce que je reprocherai à M, Dubitc^ car il faut toujours 
bien chicaner un peu, cest la faiblesse de ses rimes. Rien, 
au reste, nest plus facile à corriger. Les rimes me font 
V effet de deux personnes perchées au sommet d'une maison 
et qui se parlent dun côté à l'autre de la rue : si elles ne 
causetit quà demi-voix, la distance qui les sépare les em- 
pêchera de s'entendre, et quand, ainsi que M. Dubuc, on 
a de belles choses à dire^on ne doit pas craindre d'éveiller 
la sonorité des échos. 

On n'a jamais mieux parlé de la rime. 

Il est vrai que peu de poètes ont su, comme Albert 
Glatigny, plier la rime aux exquisitcs du vers ciselé. 

Dans ses Flèches d'Or, il y a un pocme charmant : 
A la Vallée du Denacre, 

O Denacre, ô vallëe où les senteurs divines 
Errent avec amour sous les feuilles ; ravines, 
Enclos mystérieux, retraites, escaliers 
De verdure ; massifs où chantent par milliers 
Les oiseaux vagabonds qui t'emplissent de joie. 
Salut, valMe heureuse ! 

I^'as-tu pas abrite cet amour vite ëclos 

Qui doit vivre ignorant des pleurs et des sanglots ! 

Cet amour doux et fier qui me prit au passage, 

A qui ta brise nmie a servi do message 

Et que depuis je porte, et que je garderai 

Ainsi qu'il est venu dans mon cœur, éclaire 

Par un matin de juin, au chant des sources pures, 

Sous tes feuillages verts, pareils à des guipures ; 

O tranquille vallée, 

Je reviendrai souvent loin des regards jaloux, 
Sources, coteaux et bois, me perdre parmi voua. 

Albert Glatigny n*est pas revenu à Boulogne, et il ou- 
blia, sans peine, la Saison des Baitis, journal honoré 
de ses premiers écrits. 



(I) Rrocli. in-«». Houlofrno-fur-nier. Imp. ï)p1 ihodrio, 1S60. — La jii«*oo 

fut leprébcnlée Mir notre iln5Ur«î aux appl iurli^>»cnic]itii Uc tous les amis des 
Vf r« , 



18-19 JUILLET 1544 371 



18-19 juillet 1544. — L'armée anglaise met le 



siège devant Boulogne. 



Henry VIII semblait poursuivre notre ville d'une 
haine personnelle. Il la menaçait depuis son avènement 
au trône, et il y était poussé par son peuple. La grande 
cause de la haine contre notice ville, c'était l'audace de 
ses marins. Le commerce anglais ne pouvait espérer 
de sécurité qu'en s'emparant de cette clef du détroit ; 
il la voulait à tout prix : c'était le vœu général et 
Henry VIII eut, pour le réaliser, autant d'argent qu'il le 
désira. 

On disait notre ville imprenable : cette réputation 
la protégea longtemps ; tandis que le Boulonnais foulé, 
dévasté, continuel théâtre de la guerre, n'avait de 
relâche que pendant les rares moments de .trêves, sou- 
vent troublées par la mauvaise foi des troupes anglaises 
de Calais ; 

Car dans nos champs qui bordent la frontière, 
Aucun épi n'est pur de sang humain (1). 

Le pillage, la dévastation du pays, c'était le prologue 



(1) A partir do 1543 la situation s'accusa plus mona'^nnte. Oudort do Bics 
écrivait a M. d'Ileillv Ifi 23 juillet : € Je vous advisc, quant aux novellcs do 
co quartier, quo 1rs Anglois ont l'ost cette nuit à Fyonne?. Les vinrent hyer 
joindre deux mil homni'^s de pie/l et trois cents' chevaulx bourguignons. 
Leur advant-;ç:îrdo est aujourd luiy advancô»» jusques à Marquise et ih ont 
faict faire beau feu. Estant aux cnanips, cinquante chevaulx do ma oom- 
paijînye ont trouva leur boute- feu et (luelques gens de clievnl bourguignons 
et aussi queir|ucs pariis anglois dont il est peu retourné en leur cmip. Le 
plus grant part ont esté taillez en piéf es. 11 en a esté icy amené huit ou diz 
entre lesquelz il V a un homme d'apparence. Ils disent (îu'ilz nttcndoient de 
\\ grant arlillcrîo qui leur doict venir de llall tis et qu'ils s'attacheroient à 
ciuelque une de noz places mosnies à Ardre ou à Montreuil. » ( Lettre datéo 
do BouUonçne.) 

Au comnienoement de l'année 1544, en février, les Anglais avaient as- 
siégé l'église d'Audinghen où se trouvaient quatre-vingt-huit laboureur?, un 
gentilhomme et |)lusieurs soldats. Obligés de se rendre, leur vie sauve, ils 
furent pillés et dépouillé?», puis par un raffinement de eruaulé, les capitaines 
leur dirent : < Nous vous avons promis et laissons la vie sauve ; mais do 
ce que ferons nos hommes nous ne nous muions point. > Sur ces mots, les 
piétons entrèrent dan» répli«»e et massacrèrent les paysans. Plusieurs 
fenmics qui croyaient sauver leurs maris et leurs enfants en intervenant 
furent tuées aussi, ainsi quo quatre prêtres auxquels < ils coppcrent les 
doigtz sacrés et les coronncs, puis aprô& les gorges. > Dans cette expédition 



372 l'iXMEi BOUMNirAIBB 

du siège de Boulogne. Dès le 24 juin 1544, lord Rus* 
sel, c lord privy seal > passa le détroit et joignit le duc 
de Norfolk à Calais. Les forces de ces deux comman-' 
dants, l'un d'avant-garde, Tautre d'arrière-garde, 
s'élevaient à vingt mille fantassins avec peu de chevaux. 
{State papers Venttian, t. V, n® 312.) 

Ils attendirent le corps d'armée composé de quinze 
cents hommes que devait commander le roi ou son 
lieutenant, le duc de Suffolk. Henry YIII arriva le 
14 juillet à Calais, où le vinrent trouver Suffolk et 
d'autres seigneurs qui tenaient le camp de Marquise. 
Le 18 juillet, lord Suffolk et plusieurs gentilshommes 
avec un certain nombre de cavaliers et de piétons et 
une pièce ou deux d'artillerie, partirent du camp de 
Marquise pour reconnaître les abords de Boulogne et, 
dès leur arrivée, après une escarmouche avec ceux de la 
ville, ils fouillèrent les bois et en chassèrent les bandits. 

Le samedi 19 juillet, lord Suffolk, chargé des opéra- 
tions du siège, transporta le camp de Marquise à 
Boulogne et le planta proche de la ville ; aussitôt 
quelques arquebusiers allèrent saluer les remparts et 
échanger quelques volées avec les Français. L'artillerie 
fut mise en place et s'approcha de plus en plus des 
fortifications menacées. 

L'investissement nécessitait un grand déploiement 
de troupes, car il fallak couvrir les hauteurs depuis 



Ia framison de Gaines avait ordre de tout tner. Les soldats prenaient mdme 
plaisir à torturer leurs prisonniers ; ils leurs i tiroient la langne hors da 
corps. » Un Anglais, ayant sauvé un jour une jeune femme enceinte, fut 
pmdn sur le marché de Gutn^'s en punition de cet acte d'humanité. 

Ce fut ensuite le tour de Fiennes, de Mar<}uise, de Wissant, et d^s vil~ 
lages environnants. Dans cette campaf^ne, <in(( monastères furent minés: 
Beaulieu, Licque?, Samcr-au-Bois, DoudeauviUe et Saint-Inglevert. La 
terreur régnait. Les habitants des campagnes fuyaient de toutes parts après 
avoir enfoui ce qu'ils av.'iient de plus précieux, après avoir retiré et caché 
iusqu'nux cloches des églises. L'incendie de l'aobaye do Saint-lnglevert, de 
Marquise et de tant d'autres justifiaient amplement'ieura craintes. 

Les habitants de Réty, dit Dufaitelle, firent comme les autres. Les trois 
cloches de icar église gothique furent dépendues et mises en lieu de sûreté. 
Mais lorsque les Anglais eurent évacué le pays, soit que les cloches 
eussent été trouvées et enlevées, soit que ceux des habitants qui les avaient 
cachées eussent été tués pendant le siège de Boulogne ou fussent morts pen- 
dant les dix années d'exil, U clocher resta veuf do ses hôtes harmoi)i<^ux. 
Aujourd'hui cependant, un trou profond do la rivière conservo le nom de 
Trou à do^fue» : les habitints sont persuadés que leurs cloches s'y trouvent 
enr-ore, que la veUle du jour des Morts, leur voix grave et mélancolique se 
fait entendre au moment du crépuscule et répètent d'écho en écho : Pria 
pour Vdmê des tripaués.' 

Mirhel Dubuisson, page 193 de set AnlifuUiê, dit qu'à Conteville oa dépen> 
dit aitsihs cloches. 



20 JUILLET 1080 87S 

la Tour-d*Odrc jusqu'au plateau d'Ostrohove. Les 
assiégés n'avaient pour garnison que quinze cents 
soldats, en ce compris cinq cents mercenaires italiens, 
outre quelques volontaires de la milice bourgeoise; 
mais tout était soldat dans la ville pour combattre 
Tennemi. On était résolu à une défense énergique, 
facilitée par la force des remparts, le nombre des pièces 
d'artillerie (i) et l'abondance des vivres et de munitions. 
II ne manquait qu'un commandant, homme de cœur. 



19 juillet 1800. — Le docteur Nowel inocule la 
vaccine pour la première fois en France à 
mademoiselle Beugny^ rue des Pipots. 

C'est le souvenir de cette première expérience, faite 
sur le continent, de la précieuse découverte du docteur 
Jenner que rappelle la statue élevée en face de Thôtel 
des Bains, et inaugurée le ii septembre 1865. 



20 juillet 1680. — Louis XIV se rend à Amble- 
teuse pour voir avec les ingénieurs s'il 7 a lieU 
de rétablir le porL 



Ambleteuse a été Tune des cinq villes de loi du Bou- 
lonnais, avec privilèges et échevinage. Scotté disait 
encore au siècle dernier : c En cette ville il y a un 
maïcur et eschevin . . . Bien souvent il s V trouve pour 
maïeur un basteur en grange. > Il n en avait pas 
toujours été ainsi et Vauban, en cherchant les vestiges 
de la ville, détruite sous Henri II par un accord de paix 
avec le roi d'Angleterre, ayant fait creuser le pour- 
tour des anciennes fondations jusqu'à la hauteur de 
cinq à six pieds, constata que cette ville avait dû être 

(t) Voir éphéméride du 25 ftvril, on note, Ilnventaire des pièces trouvées 
lors de la prise de Boulogne. 



374 l'année BOULONNA.ISB 

considérable « et fort bien munie tant de murailles qu6 
de bastions et tours. » Le circuit fut mesuré : on trouva 
€ six cent cinquante toises de tour, accosté d'un chas- 
teau aussy autrefois bien fortifié. » 

Louis XIV, comme plus tard Napoléon, rétablit le 
port, jugé utile à cause de sa proximité de l'Angleterre. 

En 1680 ce roi employa sa campagne à visiter les 
ports de Picardie et commença par celui de Boulogne (i). 
Le lendemain le roi partit pour Ambleteuse où il fit 
sonder le port. Il le trouva avantageux à rétablir et 
donna charge à Vauban d'élever la tour qui existe 
encore pour y placer une batterie de canons et en dé- 
fendre l'entrée. Cette tour commencée en mars 1682 
fut achevée au mois d'octobre suivant. On s'occupa en- 
suite du port qu'on protégea par un mole et une jetée 
afin de retenir les sables. La rivière de Slack fut barrée 
par une écluse considérable. On aurait pu croire à la 
résurrection de la vieille ville qui eut son comman- 
dant (2), son ingénieur (3) ainsi que sonéclusierenchef: 
celui-ci se nommait Jean Deseille (4). Mais le grand roi 
qui avait voulu mettre une barrière aux sables envahis- 
sants eut bientôt d'autres soucis. Il abandonna son 
œuvre que les sables reprirent, comme ils l'ont reprise 
à Napoléon I". 



20 juillet 1780. — La foire de la Madeleine est 
transférée sur TEsplanade. {Archives comm., 
n^ 1046.) 

Elle se tenait auparavant dans la rue de l'Hôpital 
et précédemment auprès de la Maladrerie de la 



(4) Où il arriva le 19 juillet, où il n'a couchô qu'une nuict avec toute sa 
cour y compris la Reyne, Monseigneur et Madame la Daupliinc. La pluspart 
des fanUissins des troupes boulognoiscs militiennes passèrent en revue devant 
S. M. sur le rempart. ... à l'issue de son arrivée. (Scotté, p. 59.) 

(2) Le dernier commandant d'Ambleteuso fut le père de Guvelier de Trie, 
rival de Pixôricourt. 

(3) Il reste comme souvenir Vfngénerief propriété de M. Lonquéty aîné. 

(0 Le poste resta longtemps dans cette famille. Il faut croire qu'il n'était 
pas sans imporliince si l*on en juge par l'honneur (|uo faisaient aux enfants 
des lilulaircs les grands seigneurs qui leur servirent de parrains. Le nom do 
cette famille est très ancien dans le pays et se tire d'un lieu dit à Audrc- 
scilles. 



21 JUILLET 1738 375 

Madeleine. Mais il y avait déjà un temps immémorial 
qu'elle se faisait dans la rue de l'Hôpital. Comme le 
jour d'ouverture coïncidait avec la fête de sainte Made- 
leine que l'on célébrait à l'hospice Saint-Louis, le ser- 
vice divin était nécessairement troublé par le bruit in- 
séparable d'une assemblée tumultueuse. D'ailleurs ce 
Ipruit interrompait le repos des malades. Une autre 
considération, donnée à l'appui du projet de trans- 
fert sur l'Esplanade, et celle-là majeure, c'est que 
l'emplacement manquait dans la rue de l'IIôpital pour 
contenir toutes les boutiques et l'affluence des ache- 
teurs. 

Se rendant à toutes ces raisons, Téchevinage, après 
avoir reçu l'avis des administrateurs de l'hôpital, or- 
donna le transfert, sans que ce changement pût nuire 
à la perception qui se faisait à cette foire au profit 
de l'hôpital et qu'une sœur de charité était chargée de 
recueillir (i). 



21 juillet 1738. — Bénédiction de la petite cha- 
pelle, ou oratoire, qui a été faite dans la maison 
de la ferme des Moulins TAbbé, ancienne habi- 
tion de Tabbaye de Nostre-Dame de Boulogne, 
pour la commodité des chanoines qui s'y trou- 
veroient. (Actes capitulaires.) 



Cette ferme ser\^ait de maison de campagne aux reli- 
gieux < pour se promener» : ils y avaient un moulin 
en propre. 

La chapelle existait de longue date et Scotté en 
parle dans les pages écrites vers 1 720. 



(1) Il y avait encore la foire d'hiver qui était la foire de la ville et se te- 
nait le 10 novembre pour les chevaux, le 12 pour toutes sortes do marchan- 
dises : elle durait quinze joiii*s. 

Tous les premiers tnercrodis du mois de l'année il y avait aussi un franc 
marché établi depuis 1(>82 par les maire et éclievins : autrefois octroyé par 
l«»s roys de France, muh longtemps né;;lijjé. « Outre quoy, dit Scotté, il se 
lient audit Boulogne deux marchés toutes les semaines qui sont les mercredi 
et samcdy. > 



^^^^ 



876 L'AimÉB DotriiOiTVÀisv 



21 juillet 1798 {3 thermidor an VI). — Vente de 
rancienne cathédrale, en eiLécution des lois 
des 16 brumaire an V, vendémiaire^ 16 et 
24 frimaire an VL 



Mise aux enchères le 23 messidor an VI sur le prix 
de 24,000 livres, cette propriété nationale ne trouva pas 
d amateur : elle se composait d'un bâtiment de quarante- 
sept toises trois pieds de long sur une largeur réduite 
de douze toises trois pieds et une hauteur d'environ 
sept toises quatre pieds jusqu'à l'entablement; d'un 
bâtiment ayant face sur la rue de Lille, de quarante- 
cinq pieds de longueur, à usage de sacristie ; et, enfin, 
d'un autre petit bâtiment de quinze pieds de longueur 
sur douze pieds de largeur également à usage de sa- 
cristie. 

Une nouvelle adjudication s'ouvrit le 3 thermidor et, 
sur la mise à prix de 18,000 livres, le sieur Gorillot, 
imprimeur à Arras, offrit la somme de 310,500 livres 
assignats, moyennant laquelle il resta adjudicataire 
concurremment avec Jacques-Philippe Duponchel, fa- 
bricant à Béthune; Augustin-Joseph Jacob, dit Auguin, 
concierge de la maison d'arrêt des Dominicains à 
Arras ; Jean-Etienne Calvi, marchand à Arras ; Guis- 
lain Piteux-Vicogne, rentier à Arras, et Jérôme Lefebvre, 
juge de paix de la deuxième division d'Arras, chacun 
pour un dixième. (Extrait du procès^erhal conservé aux 
archives de la paroisse Saint-Joseph\ liasse »® /.) 

Ce document officiel est à peu-près tout ce qu'on sait 
de certain sur les dimensions et l'importance de l'an- 
tique cathédrale de Notre-Dame c la plus laide que j'aie 
encore vue» disait, en 1792, l'abbé de Rudemare, de 
Paris ; — c assez belle » avait au contraire écrit le père 
Xavier Bertrand dans sa description de Boulogne, vers 
1780, et dont Antoine Scotté parlait en ces termes, 
en 1720 : 

« Cette cathédrale est présentement richement décorée 
et ornée.... J'ai veu la décoration du portail dont la 
pierre estoit toute mangée de l'antiquité. En dehors 



21 JUILLET 1798 377 

estoient les figures en grand relief de Phillppes et de 
Mahaut, comtesse de Boulogne; et au-dessus la figure 
de la ferme nommée Moulin Vabbé.,., (i). 

c Le vaisseau de cette église est grand et spacieux 
avec des bas costés et carolles qui accompagnent la 
neffe, la croisée et fasse du chœur qui est orné d une 
fassadc de vingt-quatre colonnes de marbre qui com- 
posent son jubé, tant en dedans qu'en dehors du 
marbrel de ^îamur et du Boulognois, dont seize de ces 
colonnes font Tentrée du chœur et huit autres qui 
composent les deux autels qui sont à costé. Ce jubé 
est relevé de trois grandes marches de stincal du Bou- 
lognois et le frontispice de ce magnifique jubé est 
composé d une riche balustrade, aussy de marbre de 
Namur, soustenue d'une double corniche de marbre 
noir et blanc ; au dessus de ce jubé pend en lair un 
magnifique cadran à Torloge de cette église, qui 
est un ouvrage distingué de fer doré, semblable à 
celuy qu'il y a à l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, 
à Paris, composé de la figure d'une aigle avec les 
armes de la maison d'Aumont et de la Molte-Houdan- 
court (2). 

c Ce magnifique jubé a esté faict aux despens de 
M. Antoine, duc d Aumont, marcschal de France, 
gouverneur de Boulongne, où il despensa des sommes 
considérables à la construction de ce jubé, ayant faict 
venir la plus part du marbre du Brabant avec les 
ouvriers. Les colonnes]]quarrées sont du Boulognois 



(1) Le chanoine Antoine Le Roy dit dans son Mu autographe : € Au (^rand 
portail de la cathédrale du costé da cimetière («ur la rue de Lille) paroist au 
milieu une grande vierge dans un hnsteau et aux deux costaz les représenta-, 
tions d'un seigneur et d'une dame de la façon qu'on rcprésenloit alors les 
personnes de la première qualité, comme sont les roys de France aux por- 
taux de Notre-Dame de Paris, de Saint-Deni.0, etc., ce qui fait croire que ce 
sont les statues d'un comte et d'une comtesse de Boulogne, de Jean de 
Berry et de sa femme, ainsi que l'assure l'histoire mss. Ses murailles à 
droitto et à gauche sont ornées de plusieurs Ûgures de plusieurs miracles au< 
trefois faits par l'intercession de Notre-Dame.... Touttes lesditt^s figures 
cntremeléez de fleurs de lys, ce qui peut encore davantage faire croire que 
c'est led. Jean de Berry, comte de Boulogne, fils de France, qui a fait faire 
ledit portail. » (JVm, f9 61.) 

Le 13 mars lt>68. Messieurs du chapitre décidaient qu'on fera faire une 
image de Notre-Dame pour être poséo sur le grand portail de la cathédrale. 
(Actes capituL, G, n» 56.) 

<2) Cette horloge fut faite par le frère Médart, religieux capucin. Il en est 
question dans les actes capitulaires du 26 avril et 14 mai 1672 et 29 mai 1676. 
^oir Ephém. de l'abbé Elaignéré dans l'Impartial au 14 mai 1870. Il en exis- 
tait précédemment une autre qui fut réparée le 3 novembre 1661. 

25 



378 L'Aimâs B0UL0KKÀI8B 

avec les marches qui sont du stincal. » Ce jubé fut fait 
en 1667-1668 et 1669 (i). 

N'est-ce pas pour ce jubé que le ç mars 1664, 
MM. de Chastillon et Cannet furent priés d'avoir soin 
de faire amener les huit colonnes de marbre qui sont 
sur le port. (Reg. G, 49). Le 8 janvier i66ç, il est dit 
dans un acte capitulaire : € On verra M. d'Aumont au 
sujet du jubé qu'il veut faire. » 

D'après une inscription conservée par Ant. Le Roy, 
la clôture du chœur et l'autel de la cathédrale, com- 
mencés en 1653, furent achevés en 1656. On y employa 
la valeur, (soit douze mille livres), des deux cœurs d'or 
d'hommage et de relief, dûs par les rois Louis XIII et 
Louis XIV, à cause du comté de Boulogne, en suite de 
Tinféodation de Louis XI (2). 

Scotté nous apprend qu'il y a « à cet autel de chœur 
un tableau de YAssumption de la Sainte Vierge qui est 
estimé et a esté faict par un habil peintre de Paris 
nommé Loys Le Noir » ; et le registre capitulaire G, 
n** 40, sous la date du 13 mai 1658, porte ces mots : 
€ Mgr le mareschal d'Aumont envoie de Paris un beau 

(1) Le 7 avril 1666, Messieurs dn chapitre arrêtaient que Mer d'Aumont 
pourra faire faire un mausolée dans une partie du jubé (ju'il taxi élever. Le 
lO décembre 1666 il est dit : € Faut se souvenir de faire acte au len tique 
touchant la pierre de fondement du jubé de M^ le maréchal duc d'Au- 
mont. > Dans lo registre plumitif pour 1667 on trouve de nombreux actes 
relatifs aux déplacements de bancs nécessités par la construction dn jubé, 
ainsi qu'au changement de l'nutel paroi^8ial, de la place do l'évèque et deu 
archimacres. M. le duc d'Aumont étant mort en février 1669, c'est à son fils 
que le chapitre écrivit le 19 avril 1675 pour lui rendre des actions de gr^es de 
tontes les bienveillances qu'il tosmoi^e avoir pour la décoration oo l'église 
cathédrale. 

Le 12 août 1697 < par un Inndy après la grande messe des chanoines », le 
chapitre en corpB bénit solennellement une croix bronzée posée sur le jubé. 

L abbé D. Ilaigneré a parlé de ce jubé dans ses éphémérides. (Impartial, 
30 octobre 1869.) 

(2) Essayons, en suivant les actes capitulairos, de noter les principales 
phases de la construction. 

SI ootobre 1658. — M. l'archidiacre Macquet apporte un acte qu'il a 
dressé pour aller en Anglererre quérir quarante-un pieds cubes d'aloastre 
qui sont nécessaires pour l'autel. 

En 1608, dans le compte de l'emploi des 12,000 livres accordées par 
Louis XIV on trouve qu'il a été payé 36 livres au matelot qui est allé 

guérir à Douvres trois bloos de marbre blanc dont l'un était dit marbre de 
féncs; 41 sons 6 deniers à deux voituriers pour deux charretées de marbre 
jaspé amené d'Elinghen pour faire les balustres de la clôture du chœur ; il 
est aussi parlé de l'achat, en Angleterre, de marbre blanc € pour faire les 
deux anges qui seront posés sur le fronton de l'autel. > 

En 1656-1668. — Même compte. Voyage fait par lo> comptable à Movecqucs, 
Landrethun et Ferques, pour visiter les ouvrages des corniches et des dos- 
sus de portes de la clôture. 

La 17 mai 1666 on décide de faire peindre les deux portes du chœur en 
couleur d'albastre : on charge Jean Odent, peintre, de ce travail. 

Le registre G, 39 pour 1656 contient plusieurs marchés faits avec les tail« 



21 JUILLET 1798 879 

tableau, estimé 40 pistoUes, représentant le mystère de 
r Assomption , pour servir au grand autel (i). 

Louis -Marie duc d'Aumont, gouverneur de Boulogne, 
donna encore les deux anges de bronze soutenant un 
cœur et le présentant au Christ. 

Il y avait dans la cathédrale des orgues t à admirer 
pour leur beauté et bonté», faites en 1682 par un orga- 
niste de Saint-Omer nommé Van Isaac, qui mourut à 
Boulogne, peu de temps après avoir achevé son ou- 
vrage, et fut inhumé sous les dites orgues (2). 

On c admiroit aussi pour leur délicatesse et sculp- 
ture 9 les formes et stalles des chanoines c toutes en 
bois de Clapôux », pour lesquelles le 1 3 septembre 1627, 
messieurs ordonnaient à Carpentier, vicè-maïeur, ci- 
devant commis à la recette, de payer à Georges Hinc- 
kell, 1,000 livres qui lui étaient dues pour leur « struc- 
ture». Déjà, le 17 septembre 1620, une somme de 
448 livres avait été payée au même entrepreneur. 



leurs de pierre poor les ouvrages de Tautel. Le 26 août on décide que Tépi- 
paphe du grand autel, en français, sera dorôe par Guillain, peintre. C est 
répuraphe dont Antoine Le Roy a conservé le texte et qu'il dit gravie m 
aoutt 16d6. 

D'après le resgistre G, 40, on eut quelques difficultés sur le rèdement du 
compte de la déture du chœur. (Actes des 24 avril, 5, 8 et 10 juillet 1656.) 

I^ 34 janvier on avait refusé à la veuve de Jacques Liesse, sculpteur, deux 
images (statues) de saint Maxime et de saint Louis € comme défectueuses. > 
Refaites, sans doute, ces images sont payées et bénies les 16-21 mal 1659* 

A la suite de ces travaux, le chapitre se mit en frais pour la décoration 
de réglise et renouvela plusieurs ornements. - On projetait la construction 
d'une sacristie (10 juin I06I). 

(1) 11 avait quelques bons tableaux dans l'ancienne cathédrale. Parmi la 
multitude que fait connaître l'inventaire dressé par la municipalité en 1791, 
l'un d'eux surtout est à regretter. 

Au salon de 1789 Antoine-Théodore Giraux, nommé membre de l'ancienne 
académie de peinture l'année précédente, exposait une € sainte Thérèse > 
tableau de hmi pieds de hauteur sur cinq pieds neuf pouces de largeur, pour 
la cathédrale do Boulogne-sur-mer ; ainsi parle le livret.* 

Dans une lettre de Cochin à Descamps, directeur do l'acadénno de...., 
rapportée par MM. de Goncourt (l'Art au xviii* siècle ntr CbcAtn), cette 
œuvre est jugée comme € un très bon tableau, vigoureux de couleur et bien 
€ exécuté. > 

€ La cathédrale de Boulogne ne contient plus cette œuvre. Où est-elle f 
demandait le 9 février 1884 — M. Ernest Salles, propriétaire, 69, boulevard 
Magentn, à Paris. — J'ai répondu en donnant les extraits! de l'inventaire où 
le tableau de sainte Thérèse était mentionné, sans pouvoir faire connaître 
ce que devint ensuite cette œuvre t bien exécutée >. 

(2) Actes capitulaires. Facteur Yan Isaacq. Devis, le 4 juin 1680, contrat 
le 5. Le facteur meurt le 5 octobre 1682. Les orgues sont dites achevées le 
30 octobre. L'église a besoin d'orgues depuis longtemps, disait-on le 12 juil- 
let 1679. 




200 livres furent payées pour le travail. 



880 VàMÈit HôtrxicmrâiBB 

L'autel de la paroisse Saint- Joseph était placé dans 
la croisée de la nef au côté droit, depuis le mois 
d'août 1667. 

En 1684, on reconstruisit l'autel de Saint-Maxime 
pour faire pendant. 

En 1686 eut lieu la réforme des bancs « qui gâtent 
la symétrie de l'égHse. » Déjà, pour la régularité, on 
avait prescrit (4 mai 1668) que c toutes les tombes, qui 
seront doresnavant posées en cette église, seront en 
marbre et d'égale grandeur. » 

Il resterait à parler ici des vitraux assez remarquables 
qui ornaient l'église ; mais le chanoine Le Roy et 
M. l'abbé D. Haigneré dans VHistoire de Notre-Dame 
de Êoulopne ont cité et dépeint les plus importants. 

Luto donnait une haute antiquité à une partie de 
l'édifice c depuis le portail jusqu'aux premières arcades 
du chœur (i). i II ajoutait : 

L'église est très propre et bien ornée.... Comme le 
chevet est une rotonde qui commence là où finit le 
chœur, l'autel est environné d'une belle clôture. Le por- 
tail n'a rien de beau. > 

Les notions fournies par l'inventaire de 1791 permet- 
traient, peut-être, d'ajouter quelques éléments de re- 
constitution au monument disparu. On y suit nos 
magistrats dans les nombreuses chapelles au pourtour 
du chœur. M. Lipsin a fait mieux : aidé de ce docu* 
ment et des souvenirs de témoins, il a dressé un plan 
excellent de l'intérieur de la cathédrale. Ce plan parle 
plus éloquemment que toutes les descriptions. 



22 juiltet 1746. — Naissance à Boulogne de Pierre- 
Joseph fils, hors le mariage, de messire Louis- 
Elisabeth de La Vergne, chevalier, comte de 
de Tressan, maréchal de camp et des armées 
du Roy, lieutenant de ses gardes du corps, et 
de Michel Roussel de Landrecy, âgée de vingt* 
deux ans. L'enfant fut légitimé le 10 juillet 1747. 

Est-ce Tabbé de Tressan que Quérard fait naître en 
Amérique en 1749, ^^^ ^^s biographies générales 

(1) Voir lo texte de Luto. {Mém, de ta 09C. Àcad,, t IX, 9« partie, p. eo.) 



99 jçiMJBT im m 

disent né en Boulonnais vers 1749 ; que la biographie 
Didot qualifie de fils puîné du comte de Tressan > 

Connu , dans TEurope littéraire , par des romans 
de chevalerie regardés comme des modèles en ce 
genre, Tabbé de Tressan émigra vers 1791 et voyagea 
dans les divers Etats du Nord : il fut bien accueilli par 
les personnages les plus distingués, surtout en Russie. 

Il est Tauteur de le Chevalier Robert ou histoire de 
Robert surnommé le brave, roman présenté comme 
un livre posthume du comte de Tressan, et dont il 
existe plusieurs éditions (i) ; mais son ouvrage principal 
est La Mythologie comparée avec l'histoire^ suivie de 
recherches sur rancienne religion des habitants du 
Nord, ouvrage adopté par l'Université, dont l'édition 
de 1826 que j'ai sous les yeux, la huitième, est en 
2 vol. in- 12®, ornés de seize planches en taille douce, 
représentant soixante-quinze sujets : la première datée 
de 1796, Londres, est en 3 vol. in-8®. 

On a encore de lui Rose Sumnters, ou les dangers de 
l'imprévoyance, traduit librement de l'anglais (1809), 
et les Sermons de Blair^ traduits sur la vingt-deuxième 
édition entièrement complète (Paris, Dufour et C», 1806 
et années suivantes, 5 vol. in-8®). Cette édition est 
estimée. 

Il revint en France vers i8oi et se retira à la cam- 
pagne où il partagea son temps entre l'étude et les 
soins qu'il donnait à un troupeau dç mérinos. II y 
mourut au mois de juillet 1809 (3). 



23 juillet 1527. — Réception à Boulogne du cardi- 
nal Wolsey, 

Le lieutenant de Picardie et le gouverneur de Bou- 
logne, avec une suite honorable, avaient été, la veille, 

(i).LA première publiée en Angleterre, avec dédicace agréée par Paul !•% 
empereur de Russie. Quérard en cite une de Saint-PéMrsbourg, 1791, in-8** 
et une autre, revue, corrigée et augmentée de plusieurs morceaux inédits de 
Tauteur, d'un discours adressé au comte de Tressan par l*abbé Delille, 
ornée d^une gravure et d'une romance mise en musique, publiée à Paris chez 
Giguet, an iX, in-8«, S Ib, et Paris, libraires associés, an IX, in-18 de 
180 pages, 1 ft 80. Ce roman a en outre été inséré dans les œuvres du comte 
de Tressan, édition de 1822-1823. 

(2) Voir sur le séjour du comte de Tressan à BoulcMme, vs chapitre ob 
L*iii8TuiRB LiTTBRAiRB DU DOULONXAI5, Lesage, Yoisenan et Tressan, 
1724-1750. 1 vol. in-8*, 1882. — PubUé dans Ie)Oumal la 8aU(m, 9, 11 oc- 
tobre 1882. 



382 l'ann^b boulonvaibb 

à la rencontre du célèbre cardinal, jusqu'à Saint-Ingte- 
vcrt. Sa réception à Boulogne se fit avec les plus grands 
honneurs. 

L'ambassadeur vénitien écrivait le 3 janvier 1527 : 
« The marriage contract betwen England an France is 
expected. » La difficulté venait de ce que le roi anglais 
demandait « the surrender to him of Boulogne. » Au 
mois d'avril on annonçait que les deux rois devaient se 
rencontrer à Calais ou à Boulogne avant l'Ascension. 
C'est sans doute au sujet de cette entrevue, qui n'eut 
lieu qu'en 1532, que le cardinal Wolsey vint en France. 
Il y avait alors une apparence d'amitié entre les deux 
souverains : Wolsey animait son maître contre Charles- 
Quint et préparait les voies à une alliance qu'il désirait 
pour ses vues profondes. Wolsey était le Bismark du 
temps. 



24 juillet 1132. — Charte de fondation de l'abbaye 
de Licques par Tévêque Milon l^^. 



L'évêque de Thérouane déclarait dans cette charte 
placer l'église de Licques et toutes ses dépendances, 
sous la direction de Walter, abbé de Saint-Martin, de 
Laon, afin d'y établir un monastère. 

L'évêque de Thérouanne relevait de ses ruines un 
monastère dont la fondation primitive attribuée, par 
Lambert d'Ardres, à Robert de Licques, surnommé le 
Barbu, est revendiquée pour Robert le Frison, comte 
de Flandres, dans un extrait manuscrit tiré des archives 
de France. • 

M. l'abbé D. Haigneré {Dtct, du Pas-de-Calais, arr. 
de Boulogne, III, p. 128, etc.) dit que peut-être saint 
Bernai'd, avec qui l'évêque Milon visita Andrcs, en 
iip, contribua au projet de transformer l'ancienne 
collégiale en une abbaye de Norbertins du nouvel ordre 
de Prémontré. 

Le grand saint a-t-il, à la même époque, inspiré à 
Mahaut, future reine d'Angleterre, la pensée de fonder 
aussi l'abbaye de Longvilliers, ou bien est-il revenu 
dans nos contrées en 11 35? 



24 JUILLET 1593 383 

La solution du problème aurait quelque intérêt, car 
le double voyage du reformateur célèbre témoignait une 
vive sollicitude pour notre contrée ou des relations 
d'amitié avec les suzerains. 

Il est sorti de l'imprimerie C. Le Roy, en i88o, une 
histoire de Tabbaye de Licques, œuvre posthume de 
M. labbé Rozé , assez intéressante , mais incom- 
plète. 

Notre bibliothèque publique possède le cartulaire de 
cette abbaye dont M. Tabbé Haigneré prépare la pu- 
blication. L'abbaye a subsisté jusqu'en 1790. 



24 juillet 1593. — La vefve de Pierre de Longue- 
maux paie dix-huit années d'arréragé pour le 
petit bois de Londefort. (Terrier du Quint 
d'Ordre : Mss. BibL, Ern. D.) 

Il est ainsi désigné : « une pièche de terre avestue 
de bois, séant à Londefort, contenant trois quartrons 
ou environ, aulquelbois et terre gist la fontaine Saînte- 
Godeliefve > 

C'est, je crois, la plus ancienne mention cadas- 
trale que l'on connaisse sur la fontaine de Sainte- 
Godeleine. 

Dans un aveu du fief et seigneurie du Mesnil, sem 
au baron d'Ordre le 2 juin 1757, il est relevé que Jacques- 
Philippe Longuemaux, demeurant à Longdefort, pa- 
roisse de Wierre-EfTroy, fils et héritier d'Antoine 
Longuemaux, tient une mesure ou cinq quarterons de 
terre à usage de bois situés à la fontaine Sainte- 
Godelaine. . . étant le résidu de la dite terre. . . tenant 
à la rue qui va de Canteraine à La Rebertangues. . . 

Ainsi, voilà près de trois siècles que cette famille 
s'est constituée gardienne de cette fontaine objet d'un 
pieux pèlerinage populaire. Auparavant elle était aux 
mains de Nicolas Haluin, s"" d'Atin dont la mère se 
nommait Godeliefve Tainlelier. 

On doit aux Longuemaux la construction et la réfec- 
tion de la chapelle, comme on peut le voir par les ins- 
criptions ci-après. 



384 L'ANirâB BOULONNAISE 

Cette chapelle a été construite à 
r honneur de sainte Gode laine par 
Jean-Baptiste Bras dejei- de 
Letang et Marie-Thérèse 
Longuemaux, son épouse, 
le 5 septembre iy82. 



Reconstruite en 182g par 
M, Jean-Louis-Marie 
Longuemaux, époux de Marie- 
Antoinette Lavoine, officier 
retraité, captitaine sous 
V empire de Napoléon du 
27* régiment d'infanterie de ligne 
ex-capitaine des grenadiers 
des gardes natinneaux (sic) 
actives de la cohorte de Calais. 



25 juillet 1173. — Mort de Matthieu d'Alsace, 
comte de Boulogne. 



En II 59, il y avait au monastère de Ramsay, une 
abbesse qui était seule fille et unique héritière des pos- 
sessions d'Etienne de Blois, roi d'Angleterre et comte 
de Boulogne. Sans doute , Henri II , successeur 
d'Etienne, la considérait comme un danger permanent, 
dans le cas où Tun de ses sujets, levant l'étendard de la 
révolte, eut revendiqué le trône au nom de cette héri- 
tière. Le souverain trouva dans Matthieu d'Alsace, fils 
cadet du comte de Flandres, un ambitieux prêta écouter 
ses conseils et qui, aidé par lui, enleva de son monas- 
tère, malgré les foudres de l'église, la comtesse Marie 
et en même temps la possession du comté de Boulogne. 
L'abbesse Marit seducta, Jbrte volens, Mat/ieo, Bononiœ 
comiti, nupsit. Thomas Becket, le chancelier, condamna 
ce mariage illicite; mais « les suggestions de la chair 
prévalurent et alors commença la persécution des sémi- 
naires qui se multiplia depuis » {Abrégé de Matthieu 
Paris, 111, p. L94.) 



25 JUILLET 1173 385 

C*était un maître homme que Matthieu et qui ne 
s'inquiétait nullement des suites de son action. En 

I i6i, il soutint une guerre contre son père au sujet du 
château de Lens (i); mais bientôt il fut obligé de 
mettre bas les armes sans rien obtenir. (Auctar Affligh.) 

II répondit aux menaces d'excommunication par 1 expul- 
sion des religieux qui lui étaient contraires. 

Thomas Becket, en désapprouvant son mariage, s'en 
fît un ennemi qui n'aurait pas hésité à le livrer au roi 
Henry II, s'il avait pu le prendre lorsqu'il passa à Wis- 
sant en 1164. 

Rien ne le retenait, pas même la reconnaissance. 
En 1 167, il se brouille avec le roi d'Angleterre au sujet 
du comté de Mortain qu'il revendiquait comme faisant 
partie de la succession du roi Etienne ; il se ligue contre 
lui avec le roi de France. Henry II venait d'essuyer alors 
un rude échec dans un combat de ses troupes contre 
Pierre de Courtenai frère du monarque français, et, pour 
être en état de prendre sa revanche, il fît venir d'Angle- 
terre un corps de troupes considérable que le comte de 
Boulogne vint subitement attaquer avec peu de guer- 
riers et mettre en déroute en faisant prisonniers 
quelques-uns des chefs. Cette victoire étendit au loin 
la réputation de Matthieu. (Lambert Waterlos : Chron., 
mss.). Il fit plus : aidé par le comte de Flandre, avec 
lequel il était réconcilié, il équipa une flotte de six cents 
voiles, pour opérer une descente en Angleterre, dans 
l'espoir que l'absence du roi lui faciliterait le succès. Son 
débarquement répandit d'abord la terreur; mais Richard 
de Lucy, grand justicier du royaume, étant venu à sa 
rencontre bien accompagné, l'obligea de remonter à 
la hâte sur ses vaisseaux. (Gervas. Dorobern.) C'était 
beaucoup pour un comte de Boulogne d'avoir fait 
trembler une île si puissante et si redoutable. Le roi 
d'Angleterre s'empressa de regagner un capitaine aussi 
vaillant : il y réussit en donnant ou promettant de lui 

(1) Il ravit la dite abbesso, mcsmes se maria et coacba avec ellc.soy por~ 
tant, aa moyen de la dicte Mario, pour comte et seigneur de Boulogne. 
Duquel ravissement le comte Tliiery et Pliilippe, son fils, furent grande- 
ment indigne/, et le privèrent pour ceste occasion, de toute sa succession, 
lui estant enire autres terres, le chasteau de Lens qu'on lui avait assigné par 
forme de partage. Et, outre ce, fut ledit Mahieu excommunié par Sampson, 
archcvesr^ue de Reims. Dont néantmoins ledict Maliieu ne tint aucun 
compte, ains demeura avec ladicto Mario, vivant en inceste, six oti sept ans 
continuels, de sorte qu'il en eu»t deux IlJles nommées Yde et Mahaut. 
( FidlU Chroniqiie.) 



386 l'aknjIb boulonnaisk 

donner un dédommagement en argent pour le comté de 
Mortaîn. Matthieu se mit alors en marche pour aller 
joindre ce prince en Normandie, et le comte de Pon- 
thieu lui ayant refusé le passage, il dut l'effectuer par 
mer. 

La même année, Matthieu fut plus sérieusement in- 
quiété. La princesse Constance, sœur du roi Louis le 
ieune et femme répudiée de Raymond V, comte de 
'oulouse, était alors retirée à Paris et n*avait pas les 
moyens de soutenir son rang. Elle fit solliciter le pape 
Alexandre III de lui faire restituer le comté de Boulogne 
qu'Eustache IV, son premier mari, lui avait constitué 
pour son douaire. Le pape, animé contre Matthieu à 
cause du rapt d'une religieuse devenue sa femme, 
prit chaleureusement en main les intérêts de la prin- 
cesse. Il écrivit le 27 août 1 168, de Benévent, aux 
évêques de Soissons, d'Amiens et de Laon, leur or- 
donnant d'unir leurs efforts auprès de Matthieu et de 
la comtesse Marie et de renouveler l'excommunication 
en cas de refus. Matthieu brava ce nouvel orage. 

L'heure de la conversion allait sonner : « la feste et 
solennité des nopces de Baudoin de Hainault et de 
madame Marguerite de Flandre, sœur du comte Phi- 
lippe, fut tenue en la ville de Quesnoy, où se trouva 
merveilleusement grande noblesse et entre autres l'em- 
pereur Frédéric en équipaige etcompaignie digne d'une 
majesté impériale, lequel empereur, en pleine table et 
en présence de plusieurs grands princes et barons, 
lors illec assistants, biasma bien brusquement à Mahieu 
de Flandres, l'outrage par luy commis au ravissement 
de madame Marie de Boulongne qu'il avoit prins à 
femme, et laquelle il avoit prins par force du monastère 
où elle estoit abbesse,lui reprochant entre autres propos, 
qu'à raison de ce, il n'estoit digne et ne méritoit d'estre 
receu en compaignie de gens de bien ; au moyen de 
quoy, et mesmes, révocant en mémoire ce que son père 
touchant le mesme affaire luy avoit dict, estant en son 
lit mortal, ledict Mahieu se repentit grandement de la 
susdicte faulte, et, après en avoir demandé pardon à 
madame Marie sa femme, la renvoya de son consente- 
ment en son cloistre. » On place ce fait en 1 169. 

Mais il garda le comté : il avait deux filles, il est 
vrai, dont l'une devait en hériter et c'était une grande 
raison pour n'abandonner pas une si belle proie. 



25 JUILLET 1173 387 

Les auteurs de YAri de vérifier les dates, disent 
qu'après la retraite de Marie, Matthieu épousa Eléonore, 
fille de Raoul, comte de Vcrmandois et deux fois veuve : 
I** de Geofroi, comte d'Ostrevand ; 3* de Guillaume IV, 
comte de Nevcrs (i). 

Nous avons déjà signalé la prédilection du comte 
Matthieu pour les lieux voisins de la Canche où il 
éleva le château d'Etaples. Cherchait-il à se rappro* 
cher de sa femme Marie, retirée dans un monastère 
de Mon treuil > 

Cette forteresse, entourée de grosses tours et de 
grands et larges fossés, avait été élevée, pour arrêter les 
entreprises du comte de Ponthieu (2), sur un terrain 
appartenant à Tabbaye de Saint- Josse à laquelle Mat- 
thieu donna en dédommagement une rente de dix 
milliers de harengs. Il abandonna aussi à ce monastère 
les droits royaux qu'il possédait sur les vaisseaux 
entrant dans le port d'Etaples (voir chartes) et ces libé- 
ralités à des religieux, comme l'aumône annuelle et 
perpétuelle qu'il fit à l'abbaye de Saint- Yved de Braisne 
et celle à l'abbaye de Longvilliers, témoignent combien 
il cherchait à se réconcilier avec l'Eglise. 

Toutefois, c'était encore l'ambition et la cupidité qui 
le guidaient en ses entreprises. En 1173, ^1 se déclara 
avec son frère, le comte de Flandre, en faveur de 
Henry le Jeune (3), révolté contre le roi d'Angleterre 
son père. Les deux comtes ayant amené, sur la fin de 
juin, des troupes au prince rebelle, firent avec lui le 
siège d'Aumale, dont la perfidie du comte d'Aumale les 
rendit maîtres. Ils marchèrent ensuite sur Driencourt 
qu'ils prirent de la même manière. Ils tournèrent alors 
du côté d'Arqués, quand, sur la route, le comte Matthieu 
fut blessé à mort par pn certain marquis, le jour de 
Saint-Jacques (25*juillet). Cet événement, ajoute Raoul 

(t) Il fat donc bigame avec approbation de TÉ^liso. C'est une bonne mère, 
pleine de pardons pour les repentants : elle Intima les deux Ûlies qu'il 
avait eues de Marie dont Tune, Ide de Boulogne, comme si elle devait jns- 
litler ce que le préjugé dit des enfants nés d'une personne vouée à Dieu, eut 
la jeunesse la plus vive. Lambert, d'Ardres, la représente courant après 
Arnoul, (Qu'elle aimait, jusque dans sa ville do Guines. Elle étail pourtant 
alors déjà quatre fois veuve. 

(^) l^ chanson de Godefroi de Bouillon a conservé le souvenir, oublié 
par l'histoire, d'une invasion du Boulonnais par le oomte de Ponthieu ou de 
Montrcuil, sous Eustache H. Le voisinage devait éveiller bien des convoi- 

tiSOM. 

(3) Il re'^nt de lui lottim êoceam Kidxtonia in Landtreia et wmtatum dêdlo^ 
i'etajwg. (Rec, hiitari^ue det GauUit t. XVI.) 



Dicedo, fut visiblement un effet de la vengeance divine, 
car, dit-il, c cinq ans auparavant, le même jour Saint- 
Jacques, Matthieu avoit juré fidélité au roi père (le vieux 
llenry), en touchant les saintes reliques et spécialement 
un bras de saint Jacques qui étoit là présent, m Th. 
Walsingham répète la même chose dans Ypodi^ma 
Neustrice (page loo). D'autres auteurs fontmounrk 
comte Matthieu au siège de Driencourt. 

Il fut inhumé à labbaye de Saint-Josse. Son tom-* 
beau, conservé au musée de Boulogne, a été Tobjet 
d'une excellente notice de M. Tabbé D. Haîgneré dans 
le Bulletin de la Commission des Antiquités département 
/a/es f Pas-de-Calais), tome V, n** 3, p. 176, 

Giloert de Mons qualifie Matthieu d'Alsace : Miles 
admodum pulcker et probus et donis largissimus. C'était 
surtout un vrai guerrier de ce moyen âge où la force 
primait partout le droit. 



26 juillet 1668. — Ordre est donné par le cha- 
pitre de faire inventaire au domicile du cha- 
pelain Jacques Prévost. 



Dans un cueilloir de l'abbaye de Saint-Wlmer oue 
je crois avoir été dressé en 1622, on trouve (folio XX Vl, 
verso) : Jacques Prévost pour la maison des Mailletz, 
Cette maison faisait front rue du Compenage, actuelle- 
ment rue de l'Oratoire, 

11 décéda le 25 juillet 1668, âgé de 74 ans, fut inhumé 
le lendemain c devant saint Joseph > et ses services 
furent célébrés au chœur de la cathédrale. 

Le 19 avril 1675, Messieurs du chapitre donnoient 
permission au chanoine pénitencier de faire mettre dans 
î'église-cathédrale l'-épitaphe de feu M. Prévost. 

Ce grand chapelain a laissé des éphémérides iné- 
dites. M. Egger, dans sa Notice sur la Tour-d'Ordre, 
s'en est servi. M. l'abbé Haigneré le cite. 

Son recueil manuscrit est conservé à la Bibliothèque 
nationale, S. F. 1675. 



96 JVitLtt 1612 38d 



26 juillet 1812. — Lettres de M. Boucher de 
Perthes^ datées de Boulogne. 

M. Boucher de Perthes qui a conservé des souvenirs 
de sa vie Sous dix Rois, 1791 à i8ôo, est à consuher 
sur bien des choses. Nommé sous-inspecteur division- 
naire des Douanes à Boulogne, en mars 181 1, il arriva 
en notre ville vers le 14 avril et trouva un logement 
très convenable, « non sans difficultés, car les logements 
sont assez rares dans une ville encombrée de troupes. 
On assure qu'il y a soixante mille hommes dans Bou- 
logne et les camps qui en forment la banlieue, mais 
c*est officiellement qu'on dit cela, officieusement si vous 
voulez. On peut donc en rabattre un bon tiers ; toute- 
fois il en reste assez pour qu'on ne puisse faire deux 
pas sans marcher sur quelqu'un. > Le nouveau venu 
s'égaie sur l'antique capitale des Morini. c Je n'y ai 
rien vu de curieux : des officiers et des soldats, des 
soldats et des officiers, etc. » c Quant à la position 
topographique, politique et morale de ladite cité, ce 
qui m'a frappé tout d'abord, c'est qu'elle est divisée en 
haute et basse ville, et que les habitants de la haute 
n'ont pas plus de rapports avec ceux de la basse, que 
les mandarins de Pékin n'en ont ayec les marguilliers 
de Périgueux. » M. Boucher part de là pour raconter 
le prétendu voyage qu'un de ses voisins de la haute 
ville avait fait en sa jeunesse dans la basse-ville : c'est 
la plus agréable bouffonnerie. Tous les amis du voya- 
geur l'avaient en vain supplié de ne pas s'aventurer 
dans ces régions inconnues ; il part, il rencontre des 
naturels qui portaient un cadavre ; c'étaient des^ bou- 
chers dont il ne comprit pas le langage. Il eut à 
soutenir un combat contre des poissonnières pour 
avoir, en marchandant un turbot, dit qu'il n'était pas 
frais... Bref, sauvé d'une mort presque certaine, il fit 
le serment qu'il ne dépasserait jamais les limites de la 
haute-ville (i). 

(1) < Les naturels de 1a hante ville sont les pins forts et les plus robustes 
comme tous les montagnards, écrit-il le 16 juillet 1812. Les peuples de la 
basse ville, d'un naturel plus lymphatique, sont enclins au jeu do piquet et à 



390 l'ank^b boulonkaise 

M. Boucher raconte des choses plus sérieuses et on 
a par lui un crayon assez ressemblant du mouvement 
du port, du service des camps, des exploits des 
douaniers. Il est surtout intéressant lorsqu'il montre 
combien, en 1811, était dégénérée la course héroïque 
de mer. € Pour contenter ses armateurs, dit-il le 14 oc- 
tobre, un capitaine de corsaire, doit d'abord ne pas être 
brave; tout au contraire, mieux il pourra les convaincre 
qu'il est poltron, plus il leur inspirera de confiance et 
d'estime. . . Ledit capitaine ne doit prendre la mer que 
lorsqu'il ne voit pas au large de bâtiment de guerre . . . 
Son métier, comme son honneur à lui, est de trembler 
devant tout ce qui ressemble à un canon. . . Tous ses 
gens armés de hache, sabre au côté, fusil attaché au 
dos, espingole à la main et couteau à la bouche, sur la 
tête, une perruque de laine, sur le dos une chemise 
rouge, sont pour produire de l'effet... Une moitié 
tremble de peur... Voilà comment se fait la course 
aujourd'hui. » Faut-il le croire } M. de Perthes est un 
désenchanteur. II montre, comme une traite des blancs, 



boire de la bière. Le siège de la civilisation n'est véritablement que dans la 
haato (rappelons que c'est en 1812 qu'on dit cela). La société se compose do 
femmes assez jolies, noyées dans on délage d'épaulettes. Ici, le mérite d'un 
homme est en raison de la grosseur des torsades ou de la dimension de ses 
broderies. Les miennes, encore étroites, ne me donnent qu'un mérite relatif. 
Quant au caractère de ces hommes, sauf quelques exceptions, il n'est pas 
très poétique et ces fUs de l'antique Morinie, sous le rapport de l'hémisticiic, 
sont un peu ours. 

Ours peu chrétiens, ours de ménaç:erie. 
Ours mal léchés que le ciel en fune 
Mit ici bas pour nous montrer les dents, 

et des dents pas toujours blanches. ... Le climat n'est pas aux vers, ni les 
gens non plus. » 

€ La présence de Tarmée met ici la vie et les fourrages hors do prix. Les 
logements ne sont pas proportionnellement aussi chers.» (Lettre duS mai 1811.) 

En fait de vues de Boulogne il offre < l'intérieur d'un péniche, par 
exemple, on bien enooro la coupe trigonométrioue de la double quille d un 

{>rame.» En fait de paysages «le point de vue au grand fumier de la cava- 
erie ou des cascatelles de l'égout de la rue des Minimes, toutes grandes et 
belles choses qui se voient et se sentent. > (Lettre du 12 octobre 1811.) 

c Boulogne commence à se dépeupldr, dit-il en avril 1812. L'empereur est 
dégoûté de ses essais de navigation en bateau plat. On dit ici que s'il avait 
accepté, dans le tempf>, les offres que lui faisait un nommé Fulton, oui fait 
marcher les navires avec la vapeur, nous serions aujourd'hui en Angleterre. 
La marine part, mais par terre. Le port se dégarnit; on remise les oateaux 
dans l'arrière bassin.» 

< Maudit climat I ajoute-t-iljplus loin : du vont ou de la pluie, de la pluie 
ou du vent ou tout ensemble. Puis la gelée, puis la grêle. Je ne suis plus ac- 
coutumé à toutes ces vilenies. > Il revenait do l'Italie, la transition était 
brusque. 



27 Jt7lLLBT 1544 391 

le commerce des prisonniers. € qu'on fait ici à peu près 
publiquement. » 11 a peine à croire que le gouverne- 
ment n'y prête pas la main, en voyant journellement, à 
Wimereux et à Ambleteuse des barques arriver avec 
un équipage de mauvaise mine, contrebandiers enra- 
gés, qui se chargent de nouvelles et de paquets payés 
par les deux polices. Ils se chargent aussi, moyennant 
finance, de rapatrier n'importe quel prisonnier mis sur 
les pontons ou en cantonnement, t qu'ils escamotent 
sans doute en partageant le prix payé. > 

M. Boucher de Perthes consacre à Boulogne, du 
14 avril 181 1 au 26 juillet 1812, la majeure partie de son 
second volume. Les pages 357 à 511 sont de l'histoire 
et instructives à lire, sous bénéfice d'inventaire toute- 
fois. 



27 juillet 1544. — Lettre du roi Henry VIII à la 
reine Marie, régente des Flandres. 



Le siège (îe Boulogne se poursuivait depuis le 
19 juillet. Dès le 21, la basse ville avait été prise et les 
habitants, poursuivis jusqu'aux portes de la haute où ils 
se réfugièrent après avoir vainement tenté de brûler 
leurs logis, laissèrent un riche butîn. Seuls, les marins 
échappèrent avec une partie de leurs biens qu'ils embar- 
quèrent sur les bateaux. Les Anglais n'avaient pas de 
navires pour les poursuivre. 

Le mardi, 22 juillet, la tour d'Ordre battue en 
brèche fut rendue par la garnison trop faible : elle se 
composait seulement de quatorze hommes, échangés 
depuis contre un pareil nombre de prisonniers anglais. 

Il y avait des combats chaque jour autour de la place. 
Celui du 25 fut assez vif et des deux côtés plusieurs 
combattants restèrent sur le terrain. 

Henri VIII ayant quitté Calais le vendredi 25 juillet, 
campa le soir à Marquise et reprit sa marche sur Bou- 
logne le lendemain. Une nombreuse compagnie de 
chevau-légers alla à sa rencontre et l'escorta jusqu'au 
camp, où le duc de SufTolk vint le saluer et prendre 
ses ordres. Sa Majesté établit son camp à Honvaut. 



399 l'akn6b boulonnaisb 

C'est de Boulogne qu'il adressa à la régente des 
Flandres la lettre suivante : 



« Knra Henri VIII, to Queen MabY| 
c Beoent of Flandebs (1). 

c Tbbbhaultb et Tresexcellente &c. Ayant mis le siège de- 
vant Monstreul, et plante aussy nostre camp devant Boul« 
loyne, la ou pour ores Nous sommes en nostre Parsone, jacoifc 
il que ayons bonne espérance de venir en brief au bout de 
nostre intention et propos, pour autant que nescavons combien 
de temps pourra après durer nostre voyage et expédition, 
encores vouUantz pourveoir en toutz eventz pour la fumiture 
de pouldre que conviendra, Nous avons bien voullu prier que 
ce f ust vostre playsir de Nous faire f umir pour nostre argent 
content la quantité de quarante lastz du vostre, en dautant 
que pouiriés bonnement espargnir (2) ; ce que Nous espérons 
que Vous ferais tresvoulentiers, tant pour ce que Vous ayés 
le moyen et la commodité de le refiaire dedens les pays de 
vostre gouvemaunce, plustost que Nous nayons pas, que pou- 
rautant aussy que Vous frontiers estantz sy bien gardés et 
deffendues pour Nous dictes armées nauront pas grandement 
affaire de grosse munition dudict pouldre. Vous priant, Tres- 
haulte &c. de avoir ceste nostre requeste especiallement pour 
recommendé. En quoy Nous ferais ung tressingulier playsir. > 

Henri VIII était résolu à prendre Boulogne et la 
lettre qui précède est significative à cet égard : il ne 
doute pas du succès de son entreprise ; seulement il 
ignore encore le temps qu il lui faudra pour réussir : 
ce temps sera bref^ dit-il. Il en croyait ses premiers 
succès. En effet, le Journal du siège dont M. Camille 
Le Roy a donné une bonne édition et une traduction 
excellente (3), rappelle que, le même jour 27 juillet, les 
Français ayant fait sortir les moutons pour les faire 



(])From an original miantc, indorsed, "Mynute the KE Mau to the 
Relent of Flannds : xxvii» ** Julij 1544. " 

(2) On the 29th of July Sir John Gresham wrotc to the Lord Cliancellor to 
acouaint hini he had recel ved a letter froni William Damcsscl, dated on Iho 
22ai informing Mm that he had obtained from tho Quccn Hcgent a licence 
for the shipping and lading of 50 lasts of gunpowder. 

(3) Brocn. grand in-8«, février 1863, intitulée : Journal du aihge de Bou- 
loffne par U» Anglais, prieédi ^unc lettre de Henri Vllï à la reine sur les opé^ 
rations du siige, traduits de Vanqlais avec le texte en, regard, par M. C. Le Roy. 
De bonnes notes complémentaires rendent ce travail fort précieux à con- 
sulter. Nous devons à l'obligeance de Tauteur un exemplaire corrigé do sa 
malo, avco des additions. 



27 JUiLUïT IÇOa .393 

brouter dans les fossés, furent attaqués et forcés 
d'abandonner le troupeau. Le 28, un renfort de neuf 
cents Ecossais arriva au camp anglais. Le 29 Hardelot 
était pris (i). 



27 juillet 1694. — Enregistrement à Boidûgne 
d'un traité d'hôtage de pêche, passé le 19 du 
même mois. 

Par devant Guîllot et Ballenot, notaires à Boulogne, 
François Beaurain, marchand bourgeois de cette ville, 
est accepté comme hoste pour la pêche de la haren- 

fuison et la maquerélizon par Pierre Walle, maître de 
ateau pêcheur, accompagné de sa femme Marguerite 
Pallette. 

François Beaurain s'oblige à fournir à Walle et 
à son équipage les denrées ordinaires et accoutumées, 
et, en récompense, il aura à son profit le plein droit 
de la pêche dudit hareng, c'est-à-dire le sol pour livre 
de ce qui en sera vendu et le droit ordinaire pour la 
pêche des macriaux^ qui est de six deniers pour 
livre. 

Pierre Walle ne pourra prendre aucun hoste que le- 
dit Beaurain, sous quelque prétexte que ce soit, à peine 
de tous dépens. 

Beaurain s'engage à faire construire un cordier pour 
la maquerélizon prochaine, dont Walle fournira les ma- 
tériaux et agrès pour un tiers, et il jouira de deux tiers 
des parts du bateau dans toutes les pêches qu'on pourra 
faire : en considération de la faveur qui lui est laissée de 
mettre des appellois dans ledit bateau, Pierre Walle 
déclare renoncer au chapeau qui se donne au maître 
de bateau sur le sol pour livre. 

(\ ) L'cntôtement do Henry VI 1 1 k prendre Boulogne sanva U France. Si ce 
roi, moins passionné dans ses rancunes, selon les conseils 4^u*on lui donna, 
était descendu en Normandie, comnie ses prédécesseurs, il eut trouvé le 
pays dépourvu de gens de guerre ; car François !•' était arrêté par Tormée 
de Charles-Quint et celles du eomUa de Rœux, et du comte de Bure qui 
déva.staient la Picardie. Henrv VIII aurait pu prendre la province noiv- 
mandc, l'ancien héritée de l'Angleterre, avec plus de f.icilité que notre 
ville, avec son ost de 30,000 hommes. Au lieu de cela, dit Manin du BeJloy« 
€ il entreprit de conquérir Boulongne et Montrouil, ce qui a esté la ruine 
par après du royaume d'Angleterre... » 

26 



394 l'annéb boulonnaibb 



28 juillet 1693. — Homologation en Parlement 
des lettres-patentes du mois de décembre 1692, 
érigeant l'hôpital de Boulogne en hôpital gé- 
néral. 



L*hôpîtal du bourg avait remplacé l'Hôtel-Dieu et 
madame Sainte-Catherine. 

Cet hôpital primitif occupait remplacement du mo- 
nastère des Annonciades. On en attribue la fondation à 
une comtesse Mahaut de Boulogne ; mais comme il est 
question de la chapelle de Thôpital Sainte-Catherine 
dans une bulle d'Innocent III, en 1208 (1), la fondatrice 
ne peut être la seconde Mahaut morte en 1259. 

La première Mahaut, femme d*Etienne de Blois, roi 
d* Angleterre, décéda vers 1 1 5 1 ou 1 1 52. 

Un compte de la recette générale du Boulonnais pour 
1 492-1 493 signale le lieu-dit : le Bégutgnage, auprès les 
murs de la ville, et suivant d^autres désignations, ce 
béguinage paraît être situé proche de la vieille Ghihale, 
à peu près où est la manutention actuelle. 

Or les béguines, instituées au xii' siècle en Flandre, 
étaient des filles ou veuves retirées du monde, mais 
non cloîtrées, qui se réunissaient pour mener une vie 
pieuse et se dévouer au service des malades. Il semble- 
rait, par le voisinage de Thôpital, qu*elles s'en étaient 
rapprochées pour soigner les souffrances qui s'y réfu- 
giaient. Je n'en ai pas la preuve, mais Tinduction semble 
assez probante pour appeler Tattention des chercheurs. 
On dit, et on croit avec raison, à mon avis, que l'admi- 
nistration temporelle resta sous la direction de Tautorité 
municipale qui y plaçait un receveur (2). On a le nom 
de celui qui dressa le compte de 1456. 

(1) Le premier docament qui en fait menlion est de l'an 1207, dit Tabbé 
D. liaignerA. C'est un compromis entre Tabbé de Notre-Dame et Richard 
ou Riqnier, et les maXenr et échevins de la ville. On y relève que cet hôpital 
n*a pu et ne pourraparvenir à une louable fin sans la permission de l'abSé et 
de ses chanoines» ce qui suppose un établissement en voie de formation. 
(Diet. du P<u-de-OalaU, Boulogne, p. 469.) 

(2) C'était Guillaume Clcnet, cité dans le terrier de Saint- Wl mer, trans- 
crit en 1524. En 1453, le receveur était Jehan du Hil : en 1471, Jacques 
Kegnault ; en 1503, Jehan Wiqnes, et en 1519, Jacques du Poul,etc. 



28 JUILLET 1693 395 

Au XV* siècle les mœurs des béguines étant fort dé- 
criées, on supprima leurs communautés en France : 
elles furent remplacées par les sœurs du Tiers-Ordre 
de Saint-François. On donne la date de 1468 à Tar- 
rivée de ces sœurs grises à Boulogne et cette date cor- 
respond à celle de la suppression des béguinages. Je tire 
une autre induction de cette date. Dans les comptes de 
la trésorerie du Boulonnais, au commencement du 
XVI* siècle, il est parlé de l'hôpital du bourg de novel 
édiffié et d'une maison appropriée à ce nouvel hôpital 
par les sœurs, ainsi que de terrains ajoutés, etc., et 
lorsqu'il est question de celui-ci, THôtel-Dieu et ma- 
dame Sainte-Catherine paraît presque exclusivement 
abandonné aux sœurs. Je crois donc que l'arrivée des 
sœurs du Tiers-Ordre coïncida avec l'établissement de 
l'hôpital du bourg. 

Un long procès fut poursuivi entre les sœurs Annon- 
ciades et les administrateurs de la Chambre des pauvres, 
au sujet des bâtiments de la haute-ville dont les sœurs 
voulaient se considérer comme les propriétaires. Les 
documents, mémoires, etc., conservés à l'hospice, et 
qui concernent ce conflit, jettent quelques lueurs sur 
la gestion de l'établissement depuis 1468 jusqu'au 
26 novembre 1688, date de l'organisation nouvelle en 
Chambre des pauvres. 

M. J. Brunet, par son histoire de l'hôpital, nous 
apprendra prochainement, espérons-le, les origines 
lointaines et controversées de cet établissement et de 
son annexe, la maladrerie, ou hôtellerie, située hors 
des murs, au lieu-dit la Madeleine (i) ; il en a tracé les 
phases diverses avec le délicat talent d'écrire qui le 
distingue. 

Nous n'avons ici qu'à dire un mot de l'asile des 
malades et des indigents, tel qu'il fut reconstitué, en 
suite de l'édit de juin 1662 et par les lettres-patentes 
précitées. 

Cet acte royal avait interdit la mendicité et ordonné 
la création d'un hôpital en chaque ville et bourg du 
royaume pour les pauvres malades, mendiants et 
orphelins. 

L'ancien hôpital étant devenu par la longueur du 

(1) € La maladrerio de Boullongnc, que Ton dict rhcstjlerye ou la Magda- 
laine > {Compte Awiltèm« da bailliage; n* 124). 



396 l'a3Tk£b bottlonvalsb 

temps € quasi à néant, » dit Scotté, il faHoit un autre 
fondateur pour rcstablir cette maison des pauvres. 

Ce fondateur ce fat le ducd'Aumont, en 1688. On lui 
doit toutes les faveurs royales obtenues alors, et peut- 
être l'organisation de la Chambre des Pauvres qu'il 
présidait altemativemens avec Tévéque de Bou- 
logne ( I ). 

C'est à sa demande qu'on obtint que les pierres pro- 
venant de la destruction des fortifications de Boulogne, 
en 1689 serviraient, partie à bâtir les nouveaux bâti- 
ments, partie à paver la ville. 

Il est probable que ces matériaux furent mis en 
emploi immédiatement. Toutefois, on ne sait rien de 
certain à ce sujet. Scotté nous apprend que la première 
pierre de la chapelle fut posée le 29 septembre 1696, 
par le duc Louis-Marie d'Aumont et que cette chapdle 
fut consacrée et la première messe dite le dimanche 
24 septembre 1702. Quant aux autres bâtiments, on y 
travaillait encore en 1723. C'est au mois d'avril de 
cette dernière année que l'on commença le rang de 
bâtiments qui ferment la cour du côté d'aval : cette 
construction se fit d'aumônes et de dons, tant par 
Pierre de Langle, évêquc de Boulogne, qui légua à 
l'hôpital une somme importante, que par d'autres géné- 
reuses personnes : elle fut achevée en 1726, pour ce 
qui concernait la maçonnerie et la couverture. 

Dès l'origine, l'hôpital général fut doté de ressources 
considérables : les biens et revenus de l'hôpital de 
Saint-Inglevert y furent réunis par arrêt du Conseil le 
23 octobre 1693. Ceux de la maladrerie de Pitendal le 
1 3 novembre suivant, des maladreries de Rennes et de 
Tingry, des hôpitaux et maladreries de Wissant et de 
Frencq, le 13 août 1696 ; il fut ainsi l'héritier de tous 
les biens de la province qui appartenaient alors aux 
pauvres ; mais il en eut en même temps toutes les 
charges. L'hôpital hérita aussi de quelques biens des 
religionnaires chassés par la révocation de l'édit de 
Nantes. 

Les libéralités des ducs d'Aumont et de leurs femmes 
les ont fait considérer comme les principaux bîenfai- 

(1) 1689. — > Acte portant que Mgr l'évoque préaidera aux assemblées, 
excepté les jours qu'elles se tiendront à Thostel èpiscopal, où Mgr l'évoque 
fera les honneurs à Mgr le duc tant pour la séance que pour la voix. XRég, 
aux délibérations de rhépital.) 



28 JUiLLBT 1693 397 

tcurs de l'œuvre. C'est aux démarches de Tun d'eux 
que l'hôpital fut redevable des décisions royales rappe- 
lées ci-dessus. An t. Scotté assure que ce fut lui t qui 
prist soin de faire construire toutes les salles, Tesglise 
et les jardins... et il a pour cela donné des sommes 
considérables (i). » 

D'autres bienfaiteurs avaient devancé ou imitèrent le 
noble duc. Le compte, rendu sous la date de i688 par 
François Le Porcq d'Herlen, receveur de Thôpital, 
parle des biens légués par Jeanne Carmier, sans en 
dire le chiffre. 

En 1689, messieurs les chanoines de Notre-Dame 
donnent chacun une p.istole pour l'établissement de 
l'hôpital général, et décident, en 1692 et 1693, que la 
partie Mahaut sera convertie en une aumône annuelle 
au profit de la Chambre des pauvres. 

En 169Ï, 50 livres de rente sont données par made- 
moiselle des Cajeuls de Beaucourt, religieuse ursuline ; 
25 livres de rente par M. Nicolas de Gournay, prêtre. 

En 1698, 300 livres données par les exécuteurs tes- 
tamentaires de l'évèque Le Tonnelier de Breteuil, qui 
les avait léguées indépendamment de 500 livres affectées 
à l'achat du blé pour les pauvres, attendu la cherté du 
grain. 

En 1699, 900 livres données par M. Abot de la 
Cochcrie ; 254 livres par Agnès Geneau, à la charge 
d'une messe annuelle, et 54 livres de rente par la dame 
Charlotte Cavillier. 

En 1701, 500 livres données par le chanoine Scotté, 
indépendamment de 50 livres provenant des deniers de 
feue Marguerite, sa sœur. 

En 1702, un legs indéterminé, fait par M. Fizet, 
entraîna un procès contre les héritiers. 

En 1703, 12,000 livres par le chanoine Scotté, pour 
la subsistance des pauvres et c non en bâtiments, » et 
100 livres de rente pour l'entretien d'un pauvre; 
ensemble 14,000 livres payées le 16 février par demoi- 
selle Scotté d'Helbert, sa sœur. 

En 1704, 200 livres de rente données par la supé- 

(l> 6.000 1b en 1697, indépendamment d'ornements à la chapelle et à obaree 
d'admettre do préférence les pauvres de Longvillers; 3,o80 St en 1G99; 
2,000 % en 1701 ; 35,144 1b en 1703 ; 1,767 % encore dans la même année, in- 
dépendamment de 7,000 Ib obtenaee de la vente de quantité d'étain et do 
plomb donnée pir le roi à la sollicitation dn gouverneur. 



^w 



308 l'ankéb boulonnaise 

ricure générale de la Mission, dont les religieuses 
desservent Thôpital, et 2,000 livres données par le cha- 
noine Morel. 

En 1705, 100 livres données par M. Charles de Cam- 
pagne et 300 livres par mademoiselle Lebrun. 

En 1708, le partage des biens donné par M. Scotté, 
chanoine, et mademoiselle d*Helbert, sa sœur, tant à 
Messieurs du Séminaire qu'à Thôpilal. 

En 1710, 10.000 livres données en constitution, c'est- 
à-dire à fonds perdus, par Louis-Marie Le Porcq, sieur 
d'Herlen, pour lors receveur de l'hôpital. 

Viennent ensuite les dons par testament de Pierre 
de Langle, avec lesquels furent achevés les principaux 
bâtiments. Ils furent très importants. Nous en oublions, 
sans doute, malgré nos recherches. 

Au siècle dernier, l'hôpital bien dirigé était devenu le 
centre de plusieurs industries entreprises pour donner 
de l'occupation aux enfants et aux femmes : manufac- 
ture de frocs, de dentelles, de blondes, de filets de 
pêche, etc. Nous en avons déjà dit un mot. Nous avons 
aussi donné le règlement intérieur et plusieurs détails 
intimes, assez pour montrer combien sera intéressante 
l'histoire de cet établissement que M. J. Brunet pour- 
suit avec talent (i). 

Dans son Essai sur V histoire topographique physico- 
médicinale du district de Boulogne^ le citoyen Souquet, 
médecin de l'hôpital, a donné en l'an II, page 62 de son 
ouvrage, une description complète et trop peu connue 
de l'hôpital : elle est d'une exactitude parfaite jusque 
dans ses moindres détails. Le docteur Bertrand, tome II, 
p. 145 de son Précis d'histoire de Boulogne, en a égale- 
ment parlé avec beaucoup de franchise et de compétence. 

Sur les changements effectués dans l'hospice vers 1830 
et sur l'organisation actuelle de son service, on peut con- 
sulter une notice de M. D. Horeau, publiée dans les 
Mémoires de la Société d'Agriculture 1834-1836, p. 251. 

(I) On y verra IVictivc sollicitude do. rKchovinnjçe qui dél^puait dcu\- do 
SOS Elus 'par auin/iiinc i)our surveiller le service, v<*riûer le nombre îles 
pauvres et maliwles et voir s'il n«> leur manque rien» écouter les pi nntes 
o«»nlre le coneierpe, le> pourvoir de « couclirs, niallielatz, drap.«, couvertures 
et auliri^s coinmoiliie/, > et enfin s'assuier de l'emploi des revenus. (Ke- 
quesies des Elouz, 159*», 1623.) Par les archives de l'Intendance H 775), on 
apprend qu*c on y rec^oii l^s malides, les enfants, les \icillards et les infor- 
tun6i«-, tant de Boulogne que des paroisses dont les revenus y sont r^^uni*^. > 

— Au moment i»ù li porte Ao l'hospice SaiiH-Lo»is doit di^jpnrallp', 
rapp<»lons que l.i tradii-ui <n fait l'une des vieilles portes avancées de 1.» 
ville. 



29 JUILLET 1514 390 



29 juillet f 5f 4. — Louis XII charge Louis d'Or- 
léanSy duc de Longueville, John de Selva et 
Thomas Bohier, de traiter pour un mariage 
entre lui et Marie, sœur de Henri VIII. {State 
papers.) 

Le 28 août, on informait la future reine que le roi 
était en bonne santé, qu'il désirait des nouvelles chaque 
jour et, sur toutes choses, sa prochaine venue en France. 
A la même date, Thomas Bohier écrivait au cardinal 
Wolsey que le roi serait très joyeux de connaître le 
jour du départ de la reine et de son arrivée à Boulogne; 
car il est merveilleusement anxieux de la voir. 

Sir Richard Wingfield mandait le lendemain à 
Henry VIII que l'archiduchesse était furieuse contre 
le mariage projeté : « la pénitence était trop grande 
pour l'ofFense commise contre l'Angleterre par l'Es- 
pagne. 1» 

Le 4 septembre, on écrit à M. de Tiennes qu'une 
paix a été conclue entre l'Angleterre et la France, et 
que le roi de France épousera la princesse Marie le 
jour de Saint-Michel. Beaucoup sont mécontents de 
la rupture du projet d*union avec Tarchiduc et disent 
que la paix ne durera qu'autant que la vie du roi. Le 
correspondant se trouvait la veille même dans Boulogne, 
où il a présenté ses respects au grand maître, chargé 
de recevoir l'ambassade anglaise composée du grand 
chambellan, du lord prieur de Saint-John et du doyen 
de Windsor. Le grand président a quitté cette ville pour 
rejoindre le roi. Le roi, qui était parti de Paris, devra 
y retourner pour recevoir l'ambassade, comme fera le 
dauphin, M. de Fiennes, le sénéchal du Boulonnais et 
autres. 

Le 13 septembre, sir Richard * Wingfield écrivait à 
Henry VIII : 9 Quand l'empereur apprit l'alliance avec 
la France, il s'écria : Une si belle et vertueuse prin- 
cesse devait-elle venir à un si impotent, mal disposé et 
malicieux prince comme le roi de France ! » 

Le 14^ eut lieu à Paris la confirmation du traité de 
mariage. 



4'OQ L'ANNifi BOULOKNAISB 

Le 3 octobre, Marigny mandait au cardinal Wolsey 
qu*aussitôt arrivé à Boulogne, avec la reine sa souve- 
rainey il envoya un avis au roi qui en fut très heureux. 
Il espère que les époux seront ensemble dimanche 
prochain. « La peste est ycy. » 

On n'est pas exactement fixé sur la date d'arrivée de 
la rcme Marie à Boulogne. Le récit de rentrée solen- 
nelle de cette seconde femme de Louis XII, conservé 
dans le terrier de Saint- Wlmer, ne porte pas le quan- 
tième du mois de septembre où elle débarqua en notre 
ville. Est-ce bien en septembre ? Est-il vraisemblable 
que dans Yanxiété merveilleuse où le vieux roi Louis XII 
était de la recevoir, elle soit restée plusieurs jours à 
Boulogne > Cependant, d'après la lettre de Marigny, 
elle y était encore le 5 octobre, et Marigny marque 
qu'il a eu le temps d'informer le roi et de recevoir une 
réponse portant combien ce prince était joyeux de la 
nouvelle. Quatre jours pour l'envoi et le retour du mes- 
sager, ceci reporte pour le moins l'arrivée au dernier 
jour de septembre et je crois que c'est la date pro- 
bable (i). 

Pet. Martyr écrivait de Valladolid, le 4 octobre, à 
Lud. Furtardo : Nouvelles sont arrivées de France que 
le roi Louis est à Abbeville pour un second mariage 
qui sera sa mort. Comment un vieil valétudinaire, 
souffrant de Yelcphantia gravaius sera-t-il avec une 
fille si à main (handsome girl) de dix-huit ans > Son 
correspondant peut se l'imaginer et ce que la France 
pense de cette anomalie. 

Le mariage eut lieu à Abbeville, le 9 octobre : le 
sieur de Fiennes, lieutenant de Picardie, s'y trouvait. 

Charles Brandon, duc de Suffolk, qui devait plus 
tard épouser la veuve de Louis XII (veuvage qu'elle 
n'attendit pas longtemps, car le « pauvre vieux roi > 
mourut le i**" janvier 15 15, non point très âgé, mais 
usé); T., marquis de Dorset ; C, comte deVVorches- 
ter ; T. Docwra et Nicolas West, qui accompagnèrent 
la reine, remercièrent le roi lorsqu'ils furent arrivés à 
Saint-Denis « pour l'honorable réception de la reine 
lors de son arrivée à Boulogne, pour l'aimable et 
honorable accueil fait depuis jusqu'à Abbeville. 



(I) Sur la récoplion k Boulogn'', lire dans YAlvMVMuh de Boulogne pour 1S63, 
p. 182, un article de Tahbé D. Ilaigncré. 



30 JUILLET 1544 4ai 

La reine Marie manda elle-même à Henry VIII que 
le duc de Longueville lui avait fait la meilleure et 
grande chère lorsqu'elle fut à Boulogne. 



30 juillet 1544, — Jacques de Framezelles arrive 
au camp anglais avec un trompette dé sa com- 
pagnie. 



M. Hector de Rosny, Histoire du Boulonnais (t. III, 
p. 127), dit que ; 

Los ravages que commençait à caaser dans la ville le canon 
des Anglais émurent peut-être moins les habitants eux- 
mômes que leurs amis du dehors, tremblant pour les objets 
de leur affection. De ce nombre fut un gentilhomme boulon- 
nais que les auteurs qualifient commissaire de guerre, nomme 
Jacques de Framezelles, dont le frëre Robert, le jeune, était 
dans Boulogne l'un des chefs de la milice bourgeoise : Jacques 
y avait aussi sa femme que, par une sollicitude bien naturelle, 
il désirait en faire sortir. A cet effet, il se procura, nous ne 
savons par quel moyen, un sauf -conduit du duc de Norfolk, 
commandant les troupes anglaises devant Montreuil, et, muni 
de cette piëce, alla trouver Henri dont il obtint une audience, 
mais trois jours seulement aprës son arrivée au camp. Sa 
requête lui fut-elle accordée? C'est ce que les mémoires ne 
disent pas : au moins retrouvons- nous un peu plus tard 
Jacques de Framezelles combattant prës de son frëre dans 
Boulogne où il était venu s'enfermer sans doute pour partager 
le sort de son épouse et de ses compagnons d'armes. Quoi 
qu'il en soit, on tira de ce fait des déductions défavorables à 
son caractëre, comme à celui dn gouverneur. On prétendit 
que, par Tentremise de Jacques, Vervins avait commencé des 
lors à entamer secrètement des négociations avec le roi d'An- 
gleterre, que telle était l'explication de ce sauf-conduit obtenu 
du duc de Norfolk. 



Voyons maintenant ce qu'en dit le Journal du Siège 
de Boulogne par les Anglais : 

Le 30 juUlety un mercredi, Richmond, héraut d'armes, vint 
de la part dé lord de Norfolk, emmenant avec lui un gentil- 
homme, nommé Jacques de Framezelles et un trompette fran- 



402 L^ANNiE BOULONNAI8E 

çaÎB do sa oompoffnie. Ces deux derniers demeurëreut au camp 
an dac de Suifolk, auprès de M. Palmer, jusqu'au vendredi 
suivant. 

Vendredi 1*^ tioût, ledit Jacques fut reçu à la cour, et parla 
à Sa Majesté en faveur de sa femme qui se trouvait dans la 
ville de Boulogne. 

Le même jour, M. Bryan vint saluer Sa Majesté. 



L'historiographe attitré du siège n'en sut pas da- 
vantage; mais le roi Henry VIII, dans une lettre à 
Wotton, son ambassadeur auprès de Charles-Quint, 
disait alors qu'un gentilhomme de France, envoyé par 
monsieur du Biez et monsieur de Vervins, appelé Saint- 
Martin (i), avait été accrédité auprès de lui par une 
lettre du roi François (datée du 20 juillet). Saint-Martin 
était au camp depuis le 25 et fit des ouvertures de paix. 
Puis arriva c a gentleman of Boullonoys called Framo- 
zelles, with letters of credence, as such offres, as you 
shall perceyve by the copye therof, which, io gidre with 
thc copye qfour answer your shall reccyve.... 

Voici ce document qui est intitulé : « A Mctnoriall 
for Saint Marlen, goyng to thc French Kyng, » : 

« Le Boy de Franche a pryé au Roy dEngletterre de fayre 
parler a IKmpereur pour trouver les moyens et oooasyous 
de fayre la payx entre ledict Empereur et ledict Roy de 
Franche ; se que a fayct ledict Seigneur Roy dEngletterre. 
« Le Sieur de Frameselle, porteur desdictes lettres du Roy 
de Franche, f.iysant menasyon dudict contenu, a dyt au 
Roy dEngletterre, que le Roy de Franche luy avoyt dyt, 
que ledict Roy de Franche aymeroyt pluschyer mourir, que 
de fayre parler audict Seigneur Empereur de la payx par 
aultruy que par ledict Seigneur Roy dEngletterre. Neam- 
moyngtz ledict Seigneur Roy dEngletterre a este advurty, 
comment du depuys ledict Seigneur Roy do Franche a faict 
parler audict Seigneur Empereur pour la payx par le 
Bayllyflf do Dyjon, et par le Lyeu tenant du Comte de 
Bryenne, et par ung Cordellyer nomme Gougemont, pa- 
reyllement par Mons' lAdmyral ; au moyen do quoy ledict 
ledict Seigneur Roy dEngletterre ne scauroyt en ouy soy 
fyer, puys que on tyent un propos aujourdhuy, ot deniayn 
aultre 
f Ledict Sieur do Frameselle a envoya ungncz myssyvez 

(1) € ("'est oit un rlirton ordinaire : le muvscird gr.md tr.iislro» Fou'|ue- 
soUes le m^yon, Saint-.Martin l*» petit. » Procè» dt Fervins, par Dupu • . 



30 JUILLET 1644 403 

audict Seigneur Roi dEngletterre, pour avoyr congye dudict 
Seigneur Roy de mener auveucquez luy le Sieur de Saynct 
Martyn pardevers le Boy de Franche pour, par ledict de 
Saynct Martyn, doner à entendre, et pareyllement soy 
excuser pardevers ledict Seigneur Roy de Franche de 
quelques myssyvez, que ledict Sieur de Sayuct Martyn 
auroyt envoyé audict Seigneur Roy de Franche sans le 
Bceut ne conscentement dudict Roy dEngleterre, 
c Le sieur de Frameselle, luy estant au camp de Monstroeul, 
a dy t audict Sieur de Sainct Martyn que le Roy de Franche 
le avoyt envoyé pour scavoyr, aquel propos ledict Sieur de 
Saynct Martyn demandoyt ostagyers k bayllye audict Sei- 
gneur Roy dEngletterre ; et après que ledict Sieur de Sainct 
Martyn heust respondut audict Sieur de Frameselle, quil 
ne luy dyroyt les raysons, et que se que il en avoyt fayct 
il le avoyt facyt de soy meysmez et sans le sceut ne com- 
mandement dudict Seigneur Roy dEngletterre, en denyant, 
par ledict Sieur de Saynct Martyn, avoyr eBcrypt dedens 
lettres, lesquellez il avoyt envoyet au Roy de Franche, se 
qui senssuyt, et sellon le dyre dudict Seigneur Roy dEnglet- 
terre, mays avoyt escrypt sellon mon {sic) dyre et intontyon, 
et en se prendant jugement ledict Sieur do Saynct Martyn 
audict lettrez ; auquel dyfôrent, ledict Sieur de Frameselle 
mayteuoyt son dyre estre very table, ou il avoyt tenu au 
Secretayre. Ledict Sieur de Frameselle» en tousjours soubste- 
nant sa querelle, exsyva ung petyt byllet escrypt de la 
mayn dudict Sieur de Sainct Martyn, contenant entyerement 
les offrez fayctez audict Seigneur Roy dEngletterre par le 
Roy de Franche, envoyé par ledict Sieur de Sainct Martyn 
auveucquez les dessndictes lettres, à rayson desquellez 
offrez ledict Sieur de Saynct Martyn avoyt demandé les 
hostagyers audict Seigneur Roy de Franche. Et ledict Sieur 
de Frameselle dyt audyt de Sainct Martyn, que se il play- 
soyt audict Seigneur Roy dEngletterre avoyr hostagyers 
pour lesdictes offres, que il se faysnyt fort que ledict Sei- 
gneur Roy de Franche les envoyroyt, et meysmez ung 
Prynse de son Royaulme, lequel que il playroyt audict 
Seigneur Roy d'Engletterre eu touchant en la mayn dudict 
Sieur de Saynct Martyn. Neanmoayntz ledict Sieur de 
Frameselle a envoyé ung byllet audict Seigneur Roy dEn- 
gletterre, tout au contrayre de la promesse quil il avoyt 
fayct audict Sieur de Saynct Martyn. A raison dequoy 
ledict Seigneur Roy dEngletterre ne pourroyt entendre, 
que lûdict Seigneur Roy de Franche vouldroyt la payx, 
comme 11 a tousjours dyt et mayntenu : à quoy ledict 
Seigneur Roy dEngletterre exstymme que le sieur de 
Frameselle ne est personnaygo pour trafyquyer tel lez 
adfayrez de sy grande importansso ; parquoy ledict Seigneur 
Uoy dEngletterre a commandé audict Sieur de Saynct 



404 L*ANNât B0UL019NAISE 

« Martyn de dyre audict Seigneur Boy de Fnmehe, se 11 a 
c sy bonne vollnntë daroyr la payx oomme II dyt entre Luy 
c et lEmpereur, ledict Seigneur Roy dEngktterre ne voeult 
c plus quil envoyé ledict Sieur do Framesollez, mays quelque 
4 prynsse ou aultre notablez personnaygez ayant ample 
c poToyr dudict Seigneur Roy de Frandie de tniyquyer 
c lesdictes adfayrez, adfyn de y povoyr adjouater foy, et que 
c lesdictes adfayrez puissent sortyr leurs effectz oomme il 
c appariyent. » 



Au mémorial qui précède se trouve joint la lettre sui- 
vante et par Jacques de Framezelles certifiée être une 
copie exacte de la lettre écrite au roi de France par 
Saint-Martin. 

« Sire, Jeudy dernier je parlay au Roy d'Angleterre, 
lequel trouvay merveilleux ment doulx, gratieux et raison- 
nable ; et selon le dire dudict Seigneur Roy, je prens sur 
ma vie, Sire, que lamitië dentre Vous et Luy ne fust jamais 
si graunde, quelle sera, moyennant qu'il plaise a Dieu Vous 
trouver par ensemble. Neantmoins, Sire, que ledict Sei- 
gneur Roy faict ung grand effort sur vostre ville de Bon- 
loigne, et crains bien que ladicte ville soit forcée devant 
que Vous et ledict Seigneur Roy dÂngleterre eussiez parle 
par ensemble : car, si daventure sil estoit ainsi, à grand 
difficulté se pourroit trafficquer la paix. A raison de quoy, 
Sire, je nay voulu faillir, selon mon petit entendement, et 
selon pareillement du dire dudict Seigneur Roy dAngle- 
terre, Vous advertir, quil seroit bon que vostre noble 
plaisir feust demvoyer lung des Princes de vostre Royaulme, 
ou aultres gentilzhommes suffisans, vers ledict Seigneur 
Roy dAngleterre, lesquelz gentilzhommes seroient tonuz 
hostaigez tant et si longuement cjue Vous, Sire, et ledict 
Seigneur Roy dAngleterre prendriés le jour et la place, oti 
vostre bon plaisir seroit de Vous entreveoir par ensemble, 
c Sire, à ce que jay peut entendre par ledict Roy d'Angle- 
terre, il Lui est advis, que Vous, Sire, ne aies si bonne fiauce 
en Luy, comme II vouaroit avoir en Vous, à cause que ledict 
Seigneur Roy d'Angleterre a esté advertye, que depuis ciucq 
ou six jourz en ça Vous avez. Sire, envoyé vostre Bailly de 
Dijon devers l'Empereur, pour Lui parler de la paix et 
pareilement le frëre du Conte de Brienne, Sire, je vous 
supplie que vostre noble plaisir soit de ne vouloir prendre 
de maulvaise part, si moy, lung des moindres et plus petiz 
d'esprit de tout votre Royaulme, je vous declaire ce quil 
me semble selon mon pouvre entendement ; lequel est tel, 
« que la paix ne se peult aulcunement, à tout le moins à 



-90 JUILLET 1544 405 

c giosie dtffi€«Hë et longiiesao de temps, ae trouirer, que par 
c le moyen deaattsdiot ; poqr^uoy, Sure, il Voua playra moy 
ff oamiaaoder rostre noble plaisir, donnant fin à ces présents ; 
c priant le Createnr, Sire, Vous donner bonne vie et longue, 
c «t aecompliasement de tous toos nobles deairz. Ce Veu- 
c dxedy, 8* jovr dAousk. 

€ Yostre treshnmble et tresobeissant 
c serviteur et sobject, 

c NiCHOLAS DB MAKQfJW. # 



Les documents qui précèdent sont donnés dans leur 
texte littéral et contrôlé avec soin, d'après le volume X 
des lettres de Henry the Eighth, publié en 1849, « under 
the autkority s commission 3, Tout n*y est pas compré- 
hensible et on peut soupçonner que Téditeur n'a pas 
lu parfaitement le manuscrit. 

On y peut trouver plus d'un renseignement. 

D'aoord par le certificat donné à la lettre du 8 août, 
signée par Nicolas de Marques, sieur de Saint-Martin, 
on constate que Jacques deFramezelles revint au camp 
anglais. 

Ceci est à remarquer. 

Il joue un rôle singulier auprès de Saint-Martin ; il 
semble n'avoir d'autre but que de contrarier sa négo- 
ciation. 

On y dit qu'il n'était pas un personnage assez consi- 
dérable pour traiter au nom d'un roi avec un autre roi. 

Néanmoins, il était accrédité et c'est ce qui ressort de 
la lettre suivante écrite le 3 août à . François I*"" par le 
roi d'Angleterre : 

c Mons' mon bon Fr^re, Jai reeeu vostre lettre par ce pre- 
« sent porteur le sieur de Framozelles, et si entendu sa 
4 créance, mes merveillant^ non moins du commeneement de 
« ceste vostre dernière lettre, que de celle que mavez escripte 

< paravant ; car comme ceste overture pour la paix ait este, 
f comme Vous scavës, proposée premièrement par le sieur de 
c Saint-Martin vostre sul^ect, et, après aue Me suis monstre 
• dlfiicile à y vouloir entendre, fut de recnief renouvellëe par 
c Mons''le Mareschal du Bies, et le Seigneur de Vervyns 
c vostre capitaine à Boullougne ; encores en ceste vostredicte 

< dernière lettre nous mettez sus, comme si par Nous la 
« matière f ust esté premier entasmée, en quoy Vous touchez 
4 noetre honneur grandement, lequel ayant, comme cognoisssé, 
« tousjours jusques à présent garde inviolablement, ne con- 



406 l'année boulonnais^ 

« sentiray jamais que en ma yiellease il soit aucunement taché. 
Quant a propos que ledict sieur de Framozelle Ma tenu pour 
la paix, Me priant de par Vous scavoîr lintention de nostre 
bon frëre l'Empereur sur icelle, Je suis content, tant en 
respect de la tranquillité et bien universel de la Ghrestientë, 
comme pour l'amitië que aultresfois a esté .entre Nous, 
destre mediateuer deveres nostre dict bon frëre TEmpereur, 
moyennant que Vous Luy ferés par Nous des offires tant 
raisonnables, quil aura bonne occasion de les accepter; 
Vous priant de Vous contenter de ceste response pour ce 
présent. Car jusques à ce que Nous Luy aurions mandé de 
cest affaire, ne puis honorablement, ny pour ma part, ny 
pour la sienne, Vous respondre plus resolutement. Oar 
par vostre faulte, ou aumoines la faulto de voz ministres, 
aiant esté contrainct dentrer les armes contre Vous, ne puis 
(mon honneur saulve) renouveller lamité, sans que premiè- 
rement nostredict bon frère lEmpereur en soit adverty, et 
aussy bien pourveu pour Luy comme appertient. Pourquoy 
h, vostre requeste Jonvoye devers Luy en bonne diligence, 
pour en scavoir sa disposition en ceste endroict, espe- 
rans dedans quinze ou vingt jours, pour le plus tard, do 
recepvoir responœ de Luy ; environ quel temps se vous en- 
voyeres devers Nous, Vous ferons entendre plus ample 
response de cest affaire, lequel peult sortir à bon effect, si 
Vous Vous monstreres tant affectionné au bien publicque 
de la Ohrestienté, comme escripvez, et si conforme à la 
raison, comme il appertient. > 

La politique a des arcanes insondables. Il semblerait 
par cette lettre que la paix était possible; mais à l'heure 
même où Henry VIII l'adressait à François I*"", on 
mandait de sa part à la reine d'Angleterre que sous 
vingt jours il espérait réduire Boulogne, que déjà il 
avait pris le château d'Hardelot, le château de Frencq, 
celui d'Hubersent et trois ou quatre autres. 

Les vingt jours demandés au roi François, c'était le 
temps nécessaire à la prise ou à l'achat de Boulogne, 
le grand objectif du roi d'Angleterre et le grand désir 
des commerçants, ses sujets. Rien n'aurait pu le faire 
renoncer à cette capture attendue. 

La haine des Anglais contre Boulogne, surtout contre 
ses marins qui avaieuTTait de nombreuses prises de 
mer sur le commerce, par qui le détroit se trouvait 
fermé aux transactions avec la Flandre, était telle que 
Henry VIII aurait redouté de retourner en Angleterre 
sans avoir à offrir Boulogne comme compensation des 
impôts de guerre qu'il avait levés sur ses sujets. Là est 



30 JUILLET 1719 407 

tout le nœud de Fentreprise. Afin de réussir, Henry VIII 
a dû ne négliger aucun moyen et il savait que la clef 
d'or ouvrit souvent les portes les mieux défendues. 

A-t-il dans Taudience accordée à Framezelles, essayé 
de le séduire, de le gagner et d'ouvrir des intelligences 
avec le gouverneur de Boulogne > 

Framezelles qui avait sa femme enfermée dans 
Boulogne, a peut-être cédé alors à un sentiment qui 
s'accordait mal avec son devoir de Français. 

Ce qu'il y a de certain, c'est que de Framezelles, 
plus tard, à la date fatale du 1 3 septembre, figura avec 
les capitaines qui allèrent traiter de la capitulation de 
Boulogne contre le vœu des habitants. 

Ce qu'il y a de certain, c'est que de Framezelles fut 
impliqué dans le procès de trahison intenté à du Biés, 
à Jacques de Coucy de Vervins, gouverneur de la ville 
et divers autres. 

Ce qu'il y a de certain, c'est que s'il ne fut pas con- 
damné à mort, il subit une dure détention et qu'en 
1552, il fut banni du royaume et ne put rentrer dans le 
Boulonnais qu'en 1554. 

Certes, s'il était resté uniquement l'homme du roi 
François I"', chargé par lui de faire les ouvertures de 
paix que nous avons relevées ci-dessus, il n'aurait pas 
été incriminé et, l'eût-il été, qu'il aurait pu victorieuse- 
ment répondre par les ordres de son maître. 

Son séjour au camp anglais lui fut fatal. Il y fut 
séduit ou ébloui, et sa rentrée à Boulogne, durant Je 
siège, loin d'être un acte de dévouement, fut le début 
des menées secrètes qui ont abouti à la trahison du 
gouverneur (i). 



30 juillet f7f 9. — Publication du ban d'août dans 
la seigneurie de Bazinghen. 

Le registre aux causes du bailliage de la seigneurie 
de Bazinghen va nous renseigner sur ce ban d'août. 



(1) Quoiqu'on ait cherché à déguiser le véritable motif de cette entrevue 
(cflle avec le roi Henry VIII), on n'en est pas moins persuadé que les 
pourparlers pour la reddition de la place, datent de cctt) époque. (Alex. 
Marniin : Note$ sur le si^ge de Bouloffne, p. 62.) 



408 l'année boulonnatse 

Le troisième du mois d'août suivant, par-devant 
Antoine Pruvost, bailli, et les hommes féodaux de la 
seigneurie, on fait savoir que Ton a publié le ban à la 
forme et manière accoutumées ; pourquoi, défenses sont 
faites de mettre les troupeaux de blanches bêtes 
dans les prés ; de ne charrier les gi-ains « devant le 
soleil levé ni après le soleil couché > à moins d'avertir 
le dîmeur ; de ne mettre les bestiaux t dans le nouvelle 
esteuUe » que trois jours après le charroi des grains ; 
de € clener devant soleil levé ni après soleil couché, » 
sous peine de 60 s. parisis d'amende ; d'aller nuitam- 
ment dans les champs, sous peine de châtiment corporel 
suivant les édits et déclarations de S. M. ; c de tirer 
dans les marais » ni tendre aux € bécachènes et autre 
gibier, sous peine portée ci-dessus >. 

€ Faisons aussy deffense à toutes personnes, tel 
qualité qu'il puisse estfe, de prendre aulcuns bestiaux 
des villages circonvoisins pour erbager dans les pré- 
ries, sous peine de confiscation desdits bestiaux d. 

Il est ajouté qu'après avoir parcouru « dans les maisons 
dépendant de la seigneurie», on y a trouvé toutes choses 
en état et à Tabri de l'incendie ; mais, comme au pré- 
judice de la publication du 30 juillet, la plus saine 
partie des féodaux fait mépris de se rendre « au service 
des plaids qui se tient de quinzaine en quinzaine... 
encore qu'ils y soient obligés comme féodaux », sur la 
réquisition de Joseph Vanizac, procureur d'office, 
« nous les avons condamnés... en soixante sols parisis 
d'amende (i) ». 

Ban signifiait alors publication à haute voix. II en 
est resté l'expression sonner un ban^ et les bans de 
mariage ne sont autre chose que la proclamation d'un 
futur mariage. Les bans de mars et d'août étaient la 



(1) Cette condamnation semble n*avoirpas suffi pour donner du zèle aux 
féodaux, car Tannée suivante, le 27 mai, remontrances sont faites à leur sujet 
sur ce qulls négligent de se rendre à leur devoir d'assister aux plaids, de 
se trouver aux bans de mars et d'août, de visiter les rivières € et comme le 




Mantel. Françoise Tinlillier veuve de Louis Lavoine, Marc(^ Malaycu, Jean 
d'Acqum, le sieur d'IIambreuil et le sieur de Lacoste, et le sieur Flahault et 
Hippolite Lecat, condanmé chacun à 60 sols parisis d'amende vers le sei- 
gneur, ce qui sera exécuté nonobstant opposition on appellation quelconque, 
Kar le premier w isier ou sergent roial.» (D'après le registre communiqué par 
I. Jules Lecat.) 



31 JUILLET 1544 409 

publication des ordonnances de police rurale édictées 
par le bailli et les hommes féodaux qui rendaient la 
justice. 

Le garde-messier (garde-moisson, devenu le garde- 
champêtre), longtemps nommé par la communauté et 
payé par elle, était chargé de l'exécution des règle- 
ments de police. Il était cru sur son serment ; il avait 
droit à trois sols par chaque bête prise en contraven- 
tion, « si c'est à la requête de partie, mais s'il n'y a 
€ partie ne lui appartient que douze deniers » ( Cou- 
tumes du Boulonnais.) J'ai sous les yeux les registres 
aux plaids de Bazinghen et de Samer, fort instructifs 
sur la police rurale. On y était très sévère, 

Le garde-messier était impuissant contre les rouleurs 
de nuit ; les archives de Tlntendance conservent une 
ordonnance du 28 mars 1764, par laquelle le subdélégué 
de l'Intendant à Boulogne rétablissait les c rondes et 
patrouilles dans les bours et villages du Boulonnois. » 
(Arch. du Pas-de-Calais, C, n° i.) 



I 



31 juillet 1544. — Bombardement de Boulogne 
par les Anglais. 

Cent trente à cent quarante bombes jetées dans la 
ville causent beaucoup de dégâts (i). 



Do juillet le dernier jeiterexit des mortiers 

Du moins six ou sept vingt, dont Anglets furent fiers. 

Des thnilles abbatirent hors et ens les maisons ; 

Mais bien peu en suirent (2j, sauf leurs bonnes raisons. 



(1) La chronique rimée du siège par A. Morin est an docament tràs exact 
comme on peut s'en assurer en en contrôlant le texte avec le Journal du Siège, 
Les faits* les dûtes, tout est conforme et on peut y prendre confiance. Nous 
citons ici d'après l'édition de M. F. Morand. 

(2) Suirent, variantes : hUrent ; tuèrent. — Morin termine souvent ses pre- 
miers hémistiches en rimes ou en assonances ; et il est clair que dans ce vers 
il a voulu donner une rime à abbatirent du vers précédent : ce sera mirent ou 
luirent et non tinrent. Suirent est une contraction de êuivirent : le sens serait, 
dans ce cas, que l'attaque des Anglais eut peu de aUtet, {Note de M. Morand). 

27 



ip 

I 



^v 



41.0 L^ANKIÎE B0UL0NNA18E 

Une trcB grosse boulle choit à Sainct-Samer (l) 
Où y auoit grand foulle de gens pour se suuuer. 
En oyauts imo messe cette boulle cheit 
Assez près do Tautel, mais homme ue blescheit. 

Ce jour en cheit vne à l'hostel du Mic^non (2). 
Où estoient deux enfants dans leurs licts, se dict on. 
La boulle, par miracle, jetta l'enfant en bas, 
Sans malfaire à nuUuy. Louange à Dieu du cas I 

En la rue de la Clef (3), maison du lieutenant, 
Descendit un boulet, qai en fust deux tuant ; 
Un gougeart (4) et un homme y laissèrent la vie. 
Dieu recheuue (5) à mercy leurs âmes, et Marie. 



(1) Sainet-Samtr. — C*est l'abbaye de SaiiU-Wlrner, qui était située rue du 
Compenaiffe. On nomma plus tjird cette rue, des Prétra-de-V Oratoire lorsqu'à 
la pince de moines il y eut des oratoriens. Les actes du temps disent Sainl- 
Samer aussi bien que Saint-Wlmer ; cependant cette dernière dénomination 
y est plus en usage. (/6td.) 

(2) j*ai sous les yeux une liste complète des noms donnés anv maisons 
do la ville dans les terriers et cueilloirs de nos anciennes abbayes et comptes 
des bailliages. Je n'ai p:is rencontré TbosU'l du Mignon. 

(3) Parvis Notre-Dame. 

(4) Oougeart. — Le gougeart ou govifat éUiit un valet de soldats fantassins. 
c Los goujat4;, au cas qu'il s'en trouve plus d'un pour (rois fantassins, seront 
clia&tiez du fouet. > (Ordonnanee royale dt 1579.) {Note de M. Morand). 

(î>) RecheuiUj variante : reçoive. 



ERRATA ET ADDENDA. — On me signale l'oubli du nom de M. Gra- 
gnon, dans la liste des sous-préfets do isoulogne, p. 216. M. Gragnon a 
rempli ces fonctions en notre ville du 16 avril 1879 au 4 juillet 1880. 

P. 357. Il ne m'est pas souvenu à temps qu i l'idée émise dans l'article 
à propos des baptistères était due à M. l'abbé Haigneré. 

P. àU9, ajoutet : La fonction de maître de poste semble avoir été héréditaire 
dans la famille. Dans un compte de Saint- Wlmer pour 1566-1567, je relève : 
Nicollas Caron, poste... (iic). Dans un acte du 23 décembre 1585, je trouve 

3ue François Gaindor, laboureur à la Potterie, vend une pièce de terre à 
elian le Caron, controUear des deniers comnmns, pour payer NicoIa.s le 
Caron, clievaucheur d'escuirye et tennnt la noste pour le roy au bourcq de 




ligne par 
90 Jalllet 1390. — Henri de Burka.se, élu cl confirmé par le pape, est sacré 
dans l'église Sainte-Mario de Boulogne comme évoque de Lincoln, en pré- 
sence du roi d'Angleterre qui étiiit venu en France pour faire hommage du 
comte de Ponthieu. {AnnaU» Paulini : de tempore BilvanH secundi.) 




AOUT 



1"" août 1101. — Robert de Normandie, venu à 
Porlsmoutl) pour combattre le roi son frère, 
est réconcilié avec lui sous la condition qu'on 
lui rendra toutes les terres prises sur lui dans 
son duché et que le comte Eustache ITI de 
Boulogne rentrera dans ses domaines d'Angle- 
terre. (Car t. du Boulonnais.) 

Durant les onzième et douzième siècles, Thistoire de 
Boulogne semble un chapitre de la grande histoire 
d'Angleterre, où nos comtes possédaient les domaines 
considérables donnés, par Guillaume le Conquérant, à 
Eustache II, que plusieurs historiens disent généralis- 
sime de Tarmée d'invasion à Hastings (i). 

I 0)1^ Domêdap booi cite parmi les donataires directs des terres conquises 

I par Guillaume : Eustache, comte do Boulogne et Ide de Lorraine, sa femme, 

Gonfroi et Singar de Ciocties (Chociucc, près B6iliunc), Emulf de An\e, peut- 
ôtre la Ronche do la maison anglaise de Hardres, Ardelof do Merc, Emulf 
do Ilesdin et Wautier d'Aincourt, etc. Nous avons eu occasion de rappeler, 
sous la date du* 4 mai, les châteaux que Jean sans Terre rendit à Renaud de 
Dammartin (voir p. 319) et qui peut-ôtro faisaient partie de la primitive 
donation. D'autres domaines sont cités dans les chartes qui nous restent des 
xir et XIII* siècles. 



412 l'année boulonnaise 

Alliés dans la guerre, alliés par les familles, le comte 
par la grâce de Dieu, le roi par la fortune d'une ba- 
taille, avaient intérêt à se ménager. Placé entre le roi 
de France convoitant la Normandie, et le roi d'Angle- 
terre ayant à dompter son peuple conquis, Eustache 
aux Grenons, le grand prince qui devait donner Gode- 
froi de Bouillon au monde, guerrier aussi habile 
qu'heureux, selon l'expression d'Orderic Vital, et dont 
la puissance n'était pas inférieure à la noblesse de sa 
race, avait, en 1067, appelé par les Anglais, osé braver 
et combattre le vainqueur de l'Angleterre. 

Guillaume qui l'appréciait facilita une réconciliation 
qui fut durable. {Orderic Vital.) 

Où Eustache enverra-t-il son fils aîné, à l'âge d'ap- 
prendre les armes? L'usage veut qu'il choisisse une 
cour étrangère pour ce rude apprentissage. L'histoire 
n'en dit rien; mais un trouvère nous le raconte (i) et 
ce trouvère, à en juger par la précision des indications 
géographiques, est du pays; il en connaît les tradi- 
tions et il scande ses vers moins d'un siècle après, à une 
époque où l'on pouvait se rappeler que le fils d'Idc 
de Lorraine avait été conduit à la cour d'Angleterre où 
il fut reçu avec honneur, où il se distingua par sa libé- 
ralité et son courage, se fit aimer du roi et de toute 
la cour. 

Witasses, fait li rois envers moi entende : 
De ma coupe d'or fin al mengier servirës. 

Le jeune échanson occupe ainsi de prime abord 
un poste d'honneur et de confiance. Il est large, il 
est franc, il est sage et courtois. Bientôt il se connaît en 
échecs, en oiseaux, en chiens : il sait l'escrime, lancer 
un trait, tirer de l'arc. Cependant son père, tombé en 
griève maladie, est menacé parle comte de Montreuil, 
son vassal, qui envahit le Boulonnais, passe la Canche, 
brûle Attin, Beutin et Eslrée; Etaples, Rombly et 
Camiers, ainsi que Neufchâtel, Il s'avance vers Nuef- 
Borc(2). La désolation est dans le pays. Eustache aux 

(1) Dans la ChaiMon du CkevaHer au Cygne. 2« vol. de Tédition Ilippcau. 
Paris, Aubrv, 1877. 

(2) Faut-ii lire KiemJbourg ou Nieubourg près Je Neuf<:]iat<?l, ou est-il ques- 
tion du Nieubourg ou basse ville de BoulogTie I 



1" AOUT 1101 413 

Grenons, informé de ces déprédations, veut se lever ; 
mais le mal le fait retomber sur sa couche de douleur. 
Ide sa femme dit alors : Si Eustache mon fils était là ! 
Elle le fait mander par un messager. Il quitte brusque- 
ment Londres, adresse au ciel une longue prière, 
aborde à Wissant (i), reconforte les populations sur sa 
route et, seul, s'avance jusqu'à trois portées d'arc de 
Montreuil où il rencontre le traître Rainaume et le 
tue (2). Le même jour il reprend la route d'Angleterre, 
reste muet sur son exploit. C'est par un messager du 
comte Eustache, du père sauvé, que le roi d'Albion 
apprend cette grande vaillance. Emerveillé, le roi le 
comble d'honneurs : il l'arme chevalier quoiqu'il ne doive 
avoir quatorze ans qu'en février entrant. L'épisode est 
raconté en huit cent quatre-vingt-seize vers avec des 
détails curieux. L'ensemble est à étudier de près : c'est 
comme un écho de faits que l'histoire a négligé d'enre- 
gistrer. Le comte de Montreuil ou de Ponthieu y est 
présenté comme un vassal rebelle cfu comte de Boulogne. 
Or, les comtes de Ponthieu sont à diverses reprises 
signalés dans nos annales comme les ennemis naturels 
de leurs voisins. C'est pour arrêter les entreprises d'un 
comte de Ponthieu que Matthieu d'Alsace éleva le 
château d'Etaples. Les châteaux d'Hardelot et de Belle 
Fontaine n'ont peut-être pas eu d'autre destination. 



(1) On remarque que le trouvère fait constamment aller et revenir le 
jeune comte par Wissant dans ses passades du détroit. 11 part do Boulogne 
et arrive à \Vissnnt vers midi, la première fois qu'il quitte ses parents. Le 
mcssîiger que sa mère lui envoie ensuite : 

De Holoigne s*en ist moult tost esporonant 
Bien fu iiercho de jor quant il vint à Wissant 
Isnèicment et toHt entra en 1 chalant 
A Dovro est arrivés après None sonant. 

C'est de Douvres aussi qn*Eustache s'embarque pour aborder à Wissant et 
r'"st par Wissant qu'il retourne en Angleterre. Ceci semblerait indiquer 
qu'il y a en un moment où le passage par Boulogne fut complètement 
abandonné pour une cause inconnue. Cependant, sous Philippe Auguste. 
c'e>t à Boulogne qu'a été rassemblée la flotte armée contre Jean sans Terre. 

(2) Ce nom que ne port<yit aucuns dos comtes do Ponthieu, et que l'his- 
toire ne connaît pas, étût sans doute celui d'un capitaine du château ou 
commandant de la ville. € On ne trouve ni érection de Montreuil en comté, 
ni hoQimagcs, ni flefs, ni vassaux relevant de ce prétendu comté et on ne 
voit pas qu'aucun seigneur ait pris le titre seul de comte de Montreuil, 
sinon lorsque les Danois firent invasion dans le comté do Ponthieu. > 
(Nicolas Humet, Chron. m*t. du jMiys et atnUé de Ponthieu^ cité par M. Ch. 
Lounndre.) D'anciens historiens, ajoute ce chroniqueur, ont donné le titre 
de comte à celui qui avait la garde d'une forteresse ou qui s'en était emparé. 
Le prétendu comte Rainaume, était-il un de ceux-là ? 



414 L'AlfN^E B0UL0»NAISE 



2 août 1264. — Saint Louis à Boulogne, 



Ce monarque y vint sur les instances d'Henri III, roi 
d'Angleterre et de ses principaux barons : de concert ils 
avaient choisi pour arbitre Fc omme du monde qui, 
plus se travailla à faire et mettre paix et concorde entre 
ses subjectz, et par espécial entre les princes et sei- 
gneurs de son royaume et des voisins. (Joinville.) » 

Au mois de septembre précédent, Saint-Louis avait 
convoqué en notre ville un parlement où Henri III qui 
devait y comparaître ne put se rendre. En son absence 
les députés des deux puissances tinrent des conférences 
sans résultat et ce fut à Amiens, dans une nouvelle 
réunion, que Louis IX décida en faveur du roi d'An- 
gleteri'e contre Simon de Montfort, décision qui sou- 
leva une opposition très vive parmi les partisans du 
comte de Leicester et faillit rallumer la guerre civile. 
Le pape inter\ânt. Boulogne fut de nouveau choisie. 
Le cardinal évêque de Sabine, depuis pape sous le 
nom de Clément IV, y accompagna Louis IX. On y 
somma le chef des rebelles de déclarer le motif qui 
Texci^ait à troubler TAngleterre. Simon de Montfort 
répondit qu'il vengeait les lois opprimées : Prenez 
garde d'attenter à l'autorité souveraine sous couleur 
de l'intérêt public, repartit le saint roi. 11 ne fut pas 
écouté, car la passion étouffait la raison. Le comte 
résista à toutes ses exhortations, repartit pour l'An- 
gleterre où son premier soin fut d'empêcher le passage 
du cardinal légat lorsqu'il voulut s'y rendre pour porter 
des paroles de paix au peuple anglais. Retenu forcément 
à Boulogne, le légat y manda les évêques anglais avec 
lesquels, le 12 août, il tint une assemblée solennelle, 
un concile, dans l'église Notre-Dame. Les barons y 
furent sammés de se soumettre sous peine d'excom- 
munication, ce dont ils ne tinrent compte. L'excommu- 
nication, lancée le 29 octobre du prieuré de Saint- 
Georges à Hesdin, la mort de Simon de Montfort, 
l'année suivante, sembla y répondre et arrêta la rébel- 
lion. 



2 AOUT 1628 415 



2 août 1628. — Députation envoyée par le chapitre 
de Notre-Dame à Monseigneur Tévêque à 
Amiens, où il se' préparait à se rendre à Bou- 
logne (1). 



La prise de possession, « au nom de Messire Victor 
Le Boulhilier,» évêque dudit Boulogne et abbé de l'ab- 
baye de Saint-WImer, conseiller du roi en sçs conseils 
d'État et privé et premier aumônier de feue Madame, 
sœur du roi, nommé par bulle papale le 19 novembre 
1627, consacré le 9 avril 1628, avait eu lieu par M. le 
chanoine de Thombes, le 2 mai 1628. 
En voici le cérémonial d'après les actes capitulaîres : 
Après lecture des pièces, ledit Thombes fut conduit, 
par vénérable et discrète personne M. Fursy Vaillant, 
archidiacre de Boulogne, et M. Gantois, archidiacre 
d'Artois, chanoine et secrétaire du chapitre, à l'église 
Notre-Dame « et, estant dans icelle, prins de l'eau be- 
niste de laquelle avec honneur et respect il avoit 
aspergé les assistans et s'en seroit aspergé lui-même, 
et en advançant pour entrer dans le chœur, et avant 
d'entrer dans iceluy, les cloches sonantes, se seroit 
mis à genoulx devant la vénérable image du crucifix, 



(4) Le ohnpitrc déléganit deux chanoines pour condairo le prélat au cou- 
vent de;; Cordeliers où il devait passer la première, par humilité et pour 
ron'lre honneur nu plus ancien ordre mendiant do la ville, privilège dont les 
frères mineurs jouirent jusqu'à la Révolution. 

Mais il y avitit d'autres députndons aussi. Le sénéchal, accompagné de 
toute la noblesse du pays Boulonnai?, et le prévôt des marchands avec ses 
archers allèrent au-devant do Tévèque Lavocat Billiad le 26 août 1677. 
(Mss Sooîté.) 

Le mar(j|uis de Colembert 8*y joignit lors de Tarrivée de M. Le Tonnelier 
de Brcteuil. 

Pierre de. Langle arriva le Mardi-Gras pour faire son entrée le jour des 
Cendres 1699, et présager ainsi la pénitence qu'il ferait subir au diocèse. Eut- 
il aussi le môme honneur f p 

L'évdquc Henriiu, arrivant en post«, sans être attendu, le 23 no- 
vembre 1724, dérout;» la coutume. 

L'entrée de Mgr d'Ilervilly do DcAine, en 1738, fut un triomphe. 

Lorsque It dôputition alln, le 8 novembre 1743, trouver Mgr de Pressy au 
Pont-de-Briques chez M. le sénôclinl où il était arrivé, ee prélat souhaita 
f.iiro Fon entrée sans éclat. Il n'y eut pas procession en ville. (Reg. cap. G, 
36.) Il en fut de même pour le dernier évèquc de Boulogne, Jcan-ncnô 
.\sseline. 



416 l'année boulonnaise 

devant laquelle il auroit fait prières à Dieu ; puis seroit 
entré dans led. chœur et proche du maître autel se 
seroit de rechef mis à deux genoulx fait ses prières, 
baisé led. aulel en tout honneur et respect, et iceluy 
touché, après se seroit mis au siège principal, du costé 
droit dud. chœur. Delà, allé et entré en la maison épis- 
copale, et fait et gardé les autres solemnitez en tel cas 
requises et accoustumées, et retournant en lad. salle du 
chapitre en la présence de Mesd. sieurs les doien et 
chanoines, luy estant présenté le livre des psalmes, 
auroit à Touverture d'iceluy fortuitemedt tiré le ver- 
set vil* du psalme Ixv (i) ». 

La prise de possession n'avait lieu habituellement 
qu'après l'efitrée solennelle du prélat dans la ville. 

La députation, la veille, le conduisait au couvent des 
Cordeliers. 

Le matin venu, vers huit ou neuf heures, le chapitre 
accompagné du clergé de la ville se rendait auprès de 
l'évéque. Le doyen le haranguait dans la nef de l'église 
du couvent et l'invitait à venir prendre possession de 
Tévêché. 

La procession parcourait la rue Neuve-Chaussoe 
jusqu'au Séminaire où le prélat revêtait ses habits 
pontificaux et les chanoines leurs chapes pour continuer 
la marche. C'est à ce moment que les canons des 
remparts et des boites d'artifice saluaient cette arrivée, 
pendant que toutes les cloches sonnaient avec allégresse. 

A l'entrée de l'Esplanade, le corps de l'échevinage 
s'approchait de l'évéque, que le maïeur complimentait 
au nom de la ville. Quatre échevins le recevaient 
sous un dais. 

A la porte des Dunes, le major commandant la 
place lui présentait les clefs de la cité au bruit d'une 
seconde salve d'artillerie. 

Un peu plus loin, près du Palais, le sénéchal et 
Messieurs de la justice se joignaient au cortège après 
une harangue de leur chef. 

(4) Dans 1 x cérémonie du sacro d'un évètjuo on ouvrait 1^. livre afin do 
savoir «o qu'en devait attendre de son pontmoat. (Micholet, Orig, du droit, 
p. 1(31.) Les chanoines lent.ni''nt ausyi le sort dtn êainU.^A. Morand, Ann. hivt.^ 
p. 17, dit : l'usairo venait de Thérouanne. Il venait d'ailleui'S aussi, (iuibert 
de Nopent rappelle qu'on lira son pronostic lorsqu'il prit possef^sion de Y.\h- 
baye do Nos;ent. Sur le Sort de» Saints, voir Acad. d€» Irutcripl.^ XXXI. 
Dissert, de l'abbé du R'-snrl et dansi Menu deê ArUiq. d€ COtuat, I, 73| un 
mémoire de M. Nicias Gaillard. 



2 AOUT 1801 417 

Sur le parcours, depuis les portes jusqu*à la cathé- 
drale, toute la bourgeoisie sous les armes, tambour 
battant, enseignes déployées, rangée sur deux lignes, 
faisait la haie d*honneur. 

Lorsqu'il arrivait à la porte de Téglise, l'évêque y 
trouvait un prie-Dieu et alors commençait la cérémonie 
de la prise de possession conforme à ce que nous en 
avons dit plus haut (i), à Tissue de laquelle, conduit au 
palais épiscopal, il y trouvait le maïeur et l'avocat fiscal 
qui lui présentaient le vin d'honneur dans les quennes 
de la ville (2). 

Le tout se terminait dans un banquet offert par le 
doyen, où étaient conviés les principaux de la cité. 



2 août 1801 (15 thermidor an IX). — Le maire et 
les adjoints prescrivent les mesures nécessaires 
pour la sécurité de la ville menacée d'un bom- 
bardement. 



Les habitants de la basse-ville, surtout ceux dans le 
voisinage du port, furent requis de placer dans leurs 
greniers et devant leurs maisons des barriques remplies 
d'eau, de les y laisser tant que le danger durerait, et 
de visiter toutes les parties de leurs demeures pour 
s'assurer si le feu ne s'y manifestait point. 

Au cas d'attaque durant la nuit et aussitôt que l'on 
battrait la générale, chaque habitant devait illuminer 
sur le champ sa maison et entretenir l'éclairage jusqu'à 
ce que toute espèce de danger ait cessé. 




Amiré Dormy au banquet de son entréo ^iv que&nes de ypooras. (Livre F«*rf,) 
Son successeur, Cl.iude Duriuv, ne re;ut que cinq pois. (Compte de 1592- 

16(X).) 
11 est payé 301b 6 sols à Marie Mario Cannet veuve Guilbert pour le vin 

d'honn"ur présenié à Mgr Henri m à sa première entrée. ('\rch. lomm., u«97.) 
Au vin d honneur offert à Mjrr d'Ilerviily, le 23 novembre 1738, fut joint 

< par extraordinaire une corbeille de quatre douzaines 4^ boiiteillcs de \\ix 

de Uourgogno et de Cbauipa;:nc, » {Reff. avus Délib.) 



418 l'année B0UL0NNA18E 

Les grenadiers et chasseurs de la garde nationale 
étaient convoqués en armes sur TEsplanade, afin d'être 
prêts à se porter dans les endroits menacés : les autres 
bataillons ainsi que les hommes valides se réuniraient 
sur la place Dalton pour se porter aux lieux du danger 
et pour éteindre le feu où il pourrait se manifester. 

Durant l'attaque et tant que durerait le danger, 
défense aux habitants de monter sur les remparts ; aux 
vieillards, femmes et enfants de circuler dans les rues ; 
aux voituricrs, de laisser aucune voiture dans les rues. 
On enjoignait à ces derniers de se tenir prêts avec 
leurs chevaux pour se rendre où le besoin du service 
l'exigerait. 

Au nom du bien public et du salut commun, chacun 
était invité à rester à son poste et à obéir aux autorités 
militaires et civiles. 

Ce n'était pas la précaution inutile. La ville fut bom- 
bardée le lendemain à partir de midi et pendant quinze 
heures consécutives ; mais comme le dit une adresse 
de remerciement au contre-amiral La Touche Tréville, 
« nous avons vu toutes les foudres des arsenaux de 
l'Angleterre s'éteindre dans les eaux qui baignent nos 
côtes, sans avoir atteint un seul des braves chargés de 
les défendre. » 

Ces mesures préventives qui sauvèrent la ville eurent 
à être renouvelées en 1803 et en 1806. L'administration 
boulonnaisc et les habitants furent hautement félicités 
pour leur belle conduite en ces circonstances. . 



3 août 1801 (16 thermidor an IX). — Bombarac- 
ment de Boulogne par les Anglais. 

M. Théodore Hamy m'a communiqué, en 1872, une 
lettre adressée par son père (i), le 26 fructidor an IX, 

(1) M. Fran<2ois Hamy, not:ÙP(», qui mourut on cette Aille lo 28 sep- 
tembre 1818, a été fort rni^l^ aux troubl«»s de li R<»volu<.ion à Hoiilo-ne. 
Contre toutes le» calomnies d*.j(ivers:iire8 acharnés h le discréiiter lorsqu*» la 
ré.iriion tliormi loriennc Kubsiiin.-i des iwrsécu'eurs à d'autres perséoul'Mirs, 
il put opposer 1 1 belle lettre aw lui adressa le 8 août 1707» M. de 1 1 rà:ure 
d'Offreihuû qui, l\ushurant de rinviolribiliié de ses sentiments d'estimv et 



3 AOUT 1801 419 

à M. Sucht, médecin à Blois, qui relate ce premier 
bombardement et Tattaque du 28 thermidor suivant 
(16 août 1801), Voici ce document curieux : 



« J*ai oublie dans ma dernîëre de répondre à un article de 
votre première lettre relativement an bombardement que nous 
avons éprouve. 

' La vérité est que ce bombardement a eu lieu toute une 
journée. 

« L'Anglais était embossé à dix-huit cents toises de l'entrée 
du port; tandis que notre flotille composée de bateaux plats, 
chaloupes, canonnières et bombardes se trouvait à cinq cents 
toises environ de la même entrée en avant. 

« Le feu fut extrêmement vif du côté de l'ennemi, et des 
bombes portèrent à plein dans notre flotille : c'était une pluie 
continuelle d'éclats de ces machines infernales autour de ces 
bâtiments. Quelques bombes portèrent jusqu'à un chenal dans 
l'intérieur des jetées, ce qui répandit une grande consternation. 
Cependant pas un coup ne fut fatal et nous n'eûmes ni tués ni 
même aucun blessé. 

« Deux de nos bateaux et une canonnière coulèrent : les 
bateaux parTelfet de la commotion du tirage et la canonnière 
par une bombe qui la perça de part en passant par la Sainte- 
i3arbe. Il est bien heureux qu'elle n'ait point embrasé, car une 
partie de la flotille eut sauté. 

< La canonnière percée fut échouer à quelques pas de sa 
position, les bateaux restèrent en place : les hommes gagnèrent 
terre à bord de leurs canotes^ et ces b^ltiments furent le len- 
demain reconduits dans le port, où ils ont été réparés à peu 
de frais. 

< Tandis que par une sorte de miracle, nous n'avons éprouvé 
aucune perte, au milieu de tant de sem')nc3 de mort et de 
destruction, il n'en était point de même du côté de l'Anglais 
qui a perdu plusieurs officiers de génie, ainsi que la majeure 
partie de ses bombardes, par l'effet de la secousse violente que 
celles-ci ressentirent ; cependant aucun bJitiment ne coula à la 
vue de cette côte, et ce n'est que par des rapports certains 



d'amitiét .ajou'ait : c Vous n'avez pas eu de plus ardent défenseur lorsque la 
« plus vile canaille attaquait avec tant d'aeharncnicnt votre réputation. ...» 
Du reste, il a été publié une brochure m-4» de 1() paires, imprimée chez 
Le Hoy-Herger, à (^jdAis, en l'an III et intitulée : J.-F. IIamv a sks 
coNcrfovKNS. Il y réfute toutes les dénonci itions lancées contre lui et pré- 
sente lo tableau de s:i vie polili |u î et privée depuis la liévolution. € Dès 1789, 
(vieuv -style), je nie suis montré très cliaud partisan des ôvéuemens qui réujé- 
néroient l.i France, et jamais je n'ai dévié un instant dans la ui irche révolu- 
tionniire. L'un des premiers j'ai fonlé auv pieds les préjugés du culte exté- 
rieur et j'ai frappé l'idole ccUkidraliqw. On se rappelle sina doute des 
persécutions do tout penre au.xqu<.*lles je fus en but de la part des ci-dcvunt 
chanoines et de ce qu'ils appeloient cl^çé subalterne. ...» 



420 l'annék boulonnâisb 

qu*on apprit quelques jours aprës la perte et les désastres de 
1 ennemi. 

c Dans la nuit du 15 août (27 thermidor) ^ Nelson, honteux 
du peu de succës de sa première tentative, essaya d'enlever 
toute la flotille, en envoyant trës tacitement deux à trois cents 
péniches et canots, avec deux mille hommes, au moins, de ma- 
rins passes dans la matinée de la veille à Douvres, et do 
troupes de ligne. 

c Ils surprirent une vedette qui était un petit canot 
avec cinq hommes d'équipage ; mais sur Talarme répandue de 
ladite vedette, on se mit en mesure pour bien recevoir mes- 
sieurs les Anglais ; on tendit les filets pour empêcher l'abor- 
dage ; on hacha en pièces tous ceux qui osaient monter à bord, 
et on mitraillait les équipages des péniches ; une de nos ca- 
nonnières en quatre décharges a coulé bas à l'ennemi sept 
péniches. L'Anglois poussait des hurlements affreux et deman- 
dait en son idiome ; pardon; mais l'acharnement des nôtres 
eut entripé toute la division, si ce qui en était resté sain n'eut 
repris le large, 

c Les ponts de nos bâtimens sur lesquels l'ennemi avait 
donné étaient jonchés de mains et de doigts coupés ; et le 
lendemain la mer était remplie de cadavres mutilés. La perte 
de l'ennemi en tués et noyés est de plus de quatre cents et il 
a eu en blessés deux cents hommes au moins. 

c Notre perte en tués est de sept braves qui ont été inhumés 
solennellement. Nous eûmes vingt blessés. 

« Depuis ce temps nous sommes encore bloqués ; mais 
Tenuemi n'ose plus tenter aucune entreprise. On a remarqué 
même que la Méduse et son charlatan sont allés promener en 
d'autres parages les fanfaronnades do l'amiral anglais. 

c Nelson, au surplus, s'est acquis devant nos murs, le titre 
de comte de Boulogne ainsi que vous l'avez appris par les 
papiers publics Vous pouvez compter, monsieur, sur l'exacti- 
tude du rapport sus consigné. » 

Deux ans après, le i6 août 1803 (28 thermidor an XI), 
les Anglais lancèrent de nouveau des bombes sur la 
basse-ville. L'une d'elles tomba sur la maison de 
M. Cary, à cinquante pas de la Porte-Wallotte, et y 
causa un dommage estimé 3,901 ft 75. On s'attendait 
à une continuation de bombardement et un arrêté 
municipal du 29 thermidor en fait foi ; mais on en fut 
quitte pour la peur. Les Anglais faisaient plus de bruit 
que de mal, puisque l'évaluation des pertes causées 
dans tous les ports bombardés alors ne donne pas un 
total supérieur à 45,000 francs. Il n'en fut pas de mcma 
en 1806. Nous Iç verrons en oçlobrç. 



4 AOUT 1662 42t 



4 août 1662. — Procès-verbal d'un enlèvement 
des cloches à Samer. 



Dans les Curiosités de Vhistoire du Pays Boulonnais 
(verbo Lustucru, p. 125), j*ai dit un mot de l'eflroyablc 
épisode de la guerre dite de Lustucru qui a brisé à jamais 
l'esprit d'indépendance en noire contrée. Louis XIV y 
poursuivit surtout le sentiment qui poussait nos pères 
à revendiquer des droits et des franchises séculaires ; 
tout devait plier sous son despotisme. Le caractère 
boulonnais se refusant à ployer, fut courbé par force 
sous la botte des dragons. Pendaisons, douze cents 
hommes , coupables ou non , envoyés aux galères , 
rigueurs de la répression lors de la lutte : ainsi peut 
se résumer cette affaire. 

On ne saurait trop louer la dignité d'attitude du 
curé de Samer lorsque le commissaire du roi s'y rendit 
pour exécuter les ordres de S. M. Qu'on lise avec soin 
'acte suivant : * ^ 



c L*An mil six cens soixante deux, le qnatriëme jour 
d'aoust, Nous, Louis de Machault, conseiller du Roy en tous 
ses conseils et direction de ses finances, Maistre des requêtes 
ordinaires de son hostel, commissaire députe par lettres pa- 
tentes de Sa Majesté du premier juillet dernier pour Vexé* 
cution de sesi ordres dans le pays de Boullenois au pays de 
Samer, Nous sommes transportés de la WUe de BouUongne au 
bourg de Samer, distant d'environ quatre lieues, où estant 
nous aurions mandé le sieur Curé dud. lien et nous estant in- 
formez ou estoient les eschevins, ou officiers, il nous auroit 
di^ qu'il n'y avoit d'eschevins aud. lieu et qn'à lesgard des 
officiers ils estoient absens de mesme que la pluspart des habi- 
tans par la crainte et apprehention des desordres arrivez de- 
puis peu dans le pays ; que neantmoins, si nous les désirions 
ainsy, il alloit faire assembler ceux qu'il tr ou veroit rester dans 
Icd. lieu des plus apparants. Surquoy, nous luy aurions dit 
de leur enjoindre de nre part de se rendre par devant nous 
pour entendre par nre bouche les volontez du Roy. A quoy, 
led. s' curé satisfaisant , seroit revenu pardevers nous, peu de 
temps après, accompagné de Adrien d'Enquin, Sebastien Follet, 
Jean Didelet, Claude Merlin, Philippe du Hamel, Lucien le 



422 l'aNNÉB BOULONKAISE 

Moiane, tous habitans de lad. paroisse de Samer, on prëscnce 
desquels nous aurions faict faire lecture, par nostre secrétaire et 
greffier, de nostre dicte Commission, de l'extraict de nre juge- 
ment souverain et en deniier ressort, rendu à Monstrneille le 
vingt septiesme dud. mois de juillet dernier, en ce qui peut con- 
cerner led. lieu de Samer ; et, ensuitte de ce, nous aurions faict 
commandement ausd. habitans de nous conduire à l'église pa- 
roissiale dud. lieu pour y voir, en nostre présence, procéder à 
Texecution de nostred. jugement en ce qui est porte, par iceluy, 
que les cloches seront dépendues pendant un an, et led. s' curé 
nous auroit dit et remoustré que la nécessité desdit. cloches 
sembloit indispensable pour appeler au service divin les habi- 
tans de lad. paroisse qui sont beaucoup dispersés, qiie neant- 
moins, si nous jugions ou il y alloit du service du Koy et du 
repos et tranquillité dud. pays d'exécuter led. jugement, il 
estoit près de nous conduire dans lad. Eglise et nous en 
auroit offert les clefs, adjoustant de plus, qu'il nestoit pas 
possible de despendre lesdictes cloches et les faire mettre en 
bas sans rompre une partie de la voûte qui avoit esté faicte et 
construite depuis que lesd. cloches ont esté placées au clocher 
de lad. église, ainsy quil estoit facile d'observer, ce qui nous 
auroit obligé de commander à l'un des charpentiers de la ville 
de BouUongne, amené avec nous pour cet effect, de monter 
audict clocher, et nous rapporter ensuitte fidèlement quel est 
le nombre des cloches estans dans iceluy, quelle en est la 
pesanteur h ce qu'il en pourra juger par l'inspection d'icelles, 
et si elles peuvent estre promptcmcnt et facilement dépendues, 
à laquelle injonction led. charpentier auroit incontinent satis- 
faict, et nous auroit, peu de temps aprës, rapporté quil y avoit 
dans led. clocher trois cloches d'une moyenne grandeur, et 
inégales, de la pesanteur desquelles il ne scauroit bien juger, 
mais qu'il seroit très difficile de les descendre en bas et qu'il 
f^loit pour cet effect faire une ouverture dans la voûte. 
Surquoy, nous aurions ordonné, attendu ladicte difficulté, et la 
longueur de temps ([uil seroit nécessaire d'employer pour 
despendre lesdictes clocles, que les battans d'icelles seroient 
ostés, ensemble toutes les cordes, ce qui auroit esté exécuté 
sur le champ, et lesd. trois battans et cordes desd. cloches 
mis et déposez es mains dud. s' curé, qui s'en est volontaire- 
ment chargé et promis les représenter quand il luy sera ainsy 
ordonné, sans permettre que, pendant le temps porté par led. 
jugement, lesdictes cordes et battans soient remis pour Tusage 
desd. cloches : ce faict, nous aurions enjoins aux habitans dud. 
Samer, cy dessus nommés, de tenir la main à l'exécution du 
surplus de nostrcdict jugement, en ce qui regarde l'interdiction 
des foires et marchés audict lieu, et l'entretien et conservation 
de la pyramide ordonnée y estre construicte, lesquels nous ont 
promis de faire, en ce qui despendra d'eux, mesmes de mettre 
entre les mains des officiers et autres habitans lorsqu'ils seront 
de retour en leurs maisons, l'extraict de nre jugement que 



I 



5 AOUT 871 423 

nous leur avons faict délivrer, bien et deumont signe par 
nofitre secrétaire, ensemble une expédition de nostro présent 
procès verbal, dont la minutte est demeurée pardevers nous, 
signée tant par ledict sieur curé que par trois des dicts habi- 
taus susnommée, les autres n'ayant sceu signer. 
Ainsy signé de Machault ; Pollbt, curé ; Dbnquin ; 
Sebastien Pollbt, et Lucien le Moisnb. 



5 août 871. — Hincmar, évêque de Laon, est 
déposé au synode de Donzy. 



Hincmar, évêque de Laon, encore plus connu par 
ses disgrâces que par son savoir et ses écrits, naquit 
dans le Boulenois comme nous l'apprend son oncle : 
« Bononia de cujus territorio es naiivus (i). » 

11 naquit de parents nobles, mais peu accommodés 
des biens de la fortune. Toutefois, ils y possédaient 
quelques terres et des serfs : ils vivaient encore en 87 1(2). 
11 se trouvait neveu par sa mère du célèbre Hincmar, 
archevêque de Reims, dont le lieu de naissance n'est 
pas connu et que nous aimerions à dire nôtre aussi. 
Dès sa première jeunesse il fut élevé près de son oncle, 
où il étudia les lettres humaines et la science ecclé- 
siastique (3). Quoiqu'il ne répondît point parfaitement 
aux soins que l'on prenait de son éducation, son oncle 
ne laissa pas de le produire en quelques occasions qui 
pouvaient lui faire honneur (4). Il fit surtout paraître 
l'amitié qu'il lui portait, en contribuant à le faire élire 
évêque de Laon, à la mort de Pardule (5). Hincmar 
était encore jeune, lorsqu'il fut élevé à Tépiscopat ; et 
I jl paraît, par les reproches que son oncle lui en fit 

I dans la suite, qu'il n'avait pas atteint l'âge prescrit 



(l) X/irt. Ult. Fr., t. V, p. 522, etc. Voir trad. du passage d*Hiiicm.r, p. 30 
du présent volume. 

(3) < Ue jeune HineinAr étoit natif du Boulonnois où il fut élovô, où son 
péro et ^on uyeul étaient élablif. (Luto, Mém. p, Vkiëtoirt de Boulogne.) 
b\vprc5j cctto noto, on pourrait supposer que son on< 1-^, le gnind nrclieveque 
de Uoiius, dontraction -^st i.i marquante sur le ix» sieole, a peut-être ausssi 
vu le jour en notre e«iiti6i:'. On ignore le lion de sa n:iis.sance. Rien ne nous 
empê<-he donc de le revendiquer. 

(H) Hinc, op. U II, p. 537. 

(4) Cône., t. VIII, p. 166r. 
(ô) Ilinc, tô., p. 3Sl 



424 l'âNNÉB BOULONKArSX 

parles canons (i). Son ordination, dont personne que 
nous sachions ne marque Tannée, se fit avant le mois 
de mars 858. Il se trouva alors en qualité d'évcque à 
rassemblée de Quiercy, où le roi et les évêques se 
prêtèrent mutuellement serment. Il fut aussi d'une 
autre qui se tint au même endroit, le mois de décembre 
suivant, pour Télection de Guillebert, évéque de Châ- 
lons-sur-Marne. 

Hincmar était d'un caractère inquiet, vif et même 
violent, ce qui lui attira des disgrâces (2). Quand il fut 
en possession de son église, il voulut vivre dans l'indé- 
pendance et se conduire à sa fantaisie (3). 11 fréquenta 
la cour, y prit une charge et obtint même une abbaye 
dans une autre province où il alla et resta fort souvent. 
L'oncle le reprit de ce qu'il quiltoit son diocèse sans 
nécessité et sans permission, cela étant défendu par les 
canons, mais il ne gagna rien sur son esprit. En 868, 
il se fit une affaire sérieuse. Le roi, à sa sollicitation et 
de son consentement, avait donné à un seigneur la 
terre de Pouilly qui était un fonds de l'église de Laon. 
Mais l'évêque, s'en étant repenti, excommunia ce sei- 
gneur, parla au roi avec hauteur lorsqu'il se plaignit 
de sa conduite, ce qui mit ce prince si fort en colère 
qu'il le maltraita de paroles. La division augmentant, 
l'archevêque, qui avait fait ses efforts pour tout pacifier, 
se crut obligé lui-même d'en venir à des extrémités 
contre son neveu, dont la conduite était tout à fait 
blâmable. Dans le concile tenu à Attigny en 870, l'évêque 
de Laon promit d'être soumis à son métropolitain, 
d'obéir aux décrets de l'Eglise et fit au roi un nouveau 
serment qu'il faussa. Cette fois, l'archevêque poussa 
l'affaire jusqu'à le déposer dans le synode de Donzy, 
le 5 août 871 (4), et l'empêcha ensuite de se rendre à 
Rome. Hincmar fut mis en prison ; on lui creva les 
yeux, supplice ordinaire, en ce temps-là, à ceux qui 
étaient convaincus du crime de rébellion. 

Après la mort de Charles le Chauve, Hincmar fut 
remis en liberté. Quand le pape Jean VIII vint en 
France sous Lous le Bègue, en août 878, Tévêque 
aveugle lui présenta requête pour être réhabilité. On 

0) Balaz., CapU., t. II, p. 102. 
\z) p. Luto, Afém., p. 73, cor ie. 

(3) Ann. Bert. 808-869. 

(4) Ann. Bort., an 871. 



r 



6 AOUT IdéU 42Ô 

lui accorda de chanter la messe et de recevoir pour sa 
subsistance une partre des bien^ de Tévêché 4)u'occtt- 
pait Iledenulfe depuis sa déposition (i). En consé- 
quence, les évêques amis d'Hincmar le revêtirent des 
ornements sacerdotaux, le menèrent devant le pape, e£ 
de là à Téglise où ils lui firent donner la bénédiction 
au peuple: Ainsi fut réhabilité cet infortuné prélat. Ceci 
se passait en septembre 878. On ignore le temps 
qu'il vécut depuis cette époque. On sait seulement qu'il 
mourut quelque temps avant l'archevêque son oncle, 
lequel quitta le monde en 882, et, dans une de ses 
lettres, recommanda l'àme de son neveu aux prières 
d'un ami (2). Le P. Cellot a pubKé, à la suite des 
actes du concile de Donzy, une vie fort prolixe d'Hinc- 
mar de Laon, insérée dans le tome huitième de la 
collection générale des conciles. 

On ne possède qu'une partie des écrits d'I^incmar, 
presque tous relatifs à ses disgrâces. Les au- 
teurs de r Histoire littéraire de la France (tome V, 
p. 525, etc.), citent trois lettres, quatre mémoires, la 
déclaration signée au concile d'Attigni, en 870, et la 
plainte rendue contre son oncle, au pape Jean VIII, 
pendant la tenue du concile de Troyes en 878, mais 
ils ne portent aucun jugement sur leur mérite lit- 
téraire. 



6 août 1840. — Le canot de sauvetage de la Société 
Humaine ramène à terre le prince Louis- 
Napoléon Bonaparte que les flots entraînaient 
et menaçaient. 



Ce sauvetage, le plus remarquable de tous ceux qui 
ont été accomplis à Boulogne, n'a pas été assez mis en 
lumière. 

La Société Humaine fut, en cette occasion, l'rnstru- 



(1) But. lut, t. V, p. 525. 

C^) Flod.» lib. III, G. 23, p. $83, A. 

2» 



1 



42G l'année boulonnaise 

ment du Destin 1 Que d'événements marquants seraient 
restés à l'eau avec le prince noyé (i) ! 

Si l'échauffourée du 6 août 1840 a été l'objet de maints 
récits circonstanciés, on a négligé de signaler quels 
étaient en notre ville les rares partisans de c l'insensé 
que n'avait pu corriger un premier échec éprouvé à 
Strasbourg. » {Proclamation du maire de Boulogne.) 

Ils furent peu nombreux, et, à en juger par leurs 
œuvres, — car ils ont laissé des œuvres, — ils n'étaient 
pas précisément la fleur du panier (2). 



(1) « En aiTiviint à Boulogne en septembre 1853, l'eraperour a chargé 
M. Ducos, ministre de la marine, de s'informer s'il exist;iit encore dans ceUe 
^'ille quelques-uns des gens <|ui l'avaient arrêté en 1840 lors do son expé- 
dition maliieureuse. 

€ Ducos découvrit un matelot qui s'était jeté à la mer j)our atteindre le 

f)rince qui cherchait à regagner à la nago le bâtiment qui l'avait amené ; 
equcl susdit matelot av;iit empoigné le prétendant par les cheveux: ; puis 
Ducos découvrit encore le gendarme, aujourd'hui doumiier, qui sur 1.î 
rivage avait pris du matelot livraison du prince v.-iincu et lui avait mis la 
nmin sur le collet. Ces deux hommes furent conduits cliez Ducos qui leur 
demanda s'ils étaient bien les hommes qu'on lui avait désignés. Ces deux 
pauvres diables ié[>ondirent, non sans iiésitatlon, qu'ils étaient les deux 
arre>.taieurs «lu prince et Ducos Irur eiijoi}:nit de revenir le lendemain à 
neuf heures du matin. Après une nuit d'an\iéiés,les doux gaillards, fort peu 
gaillards pour le moment, se présentèrent chez le ministre à l'heure précise 
qui leur avait été indiquée. Ducos les condui>it chez rempereur et le matelot 
fut le premier admis en sa présence. 

< L'empereur tortillait entre ses doigts sa longue moustache, il marcha 
vivement vers le matelot et lui dit : 

c C'est donc toi qui en 1810 est venu me prendre dans la mer, en me 
saisissant par les cheveux î 
€ Le matelot. — Majesté. . . je. . . je. . . 

< L'empereur. — Vt>yons, est -ce toi oui ou non î 

€ Le matelot (reprenant son assur.mci'). — Kh Iden ! oui, majesté ; les autres 
tiraient, vous pouxiez être blessé et vous noyer, c'est moi qui mo suis lancé 
à 1.1 mer pour vous sauver. . . c'»*st moi qui vous ai sauvé. . . > 

L'empereur et le minisire avaient peine à garder leur sérieux en écou- 
tant cette vei"sion singulièrement cmbellii», parce matelot, d'une arrestation 
changée en sau\ étage. 



€ C'est bien mon gar<^^on, reprit l'empereur, voilà la ci-oix que tu as gagnée 
en faisant ton devoir et voici t>00 fr. > (Mém. de M. H. de Viel-Castel.) 

Au matelot succéda le gendarme qui, après une scène identique, reçut 
aussi une somme de 500 fnmes. 

I/empereur pardonna moins facilement au maire de Boulogne d'avoir fait 
son devoir et lui garda même rancune des paroles séN ères qu'il en recrut 
lorsqu'il fut repéché: c Prince, avait dit M. Adam, ce n'est pas bien ce que 




note suivante : 

€ Quelques placards ont été alTichés ici en divers endroits dans la nuit du 
21 au 25 .lotit, et ont été pres<|ue immédi-ilcMuent arrarhés i)ar la police. 
Nous les avons lus, et aflirmons (|aVn ('ons( ience ils ne valaient pas la p<'iuo 
qu'on les arrachât, tant ils étaient misérables. Nous nr> croyons pas »|u*on les 
puisse prendre plus au sérioux que cotte foule de lettres anonynies (jue les 
autorités reçoivent et dans les<iuelles, à propos de la part qu'elles ont î^risc à 
la répression de la folle tenuitive de Louis Napoléon, x>n les menace d'in- 
cendier leurs maisons, tuer leurs enfants, etc., crescendo sur ce ton ! Ce sont 



6 AOUT 1840 427 

Ils répandirent ou affichèrent ce qui suit : 

N" 1. « Braves camarades ! Armez- vous braves Boulonnais. 
Je vous pardonne tout le mal que vous m'avez fait. Armez- 
vous. Défendez votre prince du sang, le sang de votre ancien 
guerrier, de votre Napoléon que vous chantez, que vous aimez, 
que vous chérissez. Amis, aux armes I Armez- vous. Les poi- 
gnards sagitte. Que l'étendart selence, que l'aigle triomphe, 
que le peuple vive. Le pain, le travail, voilà ce que le peuple 
français demande. A mort les gros de Boulogne ! Qu'il soit 
nos esclaves. Vive les sans culottes. Vive la République. A 
mort tous les bigots. Poignardons tout. Vive Napoléon ! » 

N** 2. c Enfants de la France, sauvez Louis Napoléon que 
la lâche garde nationale de Boulogne a trahis. Travaillez tous 
pour le sauver des mains des bourreaux. Suivez nous à main 
armées vous tous ouvriers sans ouvrage et qui mourrez de 
faim, suivez nous, nous vous donneront des vivres à volonté. 
Vive Bonaparte, en bas L. phlip. en bas le maire de Boulogne 
et toute sa clique. « 

N<> 3. € Napoléon a promis que Boulogne serait florissant. 
Oui mes chers camarades. S'est un Brave. Vous l'avez trahi 
mais il vous pardonne. Il est sauvé. Oui mes chers camarades. 
Il est sauvé de la ville de Paris. Il est arrivez Dans nos murs 
hier à sept heures Du soir. Le peuple parisien le seconde. 
Cachez le ou craignez la mort. Vive Napoléon ! » 

N» 4. c Habitants de Boulogne ! Vosfrëres dévoués comme 
vous à la cause Napoléonnienne, comptent sur votre concours 
pour les aider de votre pouvoir, le jour que la Chambre osera 
se réunir pour condamner l'homme qui porte un nom aussi 
sacré que celui de Louis Napoléon. » 

(Signé) Le président de la Société Napoléonnienne, 

de B. Y. 



là ou des débauches de mauvais esprits qui trouvent fort plaisant do chercher 
à inspirer des inquiétudes aux populations, et riraient tous les premiers de 
l'importance qu^on leur donnerait ; ou l'expression grossière des désappoin- 
temens de cette ignoble race d'hommes, presque tous repris de justice, qu'on 
voit apparaître sur les places publiques, ivres et mcnacans aux jours de 
troubles, et qui, ne spéculant que sur le désordre, ont en enet quelque raison 
d'ôtre fort chagrins do voir s évanouir leurs monstrueuses espérances. La 
société n'a vraiment rien à craindre de pareilles tentatives : la vigilance des 
autorités suffit pour l'en préserver, et le plus sage parti qu'on puisse prendre 
est de ne pas leur donner une importance qu'elles n'ont pas. 

< Pour revenir h nos placards, en voici un sur lequel les autres sont 
calqués. Tous, d'ailleurs, sont visiblement de la même main : 

« Brave soldat, aut, armes soutennez la classe ou\Tierre quon se range 
sous vos drapant l'aigle un jour feurat votto honneur cnbasso Louis Flippe 
vive Napoléon de l'ouvrage ou broulion nous vive langlais. 

€ Signé N. » 

f Comme ce dernier placard a été affiché en divers endroits, on lui a fait 
les honneurs d'une variaTUej et sur quelques-uns, à la suite de vive Napoléon^ 
on lit : vivt la R^ubliqv^I 

€ Ne voilà-t-il pas des gens fort accommodans 1 > 



42S l'anniI» boulonmaise 

Comme si ces placards ne suffisaient pas, des bfUets 
étaient jetés dans les rues ou laissés sur les bancs des 
places publiques. 

L un des billets portait ceci : 



c Bftîlly, je tmh fatigua de plaeairder et d» semef^ees BlËl«t« 
Ftevre poKee^ t il f^vdtaH te^ tea mettre- dafw Hea maùM el cK*« 
6^eftè raot pour que tu comiaiaBeff les eoupabteft, 

# A PoccaBkM» ê»k A.... de prëpsivr son 9m». » 



Là pofke ne dormait pas cependant; 9 existe plu- 
sieurs procès-verbaux des 27 et 28 août. 1840 et les 
îo^terrogatotres subis par les. porteurs des billets sui- 
vatuts : 



Vo l, f Enfants de la France^ profitons du moment où 
Paris est ea révolution pour aller délivrer L. Napoléon, aocou^ 
rez en foulo nous vous donnerons des vivres à volonté. Vive 
Napoléon II. » 

a^ 2. < Boulonnais ! Encore une injure vient d'être faite 
à ce qui est réputé sacré« 

» Vous voyez que l'on jette maintenant à la tête des braves 
dans leur salon, des décorations que jadis l'on ne donnait 
qu'an quart des bravos qui l'avaient gagné au prixde leur 
sang. 

c Ces nouveaux légionnaires de huit jours vous forgent des 
chaînes avec lesquelles ils vous enchaîneront bientôt si vous 
ne savez leur réslister. 

c B.... est nommé, chevalier. 

c Launay le Provost, officier. » 

N*^ 3. € Déjà* l'on a peur ! Tout Péquipage du navire Bdin- 
hir^i (Joêik est mis en liberté.. Eneore une secousse semblable^ 
h fWis et l'on relâche notre cher prisonnier. C'est en vérité 
le plus court parti. » 

N" 4. « Mort aux tyrans ! Louis BoDapaH», neveu d'un 
illustre eapitaine, a été arrêté ici et ij^aité comme un malheu- 
reux criminel. Prenez garde sa honte rejaillira sur voiiSii 
Pauvre sotte garde nationale. » 

Les porteurs de ces billets déclinèrent toute partici^- 
pation à leur confection. Tous dirent qu'ils les avaient 
trouvés ci ou là. On les fit écrire pour juger si leur 
écriture ressemblait à celle des billets ; l'épreuve leur 
fut favorable et on les relâcha. 



7 à9VT 4S» 



7 août — Fôle de Saint Victrice, martyr et ùvêque 
de Houeii, apdtre de la MoriaU. 



La date de l'introduction du christianisme dans ]e pays 
boulonnais est plAis ou moins reculée selon les auteurs 
qu'on consulte. 

Les uns, ne voyant que Tacddent, la fixent alors 
qu'une première conversion a été possible et s'aident 
de la tradition qui fait traverser la contrée aux premiers 
évangéll^teurs de l'Angleterre. 

Les autres attendent la mission directe, spéciale, 
semant le bon grain avec abondance. 

J.-F. Henry avance qu'il y a eu des martyrs dans 
la Morinie dès l'an 177: il ajoute que l'établissement 
du christianisme y remonte à l'an 196, puis il fait parti- 
ciper le Boulonnais à l'apostolat de saint Firmin en 349» 

Dans la seconde moitié du m'' siècle, l'organi- 
sation de la métropole de Reims parait définitivement 
arrêtée, ayant sous sa dépendance douze diocèses ou 
cités parmi lesquelles figure Boulogne (Dom Bouquet, 
Rec, des htst. des Gaul., 1. p. 123). A cette époque un 
groupe àe, jeunes Romains vint propager la Foi dans 
les principales cités de la seconde Belgique ; mais il 
fallait un apôtre d'origine franke pour se faire entendre 
des gens de Thérouane et du pagi boulonnais où la 
langue tudesque était parlée par le peuple. 

Victorique eut cette mission qu'il partagea avec son 
compagnon Fuscien» Les textes nxent leur arrivée 
vers l'an 279 (i). 



<l) < Une ttftdStion rai vie, l'antorité dn Propre dn Diocèse, et quelques 
monameas de littâratore nous apprennent que Viotorie se présenta d'abord 
aux Boulonnais lorsqu'ils travaillaient dans les salines qu'ils avaient sur 
Tan et l'autre bord do la Liane. L'endroit qui en a retenu le nom de Saint 
Champ, ou, comme le peuple le disait autrefois, le Saint Can, dans le 
voisinajçe de l'ancien hôpital des J^dres, est encore remarauabie par 
une chapelle bâtie sous l'invocation de la Sainte Vierge en 984 et réta- 
blie en 1700, comme il paraît par ces deux dattes sur le m>ntisDice. SurTou 
dos tableaux dont cette chapelle est décorée, paraît un vieillard assis au 
pied d'un arbre, l'évangile à la main, et environné d'àne fonle do peuples 
auxquels il annonce la parole de Dieu. La ville haute est d'un c6té avec la 
tour d'Ordre; un ange descendant du oie! vient couronner de fleurs celui 
qui prêche et au pied dn tableau est écrit : € On tient par tradition que 
f Sk Violorio aiUKmQa ioy aux ItouloBois lo foi d« J.-€. ; et qu'après avoir 



430 l'année BOULONNAI8E 

Le martyre souffert par ces apôtres ne paraît pas avoir 
fécondé beaucoup le sol, pas plus que la clôture de Tère 
des persécutions, en 311, n'a donné l'élan aux conver- 
sions dans notre contrée. 

S'il faut attendre la venue de saint Victrice, à la fin du 
IV* siècle, pour constater un progrès réel bientôt arrêté 
par les irruptions des barbares, on peut induire de la 
naissance en nos environs, vers 387, de saint Patrice, fils 
d'un chrétien, que la semence jetée par saint Victorique 
avait au moins laissé quelques fruits. 

Victrice, évêque de Rouen, ne fut pas arrêté par 
la profondeur des forêts nerviennes et aborda jusqu'aux 
marécages hantés par les Morini. On dit qu'il y avait 
pris le jour. Dans sa 18* épitre, datée de 399, saint Paulin 
de Noie rend ainsi témoignage de ses succès : « Ainsi 
dans la Morinie, située aux confins du monde, que 
l'Océan bat en frémissant de ses flots , les peuples 
cachés dans les ombres des retraites stériles, maintenant 
éclairés par vos soins, se réjouissent dans le Seigneur 
de la lumière levée sur eux. Christ est entré en leurs 
cœurs ; ils se dépouillent de leurs habitudes, de leurs 
inclinations féroces. Sur les plages désertes, au fond de 
la forêt où chaque pas cachait un danger, que parcou- 
raient seulement des barbares étrangers ou des indi- 
gènes livrés au brigandage, on entend les vénérables 
chœurs des saints. Ailés et purs comme les anges, ces 
chants sortent des demeures de la ville ou des villas 
de la campagne, et les îles et les forêts sont peuplés 
de monastères où règne la paix. » 

Cette lettre est remarquable : c'est l'unique page 
contemporaine de notre iv* siècle. On y sent l'efflores- 
cence du christianisme ; mais où sont les églises, les 
monastères qui peuplaient le pays > Pas une seule trace 
n'en reste. Rien qu'un nom peut-être, Viel Moutter, 
près de Desvres, qui, ne rappelant aucun monastère 
historique, pourrait être reculé jusqu'à l'apostolat de 
saint Victrice. 



< élt'.vô cot autfl à Dk*n, il rooeul à Amiens la eouroiuio du martyr»», Tan 
« 303. »... 

Sam-lii» Victorifiis Christi (idom pra'dicasse Bononicnsibiis, ot auticuiam 
D«»o liic erexisse traditur. Marliriô coroiiutus est Ambiani, anno occiii. 

« Voilà donc lo plus ancien monument que nous ayons ; c'est eeito pi'liic 
chapelle, connue vulgairement sous le nom de Ckijxdette rlans un endroit tout 
voisin de la voie romaine. > (Michel Dubuisson. Âaliq. duBoul.t luw.f p. 101.) 



7 AOUT 431 

Des Tan 407, Victrice avait établi l'église des Morins 
qui sombra toute entière sous l'avalanclie des invasions 
successives : « La puissante ville de Reims, Amiens, 
Arras, et la Morinie où demeurent les plus reculés des 
hommes, tout est ravagé, à Texception de quelques 
villes que déciment le glaive au dehors, la flamme au 
dedans {Epist. St Hieron., II). Tout, jusqu'à la tradi- 
tion, s'efl'ondre dans la conflagration générale. On a 
beau sonder les ténèbres, aucun indice certain ne luit 
sur les premières décades du v* siècle : la légende même 
ne peut servir de guide. Quand on sort de cette période 
obscure, il semble que la terre soit nue comme un sol 
dévasté par l'incendie. Plus un monument, plus un 
souvenir. On pourrait croire à la transplantation d'un 
nouveau peuple n'ayant aucune attache avec le passé. 
Y a-t-il eu, comme on l'a dit, enlèvement ou massacre 
de toute la population chrétienne primitive ? 

Saint Maxime vint, dit-on, disputer aux barbares les 
conquêtes du Christ ; mais quel est ce saint Maxime > 

Sidoine Apollinaire, en exaltant le savoir et les vertus 
d'Arbogastc, comte de Trêves, le louait particulière- 
ment, en 474, de consei"ver l'usage de la langue latine 
« qui, depuis longtemps, avait disparu des contrées 
Belges ou Rhénanes » (Wauters, Tables, vol. 1). Ce 
point est à remarquer : c'est peut-être à cette cause 
qu'il faut attribuer les difBcultés que rencontra le chris- 
tianisme et le long maintien des pratiques païennes 
dans nos contrées où la langue tudesque primait encore 
au IX* siècle. 

Beaucoup de Saxons s'y étaient arrêtés, et, dans la 
nuit qui se fait sur notre histoire au v* et au vi* siècles, 
on croit apercevoir que Boulogne fait partie et s'est 
noyée dans la ligue des cités armoricaines qui se gou- 
vernèrent elles-mêmes (i). 

Lorsque saint Vaast fut institué évêque d'Arras 
(avant 5 ii) les habitants du pays étaient païens. D'après 



(1) « Parmi lo guerriers de Clovis, il y en eut un grand nombre (troLi 
mille selon quelquei$ témoigniiges) (jui, mécontents de la conversion de leur 
chef, et n'en voulant pas Hro les témoins', se retirèrent derrière la Somme, 
paw»ns coiumc ils élaiont venu"*, et passeront, à ce qu'il par.ilr, au service 
lie Kagnacaire, chef de la tribu franko de Cambrai. » (Fauriel, Ilùt, île la 
Gaule iiûritL^ t. II, p. 39.) Le Nord préludait à son effort d'opposition. 
Augustin Tiiierry a remarqué (jne c ceux do Thérouanno > étaient dévoués 
à Frédégonde qiii, peut-être, descendait de lenr race. C'était à tout prendre 
une race à part oi qui fut la dernière à se rallier à l'autorité. 



432 l'année bouu>niiaise 

les actes de saint Treverius, en 519, aux environs de 
Thérouane, il restait un monastère où ce saint avait 
choisi sa reuaite, dernier chrétien de la contrée. 

Le paganisme y dominait encore en 554, alors que 
Childebert publiait Tadmonition où il ordonnait la des- 
truction des idoles. 

liétait réservé à saint Colomhan, à ses compagnons, 
ouvders de la dernière heure, de reprendre et de mener 
à bien Tœuvre des premiers apôtres. Us conquirent la 
contrée en la défrichant, en établissant des monastères, 
comme des forteresses chargées de garder le pays 
subjugué. 

Et l'église où le corps de saint Pierre d'Ambleteuse 
fut transporté en janvier 608, est un témoignage qu'il 
y avait alors des chrétiens dans le pays (i). 

Cependant, malgré ce que dit la légende de Tirnage 
miraculeuse de Notre Dame, malgré ce qu'on sait de 
saint Omcr, évêque de Thérouane et de Boulogne, en 
645, d'après la vie de saint Bertulf de Renty, la nuit du 
paganisme étendait encore ses ombres épaisses sur la 
contrée qu'habitait ses parents, lorsqu'il naquit en celte 
année. 

Ce fut Vulmer, jeune leude, qui, après avoir aban- 
donné ses biens pour se consacrer à Dieu, augmenta 
le royaume du Christ en fondant l'abbaye de Samer 
vers 676 : ii étendit peu à peu l'évangile sur le pays 
entier. 

Mais peut-on dire sur le pays entier, lorsque deux 
siècles après, Hincmar, archevêque de Reims, se plai- 
gnait encore que Tévêque Actard alléguât qu'il ne 
pouvait viviie parmi des payons^ désignant sous ce terme 
une partie de la population du diocpse de Thérouane. 

La difficulté de la langue restait donc l'obstacle. 

D'après Flodoard, Hériland, évêque delà contrée, de 
889 à 908, n'y put faire le bien qu'il souhaitait, faute 
d'entendre le flamand qu'on y parlait. Le fait est relaté 
dans une lettre de Foulques, archevêque de Reims, qui 
demanda pour lui, au pape, le siège de Châlons, 
attendu que ce prélat ne pouvait diriger l'église des 

(I) Que chnque iU6 :ii' son évAquo ! dit une vioiilc forniul»». La comniu- 
naui^S chrAtionnc pouv.èit l'exi^ior quand elle ^'toit assez nombreufe pour 
former une Becle$ia. La lé^jonde de saint Pierre rapproche les deux titres de 
àvUas et d'eocUsia quand elle dit que le corpt» du saint fut rapporté in 
Bononia eiviUUe, in eeçUna, 



8 AOUT 183i 433 

Morini € dont les habitants étaient des barbares farou- 
ches qui parlaient une autre langue. i» Il réclamait pour 
le peuple de Thérouane un évêque de la même nation 
€ qui y seroit plus propre par rapport à la langue et au 
caractère» (Luto, Mém. hisl., mss.). 

Le Boulonnais, comme une terre privilégiée, resta- 
t-il en dehors de ce paganisme constaté dans la région > 
Dans les barbares farouches, parlant une autre langue, 
faut-il voir seulement la colonie des Saxons trans- 
pla'itée par Charlemagnc, parmi lesquels un érudit, 
M. Kervyn de Lettenhove, a voulu retrouver un des- 
cendant dans le fameux Eustache le Moine > 

Je laisse à décider ces points obscurs à qui Tosera. 



8 août 1834. — Amédée de Noé (Cham) quitte 
rétablissement scolaire, n* 47, rue de Lille (1). 

Lors de la paix avec l'Angleterre, il y eut dans le 
Boulonnais une nouvelle invasion qui, cette fois, fut 
du goût des propriétaires et des commerçants. Une 
nombreuse colonie anglaise s'y établit comme en pays 
conquis, ayant son temple et ses écoles spéciales. 

Le premier pasteur (ou l'un des premiers) fut 
M. Bury : c bon, bienveillant, gentilhomme anglais, 
l'honnêteté incarnée », ainsi que le caractéristent ceux 
qui l'ont connu. 

Par un singulier contraste, ce pasteur protestant, en 
même temps chef d'un pensionnat où il recevait de 

E* unes Anglais, établit sa maison d'éducation rue de 
ille, dans une dépendance de l'ancien petit séminaire, 
où il eut pour successeur le révérend M. Gibson. 

C'est dans ce boarding school que le fils du comte 
de Noé, Amédée de Noé, devenu plus lard le célèbre 
caricaturiste Cham, passa plusieurs années de classe 
jusqu'en 1834. 

Il s'y montrait assez turbulent. En revanche, il suivait 
avec un zèle remarquable le cours de dessin de la 
pension, professé par M. Etienne Le Petit, qui seconda 

(1) On m'a garanti l'année. Quant à la date exacte, elle n'est pas prouvée. 



434 . L'ANNiB BOULONKAISE 

de son mieux les heureuses dispositions du jeune élève. 

M. Etienne Le Petit, fort habile dessinateur, avait 
été placé par M. SaintrOuen, commandant la place de 
Boulogne, dans les bureaux de la marine : c'est lui 
qui a rédigé et dessiné une partie des documents sur 
la flottille qui devait opérer en Angleterre. 

Plus tard, il fournit à M. Thiers les plans qui ont 
servi à écrire dans V Histoire du Consulat et de l Empire^ 
le chapitre relatif au camp de Boulogne (i). 

M. Etienne Le Petit avait un véritable talent de des- 
sinateur ; on lui doit deux magnifiques vues du port de 
Boulogne. Il pouvait donc mieux que tout autre former 
de bons élèves. Cham avait pour lui une véritable 
affection. Aussi, plus lard, lorsqu'il est venu, pendant 
plusieurs années consécutives, passer quelques jours à 
Boulogne (2) il ne manqua jamais d'aller voir son 
ancien professeur de dessin qui vécut jusqu'en 1849(3). 



8 août 1544. — L'artillerie anglaise fait un feu 
d'enfer sur la porte Gayolle. 



(1) J'ai roQQ de M. Thiers, en 1868, une lettre qui rappelle ce fait : 
< Monsieur Ern. Dbsbillb, à Boulognc-sur-mcr, 

€ Je vous remercie de la lettre que vous avez pris la peine de m'adresser. 
J'ai ^ardé le meilleur souvenir de l'obligeance que l'excellent M. Le Petit 
mil, il y a bientôt vinet-cinq ans, à me fournir divers renseijçnements sur la 
flottille de Boulogne. L'oubli commis à son égard me paraît inexplicable ; je 
vous suis reconnâiissant de me l'avoir signalé et je vais le réparer sans délai. 
La publication d'une édition illustrée de VBûtoire du Cantulctt et de l'Empire 
vient d'être achevée. Un exemplaire de cet ouvrage est a la disposition de 
MM. Le Petit. . . En regrettant de ne plus pouvoir l'ofifrir à leur père, je prie 
MM. Le Petit de vouloir bien accepter cet exemplaire. . . 

€ Recevez, Monsieur, avec mes remerciements réitérés et pour le souvenir 
que vous m avez rappelé, et pour les choses flatteuses contenues dans votre 
lettre, l'assurance de mes sentiments très-distingués. 

€ A. TmiîRS. » 




vers les années de sa jirécoee jf^unesse >. 

(3) Ces not^s ont été repro.luiles dans Chanit aa vie et son ceuvrcj par Félix 
Hibevre (Paris-, librairie Plon.lSSl, in-12-, X.VI, 282 pagos avec gravures), 
p. 2H et snivanu»s. Elles ont relevé un fait peu connu dont M. Kibeyr»' m'a 
remercié chaleureusement. 



10 AOUT 1152 435 



9 août 1597. — Transaction pour homicide. 

Marguerite Roche, veuve de Liévin Lemaire, 
signe une transaction avec Jehan de Couve- 
laire, commandant au château de Desvres, et 
consorts, accusés d'homicide sur la personne 
de son mari. 



De nombreux actes de ce genre, signés, de 1 595 à 1 599, 
font songer au cri de douleur que Guillaume Le Sueur 
a jeté, dans les Antiquitez de Boulogne^ à propos des fu- 
reurs de la guerre civile armant le frère contre le 
frère et désolant tout le pa^s. 

Il est curieux toutefois de voir jusqu'à la fin du 
XVI® siècle (i) se maintenir la composition ou prix du 
sang, dont parlent les lois frankes. N'y en a-t-il pas 
encore des vestiges dans le code, au sujet des coups et 
blessures entraînant une perte de travail et dans les 
cas d'homicide par imprudence > 



10 août 1152 (2). - Le jour de Saint-Laurent, 
mort d'Euslache IV, comte de Boulogne, « comme 
il était en marche pour aller piller la terre de 
Saint-Edmond aux environs de Cambridge.» 



No&iro raya Esteven cel houre un fiz avayt 
Ëustaclie out a noun, ke trop vaillant estayt , 
Counstance, sœr Lawys ke en Fraunce regnayt, 
Par counsayl sun père à Parya esposayt. 
Pur quoi le rays Estev en plus hait se portayt. 



(1) On conserve aux archives de la villo un acte d'octobre 1322 où il osl 
dit que Joluuiote de Lon^hoval a rc^u xx: lib. de parisls qui lui a payées 
liof^T le Vaassour c pour le cause de le pais do sen pero qui ru ochis >. 

(2) il faudrait un lonp travail pour établir la véritô sur la diUe exacte de 
ce décës. Les annales de Oseneia placent le fait en 1153. J. Oxenedes donne 
pour date la fôte de Saint-Edmond de l'an l\h2. Matthieu Paris dit le jour 
de Saint-Laurent 1152. Les anmUes de Theokesberia disent en 1153, etc., etc. 
Est-ce le 10, le tl ou le 18 août ? autres difficultés. 



iM l'aKK^C BOUIiONirAISE 

Ainsi s'exprime la chronique de Pierre de Langtoft, 
t. I, résumant en cinq vers toute la biographie 
d^Eustache IV, comte de Boulogne et fils d*£ttenne, roi 
d'Angleterre, quî épousa Constance la sœur de Louis VII, 
roi de France. D'après la chronique anglo-saxonne, 
Constance avait été achetée avec les trésors de Tévêque 
de Salisbury. Le mariage eut lieu en février 1140. A 
cette époque, dans les chartes où le nom d'Eustache 
apparait, il n'est encore désigné que comme le fils 
d'Etienne et de Mahaut de Boulogne. Agé d'environ 
quinze années il n'était pas encore armé chevalier ; il le 
fut peu après et aussitôt se jeta, disent les chroniques, 
sur les terres des partisans de l'impératrice Mathilde, 
l'ennemie de son père, et les dévasta. Il conquit bientôt 
la terrible renommée dont Pierre de Langtoft est un 
faible écho quand il dit en ses vers « que trop vaillant 
était. > Peu de guerriers ont soulevé un plus lourd 
fardeau de malédictions ; sa mémoire en es{ accablée 
par les Anglais: la majorité en fait un monstre (i); 
d'autres le représentent cependant comme très affable 
et très aimé des soldats. 

Les grands d'Angleterre semblaient alorfi saisis d'une 
rage de révolte, selon l'expression de Matthieu Paris. 
Orderic Vital ajoute que le roi Etienne eut souvent à 
agiter le glaive contre les révoltés. 11 est remarquable 
de constater que ce règne, au début si peu prospère, 
n'acquit de force que lorsque Eustache, fils du roi, fut en 
âge de combattre. C'est qu'il était Mars et Vulcain 
tout ensemble, comme le dépeint Walter de Coventry 
(A/éw., t. I, p. 175). 11 y eut, durant le règne troublé 
d'Etienne, — longue suite de guerres civiles, — quelques 
années où la couronne sembla affermie sur sa tête ; il 
voulait la transmettre au fils qui la défendait si bien ; 
mais il n'obtint qu'un refus de ses barons (2). Quelques 
auteurs tout^is assurent qu'en 1152 les comtes et 



(1) Cujas malitia inripmis, infamia colebris, infellx existas {Chron. Jehcmn. 
ùxeneda). W mourut fou {Tt»ti Oervatio DorobtmeM). 

(2) Kustaohe 1V« avait pris le litre do coaiie de B0u]o<nie en 1150 (Charte 
do concîeasion de Téglise de Lens) et depuis lors il agit en souverain. Il l>:it1it 
monnaie. 

Dans son exeollente Etude tur lea MonuMia de Bouloffnet M. L. Desch.imps 
de Pas, lui attribue l;i pièce suivante conserva au niasse de Boulop:n4>. 

RUSTACHIVS. T^te barbue de proHI à droite, ayant devant elle une 
épée posée en pal, aeoos'Ae de trois globules. 

K VKBSBoLoNIK. Croix pattée, cantonnée de douze besants posés (rois 
par trois dans chaque canton ; quatre feuilles entra les leUres* ■ 



m AÙVT 179d «é 

barons: anglais prâtèrent serment à Emstache {Annales 
de Waverlia, p. 334^ ; goe l'arcbcvêque de Canlerbnry 
refiisa de couronner le fils d'Etienne etqu'Eustache le fit 
poursuivre par douze soldats auxquels le prélat n'é- 
chappa que difficilement. C'est alors que le prince cour- 
roucé se jeta sur les terres de Tabbaye de Saint-Edmond 
où il trouva la mort 

Euâtache était déteslé des gens d'église (Henri de 
Huntingéony et lea gel» d'église ont éeric soo lâstlûire 
avec la haine rancumèrer d'ennemis sians mîsécicorde» 
On entrevoit, à travers leurs colères, combiea il kwr 
semblait redoutable. Lorsqu'il fut tué, à peine âgé de 
vingt-sept ans, il semblait promis à de hautes destinées : 
certainement, il eut montré qu'il avait dans tes veines 
le sang d'Eustache de Boulogne père glorieux de 
Godefroi de Bouillon. Avec lui tomba leur gloire 
et leur nom. Son frère Guillaume succéda à dîx-sept 
ans au comté de Boulogne ; ce prince devînt, par Tin- 
fortune, un vassal et un sujet de Henri d'Angleterre, 
soceesseur qiae fe roi Etienne ftit forcé d'adopter. 



iO août t792. — Profestatron contre la déchéance 
du roi. 



Ce jowr-fè, penda^nt quf'à Paris sombrait la royauté, 
les membres du conseil général de la commune de 
Boulogne déclaraient que, fidèles à la Constitution, « ils 
se feront un devoir civique de désobéir à tout acte, de 
quelque part qu'il émane, qui violerait la Constitution 
et attenterait à la souveraineté du peuple ; ils rejettent 
avec indignation et repoussent avec horreur l'arrêté de 
la section de Paris, dite de Mauconseil, qui demandait 



Sor cette piècOtaiontc l'éra(Iitnamismate,rinfluenco anglaise est manifcsto 
(p. 10 de Topmeule). 




ieae denafiU per iiîhçtdoê aitmot, 

Ifji runnèe U3&, date de ravènom^nt d'Etienoe de Blois au trône d'Âa^ 
fflelerre, EuHtache IV n'avait guère plu» de dix ans et les auteurs ne Tappel* 
lent comte de Boulogne qu'après 1150. 



438 L'ANirf E BOULONKAIBE 

la déchéance du roi, comme subversif de tout gouverne- 
ment et contraire à la Constitution (i). » 

Mais douze jours après, on lisait dans une adresse à 
l'Assemblée législative : 

L^giBlateurs, de grands dangers menaçaient la nation : les 
représentants ont veilM sur elle et la Patrie est sauvée. Le 
conseil général de la commune s'empresse de donner son 
adhésion au décret du 10 de ce mois. Il jure de maintenir de 
tout son pouvoir la liberté, l'égalité ou de mourir à son 
posté (2). 

Le 10 août, fêté depuis comme l'un des grands jours 
de la révolution, se célébrait avec un déploiement 
inusité de discours civiques. On remarqua en 1793 
celui du citoyen Marmin qui se terminait par cette 
tirade éloquente : 

c Citoyens, c'est en écartant tout esprit de parti que nous 
devons jurer au pied de cet arbre (l'arbre de la liberté sur la 
place de la maison commune) que des mains libres ont planté 
et que des mains esclaves veulent abattre, de faire respecter 
les personnes et les propriétés, de rester unis à la cause sacrée 
du peuple. Prononçons anathéme et déclarons une guerre 
étemelle & tous intrigants, factieux, anarchistes, fédéralistes et 
égoïstes. Que ce beau jour soit un jour de terreur et d'efiroi 
pour les faux patriotes et désorganisateurs de toutes sociétés. 
Aimons nous frëres et amis î qu'à l'aspect de cet arbre sacré, 
nos haines, nos querelles, nos discussions disparaissent : alors 
je vous promets la victoire et le triomphe de la liberté. » 

En l'an VU, le citoyen Wyant, dans toute la ferveur 
de son civisme, chantait : 

Jour où. triomphe la Patrie ! 
Ah ! si l'esclave se désole 



(1) 8igni au registre. •—■ Belle, maire, Merlin-Laffrosnoye, Loison, B.irco, 
Yvart, NoPl, Sannier, officiers municipaux : Dujat, Merlin, Cuvclier, 
Blangy, Roche curé, Marmin, Grandsirc iils, Hache, Dolet, Tiesset et un 
autre membre dont le nom a été biffé avec soin. 

(2) Signé le 22 août 17U2: Pre Dupont, Merlin-Laffresnoye, Belle, Marmin, 
Dolet, (2attacrt, Loison, Duerocq de Bancre», Giraux-Sîinnier, Hoche cm'ô 
et notable, Blanpy, De La Rue, Dujat, Tiesset, Cuvelier, Antoine Vassour, 
J.-J. CoilUot, Grandsire flls et Wissocq, procureur de la commune. 



11 AOUT 1794 439 



Des revers de la royauté 

Le Français heureux se console 

Dans les bras de la liberté (1) ! 



11 août 1794 (24 thermidor an II). — Il y a encore 
dans la prison des orphelines à Arras quarante-